Economie

Vous avez dit social libéral ?

L'économie allemande va mieux, la zone euro repart de l'avant, les feux se mettent au vert. Tels sont les derniers titres de la presse économique. Suffisant pour que des éditorialistes de la presse généraliste (et donc politique) commencent à s'interroger : "et si Hollande avait raison ?"

"La reprise est là" disait le président sous les lazzis le 14 juillet dernier. Et pourtant quinze jours plus tard, l'Insee annonçait une croissance de 0,5% au deuxième trimestre supérieure aux 0,2% attendus. De quoi garantir les 0,1% pour toute l'année 2013 même en cas de stagnation au second semestre. Les prévisions de Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve sont donc exactes. Pas de quoi pavoiser pour autant car ces chiffres ne permettent pas d'espérer une inversion de la courbe du chômage, tout au plus une stabilisation grâce aux contrats aidés qui montent en puissance. La promesse phare de François Hollande reste toujours une gageure. Mais sur le plan économique qui dit plus de croissance dit plus de recettes fiscales et moins de recours à la dette.

Lors du séminaire gouvernemental 2025, le ministre de l'économie a averti d'une possible croissance à la japonaise, c'est à dire nulle pendant 20 ans ! Pour rappel le Japon s'est enfoncé dans la déflation à partir de 1990, tout en voyant sa dette publique augmenter à 245% du PIB, 10 millions de milliards de yens et son déficit public atteindre 10% du PIB en 2013. Qui pense que les japonais sont ruinés ? Personne. La dette publique japonaise étant détenue largement (à 90%) par les japonais eux mêmes (35% en France), ils ne sont otages de personne ou presque. En fait c'est un peu comme si les japonais étaient propriétaires de leurs dettes.

Digressons un peu. Un calcul permet de comprendre pourquoi un pays développé comme la France ou le Japon même surendetté n'est pas en faillite. L'actif net d'un pays vu comme un tout est le plus souvent positif si on consolide le patrimoine privé au patrimoine public et qu'on en retranche les dettes. La question est de savoir si les patrimoines et les revenus des agents économiques publics et privés sont transférables de l'un à l'autre. C'est bien sûr le cas des impôts qui constituent un transfert des revenus du privé vers le public. C'est aussi le cas des allocations et des aides qui constituent le transfert inverse. Mais pour le patrimoine c'est autre chose, le patrimoine public est toute chose égale par ailleurs insaisissable. Sauf à vendre la Joconde et le château de Versailles on voit mal l'Etat se vendre à l'étranger. Il n'y a que les possessions exotiques ou des terres lointaines (comme la Louisiane par Napoléon) qui ont fait l'objet de cessions par le passé. Mais la France métropolitaine n'a fait l'objet d'aucune cession aussi loin que je m'en souvienne. Même quand l'Etat vend un terrain public ce n'est pas pour autant qu'il sort du territoire national et échappe à l'impôt. Le privé lui n'y échappe pas sauf à quitter le pays ou à frauder.

Au total si l'on fait le compte de tous les actifs et passifs d'un pays souverain, on obtient un solde net positif qui justifie l'assertion : un pays ne peut pas être en faillite. D'autant que l'Etat a un avantage essentiel sur un acteur privé quelle que soit sa taille : il peut lever l'impôt à sa convenance et il peut donc décider du niveau de ses revenus. La question qui vient à l'esprit aussitôt est la suivante : oui mais si le citoyen est insolvable ? En effet le raisonnement tient tant que le citoyen consent à l'impôt et peut le payer. Trop d'impôt tue l'impôt dit l'adage. C'est juste et c'est pourquoi les socialistes s'interrogent sur le niveau de prélèvement tolérable par les contribuables. On a vu les débats autour de la tranche à 75% ou la taxation des plus values mobilières (la révolte des pigeons).

Qu'en déduire ? Les libéraux plaident en permanence pour un retrait de l'Etat. Trop de charges, trop de fonctionnaires, trop de paperasserie. Le gouvernement français ne le dit pas ainsi mais quand il instaure le CICE (crédit d'impôt de 20 milliards pour les entreprises) la MAP (modernisation de l'action publique, successeur de la RGPP) et le choc de simplification, le gouvernement Ayrault est libéral ! Dans une phase plus libérale que sociale disons le.

En fait on dit ce gouvernement "social-libéral". Il y a le mot "social" mais soyons justes, les mesures sociales sont discrètes. Hausse limitée du Smic, allocation de rentrée scolaire augmentée de 25%, blocage des loyers à la relocation, mutuelle complémentaire généralisée ... Il y a très peu à redistribuer et heureusement Hollande n'avait pas promis la lune. C'est vrai qu'on a fait payer les plus aisés pour combler les trous de la gestion Sarkozy mais sans pouvoir redonner grand chose aux plus démunis. Assumons le. Quand certains disent à gauche du PS que "de l'argent il y en a", ça veut dire plus d'impôts. Or il y a overdose fiscale. Et quand à droite on promet des baisses massives de dépense ça veut dire moins de services publics. Le chemin à suivre est évidemment entre les deux. Réorienter l'impôt vers des services publics utiles.

