Economie

La réforme fiscale sur de meilleurs rails

Rails
J'avoue que la tournure des évènements m'inquiétait quand il s'est agi de planifier la réforme fiscale de début de quinquennat. Beaucoup d'impôts et de taxes visibles tout de suite (la CSG), et un report emblématique : la suppression de la taxe d'habitation que beaucoup attendaient. Le discours de politique générale m'a - je l'avoue - singulièrement refroidi sur l'ardeur réformatrice du gouvernement. Les pensées en altitude du président m'avaient séduites intellectuellement mais les dispositions concrètes du premier ministre m'avaient déçu, tant la rigueur comptable tenait la corde des priorités.

Heureusement Zorro est arrivé. Zorro c'est Emmanuel Macron. Il a recalé deux mesures phares dans un avenir proche : la TH et l'ISF. Ouf. On fera bien des choses en 2018 et sans attendre la fin du quinquennat, ce que personne n'avait annoncé quoiqu'en dise le porte parole du gouvernement.

Si on se prenait le feu croisé des insoumis qui crient à l'austérité, des droitiers qui crient à la trahison des promesses de campagne vis à vis des retraités (baisse TH contre hausse CSG) et des socialistes qui crient par principe parce que la REM les a dépouillé de leur patrimoine électoral et de leurs subventions publiques, on aurait vite sombré dans l'opinion.

Quoiqu'en dise le pouvoir, il faut écouter la base. Quand même les macronistes se mettent à tousser, il faut changer rapidement. Ce n'est pas la moindre qualité d'Emmanuel Macron que de savoir écouter.


Social-libéralisme

Un article de Slate m'a convaincu de dire mon accord avec le social libéralisme. De social démocrate je me droitise encore ... diront les détracteurs. Eh bien soit. Je préfère assumer une étiquette de libéral de gauche que de social démocrate de droite. Ou pire de socialiste de façade. Social-traître ... peu importe.

Les insultes et le mépris de certains "camarades" ne me font pas peur. Les Filoche, Hamon, Paul et Baumel n'appartiennent pas à ma gauche. Pas plus que les communistes et les Verts rouges. Je connais le monde de l'entreprise privée, le monde du risque et de la rémunération variable, le monde du travail et de la gestion. Ce n'est pas pour me laisser impressionner en économie par des gens qui n'ont pour horizon que les syndicats les plus conservateurs, la fonction publique (respectable au demeurant) et les appareils politiques les plus sclérosés. Quand j'entends des apparatchiks ou des activistes théoriser autour de l'exploitation des salariés et de la lutte des classes, ça me fait fuir désormais. Oui j'approuve les théories économiques de John Stuart Mill ou de John Maynard Keynes. Pas celles de Milton Friedman ou d'Adam Smith, ni de Karl Marx ou de Piketty. J'aime bien Schumpeter. Je ne suis pas convaincu par Ricardo.

Bref, je fais de l'économie de marché la règle et le secteur public marchand l'exception.

Social-libéral certes mais toujours au PS pour l'heure. Et tant pis si la mode est à Corbyn ou à Sanders. Ces gens là sont sympathiques mais n'ont aucune chance d'arriver au pouvoir dans de grands pays libéraux comme les Etats-Unis ou l'Angleterre.

La recomposition politique de 2017 va arriver plus vite qu'on ne croit. Je sais avec quel leader politique je me sens à l'aise. François Hollande est le présent. Manuel Valls et Emmanuel Macron sont l'avenir. Il sera toujours temps de changer de structure politique si l'existant ne change pas, si le PS ne se dépasse pas. C'est un choix que je ferai le moment venu.

 


Le chômage juge de paix

Il est impossible de reconnaître qu'on s'est trompé. C'est vrai pour un électeur ou un élu. Personne ne reconnaît s'être trompé ou avoir fait une erreur ... Le faire c'est se mettre en position de faiblesse évidente, c'est s'exposer comme quand on a menti à ne plus être crédible à l'avenir pour un élu ou à ne plus pouvoir ronchonner à loisir pour un électeur. 

