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décembre 2013

Les marchés financiers libres sont une illusion. Il faut séparer le vrai crédit du casino boursier

Une douzaine de traders de grandes banques d'affaires a été mise en cause pour une énorme manipulation du marché des devises à Londres, le Forex. Ces traders viennent d'être démasqués par l'enquête menée par une autorité indépendante de contrôle de l'activité des banques (la FCA). Des conversations par chat (messages électroniques privés) prouvent que ces traders échangeaient entre eux des informations sur les ordres de bourse passés par leurs clients et pouvaient ainsi en tirer des profits personnels importants. Certains parlent de pertes allant jusqu'à 5% du portefeuille des clients. Quand on connaît les sommes brassées tous les jours sur ces marchés, les montants spoliés peuvent être colossaux.

La FCA n'est pas exempte de critiques dans cette affaire car les échanges suspects avaient été décelés dès 2009 par la banque Morgan Stanley. C'est la même autorité (ou plutôt son prédécesseur la FSA) qui avait supervisé les banques lors des scandales de 2007-2008. Le temps passant, il est de plus en plus difficile de retrouver les traces des opérations douteuses.

Ce scandale financier vient mettre à mal une nouvelle fois l'idée que l'autorégulation est suffisante pour un fonctionnement optimal des marchés. Pire, il est prouvé que les "autorités indépendantes" du type FCA qui sont issues du sérail (ce sont les banques qui fournissent les fonds et les administrateurs) sont incapables de contrôler de façon réellement indépendante ces marchés. Une autorité publique serait sans doute plus pertinente à condition de pouvoir recruter des spécialistes du fonctionnement bancaire. La clé est en effet la compréhension intime des mécanismes financiers mis en oeuvre. L'ingénierie financière ayant atteint des degrés extrêmes de complexité et d'imbrication, il est illusoire de vouloir confier à de simples contrôleurs de gestion ou des agents des impôts ce type d'opérations. Ce qui complique encore la donne c'est que les banques créent eux mêmes leurs propres instruments financiers qui ont toute l'apparence de la légalité.

Ainsi les fameux "subprimes" en 2008 avaient-ils tout le crédit possible et même au delà car ces crédits étaient notés AAA, la note la plus élevée. 

La course à l'ingénierie financière est épuisante car elle est sans fin. Le régulateur court derrière la dernière invention du financier ou du banquier. Celui ci plaide qu'il agit pour la liquidité du marché et la fluidité des échanges. Il invoque le libre fonctionnement du marché comme aux premiers temps du troc pour justifier ses opérations. Mais dans l'antiquité, le paysan égyptien qui échangeait une récolte de blé contre un troupeau de vaches a pu faire une bonne affaire ou une mauvaise. Il savait ce qu'il échangeait. Aujourd'hui plus personne ne sait ce qu'il échange. Peut-être de l'argent contre du vent.

Les Etats ont besoin des marchés financiers pour se financer. Les grandes entreprises également. Il ne saurait donc être question de casser totalement l'instrument financier. Mais pour le ramener à son usage premier (le financement d'activités réelles), il faudrait véritablement séparer l'activité de spéculation des banques et l'activité de crédit. Les mises de jeu des traders ne doivent pas provenir des portefeuilles des particuliers ou de la trésorerie des entreprises. La meilleure façon d'y arriver c'est de couper l'interconnexion des tuyaux internes dans les banques qui permet toutes les manipulations.

C'est la promesse N°7 du programme de François Hollande. Il est question de courage face aux lobbies financiers. On ne sait ce que les banques opposent comme argument si ce n'est la menace de faire remonter les taux de financement de l'Etat aujourd'hui historiquement bas. Des milliards sont en jeu de part et d'autre. Mais le risque systémique est phénoménal. Si une banque tombe en raison de ses spéculations mal maîtrisées (comme dans l'affaire Kerviel ou Lehman Brothers), d'autres banques peuvent tomber dans un effet de domino et c'est l'Etat qui sera appelé au secours. L'urgence de la réforme bancaire et de l'union bancaire n'en est que plus prégnante.