Il est clair que le tour de vis est sévère mais nécessaire après 30 ans de laxisme budgétaire. Pour autant il faut arrêter d'être obsédé par la dette et les déficits. Sans aller jusqu'à relancer avec de l'argent qu'on n'a pas, il faudrait au moins stopper la frénésie fiscale. La dernière trouvaille, la taxe carbone, ne va pas rassurer les Français. Là encore, il s'agit d'orienter l'impôt vers un objectif public utile : favoriser la transition écologique. Expliquer l'action du gouvernement n'est pas chose facile pour un militant de gauche. Et pourtant Hollande avait prévenu : deux années de redressement sont nécessaires. Il tient le cap qui est le sien libéral aujourd'hui, social demain. C'est le sens général, mais bien sûr il ne faut pas le dire ainsi.

 


Le FMI appelle la France à la dépense utile, l'OFCE démontre que l'Etat pèse moins qu'on ne le pense

Mise en garde ou encouragement ? Telle est la double lecture possible du dernier rapport du FMI sur les finances publiques françaises. Le Figaro ou Le Monde y voient d'abord une mise en garde contre des hausses d'impôts en 2014. Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, y voit plutôt une convergence de vues et une reconnaissance des mesures en faveur de l'emploi et de la compétitivité.

Qui a raison, qui a tort ? Les deux sans doute. L'austérité à tout crin a cessé d'être l'alpha et l'omega des institutions internationales mais l'impôt ne peut plus augmenter significativement en France l'an prochain, c'est tout aussi certain. Pourtant 6 milliards d'euros supplémentaires seront prélevés l'an prochain sur un total de 20 milliards d'efforts de réduction des déficits. Il y a en effet 14 milliards d'économies de dépenses, soit plus de deux euros économisés pour un euro prélevé.

Dans une note de l'OFCE, l'économiste Henri Sterdyniak observe à juste titre que l'Etat vu comme le secteur public au sens large (état central et collectivités) ne fait pas que dépenser. On oublie trop souvent qu'il produit aussi. Il contribue à hauteur de 18% au PIB par ses dépenses d'infrastructures (écoles, hôpitaux, routes, chemins de fer, ...) et 25% par les prestations sociales. Seuls 3,7% du PIB correspondent à des dépenses de fonctionnement de l''administration.

image from www.ofce.sciences-po.fr

Il y a donc une grande hypocrisie à faire croire que notre Etat absorbe 56% de la richesse nationale. Ce que l'Etat donne constitue une richesse pour les citoyens. Ce qu'il fabrique devrait être fabriqué par quelqu'un d'autre sauf à considérer qu'on peut se passer d'éducation, de soins, de logement, de sécurité, de transports. Ce qui est improductif à haute dose ? La dette, les intérêts de cette dette, les gaspillages et les doublons. En somme ce qu'il faut traquer ce sont plus les dépenses que l'on pourrait éviter et moins les impôts nouveaux que l'on pourrait prélever.

Du simple bon sens économique. C'est la seule leçon que l'on peut tirer de cette étude du FMI selon moi. La dépense publique ce sont avant tout des transferts indispensables pour redonner de la justice à un système productif qui n'en a pas. Si les libéraux veulent moins d'Etat, et s'ils ne veulent pas de l'appropriation publique ou collectivisée des moyens de production chère aux marxistes, qu'ils imaginent un système de production privé qui ne produise pas d'inégalité. On en est loin, l'Etat est donc plus que jamais nécessaire. Notre société partage et c'est heureux.


Les retraites doivent elles être payées par les évadés fiscaux ?

La question de mon titre n'est pas anodine. On retrouve dans l'argumentation de la gauche de la gauche de plus en plus l'idée que les évadés fiscaux coûtent cher à la communauté et qu'en leur faisant rendre gorge, le problème des retraites serait réglé. C'est le théorème habituel : "de l'argent il y en a, il suffit d'aller le chercher"'.

Le problème c'est qu'on fait d'un instrument de justice fiscale, un instrument de solidarité nationale. Que veux je dire par là ? Simplement que ceux qui doivent payer l'impôt ne sont pas ceux qui doivent payer les retraites. La retraite par l'impôt ne concerne que les fonctionnaires.  Pour ceux qui l'ignorent, les fonctionnaires n'ont pas de caisse de retraite qui leur soit propre, pas d'équivalent de la CNAV. Les retraites sont payées par l'Etat et donc par l'impôt.

On en vient ainsi au message : ne touchez pas aux retraites des fonctionnaires, si chacun payait son impôt, les retraites des fonctionnaires seraient assurées. Et pour le privé ? Ah le privé, c'est autre chose. Ce n'est pas le même statut, et pour cause ... De quoi exacerber l'idée déjà répandue que les fonctionnaires sont mieux traités que les salariés du privé.

Mais les tenants de la chasse aux évadés fiscaux ne s'arrêtent pas là. Ils professent que les gains de productivité permettent de se passer de réformes. Pas besoin de se soucier de l'espérance de vie, la productivité permettra qu'un actif travaille pour plusieurs retraités. Après tout, c'est bien le cas des pères de famille qui font vivre les leurs. Des raisonnements simplistes qui ne sont étayés par aucune analyse sérieuse.

Je crains en fait que les démagogues de tout poil ne se réveillent à cette occasion et ne nous expliquent doctement à coup de raisonnement de café du commerce, que mais non il est inutile de réformer nos systèmes sociaux : en fait il n'y a qu'à aller chercher l'argent là où il est. Dans les entreprises, dans les paradis fiscaux, chez les riches. Partout sauf par l'effort équitable de chacun.

Je suis persuadé que ces "raisonnements" vont fleurir. Il faudra beaucoup de pédagogie et de doigté pour réformer dans la justice. Il faudrait au moins le charisme d'un Cohn Bendit pour convaincre les Français qu'il n'y a pas de pensée magique. Mais Dany a sûrement autre chose à faire.


