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Un combat économique pour des résultats concrets et des valeurs positives à partager

Les commentateurs se demandent si François Hollande a amorcé un virage social démocrate du point de vue de sa politique économique à l'occasion de ses voeux. Dans les grandes lignes, la question est de savoir si la ligne économique du gouvernement tourne le dos aux traditionnelles politiques de relance dites keynésiennes pour une politique de l'offre destinée à restaurer la compétitivité des entreprises. Les avis sont partagés. J'écoutais ce soir Bernard Cazeneuve interviewé sur LCI dire qu'il n'y avait aucun changement de discours, juste une cohérence affirmée en matière de stratégie économique du gouvernement. Je suis persuadé que le débat théorique n'a pas grand intérêt aux yeux des Français mais que les questions sur le cap suivi appellent des réponses.

Une politique publique n'a pas à être mesurée à l'aune de l'idéologie ou de la théorie économique. Elle doit être appréciée sur un critère opérationnel : est ce qu'elle donne des résultats conformes aux objectifs ou non. Si on doit considérer que la politique de François Hollande est bonne, c'est d'abord parce qu'elle marche. Ce qui n'est pas encore flagrant. Mais il faut toujours apprécier une politique en fonction du contexte. En ce sens, il est illusoire de croire qu'il n'existe qu'une seule politique possible, par exemple celle de la relance keynesienne, celle qui consiste à donner du pouvoir d'achat aux consommateurs pour qu'ils fassent repartir la machine. Si l'appareil productif d'un pays (comme la France) est trop dégradé, les consommateurs vont acheter des produits étrangers parce qu'ils sont plus compétitifs et donc relancer ... l'économie chinoise ou sud coréenne avec du textile pas cher et des appareils électroniques de Samsung. Relancer sans restructurer notre appareil de production n'aurait eu pour effet que de dégrader notre balance commerciale et c'est bien ce qui s'est produit en 1981 mais surtout depuis dix ans avec un déficit extérieur qui atteint 70 Milliards d'euros. Si nous n'avions pas l'euro, il y a belle lurette que nous aurions dû dévaluer et donc entériner le déclin.

Le diagnostic de François Hollande consistait à dire qu'il fallait commencer par redresser les comptes publics (d'où les hausses d'impôts), puis rétablir la compétitivité des entreprises (d'où les mesures en faveur des entreprises et l'assouplissement du marché du travail) avant de redistribuer du pouvoir d'achat (ce qui est fait mais à la marge pour certaines catégories de population en difficulté). La cohérence est celle là. Y voir la marque d'une social démocratie ou d'un social libéralisme qui rappelle d'autres politiques plus libérales n'intéresse que les experts ou les politiques qui aiment bien les étiquettes.

Le but tangible est bien de faire redémarrer l'économie. Pas tant par la consommation que par l'investissement. C'est tout l'enjeu des actions en faveur des poles de compétitivité, le soutien aux filières numériques et de haute technologie. C'est si l'emploi progresse que sera jugée positive la politique économique du gouvernement. Et si elle marche, personne ne se demandera hormis les spécialistes, si sa conception et son exécution correspondent à telle théorie ou à tel dogme. Il y a beaucoup de pragmatisme et de réalisme chez nos gouvernants actuels, ce qui devrait rassurer les acteurs économiques. La bataille économique comme l'art de la guerre doit tenir compte du terrain, de l'adversaire et du rapport de forces. Il vaut mieux aujourd'hui emprunter à Sun Tzu qu'à Keynes pour déterminer la meilleure stratégie.

Cependant il ne faut pas se tromper car au dessus de la stratégie il existe quelque chose qui s'appelle les valeurs. Dans un contexte de crise et de doutes persistants sur le potentiel du pays, la foi en la justice sociale et la solidarité est en recul. Le chacun pour soi prospère. Le repli sur soi et le pessimisme deviennent les ennemis intérieurs les plus difficiles à combattre. S'il est un terrain où la pédagogie sur le sens de l'action publique est nécessaire, c'est bien celui des valeurs positives que nous souhaitons partager. Il y a d'ailleurs un paradoxe qui mérite débat : comment dire vouloir le bonheur du plus grand nombre quand la bataille économique se livre au détriment d'autres entreprises ou d'autres populations sur qui nous voulons prendre le dessus. En fait, il y a une réponse simple : il est essentiel que chacun se batte à armes égales. Mais la tentation du repli sur soi peut naître d'un sentiment d'inéquité dans la compétition mondiale, d'une France déjà placée dans le camp des perdants. S'il est vrai que certains secteurs sont condamnés au déclin, il est tout à fait possible d'accompagner les mutations et de rebondir ailleurs. C'est ce qu'a toujours fait notre pays, c'est pourquoi il faut faire le pari du succès. 

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