Politique

Abstention record ... faute d'une opposition crédible. LREM a intérêt à ne pas crier victoire.

AbstentionAu moment où j'écris ces lignes, les médias annoncent une participation de l'ordre de 49% aux élections législatives. Soit un record d'abstention.

Les Français semblent lassés de la politique ou du moins lassés de cette élection là. Il y a sans doute manqué un enjeu fort qui aurait mobilisé les foules. Chacun s'attend à une victoire de LREM (La République En Marche), claire et nette. On attend une majorité absolue, voire une forme d'hégémonie mais rien n'est fait à cette heure. Les urnes peuvent me détromper.

Un peu comme si le sort de l'élection s'était joué en même temps que l'élection présidentielle. Il faudrait à mon avis changer quelque chose dans nos institutions. D'une part le mode de scrutin avec une part de proportionnelle, d'autre part la date du scrutin législatif qui devrait coïncider avec celui de la présidentielle. Quid en cas de dissolution, ou en cas de disparition du président, cela reste à imaginer mais il me semble qu'aux Etats Unis l'élection a lieu le même jour pour le président et les parlementaires, et les gouverneurs des Etats.

Au delà de la date du scrutin, la question qui se pose est celle de l'offre politique. Manifestement une partie de la population n'y trouve pas son compte. L'offre majoritaire est assez claire, qu'on y adhère ou pas mais l'offre de l'opposition est disparate, surabondante et finalement peu lisible. Pas de quoi donner envie d'y adhérer car aucune ligne de force des opposants n'apparait. Aucune alternative crédible, l'opposition étant hyper divisée en de multiples blocs irréconciliables. Ce n'est pas tant la sur-mobilisation des marcheurs qui va donner une majorité à Emmanuel Macron que la démobilisation plus que manifeste des opposants.

Il y a quelque chose à faire pour revivifier notre démocratie ...  Cette abstention n'est pas saine. Il serait bon que personne chez les leaders de LREM ne fasse preuve de triomphalisme ou d'arrogance ce soir. Humilité et sobriété sont de rigueur.


La victoire d'une candidature numérique et de terrain. Et des regrets.

Regret2Depuis plus d'un an, j'ai adhéré et travaillé sans relâche au service d'une cause improbable, la promotion puis la candidature puis la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle. Un objectif impossible à première vue même pour les plus grands soutiens d'Emmanuel Macron mais qui a été atteint. Exceptionnel.

Cette victoire, chacun le sait est dû avant tout au talent et à l'énergie du candidat. Emmanuel Macron est un candidat fantastique. Il sera je le pense, un président extraordinaire.

Mais hormis d'autres facteurs bien plus politiques sur lesquels je reviendrai une autre fois, rien n'aurait été possible sans le support des équipes autour d'Emmanuel Macron, équipes centrales en premier lieu au QG qui ont conçu et délivré nombre d'actions et outils originaux de campagne. La stratégie d'ensemble a été clé. Remarquablement menée. Ensuite les équipes de terrain dans les départements ont exécuté la stratégie décidée en haut lieu quitte à inventer et déployer eux mêmes un certain nombre d'initiatives locales. C'est là que j'ai œuvré, à l'animation des comités locaux des Yvelines. Une belle équipe autour d'Aziz François N'Diaye et Aurélie.

C'est une innovation permanente qui a mené à ce résultat. Dans cette campagne, l'innovation politique et les méthodes de management ont été dignes de grandes entreprises de la high tech. Ne serait ce que pour inviter et réunir des foules, les outils numériques ont été nombreux, intuitifs, partagés par une communauté branchée sans difficulté majeure. Du jamais vu mais finalement beaucoup de simplicité à l'usage, car utilisant beaucoup de logiciels de partage et de groupware. La plateforme en-marche.fr a été une des clés logistique du succès.

