Quand le marché boursier opère au rythme de la nanoseconde avec ce qu'on appelle le "trading à haute fréquence", il est normal de réagir quand une information fausse est délivrée par Standard and Poors. Pendant quelques minutes l'agence a annoncé à tort la dégradation du AAA français.
Cette annonce est pire qu'une rumeur car cette erreur informatique - qui n'est pas le fait des ordinateurs mais des humains qui l'ont programmé - a toutes les apparences de la réalité le temps que l'on détecte l'erreur. Si on comprend bien l'explication de l'agence, c'est parce qu'une information était indisponible que l'algorithme qui calcule en temps réel la notation des émetteurs a abaissé automatiquement la note de la France. La conséquence financière est immédiate, une baisse de notation entraîne un renchérissement du coût de la dette et donc une baisse de valeur de la dette existante.
S'il y a vraiment perte financière sur un marché pour un acteur qui aurait opéré "automatiquement" des ventes de dette française en cas d'évènement de cette nature, les autorités boursières ont tout le loisir d'annuler les opérations effectuées durant la période considérée. C'est ce que l'enquête doit déterminer. Avant de suggérer que l'erreur a été organisée dans ce but, une vérification s'impose.
En fait le AAA a une dimension politique supérieure à sa portée financière. C'est le quitus de bonne gestion de l'équipe Sarkozy. Si nous le perdions avant l'élection, Sarkozy lui même considère que l'élection est perdue. D'où le plan Fillon 2 qui vient d'être annoncé, d'où la tête de père la rigueur qu'emprunte maintenant le couple Sarkozy-Fillon. Le couple est embarqué dans une surenchère de mesures de rigueur - on n'a plus peur du mot - de façon à préserver le AAA et pointer du doigt comme de coutume la gauche dépensière et irresponsable. D'autant que les sondages pour Sarkozy remontent légèrement ce qui semble valider la stratégie. On comprend les cris d'orfraie de la majorité quand une information erronée sur notre AAA sort en ce moment.
Mais derrière l'erreur technique, il y a une réalité. Un paramètre technique est scruté quotidiennement par Sarkozy (selon le Canard Enchaîné), c'est le spread c'est à dire l'écart de taux entre le bund allemand et l'OAT française, donc le coût financier de notre dette. Il s'écarte fortement à des niveaux records (autour de 170 points) signe que la dette française inquiète de plus en plus le marché. Si ce débat réservé aux spécialistes n'inquiète que les experts, il y a un constat : le marché ne considère plus que nous méritons un AAA mais il faut le cacher au grand public.
Dans le contexte préélectoral et à fleur de peau de la présidentielle française, nul doute que l'indignation de nos ministres tient plus de la paranoia d'une équipe aux abois que du souci d'un régulateur d'empêcher des opérations délictueuses.

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