Oui, c'est vrai pour un électeur. Admettons qu'il vote pour un candidat qui le déçoit ou qui n'a pas les résultats escomptés. Ce sera exclusivement de la faute de l'élu. Jamais l'électeur ne se remet en cause. Il dira avoir été trahi. Il dira qu'il voulait autre chose et que les politiques sont bien tous des menteurs. Le discrédit des politiciens qui ont beaucoup biaisé est passé par là. Par l'absence de résultats, ou des politiques contraires à celles que les électeurs attendaient.

C'est aussi vrai pour un élu. Ainsi de Chirac en 1995 avec Juppé qui abandonne la thématique de la fracture sociale pour imposer la rigueur qui lui coûte la défaite de 1997 lors de la dissolution. Ainsi de Jospin en 2002 qui n'avait pas compris qu'une politique de gauche qui crée de l'emploi en masse se fracasserait sur une augmentation du chômage et une montée de l'insécurité à la veille du scrutin dans les derniers mois de son mandat. 

Le chômage est une variable clé pour comprendre les résultats des élections, notamment présidentielles. Il faudrait analyser chaque résultat de présidentielle pour voir si le chômage grimpait ou descendait avant le scrutin. La montée assure l'échec. La baisse ne garantit pas la victoire mais semble indispensable.

De toute façon les électeurs ont zappé à chaque fois ou presque depuis 1981, date de la première alternance sous la Vème république. Gauche 1981, Droite 1986, Gauche 1988, Droite 1993 et 1995, Gauche 1997, Droite 2002, Droite 2007, Gauche 2012 et on sait que la Droite est bien placée pour 2017 ... Avec en fait une seule continuité en 2007 de Chirac à Sarkozy car le chômage a baissé régulièrement entre 2005 et 2007. 

Il est presque trop tard pour Hollande, quand on sait qu'on est à vingt mois de la prochaine élection en mai 2017. Le chômage continue de monter et le sentiment largement entendu (surtout à droite bien sûr) est quoiqu'il arrive, qu'il aura échoué sur ce chantier majeur. Il s'est lui même mis dans une situation quasi impossible en liant son bilan à ce résultat. J'entends dire qu'il se présentera quand même ... Une absence de résultats sur le front du chômage sera fatale à Hollande. Nous en serons réduits à une candidature de témoignage en 2017 en cas d'échec c'est à peu près certain, comme en 1995. Je ne pense pas que Hollande renoncera, il dira que personne ne fera mieux que lui de toute façon et donc qu'il assumera ses responsabilités jusqu'au bout. Il est vrai que Valls ou un autre seraient en mauvaise posture dans ce contexte. 

Il reste à comprendre pourquoi il n'y a aucun résultat tangible après 3 ans et demi ... Beaucoup de causes sont possibles. On évoque en vrac : le mur de l'argent, la résistance des patrons qui ne jouent pas le jeu, une conjoncture internationale peu porteuse, une gestion trop serrée de la dépense publique avec une fiscalité excessive, une désindustrialisation de la France, les atermoiements et la lenteur des mesures en début de mandat, ... C'est sans doute un peu tout ça. Aucune raison ne se dégage clairement. Les lois Macron sont un progrès mais auront peu d'impact immédiat. Le pacte de responsabilité lui joue enfin à plein, mais la diffusion est lente.

C'est en fait la lenteur de nos procédures légales et réglementaires qu'il faut déplorer. Macron a bataillé longtemps pour faire passer sa loi et a fini avec le 49-3. Je pointe pour ma part du doigt la technostructure de Bercy. Celle qui a un pouvoir considérable par rapport aux politiques. Ces hauts fonctionnaires qui font traîner les dossiers ou qui les orientent à leur gré. Je crois beaucoup à cette thèse car nos ministres ne sont pas tous au top niveau et se font manipuler. Un type qui leur a cédé beaucoup je le crains car c'était un strauss kahnien convaincu, c'est Pierre Moscovici. Manque d'autorité et de force. Montebourg était un saltimbanque, ni sérieux, ni crédible. Un type fantasque incapable de jouer collectif et pourtant doté de beaucoup de charisme. Macron a plus de caractère et de compétence je le crois. Il a redressé l'image du ministère de l'économie et il a le sens du travail collectif ... Je crois que c'est lui l'avenir. Mais il n'est pas là depuis assez longtemps. La leçon à tirer serait d'avoir des poids lourds à ces postes clés et moins d'affidés politiques.