L'autre clé a été le travail de terrain. Le fameux porte à porte qui génère des échanges directs, qui convainc bien plus de personnes que le boitage ou l'affichage, qui combat l'abstention. Nous avons réalisé un beau boulot, collectif et productif. Nous avons fait le job. J'ai comme beaucoup d'autres, arpenté toutes les Yvelines et notre secteur des soirs durant, distribué des tracts des journées entières, collé des affiches, animé des réunions, organisé des calls pour donner des conseils et des directives de campagne et nous avons gagné. Collectivement. Une belle aventure humaine. Epuisante mais enrichissante. J'ai également passé du temps à convaincre sur les réseaux sociaux, un par un, les sceptiques, les critiques, les détracteurs. J'ai cherché à argumenter avec optimisme et bienveillance. Parfois avec vigueur quand l'opposition était plus rude. Un temps fou que j'ai passé, y perdant parfois la confiance et la patience de mes proches.

Sur le plan politique, j'ai quitté le PS, larguant toutes les amarres et les repères que j'avais dans mes tripes depuis trente deux ans. Sur le plan professionnel, j'ai mené de front à la fois un PSE me concernant et une activité syndicale, commerciale chronophage. J'ai assuré bien sûr mon rôle d'élu local à Meulan. Des journées de 12 à 16h parfois.

Alors ce soir néanmoins j'ai un regret, une frustration, une déception. Sans que ce soit une nécessité impérieuse mais bien un espoir, j'ai candidaté pour être député sur la 7ème circonscription et je n'ai pas été désigné. C'est la règle je le sais. Je savais que c'était possible mais quand même. J'aurais accepté la désignation de quasiment tout le monde sauf un parachutage, en l'occurrence d'une élue Modem, qui a profité d'un accord d'appareil pour obtenir l'investiture. C'est une dame sans doute honorable, je ne la juge pas, j'aurais sans doute fait comme elle à sa place (sauf le parachutage). Mais c'est pourquoi pour l'heure, je prends du recul.

Cela gâche la victoire. Pour d'autres adhérents qui n'avaient pas cette espérance mais soutiennent le projet depuis quelques semaines ou quelques mois, je l'ai entendu, un candidat ou un autre, finalement peu importe. Pour les pionniers du début par contre, quand nous n'étions que quelques uns, c'est autre chose. C'est forcément plus dur.

Alors s'il vous plait, laissez nous du temps avant de nous appeler messieurs dames du QG pour nous demander si nous avons envie de continuer à nous engager. Laissez nous digérer, avant de nous envoyer un mail type qui nous dit que dans les critères, comptaient "l’implication dans le mouvement, l’ancrage territorial, la motivation, le degré de préparation, la capacité à faire campagne et à emporter le scrutin." ... Beaucoup de recalés parmi mes amis ont dû avaler leur salive de travers quand ils ont lu cela. Implication ? Motivation ? ... Vous êtes sérieux là ?

Je préfère ne rien ajouter. La victoire d'EM aux législatives est acquise. Moi je vais prendre un repos bien mérité.

PS : je publie cette note sur mon blog sans la partager sur Facebook où je suis plus visible. Mon blog est destiné à mes proches, mes amis, mes connaissances. Il a cette vocation à dire ce qui fait le temps long de ma réflexion, loin du tumulte des réseaux sociaux.                                  


Une primaire citoyenne avec Macron ?

Je suis surpris par la décision du PS d'organiser une primaire citoyenne en 2017. On avait tellement l'impression que cette primaire ne se justifiait pas pour un président en exercice que cette primaire révèle au final le très grand état de faiblesse politique du président Hollande. Les débats houleux sur la déchéance de nationalité et la loi travail sont passés par là.

Alors que cela va mieux sur le plan des résultats économiques et même du chômage, engagement clé du président pour se représenter, on a l'impression qu'une décision de cette nature a été prise pour jouer une sorte de va tout. Un coup politique.

