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octobre 2013

Le simple bon sens

Après l'épisode Léonarda le sentiment est là : a t-on perdu une bataille ou est ce une escarmouche ? C'est un peu comme après Cahuzac, n'a t-on pas manqué de discernement, de simple bon sens ?

Conjuguée avec les remous fiscaux et sociaux autour de l'écotaxe et les placements financiers, l'affaire fait se poser des questions non sur la fermeté du bras du président (on l'a vu au Mali) mais sur la qualité de l'arbitrage. 

Soyons clairs : la réponse à apporter n'était pas évidente mais l'émotion suscitée par ce cas particulier a fait perdre le sens des réalités. Descendre d'un bus scolaire pour rejoindre sa famille n'est pas la fin du monde pour une jeune fille qui ne semblait pas amoureuse de son école au vu de ses absences répétées. Si c'est la pire chose qui lui arrive dans sa vie, tant mieux pour elle. Je suis sec en disant celà mais j'assume.

Fallait-il vraiment la "dédommager" avec un visa de retour en France aux frais de la collectivité ? Je ne l'aurais pas fait. C'est reconnaître une faute qui n'existe pas. Valls a dit que c'était un geste généreux. Certes il a raison et même au delà.


L'affaire Leonarda

Je n'avais guère envie de commenter cette affaire, mais aujourd'hui des annonces sont venues ponctuer le mini psychodrame de l'expulsion de cette famille d'origine kosovar ou italienne on ne sait pas trop. Bizarrement, on parle davantage du cas de la jeune fille que des autres membres de sa famille. Finalement c'est parce que celle ci découchait régulièrement et qu'elle était absente ce jour là que l'affaire a pris son nom.

L'enquête démontre que la police a fait son travail dans le respect de la loi cependant sans faire preuve de tout le discernement nécessaire. Mais tous les recours ayant été épuisés, l'expulsion est justifiée selon la loi républicaine. On aurait pu en rester là et décider de sanctuariser l'école. C'était la position de Manuel Valls. Ce cas particulier ne résume pas toute la politique d'immigration en France.

Ce qui m'étonne c'est la réponse de François Hollande. Pourquoi proposer le retour de la jeune fille seule ? Parce qu'elle aurait subi un préjudice ? Parce que les autres enfants n'ont rien demandé ? Parce que les parents sont en dessous de tout (ce qui est vraisemblable) et véhiculent la pire image qu'on a des parents qui envoient leurs enfants demander la charité. Voilà des gens qui n'inspirent aucune sympathie et quant à leur intégration, c'est un échec apparent sur plusieurs années ...

Qu'on se mette un instant à la place de la jeune fille, c'est impossible pour elle d'accepter cette proposition (ou facile de refuser). La générosité apparente de François Hollande se retourne contre lui. C'est une maladresse peu courante chez lui je trouve car le compromis ne satisfait personne. Mais qu'est ce qu'ils font les conseillers de Hollande ? Ce n'est quand même pas l'affaire du siècle à traiter ce dossier.

Quelle scoumoune !


L'immigration coûte moins qu'elle ne rapporte à la France

Le déni de réalité est un poison. Seules des statistiques précises et indépendantes peuvent nous dire si certaines affirmations sont vraies ou fausses.

Si on ne doit s'intéresser qu'à un seul chiffre pour démystifier la rhétorique du FN sur l'immigration, prenons celui très officiel du ministère des Affaires sociales en 2010 sur combien coûte l'immigration ?

Sur une année, 48 milliards d'euros sont redistribués aux immigrés. Mais ils rapportent 60 milliards d'euros en impôts et taxes diverses. Le solde est donc très largement positif.

Qui peut dire que les immigrés mangent le pain des Français ? C'est exactement l'inverse. Le mensonge des frontistes est à la mesure de leur incompétence : énorme.


Réflexions nocturnes sur le consumérisme.

Au bout de ma réflexion nocturne vis à vis de la montée du FN il me reste des observations de Malek Boutih et Dominique Reynie entendues à la télé hier soir. En substance les deux intervenants expliquaient que le monde a changé. Mais de quel changement parle t-on ? Pourquoi est ce le FN qui en tire parti ?

La mondialisation a redistribué la richesse et nivelé les différences. Auparavant, il y a 50 ans, les pays occidentaux et le Japon étaient les seuls pays riches et développés. Aujourd'hui la Chine, le Brésil, l'Inde, d'autres ... prennent une part croissante du gâteau. L'émergence d'une classe moyenne dans ces pays est le phénomène majeur qui tend à uniformiser le monde. Tous ces gens ont écran plat, smart phone, voiture et logement. Leur exigence en terme de consommation s'est élevée : aliments, vêtements, spectacles, loisirs ... Malgré des disparités locales il y a des marques mondiales qui visent des classes moyennes mondiales. Ce n'est pas récent mais le phénomène s'accentue et parfois inquiète en ce qu'il implique une homogénéisation du monde, une perte de supériorité du monde développé.

