La droite et le centre hors sujet pour les municipales
Un combat économique pour des résultats concrets et des valeurs positives à partager

Les marchés financiers libres sont une illusion. Il faut séparer le vrai crédit du casino boursier

Une douzaine de traders de grandes banques d'affaires a été mise en cause pour une énorme manipulation du marché des devises à Londres, le Forex. Ces traders viennent d'être démasqués par l'enquête menée par une autorité indépendante de contrôle de l'activité des banques (la FCA). Des conversations par chat (messages électroniques privés) prouvent que ces traders échangeaient entre eux des informations sur les ordres de bourse passés par leurs clients et pouvaient ainsi en tirer des profits personnels importants. Certains parlent de pertes allant jusqu'à 5% du portefeuille des clients. Quand on connaît les sommes brassées tous les jours sur ces marchés, les montants spoliés peuvent être colossaux.

La FCA n'est pas exempte de critiques dans cette affaire car les échanges suspects avaient été décelés dès 2009 par la banque Morgan Stanley. C'est la même autorité (ou plutôt son prédécesseur la FSA) qui avait supervisé les banques lors des scandales de 2007-2008. Le temps passant, il est de plus en plus difficile de retrouver les traces des opérations douteuses.

Ce scandale financier vient mettre à mal une nouvelle fois l'idée que l'autorégulation est suffisante pour un fonctionnement optimal des marchés. Pire, il est prouvé que les "autorités indépendantes" du type FCA qui sont issues du sérail (ce sont les banques qui fournissent les fonds et les administrateurs) sont incapables de contrôler de façon réellement indépendante ces marchés. Une autorité publique serait sans doute plus pertinente à condition de pouvoir recruter des spécialistes du fonctionnement bancaire. La clé est en effet la compréhension intime des mécanismes financiers mis en oeuvre. L'ingénierie financière ayant atteint des degrés extrêmes de complexité et d'imbrication, il est illusoire de vouloir confier à de simples contrôleurs de gestion ou des agents des impôts ce type d'opérations. Ce qui complique encore la donne c'est que les banques créent eux mêmes leurs propres instruments financiers qui ont toute l'apparence de la légalité.

Ainsi les fameux "subprimes" en 2008 avaient-ils tout le crédit possible et même au delà car ces crédits étaient notés AAA, la note la plus élevée. 

La course à l'ingénierie financière est épuisante car elle est sans fin. Le régulateur court derrière la dernière invention du financier ou du banquier. Celui ci plaide qu'il agit pour la liquidité du marché et la fluidité des échanges. Il invoque le libre fonctionnement du marché comme aux premiers temps du troc pour justifier ses opérations. Mais dans l'antiquité, le paysan égyptien qui échangeait une récolte de blé contre un troupeau de vaches a pu faire une bonne affaire ou une mauvaise. Il savait ce qu'il échangeait. Aujourd'hui plus personne ne sait ce qu'il échange. Peut-être de l'argent contre du vent.

Les Etats ont besoin des marchés financiers pour se financer. Les grandes entreprises également. Il ne saurait donc être question de casser totalement l'instrument financier. Mais pour le ramener à son usage premier (le financement d'activités réelles), il faudrait véritablement séparer l'activité de spéculation des banques et l'activité de crédit. Les mises de jeu des traders ne doivent pas provenir des portefeuilles des particuliers ou de la trésorerie des entreprises. La meilleure façon d'y arriver c'est de couper l'interconnexion des tuyaux internes dans les banques qui permet toutes les manipulations.

C'est la promesse N°7 du programme de François Hollande. Il est question de courage face aux lobbies financiers. On ne sait ce que les banques opposent comme argument si ce n'est la menace de faire remonter les taux de financement de l'Etat aujourd'hui historiquement bas. Des milliards sont en jeu de part et d'autre. Mais le risque systémique est phénoménal. Si une banque tombe en raison de ses spéculations mal maîtrisées (comme dans l'affaire Kerviel ou Lehman Brothers), d'autres banques peuvent tomber dans un effet de domino et c'est l'Etat qui sera appelé au secours. L'urgence de la réforme bancaire et de l'union bancaire n'en est que plus prégnante.

Commentaires