Quel peut être l'objectif ? Je n'ai aucune certitude mais l'objectif de Hollande est sans doute de remonter sa cote de popularité dans son camp descendue sous la ligne de flottaison. Il faut se relégitimer lit-on ici ou là. Notamment en se ramenant au niveau d'un candidat normal et proche des gens. Mais c'est aussi l'occasion d'embarrasser ses concurrents. 

Je me suis interrogé. D'accord une primaire mais au point de se confronter à Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche ?? Gérard Filoche devenu un lourdaud vulgaire et grossier personnage ... On a du mal à le voir confronté à Hollande sans que la confrontation ne sombre dans le ridicule. Et s'il n'est pas candidat, le bonhomme sera encore plus incontrôlable. A droite aussi d'ailleurs il est acté que des individus au verbe haut comme Jacques Myard ou Nadine Morano sont tout aussi spéciaux. Bref, l'abaissement de la fonction présidentielle est consacré. Les élites ne sont plus seulement contestées, elles sont démonétisées. Les temps ont changé. La déférence qu'inspiraient les grandes figures de la Vème république n'existe plus. On est arrivé au summum de la présidence normale. En résumé, il peut y avoir à la gauche de Hollande la sénatrice Lienemann, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, et à droite ...pourquoi pas Macron. 

C'est sans doute prématuré mais j'en viens à me demander : puisque François Hollande ne dit pas non à une primaire pour se confronter à des "petits candidats" ou même à un Arnaud Montebourg dont le socle idéologique est plus solide, pourquoi n'y aurait-il pas d'opportunité pour un Emmanuel Macron d'exprimer le fond de sa pensée économique, sociale et environnementale qui est elle aussi d'un autre calibre ?

Après tout, s'il existe des sensibilités différentes au sein du PS et ses alliés dans la BAP, pourquoi ne pas ouvrir la compétition avec le fondateur d'En Marche ? La déloyauté supposée ? Mais dans une primaire on ne trahit pas son camp, on amène ses idées dans le débat et on mesure leur audience populaire. Ce qui est une trahison c'est de faire concurrence au premier tour de l'élection réelle quand il y a un risque d'élimination de la gauche du second tour.

Le débat peut couvrir tout l'arc idéologique dans cette primaire. Hollande peut même y trouver un intérêt tactique en ayant à ses côtés une autre cible que lui même en tant qu'artisan de la politique menée depuis le début du quinquennat. S'il est le seul candidat favorable à la politique actuelle le tir de barrage des frondeurs et des contestataires se concentrera sur lui. Il sera bon que Macron fasse la pédagogie des réformes que Hollande seul aura du mal à faire. De toute façon, on ne peut reprocher en permanence à Macron de ne pas être élu et lui contester le droit de participer à une élection. Son statut de ministre n'est pas non plus un obstacle si on sait que Sylvia Pinel songe elle aussi à candidater pour le PRG.

Il va de soi que ceux qui disent que Macron n'a pas d'espace politique dans cette affaire vont un peu vite en besogne. Au contraire, en y réfléchissant, il peut s'agir d'une formidable opportunité. Et au second tour si Hollande est devant, c'est autant de réserves pour Hollande qu'il apportera. Plus j'y pense et plus il me semble qu'il y a une opportunité. Est ce que Macron va se déterminer à rejoindre la démarche de la Belle Alliance Populaire, c 'est la question. S'engager à soutenir Montebourg s'il est désigné, c'est une chose. Soutenir Filoche ... c'est impensable, mais on n'en est pas là ... D'aillleurs la question est posée à tous les candidats : s'engager à soutenir la démarche de la Belle Alliance Populaire pour participer.

Bref, les questions sont pour tout le monde, Macron risque de perdre beaucoup en popularité à droite en participant à la primaire de gauche mais il faut choisir, quelle est l'autre option ? Attendre 2022 ... C'est bien loin. Et s'il négocie une alliance électorale avec le PS, il sera marqué tout autant. Fin du "ni de droite, ni de gauche" ... Alors pourquoi attendre ? Il faudra bien donner un débouché politique à la démarche d'En Marche ! L'autre option, c'est la percée en solitaire ...


