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novembre 2013

"Si le roi est innocent, le peuple est coupable" (Saint Just)

On compare parfois François Hollande et Louis XVI. Je crois que c'est Jean-Luc Mélenchon qui le premier s'est risqué à cette comparaison. Un président monarque républicain, impuissant, faible, reculant devant les obstacles. C'est évidemment une comparaison de circonstance que je ne partage pas.

Pour autant je me suis intéressé à Louis XVI ou plus exactement à son procès suivi de son exécution le 21 janvier 1793. Les conditions de sa mort sont assez terribles mais elles n'éclairent en rien mon propos.

C'est en lisant les minutes de son procès sur le site de l'assemblée nationale que je suis tombé sur cette citation de Saint-Just qui fait le titre de ma note : "Si le roi est innocent, le peuple est coupable"

Cette phrase est extraordinaire. Elle traduit la violence des Montagnards (les amis de Robespierre) qui ont majoritairement voté pour la sentence capitale alors que les girondins hésitaient. Elle traduit surtout la crainte des révolutionnaires de se montrer faibles devant les autres monarchies européennes inquiètes de la contamination de la révolution. Le peuple ne saurait avoir tort, donc le roi est forcément coupable ... Implacable. Le jugement était ainsi acquis d'avance. Il est d'ailleurs significatif que ce soit le parlement  (appelé alors la Convention) donc le législatif qui coupe la tête de l'exécutif. On peut observer que par la suite, toutes les constitutions en France ont conservé cette capacité à trancher le cou au gouvernement et à le renverser jusqu'à ce que le général de Gaulle rende à nouveau son pouvoir au monarque républicain et sa mainmise sur le législatif. C'est le président qui peut dissoudre l'assemblée, pas l'inverse, même si celle ci peut renverser en théorie le gouvernement nommé par le président.

Hollande est donc Louis XVI comme avant lui les présidents de la Vème république. Il est donc "coupable" de tout, responsable de tout car sinon c'est le peuple qui se serait trompé. Le peuple a toujours raison, mais il peut être trompé. Et donc il se venge. Dans les urnes ou dans les sondages. L'impopularité de tous les présidents est chronique au bout de quelque temps. Aucun n'y échappe. Pas plus Hollande que ses prédécesseurs. Savoir si le peuple a tort de s'être trompé en choisissant son monarque n'est qu'une habileté rhétorique. En fait Saint Just a tort, le peuple n'est ni coupable, ni innocent, car il ne peut être accusé : le peuple est souverain. Et donc l'exécution du roi (qu'on appelle en ce moment le Hollande bashing) peut être une faute.

PS : Ceux qui parlent aujourd'hui de rendre la parole au peuple par la dissolution se trompent. Le roi n'a aucune raison d'abdiquer son pouvoir aujourd'hui. Les expériences de cohabitation ont rendu impraticables la dissolution. Cela devrait rendre les parlementaires plus audacieux, de nos jours. C'est un autre conventionnel Danton qui le proclamait !


Quel soulagement de lâcher prise

Je ne m'en étais pas rendu compte quand j'ai décidé de me retirer de la course, mais je suis soulagé d'un poids. Une campagne électorale c'est épuisant. Je ne parle pas de la compétition interne éprouvante certes mais de la vraie compétition, celle qui concerne une vraie élection avec de vrais électeurs et des propositions pour changer la vie des gens au quotidien. Une campagne avec des réunions publiques, des tracts à rédiger et à diffuser, des affiches, des porte à porte et des marchés, des gares, que sais je ...

De toute façon comme ce ne seront ni notre programme, ni nos idées qui seront défendues, je ne me sens plus responsable de rien. Et finalement ce n'est pas la fin du monde. Je vais tranquillement prendre du temps pour ma famille, mon fils, mes proches et pour moi.

A d'autres d'assumer les responsabilités puisqu'ils les ont voulues et obtenues. Moi je ne suis plus en première ligne.

Mon regret, l'équipe de fidèles amis qui aurait pu s'investir et qui est soit désorientée soit n'en a plus envie. Il faut laisser un peu de temps passer.


L'Udi Modem va plomber l'UMP

Ainsi l'Udi et le Modem s'allient. Une renaissance de l'Udf en quelque sorte. Mais sans parti du centre, juste une maison commune. Ce groupe va occuper un espace plus large au centre droit et je le crois libérer un peu le centre gauche. Pourquoi ? Parce que l'Udi a imposé pas d'alliance avec le PS dit la charte, dont acte. Juste quelques mots dans cette charte pour dire qu'ils sont prêts à accepter le ralliement (individuel ?) de socio-démocrates et d'écologistes partageant leurs valeurs. Des valeurs humanistes, démocrates, réformistes et européennes, bref un fourre tout idéologique.