Comment lutter contre la montée des populismes ? Raconter un conte de faits.

Le FMI vient de reconnaître que le traitement de choc infligé à la Grèce par la troïka (FMI, BCE, Commission Européenne) était un échec. Les hypothèses optimistes et la pertinence des mesures prises sont questionnées. La remise en cause l'hiver dernier des modèles utilisés pour évaluer l'impact des baisses de dépenses publiques était déjà un vrai souci. Il a été calculé que l'effet multiplicateur récessif réel était supérieur aux économies attendues. Les faits sont venus détruire la théorie.

En cas de crise financière ou monétaire qui s'ajoutent à une crise économique, la croissance est le seul remède vraiment efficace pour préserver notre modèle social. Si on diminue les dépenses publiques fortement, on aggrave le mal. Hollande en avait fait son credo à juste titre ce qui lui a fait commencer par augmenter les recettes pour éviter la récession.

Le pilotage macro économique est chose compliquée. Aucun expert économique ne détient une solution évidente. Certains prêchent pour une relance par les taux d'intérêt. D'autres prêchent pour une dévaluation compétitive de l'euro. D'autres enfin par le graal des réformes structurelles, comprenez par là, la régression sociale. La potion amère consiste à allonger l'âge de départ en retraite, baisser les salaires des fonctionnaires, réduire les impôts et les charges, diminuer le nombre de fonctionnaires, flexibiliser les marchés en accroissant la concurrence. Plus rarement parce que taboues, certains économistes parmi les plus radicaux évoquent le protectionnisme ou des mesures coercitives pour obliger les entreprises à jouer leur rôle social et citoyen. 

Les gouvernements conservateurs qui sont majoritaires en Europe ont commencé par préconiser et appliquer des potions amères comme en Angleterre ou en Espagne, puis devant l'échec relatif de ces politiques ont fini par les atténuer. La France sans aller vers l'austérité a elle aussi commencé par redresser les comptes mais en accroissant les impôts des classes moyennes et supérieures. La crise est toujours violente car le mur de l'argent est là. Les entreprises ne jouent pas le jeu, n'investissent pas. Du point de vue du citoyen, les efforts consentis sans résultat visible contribuent à faire monter les ressentiments, les déceptions et les colères. L'Europe souffre. Sauf quelques pays comme l'Allemagne dont on dit qu'elle a accepté une discipline et une rigueur avant tous les autres. 

Résultat : l'hystérisation du débat public est manifeste, l'impopularité maximale. Les solutions les plus simples sont celles que le peuple regarde en premier. Par exemple diminuer les avantages supposés de telle ou telle catégorie de population, souvent minoritaire est une solution facile. Les privilèges des élus et des dirigeants de tous poils sont mal vus. Plus généralement, à gauche on condamne les riches, à droite on condamne les assistés. Autres pistes faciles : fermer les frontières pour avoir davantage à partager entre soi. Renvoyer les immigrés. Diminuer le nombre de fonctionnaires. Condamner sévèrement les fraudeurs et les tricheurs. Un besoin d'ordre, de repli national et de protection voilà le message.

Comment lutter contre celà ? Comment donner un message d'espoir alors que la vie quotidienne est de plus en plus dure ? Réelle ou fantasmée, l'envie de donner un coup de torchon ou pour reprendre les mots de Mélenchon, d'un coup de balai, est forte. La volonté de sanctionner est terrible. 

Alors comment lutter ?

- Expliquer les buts à atteindre, le temps nécessaire pour y arriver. faire la pédagogie des réformes. De la clarté. 

- En finir avec les reculades face aux corporatismes et les lobbies qu'ils soient parlementaires,  entrepreneuriaux ou catégoriels. Du courage.

- Donner du sens à l'action publique : dire ce qu'on fait, pourquoi et quand, au nom de quelles valeurs. A gauche la solidarité, le travail et la justice, à droite, l'efficacité, le mérite et l'ordre. Communiquer une vision.

La simplification est la tentation du responsable politique, la solution de facilité qu'empruntent les populistes. Mais pour un vrai responsable, laisser des questions complexes sans réponse assimilable par le plus grand nombre est une faute.

Comment faire ? Certains disent qu'il faut raconter une histoire. Non pas des histoires mais une histoire. Expliquer comment la France avance dans le monde d'aujourd'hui. Expliquer d'où elle vient et où elle va. Resituer dans un ensemble compréhensible notre progression en Europe et dans le monde. Ne pas mentir sur l'Europe sociale ou les promesses d'un monde meilleur que manifestement nous ne connaissons pas. Le sentiment de déclassement et que nous sommes rattrapés par des peuples lointains, chinois, brésiliens ou indiens dans l'ère de la prospérité.

La France a besoin d'une cure d'optimisme et de confiance en elle. Ca commence par les mots et par les phrases. Eviter le bonimenteur, avoir des talents de conteur. Avec une fin heureuse bien sûr, sinon à quoi bon ? Les actions de tous les jours doivent tendre à la restauration de la confiance en nous, un peu comme en juillet 1998 quand la France avait gagné la coupe du monde de football. La France allait mieux à cette époque là. Deux millions d'emplois créés. Et pourtant au bout de l'histoire, le 21 avril 2002 ... La confiance ne suffit donc pas. Il faut aussi combattre l'excès de confiance en soi. Le déni de réalité, la contestation des faits (d'insécurité à l'époque). Jaurès disait que « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ».  L'idéal c'est le rêve, le réel ce sont les faits.