L'avenir est En Marche!

"Je ne voterai plus jamais PS" ... C'est ce qu'on entend du côté de la gauche radicale, de l'extrême gauche et de quelques frondeurs qui ont quitté le PS comme Pouria Amirshahi ...

Valls pour sa part théorise sur les "gauches irréconciliables", applaudi en cela par Mélenchon qui ne rêve que de voir le PS à terre. Convergence d'analyse si ce n'est d'intérêts. Avec le même résultat au bout : l'absence au second tour de 2017.

La gauche est en train de mourir.

Il va falloir inventer autre chose. C'est pourquoi je regarde désormais ailleurs.

Je-suis-en-marche

 


La crise sociale sur la loi travail constitue les prémices d'une rupture politique.

Réforme structurelle la loi travail ou réformette à la française sans portée réelle ? La discussion est d'importance au moment où les blocages perdurent.

Si l'on en juge par l'opposition croisée de la droite, de l'extrême droite, de la gauche radicale, des syndicats contestataires, du Medef, des frondeurs, tous considèrent qu'il s'agit d'une réforme d'ampleur qu'il ne faut pas laisser passer. Et pourtant Valls tient. Hollande aussi pourrait-on dire mais c'est la fermeté de Valls qui est frappante. "Pas de faiblesse" est son mot d'ordre. Il est vrai que reculer une nouvelle fois après l'affaire de la déchéance de nationalité serait désastreux.

En fait le premier ministre sait que cette réforme est majeure pour prouver la capacité de la gauche modérée à réformer le pays. La droite devrait l'applaudir et le soutenir car elle aura aussi en cas d'alternance à affronter le pays si elle en veut mettre en oeuvre son agenda social bien plus radical que la loi travail. Ils voudront passer en force, par ordonnances disent-ils. Cela n'empêchera pas la contestation mais ils auront la légitimité d'une élection nationale récente. Concernant la loi actuelle évidemment la droite ne fera aucun cadeau au gouvernement. Les frondeurs non plus. Et si une coalition des deux fronts de l'opposition se forme, une motion de censure n'est pas à exclure. On verra la chose en juillet.

Pour l'heure, c'est Valls qui tient la boutique. Il sait que de cette bataille dépendra son image de réformateur et quoiqu'il arrive en 2017, du leadership à gauche au moment de la recomposition politique. Si la droite gagne en 2017, Hollande sera écarté du pouvoir, et le jeu normal voudrait que la direction du parti socialiste et du groupe parlementaire socialiste soient l'enjeu majeur. C'est aussi ce sur quoi comptent les aubrystes et la gauche du parti. Ce jeu ne m'intéresse guère. Revoir les mêmes manoeuvres et ces compromis déprimants pour les investitures me répugne franchement.

Pour tout dire je m'interroge sur la question de la survie du PS dans sa forme actuelle. Les débats internes m'ont démontré que les réformateurs au rang desquels les vallsistes ne partageaient plus grand chose avec certains camarades qui n'ont cessé de pourrir la vie de la majorité. Si ces gens là font le procès du quinquennat et prennent la tête du parti, je le quitterai, mais il y a déjà pas mal de choses que je ne supporte plus dans ce parti. J'espère que le mouvement d'Emmanuel Macron En Marche ! auquel j'ai adhéré se transformera alors en parti politique.

Rien n'est fait à ce stade, mais une forme de rupture est en marche ...


Macron chat alors !

MACRONLe chat sourit et j'ai souri en lisant cet éditorial de Laurent Joffrin, quand celui-ci écrit au sujet de la popularité de Macron : "C’est aussi parce qu’en temps de crise, l’électorat de gauche fait sienne la maxime de Deng-Xiaoping : qu’importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris". Il est clair aussi que Macron fait parler, fait tourner les rotatives et vendre du papier. Il n'y a personne qui ne soit devenu aussi connu en si peu de temps. Alors qu'il est devenu ministre sur un concours de circonstances il y a un an à l'occasion de la sortie de route d'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, il est aujourd'hui au centre de nombreux débats qu'il crée lui même au besoin. Et surtout il a été à la manoeuvre sur une loi qui porte son nom en ayant concentré nombre de critiques, au point qu'il a fallu le 49-3 pour la voter.