La droite et le centre hors sujet pour les municipales

La lutte des places atteint des sommets entre la droite et le centre à l'occasion de la composition des listes pour les municipales. A tous les niveaux, ce ne sont qu'invectives, imprécations, accusations ... A gauche aussi il y a des conflits mais la violence à droite est sans commune mesure.

Le dernier en date que j'ai entendu accuser brutalement son propre camp, c'est Jean Tiberi. L'ancien maire UMP de Paris veut absolument voir son fils (son fils !) à la tête de la mairie du 5ème arrondissement contre l'avis de NKM qui veut y placer une élue du 1er. Du coup, le père Tiberi y va vraiment très fort. Je ne comprends pas le pourquoi et le comment de ces batailles au sein de l'UMP mais l'intérêt des parisiens paraît bien loin.

Toujours pour la capitale, Jean-Louis Borloo pour le centre critique les listes publiées par la même NKM sur plusieurs arrondissements. Là encore, il s'agit de places et non d'idées qu'il est question de défendre. Bien sûr tous ces personnages disent avoir le même projet pour Paris mais alors pourquoi ne pas laisser celle qui a gagné les primaires composer ses listes à sa convenance ? Je n'ai pas de sympathie particulière pour NKM mais la droite parisienne machiste est bien présente. A gauche Anne Hidalgo a su rassembler son camp sans coup férir.

Dans les Yvelines, plus proches de nous, c'est l'UMP et l'UDI qui se tapent dessus. Ce n'est pas le grand amour entre Valérie Pécresse (UMP) et Arnaud Richard (UDI) pour les investitures à Maurepas et Triel, notamment. L'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy disait pourtant que pour les municipales : «Notre maître-mot doit être l’union, l’union, l’union. C’est la seule voie pour l’emporter ». On voit le résultat.

La politique politicienne a pris le dessus. A croire que les débats d'idées n'intéressent guère les prétendants.


Changement d'horizon, direction Meulan-en-Yvelines

Je viens de donner mon accord pour figurer sur la liste municipale de Guy Poirier à Meulan-en-Yvelines, cité yvelinoise de près de 9 000 habitants située dans le Vexin français sur la rive droite de la Seine. Ce n'est pas une surprise pour ceux qui suivent l'actualité locale car la presse (le Parisien) s'en est faite l'écho. A sa demande et si tout se passe bien, je ferai partie de l'équipe conduite par Guy qui se lance à la conquête d'un ultime mandat de maire, fonction qu'il occupe depuis 1994. Il a annoncé son intention de passer la main en cours de mandat à sa première adjointe Cirila Jond-Nécand, le temps de mettre en place la future intercommunalité.

Guy est un homme de grand talent, cultivé, un historien qui a écrit un ouvrage très documenté sur la vie municipale de Meulan-en-Yvelines. L'ayant lu avec très grand intérêt, j'y ai découvert nombre d'anecdotes savoureuses et d'informations méconnues sur cette ville et celles et ceux qui l'ont administrée. On comprend à quel point cette ville est attachante rien qu'à la lecture de son livre. De fortes personnalités ont animé l'hôtel de ville mais deux figures se détachent nettement : Brigitte Gros et Guy Poirier. Je donnerai un aperçu de leur parcours respectif ultérieurement mais Brigitte Gros n'est plus des nôtres depuis 1985 alors que l'oeuvre de Guy Poirier n'est pas achevée. Il compte d'ailleurs bien étoffer sa marque aussi bien sur la cité chef lieu de canton que sur l'intercommunalité, à savoir la communauté d'agglomération Seine et Vexin.

Pourquoi Meulan me direz vous ? Parce que j'y ai des attaches personnelles fortes. Parce que j'ai envie de rejoindre une équipe soudée, compétente, dont je partage les valeurs et les orientations. Parce que j'ai fait le tour des charmes de l'opposition municipale et que je n'ai donc plus envie de m'opposer mais d'agir.

C'est le début d'une histoire nouvelle dans une ville charmante, avec des gens avec qui je me sens bien, bien décidés à faire avancer la ville. Le challenge est captivant, je compte y mettre toute mon énergie et mon courage au service des Meulanaises et des Meulanais. 


