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septembre 2015

Macron chat alors !

MACRONLe chat sourit et j'ai souri en lisant cet éditorial de Laurent Joffrin, quand celui-ci écrit au sujet de la popularité de Macron : "C’est aussi parce qu’en temps de crise, l’électorat de gauche fait sienne la maxime de Deng-Xiaoping : qu’importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris". Il est clair aussi que Macron fait parler, fait tourner les rotatives et vendre du papier. Il n'y a personne qui ne soit devenu aussi connu en si peu de temps. Alors qu'il est devenu ministre sur un concours de circonstances il y a un an à l'occasion de la sortie de route d'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, il est aujourd'hui au centre de nombreux débats qu'il crée lui même au besoin. Et surtout il a été à la manoeuvre sur une loi qui porte son nom en ayant concentré nombre de critiques, au point qu'il a fallu le 49-3 pour la voter.

C'est peut-être cette agitation d'idées qui tourne à la crispation permanente pour les plus conservateurs, qui est devenue sa marque de fabrique. Il parle avec brio, conjuguant audace et talent, des problèmes qui travaillent la société française, quitte à ce que ses idées dépassent sa pensée on l'imagine, tant il réfléchit à voix haute. Dans tous les domaines techniques, il a l'envergure d'un futur premier ministre. Je le crois assez proche de Hollande pour le devenir avec un peu de maturité et de contrôle de sa parole s'il s'agit de gérer le pays. Mais ce n'est pas le sujet du moment. Valls restera je le souhaite premier ministre jusqu'au bout. Il est plus doué sur le plan politique et a un tempérament d'autorité que Macron n'a pas manifestement. Macron me rappelle Rocard par certains côtés. 

C'est bien l'héritier de la deuxième gauche sur le plan des idées. Peut-être qu'il se fera manger par les souris en cours de route, mais pour l'instant le chat est vivant et bien vivant.


Liberté de penser contre langue de bois. Macron ? Non c'est Valls l'avenir immédiat.

4578832_6_3ab1_francois-hollande-manuel-valls-et-emmanuel_71872e80fb95fb5a86b6047364054407J'entends Anne Hidalgo ce matin se réclamer de la social démocratie et rejeter le social libéralisme. Elle estime que le centre de gravité du PS doit se situer dans la social démocratie. Son propos se situe dans une critique continue de la ligne dite sociale libérale portée ou incarnée par Emmanuel Macron. Elle manie à la perfection les codes politiques traditionnels. Je suis partagé sur son analyse.

Peut-être a t-elle raison de penser qu'il faut rester bien à gauche. D'ailleurs est ce que Macron va rester dans ce gouvernement ou sera-t-il exfiltré à un moment donné si le ras-le-bol exprimé par la maire de Lille s'étend dans le PS et au gouvernement ? Je ne crois pas. Macron est un atout pour le couple exécutif et un atout pour la gauche comme le pense une majorité (64%) de sympathisants du PS. Au delà, Macron est quelqu'un qui séduit fortement le centre et une partie de la droite. Sarkozy s'est même fendu d'un appel du pied bien dans son style de matamore agressif avec son vocabulaire de chef de bande. En gros c'était "rejoins nous si t'es un homme !" ... Soupir.

Macron a un parcours qui n'a rien d'un politicien professionnel. Je crois qu'il ne fait pas de la politique son objectif ultime. S'il ne devient pas député en 2017, je crois qu'il quittera tout ce bazar, et retrouvera sans problème un métier à sa mesure dans une banque ou une grande entreprise. C'est aussi cela qui plait aux Français. Cette liberté de ton qu'on prêtait à Ségolène Royal, briseuse de tabous et qui avait aussi affronté l'animosité des éléphants et des politiques traditionnels, dont DSK que je soutenais. Je regrette cette période avec le recul. Mais ce que je reprochais à Royal à l'époque, une forme d'autoritarisme et un soupçon de légéreté sur les dossiers, je ne le dirai jamais de Macron.

Aujourd'hui c'est la langue de bois politicienne que j'abhorre. C'est cette maîtrise permanente de la parole, que je déteste maintenant. Les nouveaux leaders d'opinion sont des penseurs libres malheureusement des déclinistes et des pessimistes comme Zemmour, Onfray, Finkelkraut, Sapir, ... qui laissent entendre une musique désenchantée sur le roman national. Et qui font quoiqu'ils disent le lit des droites dures. Il faut leur opposer une parole de gauche décomplexée. Sans aller comme eux jusqu'à emprunter les mots de cette droite et surtout ses antiennes anti fonctionnaires et anti solidarité. 