Avec Hollande je crois que nous ne risquons rien. Hollande n'est pas Jospin et il aura traversé des années de difficultés avant de se retrouver face aux Français. Soyons confiants et lucides. Allez François, raconte nous une histoire à la fin heureuse. Raconte nous un conte de faits.


Nouvelle phase du quinquennat ?

Stéphane Le Foll et Claude Bartolone viennent de déclarer chacun que le quinquennat devait entrer dans une nouvelle phase, "offensive" pour Le Foll et "sociale" pour Bartolone. Suivant les déclarations des trois ministres qui appelaient à une inflexion de la politique économique du gouvernement, à savoir Cécile Duflot, Benoit Hamon et Arnaud Montebourg, ca commence à faire beaucoup. 

Les résultats sont mauvais, le chômage continue de monter (record dépassé), la colère populaire enfle au vu des résultats électoraux lors des partielles (municipales du Vesinet, législatives Oise). On peut comprendre que certains s'inquiètent pour les prochaines échéances car la gauche ne peut donner l'impression de rester l'arme au pied en période de crise aussi dure. C'est sans doute pourquoi le PS vient de sonner la charge contre un ennemi prévisible : Angela Merkel. La populaire chancelière allemande en phase de ré-élection est désignée comme la coupable des politiques d'austérité en Europe et donc des maux de notre pays en matière de croissance et de compétitivité.

Il faut faire la part des choses. Si Angela Merkel et son rigoureux ministre des finances Wolfgang Schauble sont bien responsables de l'absence de relance de la consommation dans leur pays, de freins sur la réforme bancaire et d'une forme d'arrogance dans les leçons de gestion qu'ils donnent au reste de l'Europe, ils ne peuvent être accusés de tout ce qui nous concerne directement. Les problèmes de compétitivité de notre industrie sont connus. Les prix de nos produits et services sont plus chers que la concurrence allemande, la qualité et le positionnement ne sont pas toujours adaptés aux besoins des clients, le système social est plus généreux chez nous qu'outre Rhin.

On dit que les Allemands ont fait le choix de la précarité pour les salariés et nous Français avons fait le choix du chômage de masse. Doit-on décider de laisser les salaires nominaux assez élevés de façon à protéger les salariés qui ont un emploi ou accepter de modérer les salaires en ouvrant la trappe vers le bas de façon à permettre aux moins qualifiés de trouver un emploi ? Celà revient à supprimer le SMIC ou à l'abaisser ! Voilà une question absolument taboue en France, d'autant qu'en Allemagne son introduction est en débat (à 8,5€ de l'heure). Il est hors de question de casser le filet de protection d'autant que les salaires au SMIC sont largement exonérés de charges sociales. Les conséquences sur les autres minima sociaux ou même sur ceux des conventions collectives seraient terribles. C'est donc exclus.

Le débat revient comme toujours à savoir s'il faut augmenter le pouvoir d'achat des salariés pour relancer la consommation ou augmenter les investissements pour relancer la production donc l'emploi. Ou les deux en même temps.

Il n'y a pas de certitude sur ce qui fonctionnerait. Certains pensent qu'un pays qui relancerait tout seul, accroitrait le déficit de sa balance commerciale par les importations. Ce serait une façon de peser sur la valeur de l'euro en cas d'action d'un grand pays comme la France. L'Allemagne n'a pas envie de voir l'euro s'effondrer, ou se dévaluer. Mais de toute façon comment fait-on ? On payerait avec quel argent les augmentations de salaire ? En empruntant ? On est déjà sous une montagne de dettes. En réduisant les dividendes des actionnaires ? Ceux ci vont fermer les usines à vitesse grand V et placer leur capital dans des placements sans risque. C'est ce que je ferai à leur place. Pour l'empêcher, il faudrait donc interdire les licenciements. C'est sans doute le rêve du grand soir d'une certaine gauche combattant le capital. Et si ca ne suffit pas, les nationalisations suivraient. Certains rêvent de cette solution ultime mais on serait dans l'archaïsme le plus total, dans un univers étatiste à la mode soviétique dont on a vu le grand succès économique.

Il faut donc relancer l'investissement productif et non l'investissement financier dans les placements. C'est ce que propose Le Foll dans son interview aux Echos. C'est donc lui que je soutiens et non les apôtres de la dépense publique et de la hausse des salaires financée à crédit. On doit aider les entreprises en les encourageant à investir. C'est ce qui était prévu quand Hollande avait prévu de moins taxer les bénéfices réinvestis que les bénéfices distribués. Mesure disparue dans un contexte de disette des finances publiques. Mais l'esprit était là ! Soutien aux entreprises qui investissent et embauchent ! Il y a un exercice de pédagogie à réussir car dans l'opinion, la relance par la consommation a toujours bonne presse. Les salaires n'ont pas baissé mais le pouvoir d'achat a commencé à reculer en 2012. Il va être dur d'expliquer que la baisse des revenus globaux c'est la crise qui frappe à retardement la population. D'ici à ce que l'on crédite Sarkozy d'avoir maintenu (facticement) le pouvoir d'achat des Français tant qu'il a pu et on retournerait dans l'opinion l'argument d'une gestion calamiteuse de la droite dans les dix dernières années. C'est à la gauche qu'on présente l'addition des années Sarkozy, voilà la vérité. 


Réformes structurelles, oui mais lesquelles ?

La France futur "homme malade de l'Europe" ? Du coup Bruxelles met la pression sur le malade potentiel (ou avéré on ne sait).