Le SMIC à 9,53€ de l'heure en France, à 8,50€ en Allemagne et à 6,20€ aux Etats-Unis

La gauche est souvent taxée d'être trop généreuse, mais je parie qu'on va dire que l'augmentation de 1,1% du SMIC en France est insuffisante. Il n'y a en effet pas de coup de pouce annoncé au 1er janvier 2014 ... donc pas d'augmentation supérieure à ce que la loi prévoit. J'entends d'ici le choeur des lamentations et des récriminations.

Pourtant si l'on compare notre SMIC avec celui des grands pays étrangers concurrents et comparables à la France, les 9,53€ font bonne figure. En Allemagne, c'est même une nouveauté que ce SMIC à 8,50€. Il paraît inconcevable de dire que nos smicards sont bien payés, mais on peut au moins dire qu'ils sont mieux traités si on se compare non pas à la Chine mais à d'autres grands pays développés.

Il faudrait faire une étude plus fine des minima sociaux de plusieurs pays pour en tirer des conclusions sur notre modèle social. Quand on parle de filets sociaux qui amortissent la crise dans notre pays, le SMIC en fait intégralement partie. On connaît les effets pervers de minimas élevés, une forme de smicardisation générale des salariés, mais je n'ai pas le temps de le développer ici. Alors SMIC trop généreux ou non ? Débat classique droite gauche sur le rapport coût efficacité d'une mesure sociale : un SMIC élevé est un atout pour une société respectueuse des plus faibles mais c'est une contrainte pour la compétitivité des entreprises.


Une nouvelle génération aux dents longues

Dans la série de notes que je consacre en ce moment aux relations PS - Front de Gauche, j'ajoute un chapitre consacré à une remarque que je n'avais jamais formulée à ce jour : le positionnement au sein du PS des ambitieux qui veulent prendre la place des mairies communistes ou Front de Gauche. Est ce que ce sont tous comme moi d'infâmes tenants de l'aile droite (ou social démocrate) venus manger tout cru du communiste ? Pas du tout, c'est même l'inverse !

Il faut connaître la cartographie actuelle du PS pour comprendre mon affirmation. Les élus se positionnent le plus souvent en fonction des motions (des textes d'orientation) qu'ils soutiennent mais le dernier congrès de Toulouse a brouillé les cartes. La motion 1 majoritaire a embarqué autour d'Harlem Désir presque toutes les sensibilités du parti. Ainsi on trouve réunis aussi bien, Valls, Moscovici, Peillon, Le Foll, Rebsamen, Bartolone, Aubry que Hamon dans cette motion. Du social libéral à l'étatiste bon teint en passant par les réformistes modérés. L'aile gauche du parti préemptée par Maurel et Lienemann existe par ailleurs. Ce qui a fait grincer des dents quand Hollande et Ayrault se sont rendus compte que l'aile gauche était à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de la majorité. Il y a une faction au sein du parti qui fait de l'entrisme une tactique éprouvée.

Revenons à l'observation des ambitieux : Hanotin à Saint Denis, Hammadi à Montreuil, Doucet à Argenteuil, sont tous de l'aile gauche du parti. Ils veulent gagner ou conserver des villes acquises dans des fiefs communistes. Je ne vais pas faire un inventaire détaillé mais il serait faux de croire que la proximité idéologique occulte les ambitions individuelles. Bartolone le patron de l'assemblée nationale a de longue date adopté une stratégie de conquête de la Seine Saint Denis aux dépens du partenaire communiste. Personne n'est dupe des grandes démonstrations d'amitié et des tribunes communes. Bien sûr personne n'en parle aussi nettement que celà. La règle était assez simple : en cas de candidatures séparées lors d'un scrutin majoritaire à deux tours, celui qui est derrière au premier tour se désiste au second tour en faveur de celui arrivé en tête (ou accepte de fusionner). Mais depuis quelques années, ce désistement dit républicain fonctionne moins bien. Pour diverses raisons, des socialistes ou des communistes se maintiennent parfois au second tour. Ainsi le communiste Patrick Braouezec lors des législatives en 2012 ou le socialiste Jacques Salvator à Aubervilliers en 2008.