Il y a une limite à tout cela. Le débouché politique. On ne gagne aucune élection sur la seule popularité d'un homme. Barre, Rocard, Mendès France, Lang, Kouchner étaient populaires sans résultat électoral probant. Je sais que Macron n'a aucun réseau au sein du PS, qu'il ne saura pas s'y prendre pour le structurer. J'entends que des gens se proposent en souterrain de l'aider à prendre d'assaut la citadelle PS. Mais il y a Manuel Valls avant lui. C'est Valls qui doit prendre le parti et en faire un parti moderne et ancré dans le XXIème siècle. Valls s'est recentré grâce à Macron, dont il porte au fond de lui et avant lui les idées. Valls est un animal politique parfait pour la suite. C'est lui que je suivrai sans hésiter pour mener le combat politique majeur qui s'annonce. Langue de bois ou pas. Dans l'intérêt de la gauche réformiste et du pays.


Le chômage juge de paix

Il est impossible de reconnaître qu'on s'est trompé. C'est vrai pour un électeur ou un élu. Personne ne reconnaît s'être trompé ou avoir fait une erreur ... Le faire c'est se mettre en position de faiblesse évidente, c'est s'exposer comme quand on a menti à ne plus être crédible à l'avenir pour un élu ou à ne plus pouvoir ronchonner à loisir pour un électeur. 

Oui, c'est vrai pour un électeur. Admettons qu'il vote pour un candidat qui le déçoit ou qui n'a pas les résultats escomptés. Ce sera exclusivement de la faute de l'élu. Jamais l'électeur ne se remet en cause. Il dira avoir été trahi. Il dira qu'il voulait autre chose et que les politiques sont bien tous des menteurs. Le discrédit des politiciens qui ont beaucoup biaisé est passé par là. Par l'absence de résultats, ou des politiques contraires à celles que les électeurs attendaient.

C'est aussi vrai pour un élu. Ainsi de Chirac en 1995 avec Juppé qui abandonne la thématique de la fracture sociale pour imposer la rigueur qui lui coûte la défaite de 1997 lors de la dissolution. Ainsi de Jospin en 2002 qui n'avait pas compris qu'une politique de gauche qui crée de l'emploi en masse se fracasserait sur une augmentation du chômage et une montée de l'insécurité à la veille du scrutin dans les derniers mois de son mandat. 

Le chômage est une variable clé pour comprendre les résultats des élections, notamment présidentielles. Il faudrait analyser chaque résultat de présidentielle pour voir si le chômage grimpait ou descendait avant le scrutin. La montée assure l'échec. La baisse ne garantit pas la victoire mais semble indispensable.

De toute façon les électeurs ont zappé à chaque fois ou presque depuis 1981, date de la première alternance sous la Vème république. Gauche 1981, Droite 1986, Gauche 1988, Droite 1993 et 1995, Gauche 1997, Droite 2002, Droite 2007, Gauche 2012 et on sait que la Droite est bien placée pour 2017 ... Avec en fait une seule continuité en 2007 de Chirac à Sarkozy car le chômage a baissé régulièrement entre 2005 et 2007. 

Il est presque trop tard pour Hollande, quand on sait qu'on est à vingt mois de la prochaine élection en mai 2017. Le chômage continue de monter et le sentiment largement entendu (surtout à droite bien sûr) est quoiqu'il arrive, qu'il aura échoué sur ce chantier majeur. Il s'est lui même mis dans une situation quasi impossible en liant son bilan à ce résultat. J'entends dire qu'il se présentera quand même ... Une absence de résultats sur le front du chômage sera fatale à Hollande. Nous en serons réduits à une candidature de témoignage en 2017 en cas d'échec c'est à peu près certain, comme en 1995. Je ne pense pas que Hollande renoncera, il dira que personne ne fera mieux que lui de toute façon et donc qu'il assumera ses responsabilités jusqu'au bout. Il est vrai que Valls ou un autre seraient en mauvaise posture dans ce contexte. 

Il reste à comprendre pourquoi il n'y a aucun résultat tangible après 3 ans et demi ... Beaucoup de causes sont possibles. On évoque en vrac : le mur de l'argent, la résistance des patrons qui ne jouent pas le jeu, une conjoncture internationale peu porteuse, une gestion trop serrée de la dépense publique avec une fiscalité excessive, une désindustrialisation de la France, les atermoiements et la lenteur des mesures en début de mandat, ... C'est sans doute un peu tout ça. Aucune raison ne se dégage clairement. Les lois Macron sont un progrès mais auront peu d'impact immédiat. Le pacte de responsabilité lui joue enfin à plein, mais la diffusion est lente.

