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Pour un vrai virage économique, il faut donner carte blanche à Emmanuel Macron

J'avais écrit par le passé toute ma déception et ma frustration après l'explosion en vol de la candidature de DSK en 2011. J'avais même renié mon mentor tant j'étais furieux qu'il n'ait pas su contrôler ses pulsions. Le temps a passé. Mes regrets sont toujours vifs quand je vois le bilan actuel sur le chômage mais c'est bien du passé maintenant. DSK est hors-jeu et il restera à sa place de commentateur, rien d'autre.

Il faut partir des réalités d'aujourd'hui. Hollande a été élu, Sarkozy battu et la gauche gère le pays avec difficulté sur le plan économique, malheureusement sans résultat probant à ce jour. La dette continue d'augmenter, le nombre de chômeurs aussi, les déficits restent importants. L'évolution de la doctrine social-démocrate d'une majorité du PS français a pourtant été très sensible sous l'impulsion du trio Hollande - Valls - Macron, mais se heurte à de nombreuses résistances. Le gouvernement est "pro-business" pour parler franglais, "pro-entreprises", et même trop pour certains qui au PS appellent à en faire davantage pour les autres acteurs que sont les ménages et les collectivités.

Au centre des débats, le retour sur investissement fait en faveur des entreprises est trop faible. Les employeurs ont réclamé à cors et à cri des abaissements de charges, une simplification massive des procédures et la levée de verrous réglementaires et légaux pour commencer à investir et embaucher. Le pacte de responsabilité et la loi Macron ont été votés. Mais sans aucun résultat sur la fameuse courbe du chômage à ce jour. 

Hollande a pourtant parié sur l'inversion de cette fameuse courbe en 2016 pour justifier sa candidature en 2017. Il avait été imprudent de parier sur cette inversion en fin 2013. Trois ans de plus seront nécessaires ce qui interroge sur la politique suivie ne le cachons pas. Une politique qui met autant de temps à produire des effets alors que les autres pays sont déjà dans la baisse du chômage ou même au plein emploi (comme en Allemagne) peut laisser dubitatif. 

J'ai eu une conversation intéressante hier sur le marché de ma ville où je faisais campagne pour Claude Bartolone pour les régionales. Une dame à l'accent anglais nous a interpellé sur les migrants de Calais qui voulaient absolument rejoindre l'Angleterre. Je lui disais qu'ils voulaient aller là bas parce que le travail au noir était facile et qu'on ne demandait pas de papiers aux étrangers. Elle m'a rétorqué que c'est aussi parce que ces gens acceptaient de travailler beaucoup pour peu d'argent. La question d'échanger de la précarité contre du travail est vieille comme le monde. Mais il est vrai que le chômage est faible en Angleterre et en Allemagne.

Faut-il accepter des baisses de salaire ou des horaires étendus contre la promesse d'un travail ou de conserver son travail ? Les libéraux, la droite classique, n'hésitent pas et disent oui. Mieux vaut un travail à bas coût qu'un chômage fortement indemnisé. Ils préconisent en conséquence de revoir à la baisse les indemnités de chômage, de réduire les périodes d'indemnisation, de sanctionner les chômeurs qui ne recherchent pas activement un emploi, d'augmenter la durée du travail. La politique de gauche traditionnelle suggère elle au contraire de renforcer les droits des salariés, d'augmenter les salaires de façon à booster la consommation, source de croissance et d'emploi, et de relancer l'investissement public pour donner des débouchés aux entreprises. L'extrême droite elle surfe sur l'idée que tous les maux viennent des étrangers. Si on les retirait du circuit économique, on serait moins nombreux à partager le gâteau et tout irait mieux. Tout cela est connu et convenu. Les discours sont les mêmes depuis trente ans ou plus.

Le chemin suivi par le gouvernement de Valls est plus nuancé. Il fait un effort considérable envers les entreprises mais ne veut pas empiéter sur les droits des salariés. Les maladroites tentatives du futur ex ministre Rebsamen de revenir sur les seuils sociaux ont été mal perçues et sont pour tout dire la marque d'un manque d'analyse des causes profondes du mal français, la soumission à un lobby patronal sans réflexion sérieuse. Je crois que Macron devrait reprendre le ministère de l'économie et du travail sous sa coupe avec un ministre délégué pour vraiment prendre à bras le corps la question de l'emploi comme il sait le faire, avec cohérence, profondeur et vision d'ensemble.

Il n'y a pas de baguette magique pour revenir au plein emploi. Sinon ce serait déjà fait. Mais je ne crois pas qu'on doive renoncer à nos acquis sociaux sous prétexte que les pays à bas coûts nous concurrencent. Ce serait sortir par le bas de la crise. Pour autant, j'aimerais - mais je rêve politiquement - qu'on donne les clés et carte blanche à Emmanuel Macron pour définir un plan de lutte contre le chômage avec obligation de résultat sous dix huit mois. Soit fin 2016. La date que s'est fixé Hollande pour décider de se représenter ou non. 

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