Je me mets à la place de ceux qui tiennent les ultimes bastions communistes. Pourquoi faire de la place à ceux qui oeuvrent à les supplanter à terme ? Il est légitime que chaque parti cherche à se développer et à étendre son influence au service d'orientations politiques et qu'en priorité chacun protége son pré carré, les collectivités gérées. Quand le partenaire se développe en chassant dans son propre camp à gauche, c'est forcément mal vu. A chacun de faire le juste constat : un bon bilan ne protège pas de tout, surtout pas des ambitions. Le positionnement des jeunes générations est ce qu'il est mais il ne faut pas que les communistes ou Mélenchon  comptent sur une forme d'association naturelle avec l'aile gauche du PS. Si j'étais communiste je m'attacherai à moderniser mon discours et à intégrer du sang neuf (1), à faire vivre le Front de Gauche. Est ce encore possible ? En tout cas, ce n'est pas toujours ce que l'on observe quand on voit les mots d'ordre délivrés par certains caciques qui parlent de résistance au capitalisme au moment où il faudrait parler de nouveau modèle social à réinventer.

Note (1) : à Argenteuil, le FDG a investi une jeune militante PC pour affronter en primaires le maire PS sortant Philippe Doucet.


Union de la gauche : l'histoire au service du présent

La gauche est diverse, c'est un fait acquis. Ce n'est pas son privilège, la plupart des courants de pensée dans ce pays le sont, qu'ils soient progressiste ou conservateur. Cette diversité est une richesse mais aussi parfois un obstacle. Même si certains discours proclament une foi débordante envers une union de la gauche idéalisée mais bien loin du réel, en fait ils sont toujours au service d'une ambition.

La difficulté première c'est bien sûr le rassemblement. La construction politique des conditions du rassemblement est une épreuve qu'ont eu à gérer tous les grands leaders de la gauche contemporaine. Incidemment François Mitterrand a inventé l'union de la gauche en 1971 au congrès d'Epinay de façon à devenir le candidat incontournable à la présidentielle de 1974. En 1936 on peut estimer que le cartel des gauches qui a mené au Front populaire a permis de nourrir l'ambition d'un homme, Léon Blum. De façon moins nette, mais saisissant la chance de la dissolution, la gauche plurielle a su se rassembler autour de Lionel Jospin en 1997. A chaque fois le succès électoral est passé par la coalition de formations hétéroclites et concurrentes qui se sont transcendées dans la perspective de l'obtention du pouvoir.

Le congrès d'Epinay est sans doute le congrès qui marque le plus les esprits car il enregistre la naissance du PS moderne. Il se fait sur la division entre deux coalitions (Mauroy, Deferre, Mitterrand et Chevènement face à Savary, Mollet, Poperen). La question centrale en 1971 est l'alliance avec le PCF qui pèse autour de 20% des voix. Autant la seconde coalition (Savary) est  favorable à un débat idéologique préalable avec les communistes, autant la première (Mitterrand) réclame une discussion sur le programme à mettre en oeuvre avec eux, le fameux "Programme commun".

Si on occulte les manoeuvres d'appareil qui ont conduit alors à la victoire de François Mitterrand, une lecture intéressante des enjeux de ce congrès est à découvrir dans une interview de Pierre Mauroy en 2003.  La conclusion est extrêmement intéressante : 

Question : Comment François Mitterrand voyait-il ses relations avec les communistes ?
L’accord avec le Parti communiste n’était pas séparable, dans l’esprit de François Mitterrand et dans le mien, de l’établissement d’un rapport des forces qui nous placerait en tête de la gauche. Cela impliquait d’affirmer sa différence et de ne pas redouter l’affrontement, comme on l’a vu en 1977. François Mitterrand le dit sans ambages lors d’une réunion de l’internationale socialiste à Vienne au cours de l’été 1971. Dès lors, il nous restait à travailler pour nous imposer en tête de l’union de la gauche.

Ainsi l'aventure des dix ans qui suivirent fut-elle celle d'un long rapport de forces avec le PCF. Jamais Mitterrand n'a eu l'intention de chercher un compromis idéologique pour une réconciliation artificielle ou d'agir comme si les divergences programmatiques étaient secondaires. Son seul but est de dominer la gauche.