En cause une insuffisance de réformes destinées à rendre le pays plus compétitif selon Olli Rehn, le commissaire européen, même s'il reconnait que des efforts ont été initiés (CICE, ANI).

C'est un vrai débat. Mais de quoi parle t-on ?

  1. D'agir durement comme la très peu regrettée Mrs Thatcher en Angleterre, casser les services publics, faire la guerre aux syndicats, dénoncer l'UE. Impensable.
  2. De réformer comme en Allemagne sous Schroeder : autoriser les mini jobs, réduire les prestations aux chômeurs, reporter l'âge de départ à la retraite, accepter la modération salariale (en fait le gel), ... Inapplicable ou inimitable.
  3. De réduire les dépenses publiques sur le modèle canadien ou suédois : création d'agences publiques regroupant des missions de service public, réduction du nombre de fonctionnaires, suppression de certaines missions non critiques. Politiquement sensible.
Les spécificités françaises en matière d'action publique sont aussi montrées du doigt : le mille feuille territorial, l'inflation des normes, le maquis des aides, des niches fiscales et des subventions, les ratés de la formation professionnelle ...

La France doit trouver son propre chemin vers la compétitivité. N'ayant pas de recette magique, je ne ferai pas de liste de mesures qu'on peut trouver dans tous les livres et rapports sur le sujet , Attali, Camdessus, Pébereau, etc (1). Par contre les mesures doivent toucher aussi bien le secteur public que le secteur privé. Il n'y a aucune raison de cibler les efforts sur les seuls dysfonctionnements de l'Etat. Depuis François de Closets et son célèbre "Toujours plus !" en ... 1982 (1), on sait la résistance des corporatismes français.

Ma conviction est qu'une série de mesures ciblées et progressives est plus adaptée qu'une seule mesure choc type big bang. Ces mesures doivent être justes et bien expliquées pour être acceptées. Enfin il faut disposer de temps. Cette méthode est celle que suit Hollande avec cohérence et constance depuis 11 mois : le réformisme économique et social et la négociation. L'action progressive et mesurée s'avère impopulaire, il y a donc une pédagogie de la réforme à développer. Sa chance, il lui reste quatre ans. Ceux qui proposent de renverser la table comme Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen en seront pour leurs frais.

(1) Ouvrages cités


Une victoire pour la démocratie sociale

L'accord signé entre les syndicats patronaux et salariés sur la compétitivité et l'emploi est un vrai succès. Succès de la méthode de François Hollande destinée à renforcer le dialogue social. Succès des syndicats réformistes qui ont permis la signature d'un accord dont beaucoup prédisaient l'échec. Succès enfin pour la France devant ses partenaires internationaux qui démontre sa capacité à se réformer sans crise majeure.

Est-ce pour autant un succès total et sans nuances ? Evidemment non. Comme tout compromis un tel accord recèle ses propres forces et faiblesses. D'abord il n'est pas unanime. La CGT et Force ouvrière n'ont pas signé l'accord. Même si la droite peut-être gênée aux entournures (elle est bien silencieuse) n'ayant pas réussi à faire passer des réformes comme celle des retraites sans grève et manifestations, la gauche de la gauche ne va pas accepter un tel compromis sans rechigner et même s'y opposer. Enfin sur le fond on ne peut pas passer sous silence les mesures qui risquent de fragiliser les salariés lors de plans sociaux car les délais et les jugements devant les prud'hommes seront raccourcis. L'accord risque aussi de faciliter les licenciements car il ramène au sein de l'entreprise les accords collectifs au lieu de les soumettre à l'aval de l'administration. Il va falloir faire attention au chantage à l'emploi.

Mais enfin les entreprises sont mises devant leurs responsabilités. Elles devront maintenant davantage s'interroger sur leur propre compétitivité et leurs propres faiblesses sans incriminer le code du travail ou les syndicats de salariés comme c'est le cas aujourd'hui.

Je suis pour tout dire relativement étonné de la mise en œuvre de la politique du gouvernement dont je ne pensais pas qu'elle serait aussi ouvertement favorable à l'économie et à l'emploi. Certains parlent de tournant social libéral, on peut en effet le voir ainsi. Pourtant le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s'est toujours présenté comme social démocrate. Peu importe l'étiquette ce qui compte c'est le résultat sur le plan de l'emploi, priorité annoncée de François Hollande en 2013.

Pour ma part je suis très satisfait des orientations données par le gouvernement parce qu'elles vont permettre au pays de bénéficier de la croissance lorsque celle-ci reviendra au prix de réformes de structure en faveur de l'emploi et la compétitivité. Il n'y a que les aveugles pour ne pas voir que la France a reculé depuis dix ans. Le pari de François Hollande c'est le retour de la croissance en 2013, c'est tout sauf facile. Je reste fier des décisions courageuses et difficiles qui ont été prises aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan international. Dans la crise, François Hollande fait honneur à la gauche et au pays.


Y croire encore et toujours.

Le populisme est une mauvaise herbe qui pousse facilement. J'écoutais hier matin Patrick Buisson sur une radio déclarer l'existence d'une fracture entre militants et parlementaires de l'UMP. C'est consternant. C'est la résurgence de ce populisme de droite soufflé à Nicolas Sarkozy lors de la dernière campagne présidentielle. Sans évoquer plus avant le problème Buissonien, j'aimerais développer quelques arguments contre le populisme, ce cancer de la société qui traduit la défiance entre le peuple et les élites.

Le populisme, terreau des extrêmes.

