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juillet 2014

Jean Jaurès n'a pas été remplacé

La commémoration du centenaire de la mort de Jean Jaurès fait couler beaucoup d'encre aujourd'hui. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la presse, tout le monde en parle. Il le mérite.

Je n'ai pas le culte de la personnalité mais j'admire plus qu'aucun autre leader socialiste, Jean Jaurès. Il est mort en se battant pour la paix, pour éviter la première guerre mondiale qui fut une effroyable boucherie. Plus de 18,6 millions de morts. Quand on y pense et qu'on se rappelle du climat va-t-en guerre de l'époque, on comprend que Jaurès avait raison trop tôt. La guerre a eu lieu, déclenchée trois jours après son assassinat. Comme s'il n'y avait plus que sa vie pour l'en empêcher.

S'il n'a pu réduire la folie des hommes, quel bilan positif tirer néanmoins de son action ? C'est d'abord l'oeuvre d'un tribun exceptionnel, orateur hors pair à l'assemblée nationale et écrivain puissant, avocat époustouflant de causes défendues dans des discours mémorables. C'est aussi le politique, celui qui avait compris que sans union de la gauche, celle ci resterait durablement écartée du pouvoir. C'est donc avant tout l'homme du verbe fort et de la lutte pour la justice sociale, dont il faudra se souvenir, l'humaniste qui s'est heurté longtemps à Jules Guesde, socialiste étatiste rigide.

Je ne sais combien de temps il faudra pour que naîsse ou s'affirme un nouveau Jaurès pour la gauche française. Jamais à gauche il n'a été remplacé. Nous sommes orphelins de Jaurès. Malheureusement trop de gens - pour qu'on parle d'eux - tentent de récupérer ou interpréter à leur guise son héritage.

Soyons reconnaissants à Jaurès, saluons aujourd'hui sa mémoire. Et qu'il repose en paix.


Dépénalisation du cannabis, un débat à ouvrir

Quand le vénérable New York Times prend position ouvertement pour la dépénalisation du cannabis, dans un éditorial que je n'hésite pas à qualifier d'historique, on doit au moins se demander si le débat ne mériterait pas d'être ouvert chez nous. Je suis pour ma part non seulement favorable au débat mais aussi à titre personnel en faveur de cette dépénalisation sous conditions. Je ne prends pas cette position comme le New York Times pour dénoncer une discrimination contre les communautés blacks et latinos. Je ne tenterai même pas de justifier une quelconque vision libertaire de la société par la consommation de cannabis. Ma perspective ne vise pour l'heure que des considérations de moyens et de santé publique. 

Pourquoi ouvrir le débat alors que d'autres questions plus importantes comme le chômage ou le logement mériteraient d'être traitées en priorité ? D'une part, parce que l'économie n'est pas le seul sujet qui intéresse les citoyens. D'autre part, parce que le cannabis consommé par une partie de la population de façon clandestine, n'est pas plus dangereux que le tabac et l'alcool pourtant autorisés de longue date. Enfin la question n'est pas totalement clivante, elle peut rassembler une majorité. Selon que l'on soit de droite ou de gauche on peut avoir différentes motivations pour autoriser l'exploitation du cannabis.

Si l'on est plutôt intéressé par les questions fiscales et financières, il n'est pas interdit de voir dans la légalisation la possibilité pour l'Etat de récupérer de substantielles recettes fiscales et de taxes à l'instar de celles perçues pour le tabac et l'alcool. Autant de gagné dans la lutte contre l'économie souterraine, les déficits publics et sociaux, de moyens pour la prévention et contre les trafics de drogues dures. 

Si l'on est soucieux de santé publique, il est évident qu'il vaudrait mieux connaître et soigner les personnes qui commettent aujourd'hui des excès dans la clandestinité plutôt que de laisser chacun tenter de résoudre seul ses addictions. Ceux qui disent que cela conduit automatiquement à la prise de drogues dures agitent des épouvantails. Il n'y a pas que des alcooliques parmi les buveurs ou des cancéreux chez les fumeurs. Certes le risque existe mais il est mesurable, au moins autant que pour l'alcool. Evitons toute forme de moralisme.

Naturellement je ne suis pas naïf. Il n'existe pas vraiment de certitudes sur la non nocivité du cannabis. On connaît certaines de ses vertus thérapeutiques et son usage dans des médicaments comme le Sativex pour combattre la sclérose en plaques. Mais il serait spécieux de se servir de cet argument pour généraliser la consommation.

L'alcool et le tabac sont dangereux pour la santé. Ils tuent. C'est prouvé et avéré. Et pourtant ces produits sont autorisés moyennement le respect d'une réglementation. Comme les armes à feu. Pour sa part, le cannabis ne tue pas à ma connaissance. Il réduit sans doute la vigilance et doit être déconseillé quand on prend la route par exemple. Mais pas plus que les somnifères et les anti-dépresseurs. 