C'est peut-être cette agitation d'idées qui tourne à la crispation permanente pour les plus conservateurs, qui est devenue sa marque de fabrique. Il parle avec brio, conjuguant audace et talent, des problèmes qui travaillent la société française, quitte à ce que ses idées dépassent sa pensée on l'imagine, tant il réfléchit à voix haute. Dans tous les domaines techniques, il a l'envergure d'un futur premier ministre. Je le crois assez proche de Hollande pour le devenir avec un peu de maturité et de contrôle de sa parole s'il s'agit de gérer le pays. Mais ce n'est pas le sujet du moment. Valls restera je le souhaite premier ministre jusqu'au bout. Il est plus doué sur le plan politique et a un tempérament d'autorité que Macron n'a pas manifestement. Macron me rappelle Rocard par certains côtés. 

C'est bien l'héritier de la deuxième gauche sur le plan des idées. Peut-être qu'il se fera manger par les souris en cours de route, mais pour l'instant le chat est vivant et bien vivant.


Liberté de penser contre langue de bois. Macron ? Non c'est Valls l'avenir immédiat.

4578832_6_3ab1_francois-hollande-manuel-valls-et-emmanuel_71872e80fb95fb5a86b6047364054407J'entends Anne Hidalgo ce matin se réclamer de la social démocratie et rejeter le social libéralisme. Elle estime que le centre de gravité du PS doit se situer dans la social démocratie. Son propos se situe dans une critique continue de la ligne dite sociale libérale portée ou incarnée par Emmanuel Macron. Elle manie à la perfection les codes politiques traditionnels. Je suis partagé sur son analyse.

Peut-être a t-elle raison de penser qu'il faut rester bien à gauche. D'ailleurs est ce que Macron va rester dans ce gouvernement ou sera-t-il exfiltré à un moment donné si le ras-le-bol exprimé par la maire de Lille s'étend dans le PS et au gouvernement ? Je ne crois pas. Macron est un atout pour le couple exécutif et un atout pour la gauche comme le pense une majorité (64%) de sympathisants du PS. Au delà, Macron est quelqu'un qui séduit fortement le centre et une partie de la droite. Sarkozy s'est même fendu d'un appel du pied bien dans son style de matamore agressif avec son vocabulaire de chef de bande. En gros c'était "rejoins nous si t'es un homme !" ... Soupir.

Macron a un parcours qui n'a rien d'un politicien professionnel. Je crois qu'il ne fait pas de la politique son objectif ultime. S'il ne devient pas député en 2017, je crois qu'il quittera tout ce bazar, et retrouvera sans problème un métier à sa mesure dans une banque ou une grande entreprise. C'est aussi cela qui plait aux Français. Cette liberté de ton qu'on prêtait à Ségolène Royal, briseuse de tabous et qui avait aussi affronté l'animosité des éléphants et des politiques traditionnels, dont DSK que je soutenais. Je regrette cette période avec le recul. Mais ce que je reprochais à Royal à l'époque, une forme d'autoritarisme et un soupçon de légéreté sur les dossiers, je ne le dirai jamais de Macron.

Aujourd'hui c'est la langue de bois politicienne que j'abhorre. C'est cette maîtrise permanente de la parole, que je déteste maintenant. Les nouveaux leaders d'opinion sont des penseurs libres malheureusement des déclinistes et des pessimistes comme Zemmour, Onfray, Finkelkraut, Sapir, ... qui laissent entendre une musique désenchantée sur le roman national. Et qui font quoiqu'ils disent le lit des droites dures. Il faut leur opposer une parole de gauche décomplexée. Sans aller comme eux jusqu'à emprunter les mots de cette droite et surtout ses antiennes anti fonctionnaires et anti solidarité. 

