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Une primaire à gauche en 2017 pour choisir celui qui affrontera Marine Le Pen au second tour

Le résultat choc des Européennes bouleverse complètement le paysage politique français. Le PS n'a obtenu que 13,98% soit le pire résultat que nous ayons jamais eu à cette élection. Le FN atteint 25% dans un contexte d'abstention forte mais un peu moins élevée que lors du dernier vote. Voilà que nous connaissons un deuxième tsunami politique après les municipales. Et ce tsunami rebat les cartes totalement dans l'optique de 2017.

De quoi ébranler mes convictions. Je continue à penser que nous n'avons pas d'autre chemin que celui d'une baisse de la dépense publique et du soutien aux entreprises via le pacte de responsabilité mais c'est insuffisant pour garantir une victoire de la gauche en 2017. Nous sommes aujourd'hui partis pour perdre par un vote sanction massif avec une candidature témoin comme en 1995.

Je trouvais suicidaire l'idée d'une primaire à gauche en 2017 estimant qu'elle minerait nos chances de l'emporter en affaiblissant notre candidat naturel, le président sortant. Mais voilà, ce n'est pas l'opinion générale, car l'état de faiblesse et d'impopularité de Hollande est à son comble, pire que je l'imaginais. Les sympathisants socialistes réclameraient à 81% une primaire à gauche suivant un sondage du Figaro. Dans ce cas, ce serait Valls qui serait désigné à 40% par les sondés, loin devant Hollande 15%, devancé lui même par Martine Aubry à 16%. Dans l'état où se trouvent le PS et l'UMP, il y a un match à trois en 2017 qui fera un mort entre le PS et l'UMP, le FN étant dans un mouvement ascendant pour le moment.  

L'idée sous-jacente est évidente : les électeurs de gauche veulent choisir le meilleur candidat pour 2017 comme ils l'ont fait en 2007 (par sondage interposé pour S. Royal) et en 2012. Et ce meilleur candidat pour 2017, selon ce sondage, ce n'est pas aujourd'hui F. Hollande.

Bien sûr il est trop tôt pour tirer des conclusions à trois ans des élections. Mais il faut réagir, car tous les voyants sont au rouge. Il y aura de plus en plus de questions sur la personne du président. Si Valls est en tête, alors qu'il mène la même politique, c'est que le problème est devenu personnel. Les résultats s'ils arrivent un jour ne seront plus mis au crédit du président. C'est semble t-il à Valls qu'ils profiteront. Nous sommes dans une forme de scénario inédit sous la Vème république où il va y avoir une cohabitation et une compétition entre un président et un premier ministre du même parti, même si Valls se garde bien de montrer la moindre ambition. Ca ne pourra se faire sans heurts. Celà promet du sport au plus haut sommet de l'Etat. Heureusement, les deux protagonistes ont intérêt à ce que la politique suivie réussisse. C'est l'essentiel pour le pays.


Le socialisme municipal en question

François Hollande n'avait sans doute pas imaginé que sa politique associée à une impopularité record pouvaient faire exploser le socle municipal du Parti socialiste mais c'est bien le bilan qu'il faut tirer. Plus grave, alors que nous ne sommes pas sortis du traumatisme, nous devons mesurer toutes les conséquences de la déroute du mois de mars dernier. 

Tout le monde s'accorde à dire que les futures échéances s'avèrent compliquées pour nous : européennes, sénatoriales en 2014 puis régionales et cantonales sans doute repoussées en 2016 . La déception et la défiance de nos électeurs sont à un niveau rarement observé. Mais il ne s'agit là que de répliques prévisibles. Les chocs électoraux à venir découlent du séisme des 23 et 30 mars. Prévenus cette fois - alors que personne ne s'y attendait aux municipales - le choc sera amorti. C'est néanmoins très dur pour un parti, où beaucoup de militants sont des élus, de voir ses troupes décimées. Nos relais dans le monde associatif seront affaiblis.

Il est à prévoir une perte de substance du parti jusqu'à interroger la nature même du socialisme municipal. Quels modes d'actions nouveaux imaginer, quelle nouvelles formes de démocratie participative peut-on insufler quand on ne détient plus les manettes du pouvoir local ? Le défi est d'importance. Une bonne partie des moyens logistiques et financiers qui sous-tendaient la politique locale venait des ressources des collectivités territoriales. Quand je parle d'action politique locale, je ne parle évidemment pas d'action militante et partisane, mais du socialisme municipal en action, c'est à dire d'une politique sociale, associative, éducative et culturelle faite de passion, d'engagement, de solidarité, de partage, de dévouement au service des publics les plus divers. Il s'agissait pour ceux qui s'y investissaient de trouver un débouché concret pour mener des actions favorisant le vivre ensemble et le lien social.