Je suis perplexe sur nos chances de redresser la barre à temps. Je croise les doigts pour que la science politique de François Hollande nous sorte de ce mauvais pas. 


Quand Rocard oublie le Front Populaire et Blum sur la loi bancaire de 1973 !

Je suis un fervent admirateur de Rocard mais je suis un peu déçu d'une interview qu'il a donnée en 2013 destinée à "dévoiler le pot aux roses" de la loi bancaire de 1973.

Il est un peu compliqué de résumer en quelques mots la thèse de Rocard mais en substance il stigmatise la soumission de l'Etat aux marchés financiers qu'aurait créée cette loi et l'impossibilité pour l'Etat de se financer à bas taux. Sauf que c'est totalement inexact et qu'on ne doit pas cette réglementation à Pompidou et aux Rothschild (banque dont Pompidou était issu), mais à ... Léon Blum !

Si on prend la peine de lire les textes et les débats de l'époque ainsi que les économistes qui ont analysé la loi de 1973, on se rend compte que c'est Léon Blum (!!) qui en 1936 a promulgué une loi qui empêche le financement du Trésor Public par la Banque de France. Et ce dans une optique de bonne gestion ! En 1936, le Front Populaire dirigé par un vrai homme d'Etat sait que la dette publique excessive est l'ennemie de la gauche au pouvoir (et même de tous les gouvernements), tant la dette prive le pouvoir d'indépendance financière et de marge de manoeuvre. Blum vient d'assister à la montée du nazisme en Allemagne en raison d'une hyperinflation créée par l'émission absolument sans contrôle d'argent gratuit qui a ruiné les épargnants et toute l'économie allemande. Hitler est arrivé au pouvoir sur ce champ de ruines. Blum en mesure les conséquences et ne veut en aucune manière voir ce désastre se propager en France.

La loi bancaire de 1973 n'a en réalité fait que reconduire cette disposition de bonne gestion en modernisant les statuts de la Banque de France. Rocard devrait le savoir ... La finance n'est pas le parasite de l'économie réelle que les extrêmes pourfendent.

Ainsi, quand Hollande dit en 2012 au Bourget que son ennemi c'est la finance, c'est aux fonds vautours et aux spéculateurs qu'il pense, pas aux institutions financières qui placent l'argent des épargnants sur la dette des pays, un peu à l'image des emprunts Pinay ou Barre ou du grand emprunt Juppé-Rocard ! Là encore il ne faut pas céder à certains raisonnements simplistes qui font de La Finance présentée comme un tout, un ennemi aussi caricatural que dans les tracts des extrêmes avec chapeaux haut de forme et gros cigares. Rocard semble oublier ce qu'il affirme depuis longtemps : le monde est complexe et les solutions ne peuvent se réduire à des "y a qu'à" ...

Plus récemment encore, Tsipras en Grèce ne dit rien d'autre, qui veut absolument réduire une dette insoutenable. Mais il veut rester dans l'euro et bénéficier des moyens de la BCE ! La dictature des colonels est bien plus rude pour la démocratie que celle des marchés financiers avec qui il est toujours possible de négocier si on appartient à l'Union Européenne.

Il est paradoxal aujourd'hui de voir Dupont-Aignan, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et d'autres contempteurs de la BCE expliquer qu'il n'y a qu'à rétablir "le crédit gratuit" par les banques centrales pour retrouver de quoi financer toutes les promesses délirantes dont ils sont coutumiers.

C'est le chemin de la ruine qu'ils proposent et je regrette vraiment que Rocard leur ait donné son blanc-seing en oubliant de relire son histoire des finances publiques et de la dette souveraine avec plus d'attention.