Malheureusement les plus jeunes adhérents ignorent l'histoire de notre parti. Sans doute ne l'ont ils même pas lue. J'en ai fait personnellement le constat : aller désarmés et affaiblis sans avoir rassemblé son propre camp dans une négociation quelle qu'elle soit en comptant sur le soutien de l'appareil témoigne d'une faiblesse d'analyse confondante. Depuis le dernier congrès de Toulouse, il est clair que la majorité a embarqué des passagers clandestins prêts à tout pour peser sur l'orientation social-démocrate choisie par françois Hollande. Et pour cela ces passagers clairement à gauche de notre parti sont prêts à faire ami-ami avec le Front de Gauche. C'est une façon pour les minoritaires de notre parti d'avoir une influence incomparablement supérieure à leur poids dans la réalité.

Dire que l'union de la gauche ne peut se faire à n'importe quelle condition, est-ce sectaire ? Est ce afficher un anti communisme ou un anti- mélenchonisme primaires ? Pas du tout. Je ne comprends pas que certains pour défendre des orientations minoritaires fassent ré-endosser aux socialistes le rôle de volaille que Mélenchon et Laurent pourraient plumer. Une erreur historique qui a laissé la gauche dans l'opposition pendant des dizaines d'années au début de la Vème république.


Mon oncle Michelangelo s'en est allé

Le lendemain de la mort de Nelson Mandela, un géant pour l'histoire, à qui tant d'autres vont rendre hommage, je viens d'apprendre que mon oncle Michelangelo Lattanzio vient de mourir à son tour dans la maison de retraite où il vivait depuis le début de cette année. Mon oncle était un anonyme parmi les anonymes comme il en décède tous les jours, mais c'était mon oncle avec qui j'ai vécu toute mon enfance. Je tiens à lui rendre hommage en quelques mots. Il le mérite.

Il avait 90 ans. Ses proches, mon père, ma mère, nous les enfants,  les conjoints, les petits-enfants et quelques amis, nous étions sa famille et nous l'aimions. Il a vécu la plus grande partie de sa vie chez mes parents à Pierrevillers en Moselle. Célibataire toute sa vie, homme doux, riant souvent intérieurement de choses que lui seul comprenait, il m'a appris ce que veut dire le mot gentillesse. En effet de souche modeste comme tous les miens, ce n'était pas un gentilhomme mais c'était un homme gentil.

Après une enfance passée dans le pays des Pouilles en Italie, il est venu en France rejoindre mon père. Ayant des difficultés à l'école, il a travaillé toute sa vie d'abord comme berger près de Barletta en Italie dans sa jeunesse puis comme ouvrier dans la sidérurgie de ma Lorraine natale. Il vivait modestement, tranquillement et ne voulait gêner personne. Méticuleux il prenait soin de tout, soucieux de propreté dans la maison familiale.

De temps en temps, comme s'il se rebellait, il prononcait des phrases avec son accent italien qui ne l'a jamais quitté en levant le doigt pour affirmer ce qu'il pensait de façon sentencieuse mais jamais agressive. Plus jeune, étonné, je ne comprenais pas tout, mais je garde de lui ce souvenir précieux d'un oncle d'une attention extrême, aimant les enfants, me portant sur ses épaules pour me faire voir le monde de plus haut, jusqu'à toucher le ciel. C'est là qu'il est aujourd'hui. Au revoir nonno (c'est ainsi qu'on l'appelait, nonno signifiant "grand père" en italien). Je t'aimais beaucoup, tu vas nous manquer.


Un socle électoral en berne

La popularité de François Hollande est au plus bas ou peu s'en faut. Elle s'étage de 20 à 29% en fonction des questions posées par les instituts de sondages. En faisant la moyenne des sept instituts, je trouve un chiffre de 24,42 %. Quand on se souvient que François Hollande avait obtenu 28,63% au premier tour de l'élection présidentielle, il faut bien reconnaître que le socle électoral lui même est entamé de plusieurs points. Il n'y a plus que les fidèles qui soutiennent l'action du président.

Quand on fait partie de ces fidèles, ce qui est mon cas, il y a deux façons de réagir à ce constat : soit on râle contre les électeurs qui n'ont rien compris et on s'enferme dans le déni de réalité, soit on se pose la question de savoir ce qu'il faut changer pour faire remonter l'adhésion à la politique du gouvernement. Je privilégie évidemment la seconde réaction. 