En résumé, je n'ai pas une position entièrement arrêtée sur le sujet mais j'ai un a priori favorable à la dépénalisation du cannabis, les avantages l'emportant sur les inconvénients. Progressivement, prudemment, avec des campagnes de sensibilisation aux méfaits de la consommation de drogues ou de produits addictifs. On sait que la droite répressive et autoritaire ne sera pas favorable à cette évolution de la législation. Toutes les peurs et les fantasmes qui peuvent être agités le seront. Je suis persuadé qu'Hollande après le mariage pour tous ne prendra pas le risque d'ouvrir une nouvelle polémique sur une réforme de type sociétal. Pourtant la question mériterait d'être posée. L'interdiction pourrait être avantageusement remplacée par une régulation.


Cessons de regarder en arrière, allons vers l'Europe fédérale

J'en ai un peu assez de faire comme si seule la France comptait dans nos réflexions. Sommes nous myopes ? La leçon qu'on peut tirer des résultats électoraux de la dernière période en France, c'est qu'il vaut mieux promettre l'argent à tour de bras et la haine de l'autre pour avoir de bons résultats électoraux même quand ce sont des impasses. La dure réalité des chiffres est impitoyable. Dans notre pays, le chômage ne cesse de croître, la France est en panne de croissance, l'atonie est de rigueur et en conséquence nous avons perdu la moitié des villes que nous dirigions à gauche. Les européennes perdues, le sénat, les régions, les départementales et sans doute pour finir en apothéose la présidentielle en 2017 où rien ne dit que Hollande - s'il se présente - sera au deuxième tour. Et alors ?

Ailleurs en Europe on ne peut pas tirer les mêmes leçons. Les dirigeants qui réussissent électoralement, réussissent économiquement. Merkel la première. Rien que cela devrait nous alerter sur un défaut de perception de la réalité de notre environnement.

L'avenir ne s'annoncant guère plus rose, il est peut-être temps de changer quelque chose chez nous. Ce qui est étrange c'est qu'on ne peut même pas accuser les mesures de politique de l'offre comme ayant échoué, elles sont à peine en train d'être appliquées, notamment le CICE et l'ANI. Sans parler des mesures d'économie de 50 milliards dont rien n'est en place. Comment auraient-elles pu avoir un effet récessif avant même d'exister. Les acteurs économiques anticipent sans doute mais pas à ce point.

Alors changer quoi alors que rien ou presque de ce qui a été décidé n'est en oeuvre ? On est deux ans après l'élection mais il y a de l'impatience. Là encore c'est étrange en terme de perception. Un bon diagnostic initial mais des mesures pas assez fortes ni vues de droite, ni vues de gauche. Tout le monde est mécontent, même le MEDEF pourtant privilégié mais qui braille en permanence pour un plan à 100 milliards d'économies (Gattaz est un vrai hystérique) et la gauche frondeuse qui pleure sur les cadeaux aux patrons et les renoncements successifs. De quoi rester perplexe et se dire qu'on va tout envoyer balader. Non ce serait faux. Il faut garder le cap.

Je ne veux pas céder à la sinistrose. Il faut simplement changer de perspective et expliquer ce monde qui change.

On dit que le président de la république est le dirigeant qui a le plus de pouvoirs parmi ses homologues des pays développés. C'est vrai et faux à la fois. Des pouvoirs institutionnels certes, mais pas de pouvoir économique, diplomatique ou militaire comparable au pouvoir de De Gaulle ou Mitterrand. On ne contrôle plus les prix, la monnaie, l'industrie, les frontières, les traités, les ventes d'armes comme quand nous avions conservé toutes nos souverainetés. Beaucoup de choses se passent au niveau européen. Si cela nous a apporté la paix, nous sommes relativement moins prospères qu'avant dans la mesure où nous Français, décrochons lentement des premières places mondiales. Le classement des pays en termes de PIB nous voit aujourd'hui 5ème puissance du monde, mais nous serons 10ème ou 12ème dans 10 ans. C'est un déclin inéluctable. D'autres acteurs entrent dans l'histoire pendant que sans sortir du radar, nous reculons des premiers rangs. Là encore il s'agit de changer de vision des choses. Ce déclin est en trompe l'oeil.

Oui finalement, et si nous prenions un peu de hauteur. Si nous nous disions que nous sommes membres d'un grand ensemble, l'Europe, qui est la première puissance du monde sur le plan économique, est ce que nous ne ressentirions pas de la fierté et de la souveraineté. Notre nouvelle frontière c'est l'Europe. Au lieu de commenter des statistiques déprimantes sur notre coin d'Europe, regardons les performances d'ensemble du continent et demandons nous si nous n'avons pas une chance unique de vivre sur des territoires aussi riches et diversifiés, culturellement et artistiquement développés, humainement et socialement émancipés, ce que le monde entier nous envie. Nous sommes des européens, des citoyens européens. Qu'on arrête de raisonner franco-français. Nos problèmes nous paraîtront aussitôt bien plus surmontables et nous sortirons de ce pessimisme délétère.