Il faut savoir que la critique de Rocard est de toute façon obsolète parce que la loi de 1973 a été abrogée pour être remplacée en 1992 par le traité de Maastricht et le TFUE que Michel Rocard a - contre toute logique - appelé à voter (!) alors que ces traités contenaient de façon encore plus explicite l'interdiction faite à la BCE de financer gratuitement ou à faible taux les Etats membres. Rocard semble parfois dépassé par la vitesse des mutations de ce monde. Il a encore des fulgurances magistrales mais je le regrette profondément pas sur ce dossier ô combien important. 

Ps : quelques liens instructifs sur la loi de 1973.


Pour un vrai virage économique, il faut donner carte blanche à Emmanuel Macron

J'avais écrit par le passé toute ma déception et ma frustration après l'explosion en vol de la candidature de DSK en 2011. J'avais même renié mon mentor tant j'étais furieux qu'il n'ait pas su contrôler ses pulsions. Le temps a passé. Mes regrets sont toujours vifs quand je vois le bilan actuel sur le chômage mais c'est bien du passé maintenant. DSK est hors-jeu et il restera à sa place de commentateur, rien d'autre.

Il faut partir des réalités d'aujourd'hui. Hollande a été élu, Sarkozy battu et la gauche gère le pays avec difficulté sur le plan économique, malheureusement sans résultat probant à ce jour. La dette continue d'augmenter, le nombre de chômeurs aussi, les déficits restent importants. L'évolution de la doctrine social-démocrate d'une majorité du PS français a pourtant été très sensible sous l'impulsion du trio Hollande - Valls - Macron, mais se heurte à de nombreuses résistances. Le gouvernement est "pro-business" pour parler franglais, "pro-entreprises", et même trop pour certains qui au PS appellent à en faire davantage pour les autres acteurs que sont les ménages et les collectivités.

Au centre des débats, le retour sur investissement fait en faveur des entreprises est trop faible. Les employeurs ont réclamé à cors et à cri des abaissements de charges, une simplification massive des procédures et la levée de verrous réglementaires et légaux pour commencer à investir et embaucher. Le pacte de responsabilité et la loi Macron ont été votés. Mais sans aucun résultat sur la fameuse courbe du chômage à ce jour. 

Hollande a pourtant parié sur l'inversion de cette fameuse courbe en 2016 pour justifier sa candidature en 2017. Il avait été imprudent de parier sur cette inversion en fin 2013. Trois ans de plus seront nécessaires ce qui interroge sur la politique suivie ne le cachons pas. Une politique qui met autant de temps à produire des effets alors que les autres pays sont déjà dans la baisse du chômage ou même au plein emploi (comme en Allemagne) peut laisser dubitatif. 

J'ai eu une conversation intéressante hier sur le marché de ma ville où je faisais campagne pour Claude Bartolone pour les régionales. Une dame à l'accent anglais nous a interpellé sur les migrants de Calais qui voulaient absolument rejoindre l'Angleterre. Je lui disais qu'ils voulaient aller là bas parce que le travail au noir était facile et qu'on ne demandait pas de papiers aux étrangers. Elle m'a rétorqué que c'est aussi parce que ces gens acceptaient de travailler beaucoup pour peu d'argent. La question d'échanger de la précarité contre du travail est vieille comme le monde. Mais il est vrai que le chômage est faible en Angleterre et en Allemagne.

Faut-il accepter des baisses de salaire ou des horaires étendus contre la promesse d'un travail ou de conserver son travail ? Les libéraux, la droite classique, n'hésitent pas et disent oui. Mieux vaut un travail à bas coût qu'un chômage fortement indemnisé. Ils préconisent en conséquence de revoir à la baisse les indemnités de chômage, de réduire les périodes d'indemnisation, de sanctionner les chômeurs qui ne recherchent pas activement un emploi, d'augmenter la durée du travail. La politique de gauche traditionnelle suggère elle au contraire de renforcer les droits des salariés, d'augmenter les salaires de façon à booster la consommation, source de croissance et d'emploi, et de relancer l'investissement public pour donner des débouchés aux entreprises. L'extrême droite elle surfe sur l'idée que tous les maux viennent des étrangers. Si on les retirait du circuit économique, on serait moins nombreux à partager le gâteau et tout irait mieux. Tout cela est connu et convenu. Les discours sont les mêmes depuis trente ans ou plus.