Je ne crois pas que nous perdons beaucoup de forces électorales en rompant avec le Modem à Achères. En 2008, l'alliance n'a rien apporté politiquement. Les électeurs du Modem ont voté à droite pour se regrouper avec l'opposition la plus forte, celle de droite. Nous ne représentions pas l'alternance, seulement une force d'appoint. On l'a su après coup mais c'était prévisible en se lançant en campagne si tard.

Les gens de l'Udi que je connais sont sympas mais de droite. Pas possible de faire coalition sauf pour éviter l'extrême droite.

De toute façon ce centre renforcé va plomber l'UMP. A qui va t-il prendre des voix ? Pas au PS ou alors très peu. Aux écolos peut-être mais surtout à droite. Et là ce sera bien compliqué pour le candidat de l'UMP à la présidentielle.

 


Hollande bashing

Je n'arrive pas à lire un article de la presse dite de gauche qui ne soit pas un réquisitoire contre François Hollande. Que ce soit dans le Nouvel Obs ou Marianne ou Le Monde (dont le soutien à Hollande a disparu corps et bien) et même Libération, je ne lis que des éditoriaux catastrophés ou apitoyés. En cause la méthode, la politique, l'homme. Les sondages d'impopularité aidant, les journalistes d'opinion classés peu ou prou à gauche (Laurent Joffrin, Jacques Julliard, Hervé Bazin, Gérard Courtois, Patrick Roger, Françoise Fressoz, Serge July, Nicolas Demorand...) sont unanimes : il est nul. Il rejoint Edith Cresson dans la catégorie des accidents industriels de la politique. Elu par défaut (par antisarkozysme) il n'est pas à la hauteur de la fonction. Et son premier ministre également. Ce n'est pas ce que je pense mais c'est ce que je lis partout.

Sans parler de l'anti dream team qui occupe les postes ministériels. Hollande a nommé des incompétents selon cette brochette de beaux esprits : Moscovici ? Un dillettante bavard et ennuyeux plus obsédé par une suite de carrière à Bruxelles que par son poste de ministre de l'économie. Duflot, une politicienne accrochée à son maroquin comme la moule à son rocher. Fabius ? Un diplomate qui n'a pas su rassembler des alliés en Europe sur les dossiers syriens ou même au Mali où la France a agi bien seule. Cazeneuve ? Un homme sous influence de son administration à Bercy. Peillon ? Celui qui a planté une réforme des rythmes scolaires pourtant pas si difficile à faire passer. Touraine ? Une ministre des affaires sociales qui n'atteint pas ses objectifs. J'arrête là. Surnagent quelques individualités. Valls bien sûr. Le premier de la classe, au dessus de la mêlée. Le Drian avec ses succès militaires et industriels. Taubira en égérie de la gauche morale et sociétale avec comme réussites une bonne réforme pénale et le mariage pour tous. Idem pour Sapin qui aura réussi à faire passer une réforme des retraites de gauche, l'ANI et les emplois d'avenir. Et puis il y a les demies-réussites : les Montebourg, Vidalies, Pellerin, Vallaud Belkacem, ... Tous les autres sont en dessous du radar, avec une action et un bilan politique à peu près transparents.

Bon voilà ca c'est fait.

Je me suis purgé la tête en faisant ce rappel des critiques acerbes des dix huit derniers mois. Critiques que je trouve outrancières et injustes. Je n'en veux à personne de les formuler (c'est le jeu de l'opposition et des médias) et bien sûr surtout pas à Hollande qui a réalisé nombre de réformes quoiqu'on en dise mais je regrette que nous en soyons arrivés là. C'est dur de voir gaspiller tout le fruit du travail de nombreuses années de militance. Car c'est bien de celà qu'il s'agit.

Hollande a été élu pour cinq ans, il le restera jusqu'au bout. Mais j'ai le sentiment qu'on va payer cher aux municipales et aux européennes nos erreurs de communication, de pédagogie de la réforme et aussi nos timidités que ce soit sur le plan européen ou la réforme fiscale, cette grande oubliée. Et ensuite aussi, ce sera sans doute dur aux régionales et aux cantonales. La reprise de la croissance ne suffira pas (si elle arrive). Notre population vieillit. C'est pourquoi notre société se droitise. Elle a peur. Du niveau de retraites, du nombre d'étrangers, des revendications des pauvres, de la violence, du monde extérieur.

Autant s'attendre au pire ce sera moins difficile. Et on tiendra.