Politiquement, la fracture peuple contre élites est une thématique chère au Front National sur laquelle il prospère. C'est avant tout une facilité de représentation du monde, avec l'association d'une réalité vieille comme le monde - la hiérarchie au sein des sociétés - et d'un préjugé largement partagé par la population - la corruption des puissants. Il y a malheureusement tant d'exemples de profiteurs, de prévaricateurs, de privilégiés parmi les hommes publics que l'amalgame "pouvoir égal corruption" fait florès.

Pour le commun des mortels, la tentation d'abuser est forte quand on accède au pouvoir. Celui qui n'a rien, ni richesse, ni fonction dirigeante, ne risque pas d'être tenté par les ors et les attributs du pouvoir. Schématiquement le peuple est "innocent" alors que les élites sont "suspectes", voire "coupables" parce que "l'occasion fait le larron" selon le bon sens populaire.

La complexité du monde n'est pas correctement rendue par cette analyse sommaire mais elle pèse beaucoup dans le débat public. Les dirigeants doivent prendre leurs responsabilités et les assumer. Dans la confusion beaucoup de problématiques se bousculent entre mondialisation et privilèges des puissants. 

Que reproche la base aux élites ?

D'abord d'accaparer une part trop importante de la richesse et des pouvoirs en organisant la concentration à la tête des organisations publique ou privées. Ensuite de vouloir conserver le pouvoir à tout prix parce que selon l'adage  "la soupe est bonne", d'où les pratiques de népotisme, de clientélisme, de cumul des mandats dans le temps et dans les fonctions. Enfin de ne pas tant se soucier du bonheur du peuple que de maintenir les avantages acquis de la caste des puissants, des copains et des coquins en évincant les concurrents issus du peuple. Il s'agit aussi de faire semblant d'organiser une compétition entre partis de gouvernement (UMPS) ou entre multinationales et trusts. Dans cette vision, des oligarchies dominent le monde.

ll y a aussi la conviction sous-jacente que les mouvements tectoniques qui affectent la planète sur le plan économique, social et environnemental, épargnent les puissants et les sachants (mondialisation heureuse) alors qu'ils frappent de plein fouet les soutiers et les travailleurs sans qualification (via délocalisation et immigration massives). 

Les aléas et les progrès de la démocratie moderne.

Tout n'est pas faux dans cette vision car les mauvais exemples, les fautes de comportement et les abus abondent. Pour autant faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? Faut-il faire imploser le système ? Selon moi, non. On ne reconstruit après le chaos que si la révolution est inévitable, si elle est "la moins pire des solutions". La révolution française en 1789 était nécessaire car le système était sclérosé, incapable de faire accéder au pouvoir de nouvelles couches sociales, empêchant la promotion des meilleurs, privilégiant la rente par rapport à la création. La société d'avant 1789 était en bout de course. Nous n'en sommes heureusement pas là en 2012.

Notre démocratie est récente (deux siècles à peine) réelle et fragile. Elle n'a plus rien à voir avec celle du siècle dernier mais elle est affaiblie. La participation diminue de scrutin en scrutin. De 30 à 40% de la population estiment  superflus de se déplacer. Ils n'ont aucune confiance dans le système de la démocratie représentative pour changer le cours des choses. Le seuil d'alerte se situe à 50% de participation à mon avis si on parle de légitimité.

Comment restaurer la confiance ?

Il faudrait pouvoir développer les consultations directes des citoyens par des moyens modernes sûrs pour rapprocher le peuple de ses représentants. La technologie devrait le permettre mais la confiance n'est pas là. D'où la lourdeur des procédures du vote papier et la réticence à multiplier les consultations.

Le tempo des consultations présidentielles ramené de 7 à 5 ans en France donne une meilleure respiration démocratique. Peut-on réduire encore le mandat présidentiel de 5 à 4 ans, ce serait en tout cas nous rapprocher des grandes démocraties occidentales comme les Etats-Unis. Un double mandat présidentiel permet de donner la longueur de temps nécessaire à la réforme et à l'action. Sauf à ce que le peuple demande un remplacement des acteurs à la fin du premier mandat en cas d'échec. C'est ce qui est arrivé à Sarkozy.

Il y a la question démocratique mais il y a aussi la question politique. Il s'agit de courage et de vérité. Avoir le courage de dire la vérité au peuple, c'est prendre le risque du rejet certes mais c'est aussi faire confiance au peuple sur sa capacité à comprendre les enjeux et les écueils. Faire preuve de pédagogie sans condescendance et sans masquer la difficulté de la tâche, telle est la responsabilité des gouvernants.

Au delà des grands principes, le grand chantier reste selon moi la bataille économique, industrielle et commerciale pour l'emploi, le partage du travail qui commande tout dans une société. Quand des milliards d'habitants en Chine, au Brésil ou en Inde font concurrence à nos millions de techniciens, d'ouvriers et d'employés européens, le combat paraît inégal, désespéré. Le premier combat consiste à ne pas baisser les bras. Le plus grand danger est la tentation du renoncement. Les derniers soubresauts autour d'Arcelor Mittal, la nationalisation temporaire avortée ont cristallisé cette volonté d'y croire encore.

Le chemin du progrès passe par la coopération.