Le chemin suivi par le gouvernement de Valls est plus nuancé. Il fait un effort considérable envers les entreprises mais ne veut pas empiéter sur les droits des salariés. Les maladroites tentatives du futur ex ministre Rebsamen de revenir sur les seuils sociaux ont été mal perçues et sont pour tout dire la marque d'un manque d'analyse des causes profondes du mal français, la soumission à un lobby patronal sans réflexion sérieuse. Je crois que Macron devrait reprendre le ministère de l'économie et du travail sous sa coupe avec un ministre délégué pour vraiment prendre à bras le corps la question de l'emploi comme il sait le faire, avec cohérence, profondeur et vision d'ensemble.

Il n'y a pas de baguette magique pour revenir au plein emploi. Sinon ce serait déjà fait. Mais je ne crois pas qu'on doive renoncer à nos acquis sociaux sous prétexte que les pays à bas coûts nous concurrencent. Ce serait sortir par le bas de la crise. Pour autant, j'aimerais - mais je rêve politiquement - qu'on donne les clés et carte blanche à Emmanuel Macron pour définir un plan de lutte contre le chômage avec obligation de résultat sous dix huit mois. Soit fin 2016. La date que s'est fixé Hollande pour décider de se représenter ou non. 


Militer en 2015 pour l'ouverture au monde

Que signifie militer en 2015 ? A droite ou à gauche, il y a une vraie interrogation à ce sujet. En cause la présidentialisation des partis politiques transformés pour une large part en écuries pour la désignation du candidat des partis majeurs LR et PS. Mais la France est-elle la bonne échelle ? La nation française est-elle encore la bonne dimension pour répondre aux questions du temps présent. J'en doute. Mais pas les Français en majorité malheureusement.

En fait et c'est valable aussi bien pour les partis de gouvernement que pour le FN, c'est une évidence les partis ont besoin de militants pour avoir des élus. Sur les 65 000 votants du PS et 95 000 votants de LR dans leur congrès respectif combien sont élus ? Une majorité sans doute au PS qui compte 36 000 élus et une forte proportion à droite. De simple conseiller municipal à président de la république il y a toute une panoplie d'élus, bénévoles pour la plupart mais dont l'engagement se traduit par un mandat local ou national. Rien de scandaleux là dedans. Quand on dit qu'il y a trop d'élus on oublie de dire que la plupart d'entre eux n'ont ni indemnités ni avantages particuliers. Ce sont en quelque sorte de grands électeurs chargés de représenter les électeurs de leur circonscription ou commune et de gérer les services publics de proximité. C'est une tâche noble mais éloignée des enjeux majeurs de mon point de vue.

Les grands débats idéologiques ne font pas partie qu'on le veuille ou non du passé. Il n'y a certes aucune remise en cause du système capitaliste ou de l'économie de marché parmi les formations majeures. Il y a en revanche une contestation de la mondialisation et de l'échelon européen qui profite au FN. La question que nous devrions nous poser au PS est celle là : faut-il comme Montebourg plaider pour une démondialisation, une économie moins globale, plus protégée voire protectionniste ? Un retour en arrière en somme. Ou bien démontrer les avantages d'une économie ouverte, d'une société multiculturelle et diverse qui profite des échanges et d'une mutation en profondeur des métiers pour les personnes et des nouveaux biens et services dans un monde connecté en permanence. Voilà un vrai et beau débat militant où chacun pourrait s'exprimer pour dire le monde dans lequel nous voulons vivre.

A ce sujet, la question du référendum de 2005 sur le TCE a été une occasion de débat et j'ai regretté pour ma part le refus d'ouverture, la peur, la volonté du repli sur soi d'une majorité de Français. C'est une grande occasion démocratique de perdue aussi car il faut bien reconnaître que le traité constitutionnel a été adopté par la bande ensuite, suite à l'élection de Sarkozy en 2007. Mélenchon a essayé d'en faire un sujet majeur avec sa VIème république mais finalement l'opinion n'a pas suivi faute d'échéance précise : les dirigeants ont pris garde ne plus demander son avis au peuple sur la question. Le vote de protestation en faveur du FN (le seul vote anti-système) s'est développé. Il était facile d'expliquer que les tenants de la mondialisation et de l'UE, soi-disant républicains, ont fait obstruction à un vote démocratique. Le rejet du politique s'est aggravé.