C'est en fait la lenteur de nos procédures légales et réglementaires qu'il faut déplorer. Macron a bataillé longtemps pour faire passer sa loi et a fini avec le 49-3. Je pointe pour ma part du doigt la technostructure de Bercy. Celle qui a un pouvoir considérable par rapport aux politiques. Ces hauts fonctionnaires qui font traîner les dossiers ou qui les orientent à leur gré. Je crois beaucoup à cette thèse car nos ministres ne sont pas tous au top niveau et se font manipuler. Un type qui leur a cédé beaucoup je le crains car c'était un strauss kahnien convaincu, c'est Pierre Moscovici. Manque d'autorité et de force. Montebourg était un saltimbanque, ni sérieux, ni crédible. Un type fantasque incapable de jouer collectif et pourtant doté de beaucoup de charisme. Macron a plus de caractère et de compétence je le crois. Il a redressé l'image du ministère de l'économie et il a le sens du travail collectif ... Je crois que c'est lui l'avenir. Mais il n'est pas là depuis assez longtemps. La leçon à tirer serait d'avoir des poids lourds à ces postes clés et moins d'affidés politiques.

Je suis perplexe sur nos chances de redresser la barre à temps. Je croise les doigts pour que la science politique de François Hollande nous sorte de ce mauvais pas. 


Small break

Je fais un petit break sur les réseaux sociaux. C'est trop abrasif. On s'y brûle les chairs à force de se frotter à des gens qui ne méritent pas qu'on s'y intéresse ou qui vous font sur-réagir à coup de provocations ou de réactions épidermiques et de formules lapidaires. Lapidaire a une autre signification mais je trouve que l'idée de lapider l'adversaire ou le contradicteur correspond bien à la mentalité de certains de mes interlocuteurs sur ces réseaux.

Je me suis souvent demandé comment faisaient certains pour garder leur calme en toute circonstance face à des individus vindicatifs, péremptoires et parfois grossiers que ce soit dans des discussions privées ou publiques. Il faut une bonne dose de maîtrise de soi, une capacité de résistance hors du commun. Ne jamais prendre les gens de haut, ne jamais péter un cable, ne jamais répondre du tac au tac, rester dans le cercle de la raison, c'est un métier. Les politiques professionnels savent le faire. Je n'en suis pas un donc je réagis autrement, avec sincérité et conviction, donc parfois trop vivement.

Je fais aussi ce petit break pour d'autres raisons plus personnelles, plus intimes, dont je ne parlerai pas. L'abrasivité des relations n'est pas réservée aux inconnus du net, mais aussi à des gens que je connais de près ou de loin et qui envahissent mon cerveau et mon coeur, mon esprit et mon âme. Il est temps de réfléchir un peu à stabiliser tout ça.

Voilà pourquoi je cause ici ce matin. Je veux un peu de paix (je l'ai déjà dit non ?). Je suis de nature calme et sereine, optimiste même. Ca demandera juste un peu de temps. 


La question identitaire, un sujet à traiter en urgence.

L'afflux des réfugiés en Europe pose à nouveau la question identitaire.

Les sondages donnent des indications contradictoires sur l'opinion des Français face à cette vague de migrants. Mais comment s'étonner de chiffres élevés de refus d'accueillir quand le FN vogue si haut dans les sondages et que le parti LR de Sarkozy est fracturé sur la question, tenté par le repli. La gauche reste heureusement majoritairement favorable à la solidarité, généreuse et humaine et à tenir bon sur ses valeurs républicaines.

La peur du grand remplacement tenaille la droite. Les musulmans dont on montre à l'envie les défauts des plus radicaux et le mode de vie différent du nôtre notamment vis à vis des femmes sont pointés du doigt, quasiment obligés de s'excuser des crimes des pires d'entre eux, les salafistes et les fous de Daesch.

Est ce que la question identitaire mérite de devenir le débat central de la prochaine échéance présidentielle ? Si c'est le cas, c'est pain béni pour Marine Le Pen, on se battra sur son terrain. Mais a contrario à rester dans le déni, à ne pas parler d'une vraie question que se pose les Français et à rester sur les questions économiques et sociales, on ne résoudra rien et la plaie restera béante. 

Déminons le terrain en amont de la prochaine campagne. Clarifions nos positions, argumentons sur la chance que peut représenter l'accueil de migrants. Sur la nécessaire coopération pour que les pays se développent. Sur la fermeté indispensable contre les trafics clandestins. Pour ne pas être obligés d'improviser une ligne de défense, acculés dans un débat public. Traitons de la question entre nous avant que d'autres ne répondent à notre place et ne mobilisent les esprits avec leurs idées d'exclusion et de haine. S'il n'est pas trop tard.