C'est bien le danger du déclin du socialisme municipal. Par quoi et par qui les nouvelles municipalités vont elles remplacer ces bonnes volontés et ces énergies dédiées au bien commun ? Par rien le plus souvent. Au motif où l'Etat se désengage et réduit ses dotations, la droite municipale aura un prétexte tout trouvé pour justifier un recul des services publics qu'elle appelle de ses voeux. Au motif que les associations étaient selon elle trop souvent le ferment et le lieu de recrutement pour des forces de gauche, on observera sans doute un recul des subventions et des aides au monde associatif local. Peu importe pour les nouveaux édiles souvent inexpérimentés si on casse un outil qui marche avant de penser à inventer quelque chose de neuf. Il s'agit d'abord de démolir avant de peut-être reconstruire on ne sait quoi, on ne sait comment. L'absence d'idées claires et le manque d'engagement des nouvelles équipes de droite sont terrifiantes pour les militants progressistes que nous sommes. Ces gens là sont incapables de donner un cap et un sens à leur action en dehors du moins d'Etat. Convaincus d'avoir gagné sur leurs mérites alors qu'ils ont été élus par défaut, contre la politique nationale, ils se croient soutenus par l'opinion et légitimes pour faire à peu près n'importe quoi. C'est une grave erreur et les électeurs sauront le leur dire aux prochaines échéance, je n'en doute pas.

Le balancier a été trop fort, trop loin dans le sens de la sanction d'un socialisme municipal qui n'a pas démérité loin de là. Il reviendra en sens inverse quand les dommages causés par les nouvelles majorités se feront sentir dans la population. Nous en avons les premiers éléments concrètement sous les yeux dans les villes conquises par la droite ou le FN. Le rôle de l'opposition municipale sera de ne rien laisser passer. Pour ma part, j'en ai l'habitude, je sais faire. C'est pourquoi je compte bien m'investir comme je l'ai déjà fait par le passé sans concession, d'autant plus fort que cette fois c'est une droite archaïque et sans imagination qu'il s'agit d'affronter. 

 


Quel avenir pour le président Hollande ?

François Hollande est au coeur de toutes les discussions du fait de l'anniversaire de ses deux ans passés à l'Elysée. Nombre d'articles et d'interviews de politiques de tous bords qui ne lui font aucun cadeau. Le monarque républicain est au creux de la vague d'une façon massive et quasi désespérante. Je ne sais pas s'il s'agit d'une défiance ou d'un rejet personnel mais le sentiment général est très négatif, y compris dans les rangs de la majorité.

Et pourtant il reste trois ans. Et rien ne devrait le menacer. Nos institutions sont si solides que je ne vois pas comment le président pourrait partir ou démissionner avant comme une partie hystérique de l'opposition l'y appelle. Il ne tentera aucun référendum suicidaire et s'il doit dissoudre l'assemblée il restera en président de cohabitation comme Mitterrand ou Chirac sous prétexte de protéger les institutions. Il pourrait même s'y refaire une santé. Evidemment ce sont des scenarii de défaite mais même en ce cas, il est protégé. C'est pourquoi je comprends sa relative sérénité face à l'adversité.

Il n'a rien à perdre. Il peut faire la politique à laquelle il croit. Comment pourrait-il tomber plus bas ? La droite est à son maximum de défiance. La gauche de la gauche n'a jamais soutenu sa politique. Les écologistes sont incontrôlables donc non fiables. Mais les socialistes et les radicaux sont pour la plupart fort heureusement légitimistes. Ils savent que leur réélection tient à la réussite de la politique du gouvernement.

Comment agir dans un tel contexte ? La base politique est ténue, étriquée. On voit bien que les oppositions vont se liguer contre toutes les propositions de Hollande. La réforme territoriale ? Non c'est du tripatouillage. Le pacte de responsabilité ? Non ce n'est pas assez et Hollande a cassé tout ce que la droite avait fait, donc pas de cadeau. Même les patrons qui devraient le remercier de son action en faveur des entreprises, renaclent à investir et attendent 2017. Ces patrons français sont indécrottables. Déjà qu'ils ne sont pas les meilleurs du monde, voilà qu'en plus ils sont partisans. Hollande affronte le mur de l'argent.

Je ne vois qu'une issue pour Hollande : qu'il fasse ce qu'il dit, qu'il ne finasse plus en feignant d'être d'accord avec tous ses interlocuteurs ce qui ne débouche que sur des exaspérations. C'est dit-on le contraire de la politique que de tenir un langage de vérité, mais il doit absolument donner une image de sincérité lui qui a trop manié l'ambiguité.

Mais peut-être en prend-il le chemin. Ce matin sur RMC et BFM il a dit à une chômeuse qu'il s'occuperait de lui trouver non un emploi mais une formation, et il l'a fait dans la journée même. Joli symbole. Pas de couac, pas de promesse en l'air. Une bonne note au moins sur la communication.

Alors ? Alors je ne sais pas si cela sera suffisant. Il faut attendre des résultats et la droite commence déjà à dire que si résultats il y aura ce sera en raison de la reprise internationale. Nous serons à la remorque. Bah inutile de répéter les éléments de langage de l'UMP mais ils pilonnent sans cesse. Je crois qu'il reste une faible chance de s'en sortir mais il faut que des bonnes nouvelles arrivent. Au moins quelques unes pour commencer. A commencer par l'absence de déroute aux européennes si possible.