Je crois que militer en 2015 a encore du sens. Sur les grands sujets de société, sur le cap économique, sur les crises sociales et écologiques, nous avons un message à faire passer dans l'opinion. Il est rageant que l'électeur se soit transformé en consommateur de politique publique qui se préoccupe davantage du prix des services publics (des impôts et taxes) que de leur finalité et de la qualité des services rendus. Il faut redonner de la hauteur de vue sur tous ces sujets. La difficulté pour l'échéance majeure, la présidentielle, réside dans le fait que si l'on fait de la mondialisation, de la place de la France dans le monde, l'enjeu majeur du débat national, cela mette au centre des débats le FN et ses thèses souverainistes et nationalistes. Faut-il en avoir peur ? Faut-il refuser ce débat ? Non, au contraire. Il faut affronter les mythes et les peurs. Il faut comme Valls et Macron dénoncer les mauvaises réponses à de bonnes questions comme le disait Fabius il y a 30 ans ... Trente ans déjà. Il est temps.  


Un combat économique pour des résultats concrets et des valeurs positives à partager

Les commentateurs se demandent si François Hollande a amorcé un virage social démocrate du point de vue de sa politique économique à l'occasion de ses voeux. Dans les grandes lignes, la question est de savoir si la ligne économique du gouvernement tourne le dos aux traditionnelles politiques de relance dites keynésiennes pour une politique de l'offre destinée à restaurer la compétitivité des entreprises. Les avis sont partagés. J'écoutais ce soir Bernard Cazeneuve interviewé sur LCI dire qu'il n'y avait aucun changement de discours, juste une cohérence affirmée en matière de stratégie économique du gouvernement. Je suis persuadé que le débat théorique n'a pas grand intérêt aux yeux des Français mais que les questions sur le cap suivi appellent des réponses.

Une politique publique n'a pas à être mesurée à l'aune de l'idéologie ou de la théorie économique. Elle doit être appréciée sur un critère opérationnel : est ce qu'elle donne des résultats conformes aux objectifs ou non. Si on doit considérer que la politique de François Hollande est bonne, c'est d'abord parce qu'elle marche. Ce qui n'est pas encore flagrant. Mais il faut toujours apprécier une politique en fonction du contexte. En ce sens, il est illusoire de croire qu'il n'existe qu'une seule politique possible, par exemple celle de la relance keynesienne, celle qui consiste à donner du pouvoir d'achat aux consommateurs pour qu'ils fassent repartir la machine. Si l'appareil productif d'un pays (comme la France) est trop dégradé, les consommateurs vont acheter des produits étrangers parce qu'ils sont plus compétitifs et donc relancer ... l'économie chinoise ou sud coréenne avec du textile pas cher et des appareils électroniques de Samsung. Relancer sans restructurer notre appareil de production n'aurait eu pour effet que de dégrader notre balance commerciale et c'est bien ce qui s'est produit en 1981 mais surtout depuis dix ans avec un déficit extérieur qui atteint 70 Milliards d'euros. Si nous n'avions pas l'euro, il y a belle lurette que nous aurions dû dévaluer et donc entériner le déclin.

Le diagnostic de François Hollande consistait à dire qu'il fallait commencer par redresser les comptes publics (d'où les hausses d'impôts), puis rétablir la compétitivité des entreprises (d'où les mesures en faveur des entreprises et l'assouplissement du marché du travail) avant de redistribuer du pouvoir d'achat (ce qui est fait mais à la marge pour certaines catégories de population en difficulté). La cohérence est celle là. Y voir la marque d'une social démocratie ou d'un social libéralisme qui rappelle d'autres politiques plus libérales n'intéresse que les experts ou les politiques qui aiment bien les étiquettes.