Pourquoi faut-il changer quelque chose ? Parce qu'aucune politique ne se mène avec succès sans l'adhésion des administrés. L'action ne se conçoit que dans la durée et pour durer il faut être réélu. Cinq ans c'est à la fois long et court. Hollande a demandé à être jugé sur la durée du quinquennat mais il a évidemment besoin de continuer son action au delà du premier mandat pour mener à bien l'oeuvre de transformation du pays. Deux mandats, soit dix ans sont nécessaires, c'est d'ailleurs le maximum prévu par la constitution. Sinon c'est qu'il aura échoué, comme Sarkozy.

L'analyse de l'action du gouvernement depuis un peu plus de dix huit mois conduit à mesurer le travail déjà accompli. Pour moi l'une des réalisations majeures est l'accord national interprofessionnel (ANI). J'occulte volontairement le mariage pour tous, le CICE, la réforme des retraites, les contrats aidés ... dossiers importants mais qui ne modifient pas selon moi en profondeur les rapports sociaux dans notre pays. L'ANI est une réforme assumée de type social démocrate et donc je l'approuve entièrement. Elle met en avant le contrat plutôt que la loi dans le monde de l'entreprise. Elle donne aux partenaires sociaux un cadre législatif qui permet de négocier librement des accords d'entreprise afin de protéger l'emploi en France. L'emploi est le dossier N°1 , la priorité de l'Etat. On ne lui demande pas de créer de l'emploi sauf à titre intermédiaire, mais de créer un environnement législatif, contractuel et fiscal favorable à l'emploi. On peut discuter de savoir si le cadre législatif est trop contraignant ou non mais il est protecteur. Il faut le conserver. Ceux qui veulent détricoter le code du travail veulent désarmer les salariés. Le cadre fiscal est essentiel, car c'est lui qui assure la justice et la solidarité. Le cadre contractuel est donc le seul capable de donner la souplesse nécessaire à une société d'économie mixte.

Que changer donc ?

On parle beaucoup de flexsécurité, l'ANI en est pour moi le premier jalon. Il donne des armes à chaque partie (patrons et salariés) pour défendre ses intérêts. Il faut donc poursuivre dans cette voie afin de huiler les rouages sociaux dans l'entreprise.

Le cadre fiscal n'est plus assez incitatif pour les acteurs économiques. La réforme fiscale annoncée est donc la bienvenue. On a constaté que les hausses d'impôts décidées n'ont pas permis de lever autant de recettes qu'attendues. On parle de 11 milliards qui manquent. Il faut donc repenser nos dispositifs fiscaux en profondeur.

Il y a le plan des institutions et de l'organisation administrative. Certains y voient un gisement d'opportunités et d'économies. Décentralisation et déconcentration. Vaste programme, sans doute long et complexe à mettre en oeuvre tant il bouscule d'habitudes.

La question qui se pose est sans doute plus politique. Comment rassembler ? Le lien social se délite et les solidarités s'épuisent. Les revendications catégorielles ou géographiques fleurissent. Certains parlent de gouvernement d'union nationale. Je n'y crois guère. Redonner la parole aux Français ? Inutile et dangereux. Ils n'ont pas confiance dans l'opposition à 60% pour faire mieux. Cette opposition a eu dix ans pour montrer son incompétence. La gauche est légitime à poursuivre.

Alors ? Alors je m'interroge. Il va falloir repenser le dispositif de la majorité après les prochaines élections de 2014. Plus à gauche, plus au centre ? Plus à gauche je ne crois pas. Trop peu à gagner de ce côté là. Plus au centre ? Non plus. Bayrou vient de rejoindre l'opposition. Statu quo ? Possible. Un pilotage a minima fait courir le risque de l'immobilisme mais c'est une option pour durer. Une option chiraquienne. L'idéal pour continuer une action de type social démocrate : un nouveau premier ministre fort, capable de tenir la majorité prend la suite d'Ayrault. Il y faut un(e) grand (e) animal politique. Evidemment Hollande y pense. Il est en plein dans son élément et c'est pourquoi je crois qu'on se dirige vers cette issue, mâtinée d'un nouveau casting gouvernemental l'été prochain.