Il y a une limite à tout cela. Le débouché politique. On ne gagne aucune élection sur la seule popularité d'un homme. Barre, Rocard, Mendès France, Lang, Kouchner étaient populaires sans résultat électoral probant. Je sais que Macron n'a aucun réseau au sein du PS, qu'il ne saura pas s'y prendre pour le structurer. J'entends que des gens se proposent en souterrain de l'aider à prendre d'assaut la citadelle PS. Mais il y a Manuel Valls avant lui. C'est Valls qui doit prendre le parti et en faire un parti moderne et ancré dans le XXIème siècle. Valls s'est recentré grâce à Macron, dont il porte au fond de lui et avant lui les idées. Valls est un animal politique parfait pour la suite. C'est lui que je suivrai sans hésiter pour mener le combat politique majeur qui s'annonce. Langue de bois ou pas. Dans l'intérêt de la gauche réformiste et du pays.


Le chômage juge de paix

Il est impossible de reconnaître qu'on s'est trompé. C'est vrai pour un électeur ou un élu. Personne ne reconnaît s'être trompé ou avoir fait une erreur ... Le faire c'est se mettre en position de faiblesse évidente, c'est s'exposer comme quand on a menti à ne plus être crédible à l'avenir pour un élu ou à ne plus pouvoir ronchonner à loisir pour un électeur. 

Oui, c'est vrai pour un électeur. Admettons qu'il vote pour un candidat qui le déçoit ou qui n'a pas les résultats escomptés. Ce sera exclusivement de la faute de l'élu. Jamais l'électeur ne se remet en cause. Il dira avoir été trahi. Il dira qu'il voulait autre chose et que les politiques sont bien tous des menteurs. Le discrédit des politiciens qui ont beaucoup biaisé est passé par là. Par l'absence de résultats, ou des politiques contraires à celles que les électeurs attendaient.

C'est aussi vrai pour un élu. Ainsi de Chirac en 1995 avec Juppé qui abandonne la thématique de la fracture sociale pour imposer la rigueur qui lui coûte la défaite de 1997 lors de la dissolution. Ainsi de Jospin en 2002 qui n'avait pas compris qu'une politique de gauche qui crée de l'emploi en masse se fracasserait sur une augmentation du chômage et une montée de l'insécurité à la veille du scrutin dans les derniers mois de son mandat. 

Le chômage est une variable clé pour comprendre les résultats des élections, notamment présidentielles. Il faudrait analyser chaque résultat de présidentielle pour voir si le chômage grimpait ou descendait avant le scrutin. La montée assure l'échec. La baisse ne garantit pas la victoire mais semble indispensable.

De toute façon les électeurs ont zappé à chaque fois ou presque depuis 1981, date de la première alternance sous la Vème république. Gauche 1981, Droite 1986, Gauche 1988, Droite 1993 et 1995, Gauche 1997, Droite 2002, Droite 2007, Gauche 2012 et on sait que la Droite est bien placée pour 2017 ... Avec en fait une seule continuité en 2007 de Chirac à Sarkozy car le chômage a baissé régulièrement entre 2005 et 2007. 

Il est presque trop tard pour Hollande, quand on sait qu'on est à vingt mois de la prochaine élection en mai 2017. Le chômage continue de monter et le sentiment largement entendu (surtout à droite bien sûr) est quoiqu'il arrive, qu'il aura échoué sur ce chantier majeur. Il s'est lui même mis dans une situation quasi impossible en liant son bilan à ce résultat. J'entends dire qu'il se présentera quand même ... Une absence de résultats sur le front du chômage sera fatale à Hollande. Nous en serons réduits à une candidature de témoignage en 2017 en cas d'échec c'est à peu près certain, comme en 1995. Je ne pense pas que Hollande renoncera, il dira que personne ne fera mieux que lui de toute façon et donc qu'il assumera ses responsabilités jusqu'au bout. Il est vrai que Valls ou un autre seraient en mauvaise posture dans ce contexte. 