Le but tangible est bien de faire redémarrer l'économie. Pas tant par la consommation que par l'investissement. C'est tout l'enjeu des actions en faveur des poles de compétitivité, le soutien aux filières numériques et de haute technologie. C'est si l'emploi progresse que sera jugée positive la politique économique du gouvernement. Et si elle marche, personne ne se demandera hormis les spécialistes, si sa conception et son exécution correspondent à telle théorie ou à tel dogme. Il y a beaucoup de pragmatisme et de réalisme chez nos gouvernants actuels, ce qui devrait rassurer les acteurs économiques. La bataille économique comme l'art de la guerre doit tenir compte du terrain, de l'adversaire et du rapport de forces. Il vaut mieux aujourd'hui emprunter à Sun Tzu qu'à Keynes pour déterminer la meilleure stratégie.

Cependant il ne faut pas se tromper car au dessus de la stratégie il existe quelque chose qui s'appelle les valeurs. Dans un contexte de crise et de doutes persistants sur le potentiel du pays, la foi en la justice sociale et la solidarité est en recul. Le chacun pour soi prospère. Le repli sur soi et le pessimisme deviennent les ennemis intérieurs les plus difficiles à combattre. S'il est un terrain où la pédagogie sur le sens de l'action publique est nécessaire, c'est bien celui des valeurs positives que nous souhaitons partager. Il y a d'ailleurs un paradoxe qui mérite débat : comment dire vouloir le bonheur du plus grand nombre quand la bataille économique se livre au détriment d'autres entreprises ou d'autres populations sur qui nous voulons prendre le dessus. En fait, il y a une réponse simple : il est essentiel que chacun se batte à armes égales. Mais la tentation du repli sur soi peut naître d'un sentiment d'inéquité dans la compétition mondiale, d'une France déjà placée dans le camp des perdants. S'il est vrai que certains secteurs sont condamnés au déclin, il est tout à fait possible d'accompagner les mutations et de rebondir ailleurs. C'est ce qu'a toujours fait notre pays, c'est pourquoi il faut faire le pari du succès. 


Les marchés financiers libres sont une illusion. Il faut séparer le vrai crédit du casino boursier

Une douzaine de traders de grandes banques d'affaires a été mise en cause pour une énorme manipulation du marché des devises à Londres, le Forex. Ces traders viennent d'être démasqués par l'enquête menée par une autorité indépendante de contrôle de l'activité des banques (la FCA). Des conversations par chat (messages électroniques privés) prouvent que ces traders échangeaient entre eux des informations sur les ordres de bourse passés par leurs clients et pouvaient ainsi en tirer des profits personnels importants. Certains parlent de pertes allant jusqu'à 5% du portefeuille des clients. Quand on connaît les sommes brassées tous les jours sur ces marchés, les montants spoliés peuvent être colossaux.

La FCA n'est pas exempte de critiques dans cette affaire car les échanges suspects avaient été décelés dès 2009 par la banque Morgan Stanley. C'est la même autorité (ou plutôt son prédécesseur la FSA) qui avait supervisé les banques lors des scandales de 2007-2008. Le temps passant, il est de plus en plus difficile de retrouver les traces des opérations douteuses.

Ce scandale financier vient mettre à mal une nouvelle fois l'idée que l'autorégulation est suffisante pour un fonctionnement optimal des marchés. Pire, il est prouvé que les "autorités indépendantes" du type FCA qui sont issues du sérail (ce sont les banques qui fournissent les fonds et les administrateurs) sont incapables de contrôler de façon réellement indépendante ces marchés. Une autorité publique serait sans doute plus pertinente à condition de pouvoir recruter des spécialistes du fonctionnement bancaire. La clé est en effet la compréhension intime des mécanismes financiers mis en oeuvre. L'ingénierie financière ayant atteint des degrés extrêmes de complexité et d'imbrication, il est illusoire de vouloir confier à de simples contrôleurs de gestion ou des agents des impôts ce type d'opérations. Ce qui complique encore la donne c'est que les banques créent eux mêmes leurs propres instruments financiers qui ont toute l'apparence de la légalité.

Ainsi les fameux "subprimes" en 2008 avaient-ils tout le crédit possible et même au delà car ces crédits étaient notés AAA, la note la plus élevée. 