Pour avancer concrètement, des progrès de gouvernance mondiale sont nécessaires. Je partage la vision universaliste du PS et des mouvements de progrès. Le chemin est étroit entre nécessité d'une coordination des politiques et respect des diversités nationales ou continentales. Ce chemin passe par l'entente au sommet mais aussi par l'acceptation des peuples. Il est à noter que le FN condamne le "mondialisme". Nous sommes face à deux visions du monde. Il s'agit de choisir entre une stratégie de coopération ou une stratégie d'opposition des citoyens et des Etats entre eux. Je crois profondément que Hollande a gagné pour avoir privilégié la première.

La seule voie non brutale c'est la coopération, ce qu'en langage politique on appelle le rassemblement. Y croire encore. Y croire toujours. Tel est notre défi pour combattre le populisme d'où qu'il vienne.


L'industrie de la France fout le camp

Ce matin, j'ai distribué des tracts pour François Hollande avec plusieurs camarades sur le marché d'Achères et un sujet posé par un des nos concitoyens, un ouvrier à première vue, m'a interpelé car profondément juste : pourquoi la fabrication par Renault d'une usine à Tanger avec des salariés payés 250 € par mois. Pourquoi investir là bas, pourquoi une entreprise où l'Etat français a une participation au capital fait-elle ce choix ?

La personne indignée par cet abandon du territoire national réclamait que Renault rembourse les aides publiques perçues pendant la crise. C'est vrai qu'en 2008, Peugeot comme Renault ont reçu des aides de l'Etat pour survivre, car les banques faisaient défaut au niveau du crédit.

Pour ne pas tout mélanger et sombrer dans la démagogie la plus facile, il faut remettre les choses en place.

Une société privée n'existe que par et pour le profit de ses actionnaires. Son engagement territorial et social ne vient qu'en second, même si elle affirme le contraire. Ne parlons même pas d'éthique ou de citoyenneté, les multinationales respectent la loi uniquement parce que c'est la condition pour faire leurs affaires, pas parce qu'elles s'en soucient. C'est aussi parce qu'elles veulent que leurs contrats et leurs biens soient respectés par un état de droit. Nulle éthique ou morale à ce niveau. Juste le respect du droit de propriété qui permet aux actionnaires de voir prospérer leur capital sans risque de nationalisation ou confiscation. Tout ceci ne répond pas à la question de la compétitivité.

En fait si un territoire est vraiment attractif, c'est notamment parce qu'il offre un niveau d'infrastructures suffisant, une population qualifiée ou formée pour les tâches attendues et une certaine stabilité réglementaire et politique. Au Maroc, dans le cas de Renault, ces hypothèses sont vérifiées. Nulle révolution arabe en vue, une population jeune et désireuse de consommer, un régime royal qui se modernise en douceur, un droit du travail léger, des syndicats inexistants. En prime, une situation géographique en bord de mer, un port à la limite de l'Espagne et de Gibraltar, donc aux portes de l'Union Européenne offrant un débouché facile aux marchandises.

On comprend donc les motivations de Renault. Ce qu'ils ont fait avec Dacia et la Roumanie, ils le reproduisent avec le Maroc : produire du low cost dans des conditions low cost. Et en retour offrir aux consommateurs français les plus modestes des voitures abordables. Avec un argument répété en boucle : la mondialisation heureuse et gagnante.

Exact ? Pas vraiment. Pas pour tout le monde. Car il faut faire le bilan global de ces investissements. Si nous sommes passés en dix ans en France à une production industrielle qui ne pèse plus que 13% de notre PIB (moins que les anglais qu'on raille pour n'être devenus qu'une nation de financiers), c'est en raison de ce genre de décisions répétées dix ans durant. Que le Maroc s'extirpe de sa situation économique émergente n'est pas pour contenter nos ouvriers mis sur la touche. La beauté du modèle "global" ne touche pas les perdants du modèle.

Nous ne pouvons pas être qu'une nation de services, ou à vocation touristique. Ressembler économiquement à la Grèce n'est pas une solution. Reconnaissons qu'on en est encore loin : au moins en France, notre système fiscal fonctionne.

J'espère sincèrement que le débat présidentiel permettra de répondre à cette question essentielle : comment refaire de la France une terre de compétitivité et d'attraction ? Pourtant les investissements directs de l'étranger sont importants en France. Mais il subsiste toujours l'impression que notre sang industriel coule et part à l'étranger. Les annonces d'un géant comme Total qui ne paie que 300 millions d'euros d'IS en France pour 12 milliards de profit global devraient déclencher le tocsin.Les sous-traitants européens de Renault et autres vont suivre leurs donneurs d'ordre au Maroc ou ailleurs, accentuant la délocalisation.

Qui politiquement répond le mieux ? Personne.

La réponse de Le Pen est simple, simpliste : fermons les frontières, empêchons Renault de fabriquer à l'étranger. Absurde. Renault disparaitrait ou s'exilerait totalement.

La réponse de Nicolas Sarkozy, on la connait : augmenter la TVA pour réduire le coût du travail. Croit-il vraiment qu'avec 1,6% de TVA il va réduire l'écart de salaires entre la France et le Maroc ? Non c'est ridicule.

Investir sur la qualité, la recherche et la formation, c'est une réponse à long terme, c'est celle de François Hollande. Mais c'est simplement conserver nos laboratoires de recherche et nos universités en France pas nos usines. Investir dans les infrastructures c'est aussi la réponse publique possible. Mais bâtir des centres de logistique et de transit, des autoroutes, des ports c'est répondre à la logique industrielle qui permet au producteur marocain de toucher le consommateur français.

Il faut répondre à la question centrale du fabriquer en France. Bizarrement, c'est François Bayrou qui pose la question, pas nous. Je crois qu'il n'a pas trouvé la réponse, mais en tout cas il a posé la bonne question.