Le communisme municipal en quête de survie

La stratégie d'alliance du FDG avec le PS est tout sauf claire. Un bon article sur le Monde en explique la diversité et les oppositions.

Alliancepcps

Sur ce graphique on voit les choix d'alliance au premier tour dans les 30 premières grandes villes de France. Liste FDG ou liste d'alliance avec le PS s'équilibrent à peu près.

Les considérations locales l'emportent sur la politique nationale, car si c'était le cas aucune liste d'alliance avec le PS ne serait possible. Quand je parle de considérations locales, il s'agit souvent d'un aveu de faiblesse, lié dans les grandes villes à de sévères déconvenues lors du dernier scrutin législatif. Les caciques locaux PCF ont connu des déroutes inattendues et parfois incompréhensibles. Il y a donc une crainte de ne pas se voir reconduits dans de nombreux cas. Ou affaiblis par une lutte au couteau contre le PS. Quand le PCF va sur une liste FDG, le local détermine souvent le choix alors que le national n'est qu'un prétexte supplémentaire, n'en déplaise à Mélenchon. 

Dans certains cas, les élus locaux comme à Lyon veulent faire alliance avec le PS contre l'avis de leur base militante car ayant bien travaillé dans une équipe, ces élus ne voient pas pourquoi ils devraient partir tout seuls (et sans doute perdre quelques places en raison du mode de scrutin propre aux municipales qui lamine les minoritaires).

Le choix de partir divisés est fréquent dans le cas de villes dirigées par la droite (rien à perdre) ou quand la section locale (PC ou PS) se détermine sur des considérations de politique nationale. Le PS choisit désormais de partir seul quand il est susceptible de l'emporter au regard des élections précédentes (comme à Conflans). Ou quand le PCF ne respecte pas les équilibres (mais c'est devenu rare). A Saint Denis par exemple le jeune PS Hannotin pense virer le vieux PC Braouezec. A Montreuil l'ancien maire communiste Brard veut prendre sa revanche sur la verte Voynet qui ne se représente pas, mais il y aura le PS Hammadi. Idem à Aubervilliers et un peu partout en Seine Saint Denis où le PS de Bartolone veut occuper la première place.

Bref presque autant de situations particulières que de villes. Bien malin qui peut en déduire une théorie générale sauf à y voir le mécanisme classique de quête du pouvoir. Pour le PCF c'est d'ailleurs plus la conservation que la conquête.

Si on cherche un trait commun, il est très humain : l'ambition ou le goût du pouvoir d'une personnalité locale. Beaucoup veulent être calife à la place du calife ou récupérer ce qu'ils pensent être leur dû. Aucun leader qui se bat pour être élu n'aime perdre ou rester dans l'ombre. Oh bien sûr seront avancées les nobles raisons de servir les concitoyens et le territoire, mais il ne faut pas être hypocrite, les satisfactions l'emportent sur les servitudes. 

Pour revenir à mon propos initial, je suis convaincu que le PCF perd ses villes parce qu'il ne sait pas renouveler suffisamment ses équipes, trouver de nouveaux leaders et qu'il verrouille trop. Ce n'est pas une affaire de compétence, mais simplement la mainmise de l'appareil est trop forte. Au PS aussi elle est forte mais je connais beaucoup de villes où le maire est divers gauche avec une équipe de socialistes ou de gens de gauche. Quand le maire est communiste, le PC veut que la ville reste aux mains d'un communiste. Autant dire qu'ils ne lâchent rien même s'ils n'ont plus de leader. Jusqu'à tout perdre. Car ensuite ils ne récupèrent jamais la ville. Plus tard d'ailleurs c'est un PS qui l'emporte sur la droite ou un divers gauche.

Ainsi a t-on pu le vérifier pour ce que je connais localement, à Trappes, aux Mureaux, à Plaisir, à Saint Cyr, à Argenteuil, à Sartrouville, aux Clayes sous Bois. Des défaites définitives du PCF. L'histoire municipale est implacable. Le règne du communisme municipal est fini. Rien n'arrêtera le déclin. Je prends le pari pour Achères : d'ici quelques mandats, un maire socialiste ou divers gauche remplacera un communiste ou un maire de droite.