La course à l'ingénierie financière est épuisante car elle est sans fin. Le régulateur court derrière la dernière invention du financier ou du banquier. Celui ci plaide qu'il agit pour la liquidité du marché et la fluidité des échanges. Il invoque le libre fonctionnement du marché comme aux premiers temps du troc pour justifier ses opérations. Mais dans l'antiquité, le paysan égyptien qui échangeait une récolte de blé contre un troupeau de vaches a pu faire une bonne affaire ou une mauvaise. Il savait ce qu'il échangeait. Aujourd'hui plus personne ne sait ce qu'il échange. Peut-être de l'argent contre du vent.

Les Etats ont besoin des marchés financiers pour se financer. Les grandes entreprises également. Il ne saurait donc être question de casser totalement l'instrument financier. Mais pour le ramener à son usage premier (le financement d'activités réelles), il faudrait véritablement séparer l'activité de spéculation des banques et l'activité de crédit. Les mises de jeu des traders ne doivent pas provenir des portefeuilles des particuliers ou de la trésorerie des entreprises. La meilleure façon d'y arriver c'est de couper l'interconnexion des tuyaux internes dans les banques qui permet toutes les manipulations.

C'est la promesse N°7 du programme de François Hollande. Il est question de courage face aux lobbies financiers. On ne sait ce que les banques opposent comme argument si ce n'est la menace de faire remonter les taux de financement de l'Etat aujourd'hui historiquement bas. Des milliards sont en jeu de part et d'autre. Mais le risque systémique est phénoménal. Si une banque tombe en raison de ses spéculations mal maîtrisées (comme dans l'affaire Kerviel ou Lehman Brothers), d'autres banques peuvent tomber dans un effet de domino et c'est l'Etat qui sera appelé au secours. L'urgence de la réforme bancaire et de l'union bancaire n'en est que plus prégnante.


Le SMIC à 9,53€ de l'heure en France, à 8,50€ en Allemagne et à 6,20€ aux Etats-Unis

La gauche est souvent taxée d'être trop généreuse, mais je parie qu'on va dire que l'augmentation de 1,1% du SMIC en France est insuffisante. Il n'y a en effet pas de coup de pouce annoncé au 1er janvier 2014 ... donc pas d'augmentation supérieure à ce que la loi prévoit. J'entends d'ici le choeur des lamentations et des récriminations.

Pourtant si l'on compare notre SMIC avec celui des grands pays étrangers concurrents et comparables à la France, les 9,53€ font bonne figure. En Allemagne, c'est même une nouveauté que ce SMIC à 8,50€. Il paraît inconcevable de dire que nos smicards sont bien payés, mais on peut au moins dire qu'ils sont mieux traités si on se compare non pas à la Chine mais à d'autres grands pays développés.

Il faudrait faire une étude plus fine des minima sociaux de plusieurs pays pour en tirer des conclusions sur notre modèle social. Quand on parle de filets sociaux qui amortissent la crise dans notre pays, le SMIC en fait intégralement partie. On connaît les effets pervers de minimas élevés, une forme de smicardisation générale des salariés, mais je n'ai pas le temps de le développer ici. Alors SMIC trop généreux ou non ? Débat classique droite gauche sur le rapport coût efficacité d'une mesure sociale : un SMIC élevé est un atout pour une société respectueuse des plus faibles mais c'est une contrainte pour la compétitivité des entreprises.


L'immigration coûte moins qu'elle ne rapporte à la France

Le déni de réalité est un poison. Seules des statistiques précises et indépendantes peuvent nous dire si certaines affirmations sont vraies ou fausses.

Si on ne doit s'intéresser qu'à un seul chiffre pour démystifier la rhétorique du FN sur l'immigration, prenons celui très officiel du ministère des Affaires sociales en 2010 sur combien coûte l'immigration ?

Sur une année, 48 milliards d'euros sont redistribués aux immigrés. Mais ils rapportent 60 milliards d'euros en impôts et taxes diverses. Le solde est donc très largement positif.

Qui peut dire que les immigrés mangent le pain des Français ? C'est exactement l'inverse. Le mensonge des frontistes est à la mesure de leur incompétence : énorme.