Le massacre des innocents à Gaza

J'ai toujours été par tradition et par culture favorable à Israël et à son droit à vivre en paix. Les revendications arabes m'ont toujours paru inacceptables s'agissant de nier le droit d'un peuple à avoir un espace de vie. De ce fait, je plaide évidemment aussi pour la création d'un Etat palestinien. J'ai surtout conscience de la tragédie qui a frappé les juifs au siècle dernier en raison des fanatiques nazis, des extrêmistes de droite qui ont voulu leur extermination. Ma sympathie, ma compassion, mon soutien pour le peuple Juif viennent de là.

Je ne renie pas mes convictions mais ce n'est pas pour autant que je peux accepter tout et n'importe quoi de la part des Israëliens dans le conflit qui oppose depuis 60 ans Israël et les peuples arabes pro-palestiniens. Je ne peux pas accepter que sous prétexte de sécurité on en arrive à massacrer des enfants et des femmes, pour l'essentiel des civils. Les bombes qui tombent sur la bande de Gaza ne renforcent pas la sécurité d'Israël. Elles détruisent des vies et aussi la compassion qu'on peut avoir pour un peuple trop longtemps opprimé mais aujourd'hui entre les mains d'extrêmistes de droite de la pire engeance.

Le premier ministre israëlien Benjamin Netanyahu est un fauçon, un dur, un homme impitoyable. Il conduit Israël à l'isolement et à l'opprobre des opinions publiques internationales avec ses bombardements aveugles qui tuent des innocents.

Si je n'accepte pas la violence du Hamas et des terroristes anti sionistes ce n'est pas pour accepter celle de Tsahal, l'armée israëlienne, même dirigée par une démocratie. Je ne la justifierai plus et je ne fermerai plus les yeux.

La plus grande erreur des dirigeants israëliens c'est d'avoir tué des enfants un jour soi-disant par erreur et d'avoir continué à le faire sans hésiter à commettre de nouvelles "erreurs". Aucune cause ne justifie de tuer des enfants, même en visant des soldats. Honte à Israël. Honte au monde occidental s'il couvre de silence le massacre des innocents.


En France comme à Meulan, la droite a oublié ce que veut dire le mot "servir"

Pas un article dans la presse sans déballage des (mauvais) faits et gestes des dirigeants de l'UMP. Je compatis presque tant il n'est pas bon pour la démocratie qu'un grand parti de gouvernement soit à ce point déconnecté de la réalité des Français, tant il a oublié ce que veut dire "servir". La gauche au pouvoir a des difficultés mais au moins cherche-t-elle des solutions aux problèmes des Français.

Ce qui se passe au plan national se vérifie malheureusement au niveau local.

La maire (de droite) de Meulan s'était crue autorisée dans un édito qui a beaucoup choqué les élus de l'ancienne majorité à proclamer qu'"on est élu pour servir et non pour se servir" et donc qu'elle baissait les indemnités de 30%. Applaudissements des affidés dans la salle évidemment. La dame a simplement oublié de dire ce qu'elle allait faire par la suite : réduire le nombre d'élus indemnisés qui touchent aujourd'hui peu ou prou chacun les mêmes sommes que leurs prédécesseurs et casser ce qu'avait réalisé l'ancienne équipe municipale. C'était donc de la communication destinée à dissimuler un malaise au sein de sa propre majorité et surtout masquer des décisions qui elles ont vraiment choqué la population :

  • Est-ce servir que de priver de ressources un club pour personnes âgées (le club Jean Sorbier) ?
  • Est-ce servir que de mettre fin à un évènement festif reconnu sur le spectacle vivant  (le festival Plein feu) ?
  • Est-ce servir que de renoncer à un projet de stade qui devait réhabiliter notre cadre de vie en entrée de ville (le stade des Aulnes) ?
  • Est-ce servir que de décevoir les personnes en attente d'une résidence pour étudiants et jeunes actifs alors que le projet était financé (dossier du stade, bis) ?
  • Est-ce servir que de fermer une structure destinée à aider l'éveil à la lecture pour les plus jeunes dans le quartier du Paradis (l'Arbre à lire)?
  • Est-ce servir que de ne pas recevoir les gens qui attendent depuis des mois de soumettre leurs doléances et leurs besoins, que ce soit pour le commerce, les écoles ou quantité de dossiers individuels ?
  • Est-ce servir que de laisser dans le plein centre ville des tags sur les facades sans autre réponse que "on s'en occupera dans un certain temps" comme dans la blague de Fernand Raynaud, alors qu'on a fait du cadre de sa vie sa priorité ?
  • Est-ce servir enfin que de répondre systématiquement aux questions de l'opposition : "on réfléchit" ?

Mais à force de vous voir réfléchir, Madame le Maire, les Meulanais vont penser que vous n'avez aucune idée, aucun projet, aucune équipe, rien anticipé. Servez vous donc de votre tête et de vos jambes, remuez vous, agissez donc ! Comme vous l'aviez promis - sans réfléchir - pendant la campagne municipale. Ou sont vos solutions, vos réponses ? Le silence est assourdissant !

Et malheureusement, ce n'est pas fini !

Pour cette droite qui a oublié le mot servir, le pire est à venir. Et si la gauche n'est pas à la hauteur, le pire à venir est pire qu'on imagine.