Peut-être que comme les allemands, nous devrions nous efforcer de fabriquer les machines qui fonctionnent dans les usines. A défaut il faudrait proposer les ingénieurs qui concoivent et développent ces usines. Mais en ce cas on n'a pas besoin d'ouvriers. Nous avons besoin de nos ouvriers pour nos besoins propres. Là se pose la question de l'immigration, mais c'est une autre histoire ...

 


TVA sociale, la méthode Sarkozy en question

Le débat est lancé sur le thème de la compétitivité de l'économie française au travers de la TVA sociale. Au delà de l'aspect politique évident qui permet au président de la république de réactiver le clivage gauche droite sur l'aspect social, il y a là un vrai sujet. Comment conserver de bons emplois bien payés en France ? Il n'y a pas de réponse simple même si la gauche est vent debout contre cette réforme. On ne peut se contenter de protester contre le caractère injuste et inefficace de la mesure sans rien proposer. Qu'en est-il au juste ?

La TVA est une flat tax. En régime normal, elle frappe de façon proportionnelle le prix hors taxes du produit ou du service acheté en France. Elle n'est donc pas progressive et de ce fait elle est perçue comme injuste par la gauche. Les correctifs n'interviennent que pour le type de produits mais là encore la TVA à taux réduit touche de façon indifférenciée le consommateur de produits de première nécessité qu'il soit riche ou pauvre.

Ce n'est pas une arme anti-délocalisation. Un exemple : si la TVA augmente, le prix du tee-shirt acheté à une entreprise chinoise ne variera pas pour l'exportateur. Il sera seulement plus cher pour le consommateur français. En conséquence il y aura une protection pour le travailleur français qui fabrique des tee-shirts en France si le coût du travail en France baisse drastiquement. Mais soyons  sérieux, on ne pourra pas faire travailler les français au prix du travailleur chinois avec 3 ou 4 points de charges sociales en moins. Il y a donc des secteurs (comme le textile) où la bataille ne sert à rien, au moins pour les produits à faible valeur ajoutée, typiquement un tee-shirt. Pour le haut de gamme, le luxe, et certains services à fort contenu technologique c'est différent. Mais là le prix n'est pas le critère premier de choix mais la qualité et d'autres facteurs comme la sécurité, la réactivité, la réputation, l'innovation. De celà on ne parle pas, car si la TVA touche tous les produits, on ignore la complexité et le besoin d'excellence qui font la différence. Les emplois non qualifiés ne pourront être aisément conservés que dans les secteurs non soumis à la concurrence mondiale. Il en reste beaucoup : métiers de services de proximité, caissièr(e)s, vendeurs, coiffeurs, magasiniers, apprentis, ouvriers et employés du batiment, travaux publics, du secteur public et de la santé etc.

Tout celà montre que la question n'est pas simple, pas aussi simple que le raisonnement de l'exécutif.

La frénésie qui s'empare du gouvernement sur ce dossier est un mauvais signe. On le met au dessus des priorités alors qu'aucune réflexion d'ensemble n'est menée. Si on en revient aux fondamentaux de l'action publique, quelle est l'analyse qui justifie la mesure ? Un problème français de compétitivité oui mais encore ...

Quels sont les secteurs industriels qui ont disparu de France ? Quels sont ceux que nous voulons développer à l'avenir ? Quels secteurs de pointe sont utiles à l'émergence de la société de l'information et de la connaissance ? Quel est le bon niveau d'intervention ? Devons nous les travailler à l'échelon local, national ou européen ? Quel est et doit être le rôle de l'Etat, des collectivités et des entreprises ?

C'est tout cet énorme travail d'analyse et de mise en perspective en amont qu'on ne voit pas du côté de l'Elysée et de nos gouvernants. Un instrument isolé comme la TVA sociale ne sera pas suffisant pour définir une politique industrielle digne de ce nom si par hasard c'était le but. Pour l'instant, il ne s'agit que d'une mesure à caractère électoraliste décidée de façon impulsive et brouillonne par le locataire de l'Elysée. Sa politique semble dictée par l'instant et le simplisme. Je l'imagine en train de lire un bulletin de paie d'un salarié et de regarder les lignes où il peut intervenir dans une espèce de jeu à somme nulle où il s'agit de redistribuer du salaire à coup de subterfuges (comme celui des heures supplémentaires défiscalisées). Une méthode de comptable qui le dispense de réfléchir à un système d'ensemble cohérent. Comme si toute la mondialisation et ses enjeux étaient contenus dans un bulletin de paie et n'avait rien à voir avec toutes les discussions qui ont lieu à l'OMC entre autres. Le bon niveau d'intervention pour un président c'est celui qui consiste à faire de l'UE une zone de coopération et non de compétition. L'UE n'est pas qu'un vaste marché intérieur.

C'est donc malheureusement beaucoup plus complexe et long à mettre en oeuvre. Mais c'est ça qui est épuisant avec Sarkozy, il faut qu'il se rende compte que le mur existe en allant dans le mur tout seul dans son coin. D'où cette succession d'annonces de réformes votées à la vite, avortées ou mises en place et détricotées au fur et à mesure du constat de leur inanité. Cette méthode faite d'empirisme et de volontarisme a été portée à son paroxysme avec cette idée de TVA sociale ni vraiment pensée en tant que telle, ni positionnée au sein d'une politique globale. Sarkozy n'est qu'un agitateur d'idées, en rien un bâtisseur.