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Toi mon p'tit gars je t'ai eu !

Quand Rocard oublie le Front Populaire et Blum sur la loi bancaire de 1973 !

Je suis un fervent admirateur de Rocard mais je suis un peu déçu d'une interview qu'il a donnée en 2013 destinée à "dévoiler le pot aux roses" de la loi bancaire de 1973.

Il est un peu compliqué de résumer en quelques mots la thèse de Rocard mais en substance il stigmatise la soumission de l'Etat aux marchés financiers qu'aurait créée cette loi et l'impossibilité pour l'Etat de se financer à bas taux. Sauf que c'est totalement inexact et qu'on ne doit pas cette réglementation à Pompidou et aux Rothschild (banque dont Pompidou était issu), mais à ... Léon Blum !

Si on prend la peine de lire les textes et les débats de l'époque ainsi que les économistes qui ont analysé la loi de 1973, on se rend compte que c'est Léon Blum (!!) qui en 1936 a promulgué une loi qui empêche le financement du Trésor Public par la Banque de France. Et ce dans une optique de bonne gestion ! En 1936, le Front Populaire dirigé par un vrai homme d'Etat sait que la dette publique excessive est l'ennemie de la gauche au pouvoir (et même de tous les gouvernements), tant la dette prive le pouvoir d'indépendance financière et de marge de manoeuvre. Blum vient d'assister à la montée du nazisme en Allemagne en raison d'une hyperinflation créée par l'émission absolument sans contrôle d'argent gratuit qui a ruiné les épargnants et toute l'économie allemande. Hitler est arrivé au pouvoir sur ce champ de ruines. Blum en mesure les conséquences et ne veut en aucune manière voir ce désastre se propager en France.

La loi bancaire de 1973 n'a en réalité fait que reconduire cette disposition de bonne gestion en modernisant les statuts de la Banque de France. Rocard devrait le savoir ... La finance n'est pas le parasite de l'économie réelle que les extrêmes pourfendent.

Ainsi, quand Hollande dit en 2012 au Bourget que son ennemi c'est la finance, c'est aux fonds vautours et aux spéculateurs qu'il pense, pas aux institutions financières qui placent l'argent des épargnants sur la dette des pays, un peu à l'image des emprunts Pinay ou Barre ou du grand emprunt Juppé-Rocard ! Là encore il ne faut pas céder à certains raisonnements simplistes qui font de La Finance présentée comme un tout, un ennemi aussi caricatural que dans les tracts des extrêmes avec chapeaux haut de forme et gros cigares. Rocard semble oublier ce qu'il affirme depuis longtemps : le monde est complexe et les solutions ne peuvent se réduire à des "y a qu'à" ...

Plus récemment encore, Tsipras en Grèce ne dit rien d'autre, qui veut absolument réduire une dette insoutenable. Mais il veut rester dans l'euro et bénéficier des moyens de la BCE ! La dictature des colonels est bien plus rude pour la démocratie que celle des marchés financiers avec qui il est toujours possible de négocier si on appartient à l'Union Européenne.

Il est paradoxal aujourd'hui de voir Dupont-Aignan, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et d'autres contempteurs de la BCE expliquer qu'il n'y a qu'à rétablir "le crédit gratuit" par les banques centrales pour retrouver de quoi financer toutes les promesses délirantes dont ils sont coutumiers.

C'est le chemin de la ruine qu'ils proposent et je regrette vraiment que Rocard leur ait donné son blanc-seing en oubliant de relire son histoire des finances publiques et de la dette souveraine avec plus d'attention.

Il faut savoir que la critique de Rocard est de toute façon obsolète parce que la loi de 1973 a été abrogée pour être remplacée en 1992 par le traité de Maastricht et le TFUE que Michel Rocard a - contre toute logique - appelé à voter (!) alors que ces traités contenaient de façon encore plus explicite l'interdiction faite à la BCE de financer gratuitement ou à faible taux les Etats membres. Rocard semble parfois dépassé par la vitesse des mutations de ce monde. Il a encore des fulgurances magistrales mais je le regrette profondément pas sur ce dossier ô combien important. 

Ps : quelques liens instructifs sur la loi de 1973.

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