La neige après la pluie ... et les con...tribuables râlent

Anticapitaliste moi ? Non.

En retrouvant il y a une heure ou deux mes vieux diplômes dans un tiroir je me suis fait une réflexion qui peut paraître incongrue. Faut-il faire confiance aux experts ou aux personnes de terrain ? Aux deux bien sûr ... Mais encore. Ma réflexion a ensuite un peu dérivé : faut-il combattre le capitalisme ou en accompagner l'évolution ... Quel est le rapport me direz vous ? De quoi il parle l'autre là ? Je sais, j'écris en même temps que je réfléchis. Je n'ai pas envie de développer ici une grande théorie sur la question mais de faire état de mon expérience personnelle et professionnelle.

Ma réflexion du samedi après midi en vaut bien une autre donc je la partage. Désolé si je suis par la suite un peu long mais j'écris autant pour moi, pour me fixer les idées que pour vous. Et puis personne n'est obligé de me lire. Bref.

Quand j'étais étudiant vers la fin des années 70 début des années 80, j'avais un vieux professeur d'économie à la fac de Sciences Eco de Nancy qui nous expliquait doctement que l'informatique était un secteur bouché. Qu'il était trop tard en 1980 pour y entrer car les grandes entreprises étaient déjà équipées et avaient déjà développé ou acquis des logiciels performants pour les décennies à venir. Le Cobol et le gros ordinateur IBM 370 régnaient en maîtres. Il nous disait - comme d'ailleurs mes profs de droit (Jack Lang entre autres)- de nous orienter vers le droit ou la comptabilité pour avoir une belle carrière. A défaut, de regarder du côté du secteur public. Mais que c'était moins bien rémunéré ce qui était et reste vrai.

Ayant intégré une école de commerce par la suite (l'ICN), j'ai eu d'autres profs plus jeunes et plus brillants (comme DSK eh oui) qui eux nous disaient d'étudier le marketing et la finance, voire la gestion de production. Aucun ne m'a incité à créer d'entreprise ou à travailler dans le domaine de la high tech et des télécoms. Pas vraiment convaincu, j'ai plutôt écouté l'exemple concret d'un type venu nous faire un speech à l'école sur les métiers d'ingénieur d'affaires en informatique (des vendeurs pour faire simple) et de développeur de logiciels (on appelait cela à l'époque l'analyse programmation). En résumé, j'ai préféré l'exemple de l'homme de terrain.

Pour être honnête, j'ai choisi la première voie (commercial dans le secteur informatique) parce que je n'étais pas assez matheux et introverti pour me résoudre à passer des heures à écrire du code et des algorithmes ou pondre des organigrammes. J'ai fait ce métier dans la high tech toute ma vie professionnelle durant et j'ai pu constater à quel point mes professeurs universitaires étaient déconnectés de la réalité et de bien piètres visionnaires. Toute ma vie j'ai été surpris par l'innovation exponentielle et les domaines d'applications multiples de la haute technologie que je proposais à mes clients. J'ai changé sans changer toute ma vie. Je n'ai pas changé de société mais j'ai changé de regard sur le monde dans mon métier ma vie durant. Les sociétés nouvelles, les nouveaux entrants qu'on n'appelait pas encore des start-ups, ont détrôné les IBM et compagnie qu'on pensait perchés éternellement au sommet de la hiérarchie. Beaucoup d'entreprises sont mortes ou ont périclité pendant que d'autres à l'instar des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) devenaient les nouveaux rois du monde numérique (vous l'aurez remarqué on ne parle plus d'informatique mais de numérique ou de digital). Tous les secteurs d'activité des entreprises (production, administration, vente, ...) ainsi que des collectivités et également le quotidien des particuliers (mobilité, comportements d'achat) ont été pénétrés par la digitalisation transformant littéralement le monde. Chaque geste le plus simple de la vie courante est dirigé par la high tech. Quelle transformation en à peine trente ans ... Plus profonde que la révolution industrielle du XiXème siècle. Nous vivons une époque formidable.

Aujourd'hui le plus simple smartphone du particulier contient dix fois ou cent fois plus de puissance, d'intelligence embarquée et de capacité de stockage que les plus gros ordinateurs de la NASA ou du Département de la Défense à qui on doit pourtant l'internet et la conquête de la Lune, de même que des armes de destruction massives plus dissuasives que la première bombe A. Le progrès technologique a irradié le coeur des activités humaines.

Avec le recul, il est facile de juger mal les anciens experts et les sachants - certains de mes professeurs - qui n'ont rien vu venir. Beaucoup ont eu tort de moquer les petits génies créatifs ou visionnaires qui ont bouleversé le monde en l'espace de quelques années. Les Larry Page, Sergei Brin, Steve Jobs, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos ... ont souvent compris qu'il fallait être le premier sur un marché pour réussir, tant la capacité de compréhension et d'imitation est grande de par le monde, tant la force d'une idée peut transformer le monde à la vitesse de l'éclair. Ce qui prenait des dizaines d'années à réaliser peut être réalisé en très peu de temps à condition d'avoir la bonne idée en premier et de convaincre les détenteurs de capital (les capitalistes honnis) à financer l'innovation. Innovation qui profite certes beaucoup aux créateurs et aux financiers mais aussi à tous ceux qui s'en servent au quotidien. Qui veut revenir à l'encrier du stylo à plume de mes débuts ? Ou au Minitel. Ou au téléphone à clapets. Personne sauf quelques excentriques.

Evidemment il n'est pas question de nier les dysfonctionnements du capitalisme (qui n'est pas le libéralisme) notamment sur la question des inégalités et des atteintes à l'environnement, ou sur les excès de la financiarisation de l'économie. Tel n'est pas mon propos ici. mais quand on cherche une alternative au capitalisme, personnellement je n'en vois pas. La création détruit certes le monde ancien. Mais elle le régénère par la même occasion. Elle le propulse. La force du capitalisme n'est pas tant dans sa capacité à générer du profit qu'à savoir tirer parti de l'innovation et du progrès en faisant l'alliance du capital et du travail. On ne peut pas défendre le travail si on combat le capital. Voilà pourquoi je ne crois pas à la lutte des classes. Pourquoi je ne suis pas anticapitaliste. Il reste la question sociale pleine et entière à défendre me direz vous. Je le reconnais aisément mais pas pour en déduire une opposition stérile.

Le progressisme que je défends politiquement procède finalement de la même analyse schumpeterienne, la destruction créatrice source de progrès économique et social. Dans tous les cas, soyez heureux si vous doutez toujours, si vous abandonnez vos certitudes et si sans cesse vous vous posez des questions nouvelles. Bienvenue dans le nouveau monde. Le monde de Macron ? Oui. Aussi. Mais pas que.

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