Il reste à comprendre pourquoi il n'y a aucun résultat tangible après 3 ans et demi ... Beaucoup de causes sont possibles. On évoque en vrac : le mur de l'argent, la résistance des patrons qui ne jouent pas le jeu, une conjoncture internationale peu porteuse, une gestion trop serrée de la dépense publique avec une fiscalité excessive, une désindustrialisation de la France, les atermoiements et la lenteur des mesures en début de mandat, ... C'est sans doute un peu tout ça. Aucune raison ne se dégage clairement. Les lois Macron sont un progrès mais auront peu d'impact immédiat. Le pacte de responsabilité lui joue enfin à plein, mais la diffusion est lente.

C'est en fait la lenteur de nos procédures légales et réglementaires qu'il faut déplorer. Macron a bataillé longtemps pour faire passer sa loi et a fini avec le 49-3. Je pointe pour ma part du doigt la technostructure de Bercy. Celle qui a un pouvoir considérable par rapport aux politiques. Ces hauts fonctionnaires qui font traîner les dossiers ou qui les orientent à leur gré. Je crois beaucoup à cette thèse car nos ministres ne sont pas tous au top niveau et se font manipuler. Un type qui leur a cédé beaucoup je le crains car c'était un strauss kahnien convaincu, c'est Pierre Moscovici. Manque d'autorité et de force. Montebourg était un saltimbanque, ni sérieux, ni crédible. Un type fantasque incapable de jouer collectif et pourtant doté de beaucoup de charisme. Macron a plus de caractère et de compétence je le crois. Il a redressé l'image du ministère de l'économie et il a le sens du travail collectif ... Je crois que c'est lui l'avenir. Mais il n'est pas là depuis assez longtemps. La leçon à tirer serait d'avoir des poids lourds à ces postes clés et moins d'affidés politiques.

Je suis perplexe sur nos chances de redresser la barre à temps. Je croise les doigts pour que la science politique de François Hollande nous sorte de ce mauvais pas. 


La question identitaire, un sujet à traiter en urgence.

L'afflux des réfugiés en Europe pose à nouveau la question identitaire.

Les sondages donnent des indications contradictoires sur l'opinion des Français face à cette vague de migrants. Mais comment s'étonner de chiffres élevés de refus d'accueillir quand le FN vogue si haut dans les sondages et que le parti LR de Sarkozy est fracturé sur la question, tenté par le repli. La gauche reste heureusement majoritairement favorable à la solidarité, généreuse et humaine et à tenir bon sur ses valeurs républicaines.

La peur du grand remplacement tenaille la droite. Les musulmans dont on montre à l'envie les défauts des plus radicaux et le mode de vie différent du nôtre notamment vis à vis des femmes sont pointés du doigt, quasiment obligés de s'excuser des crimes des pires d'entre eux, les salafistes et les fous de Daesch.

Est ce que la question identitaire mérite de devenir le débat central de la prochaine échéance présidentielle ? Si c'est le cas, c'est pain béni pour Marine Le Pen, on se battra sur son terrain. Mais a contrario à rester dans le déni, à ne pas parler d'une vraie question que se pose les Français et à rester sur les questions économiques et sociales, on ne résoudra rien et la plaie restera béante. 

Déminons le terrain en amont de la prochaine campagne. Clarifions nos positions, argumentons sur la chance que peut représenter l'accueil de migrants. Sur la nécessaire coopération pour que les pays se développent. Sur la fermeté indispensable contre les trafics clandestins. Pour ne pas être obligés d'improviser une ligne de défense, acculés dans un débat public. Traitons de la question entre nous avant que d'autres ne répondent à notre place et ne mobilisent les esprits avec leurs idées d'exclusion et de haine. S'il n'est pas trop tard.


