Les crises sont source d'opportunités lit-on dans les bouquins de management et de marketing. Il faut croire que la théorie a raison. La crise financière et économique qui sévit depuis 2007 a entraîné une modification profonde et inattendue des règles de gouvernance mondiale favorisant l'interventionnisme. Un changement idéologique - le curseur bouge à gauche - est à l'oeuvre dans les rapports public - privé et Nord-Sud mais la politique ayant sa propre dynamique, il faut rester prudent.
On peut lire sur ce site, le communiqué final du G20 de Pittsburgh (en anglais).
En substance, je retiens quelques points clés :
- Le lancement d'un "framework" : un cadre règlementaire d'actions coordonnées pour "une croissance forte, durable et équilibrée". On lit même l'adjectif "croissance verte", preuve que l'écologie gagne du terrain ...
- La consécration du G20 comme forum principal des acteurs clés du monde économique. avec des sommets réguliers, notamment en France en 2011 (juste avant 2012 ...).
- Le renforcement des règles comptables IFRS pour limiter la prise de risques inconsidérés et standardiser les bonus.
- L'accroissement du rôle du FMI en triplant ses ressources et en rééquilibrant les droits de vote vers les pays émergents. Un acte de compassion habituel : un couplet sur l'aide aux payx pauvres. DSK a atteint cet objectif qui figurait dans son projet de candidature à la direction du FMI mais il faudra juger les actes concrets.
- Le maintien d'une économie ouverte et libre, opposée au protectionnisme. La globalisation de l'économie est toujours considérée comme "heureuse" ou "bénéfique". La finalisation des accords de Doha reste l'objectif de l'OMC en 2010.
C'est naturellement le dernier point qui fait l'objet des critiques les plus virulentes à gauche. La concurrence libre et non faussée constitue la pierre angulaire du système libéral. Il est certain que ce texte soumis à une consultation populaire ne passerait pas la rampe dans tous les pays. Même la ratification parlementaire pourrait se heurter à des difficultés.
A l'instar du projet européen à ses débuts, ce sont les bases d'une gouvernance mondiale par le haut (impulsée par les chefs d'Etat ou de gouvernement) qui se profilent. Comme après une guerre, il est frappant de noter cette prise de conscience du politique dans l'action économique, anticipant l'adhésion des peuples. Le parallèle avec les mesures prises après 1945 est tentant, notamment cet effort de reconstruction et de réformes.
La sphère publique a t-elle sauvé la sphère privée ? Oui sans doute. Le marché (ou plutôt les marchés) a t-il rendu les armes ? Non, pas du tout. Il est même probable que les lecteurs les plus attentifs des conclusions du G20 auront noté un futur terrain de jeu pour spéculateurs et investisseurs : la croissance durable et les taxes carbone. Dans un environnement libéral, les bulles et les crises sont en permanence en gestation entre deux cycles. Ne dit-on pas que l'inquiétante et influente banque d'affaires Goldman Sachs prépare déjà les stratégies de conquête de ces nouveaux marchés.
La gouvernance économique mondiale en est encore à ses débuts. Tant qu'elle restera pour partie entre les mains d'acteurs incontrôlés, les crises se succèderont. Toutes les conclusions ne sont pas encore tirées de la crise en cours, le G20 le reconnaît lui même. L'action publique a sans doute évité le pire, à savoir la grande dépression des années 1930. Malgré la poussée du chômage un immense soupir de soulagement a été poussé sur toutes les places financières depuis le printemps dernier : le capitalisme ne s'est pas autodétruit.
Sur le plan politique, le résultat dans les urnes est disparate : certains gouvernements comme au Japon ou en Angleterre sont sanctionnés, d'autres comme en Allemagne ou en Italie sont confortés. La prime est à l'activité et au mouvement. Le clivage gauche droite a peu joué. Nous savons ce qu'il nous reste à faire.





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