Militer en 2015 pour l'ouverture au monde

Que signifie militer en 2015 ? A droite ou à gauche, il y a une vraie interrogation à ce sujet. En cause la présidentialisation des partis politiques transformés pour une large part en écuries pour la désignation du candidat des partis majeurs LR et PS. Mais la France est-elle la bonne échelle ? La nation française est-elle encore la bonne dimension pour répondre aux questions du temps présent. J'en doute. Mais pas les Français en majorité malheureusement.

En fait et c'est valable aussi bien pour les partis de gouvernement que pour le FN, c'est une évidence les partis ont besoin de militants pour avoir des élus. Sur les 65 000 votants du PS et 95 000 votants de LR dans leur congrès respectif combien sont élus ? Une majorité sans doute au PS qui compte 36 000 élus et une forte proportion à droite. De simple conseiller municipal à président de la république il y a toute une panoplie d'élus, bénévoles pour la plupart mais dont l'engagement se traduit par un mandat local ou national. Rien de scandaleux là dedans. Quand on dit qu'il y a trop d'élus on oublie de dire que la plupart d'entre eux n'ont ni indemnités ni avantages particuliers. Ce sont en quelque sorte de grands électeurs chargés de représenter les électeurs de leur circonscription ou commune et de gérer les services publics de proximité. C'est une tâche noble mais éloignée des enjeux majeurs de mon point de vue.

Les grands débats idéologiques ne font pas partie qu'on le veuille ou non du passé. Il n'y a certes aucune remise en cause du système capitaliste ou de l'économie de marché parmi les formations majeures. Il y a en revanche une contestation de la mondialisation et de l'échelon européen qui profite au FN. La question que nous devrions nous poser au PS est celle là : faut-il comme Montebourg plaider pour une démondialisation, une économie moins globale, plus protégée voire protectionniste ? Un retour en arrière en somme. Ou bien démontrer les avantages d'une économie ouverte, d'une société multiculturelle et diverse qui profite des échanges et d'une mutation en profondeur des métiers pour les personnes et des nouveaux biens et services dans un monde connecté en permanence. Voilà un vrai et beau débat militant où chacun pourrait s'exprimer pour dire le monde dans lequel nous voulons vivre.

A ce sujet, la question du référendum de 2005 sur le TCE a été une occasion de débat et j'ai regretté pour ma part le refus d'ouverture, la peur, la volonté du repli sur soi d'une majorité de Français. C'est une grande occasion démocratique de perdue aussi car il faut bien reconnaître que le traité constitutionnel a été adopté par la bande ensuite, suite à l'élection de Sarkozy en 2007. Mélenchon a essayé d'en faire un sujet majeur avec sa VIème république mais finalement l'opinion n'a pas suivi faute d'échéance précise : les dirigeants ont pris garde ne plus demander son avis au peuple sur la question. Le vote de protestation en faveur du FN (le seul vote anti-système) s'est développé. Il était facile d'expliquer que les tenants de la mondialisation et de l'UE, soi-disant républicains, ont fait obstruction à un vote démocratique. Le rejet du politique s'est aggravé.

Je crois que militer en 2015 a encore du sens. Sur les grands sujets de société, sur le cap économique, sur les crises sociales et écologiques, nous avons un message à faire passer dans l'opinion. Il est rageant que l'électeur se soit transformé en consommateur de politique publique qui se préoccupe davantage du prix des services publics (des impôts et taxes) que de leur finalité et de la qualité des services rendus. Il faut redonner de la hauteur de vue sur tous ces sujets. La difficulté pour l'échéance majeure, la présidentielle, réside dans le fait que si l'on fait de la mondialisation, de la place de la France dans le monde, l'enjeu majeur du débat national, cela mette au centre des débats le FN et ses thèses souverainistes et nationalistes. Faut-il en avoir peur ? Faut-il refuser ce débat ? Non, au contraire. Il faut affronter les mythes et les peurs. Il faut comme Valls et Macron dénoncer les mauvaises réponses à de bonnes questions comme le disait Fabius il y a 30 ans ... Trente ans déjà. Il est temps.