D'autres ont une autre grille de lecture. Pour eux la question de l'étranger et de la religion est primordiale. Elle est intimement liée à la question d'identité dont Sarkozy voulait faire le centre du débat national. Là aussi il s'agit d'une recherche de repères. L'islam inquiète. La France est chrétienne ou du moins l'était. Il faudrait rétablir la primauté de nos origines suivant la vision historique de Patrick Buisson. Les ultra nationalistes cherchent la voie du redressement dans la retour des traditions culturelles et sociétales. Mais c'est une erreur d'analyse, une vision étriquée des changements du monde. La religion compte pour beaucoup de nos compatriotes certes mais la montée du consumérisme est la clé principale de compréhension du monde d'aujourd'hui selon moi. C'est la transformation du citoyen en consommateur qui mène à la marchandisation, au libéralisme débridé qui influe sur nos comportements y compris d'électeur.

La société de consommation pousse on le sait à l'individualisme donc au repli sur soi. La France, pourtant cinquième puissance mondiale, observe avec nostalgie son passé industriel et craint le déclassement. On sait qu'elle pourrait tomber à la dixième place mondiale d'ici 20 ans. Pour éviter la chute ou la retarder, les plus exposés, les employés et les ouvriers (en première ligne) voudraient la fermeture nationale, le retour des frontières et la puissance de l'état central. C'est impossible. Mais le FN le promet. Et en effet ça fonctionne dans l'opinion. A cause de raisonnements simples. Ça marchait avant, pourquoi ça ne marcherait plus ? Ce n'est pas raciste ou xénophobe que de se protéger de l'étranger avec des droits de douane et des barrières à l'importation. Un ouvrier qui votait communiste n'y voit aucun mal. Ceux qui prônent le libéralisme sont suspects d'en tirer avantage au mépris de l'intérêt des classes sociales les plus faibles. Pour les belles personnes, bien éduquées, bien formées, bien nées aucun souci pour s'insérer dans un monde qui change vite. Les autres ? Mais qu'elles s'adaptent à marche forcée ou qu'elles crèvent. Et tant pis pour leurs familles.

D'autant que l'armée de réserve des travailleurs des pays en développement est sans limite ou presque. Ces gens là sont vus comme autant de concurrents. Les pauvres se font concurrence et ils sont partout très nombreux. Comment ne pas haïr un nouveau monde qui vous met dans une telle situation. La tentation réactionnaire au sens du "je veux revenir au monde d'avant" est énorme. Même si les gens sont intelligents et savent confusément que ce n'est pas possible ils votent pour ceux qui mettent des freins à cette évolution du monde. Car les réponses des libéraux et des socio-libéraux ne les rassurent pas.

En attente d'état et de protection économique qu'est ce que la gauche peut offrir ? Ou offre ? Un État qui se recentre sur ses missions régaliennes, qui se concentre sur la réduction de ses propres déficits, qui écoute les demandes des patrons sur la fiscalité, les plus values, les charges, le droit du travail. Mais qui n'écoute pas le peuple. Le discours technocratique sur la compétitivité est inaudible. Qui comprend ce qu'est la politique de l'offre ? Qui peut en quelques mots simples dire les avantages pour un salarié de l'accord national interprofessionnel ? Comme toujours la pédagogie de la réforme est en retard. Faute parfois de l'avoir bien pensée en amont, faute de l'avoir partagée et d'avoir déminé le terrain des objections et des freins. La technique c'est le ballon d'essai. On lance une idée et on regarde les réactions. Jusqu'à renoncer à la réforme envisagée si l'obstacle est trop gros.

Et l'Europe ? Le gouvernement français est devant des responsabilités énormes alors qu'il a de moins en moins de moyens. Liée par les traités et les directives européennes que nous avons acceptés, la France sait que les marges de manœuvre sont plus faibles, mais les délégations de souveraineté sont vues par certains comme des abandons. Le manque de légitimité démocratique des commissaires européens est patent. L'institution européenne est facilement attaquable sur son manque de simplicité et de démocratie tant elle est lointaine. Très peu de monde est capable d'expliquer ou de justifier telle ou telle règle européenne.

C'est ce cocktail fait d'individualisation des modes de vie, de perte de contrôle du territoire et de délitement des repères anciens qui fait le lit des extrêmes. La tentation du coup de balai est là. Le FN et ses partis frères dans le monde n'imaginent pas un futur et ne trace aucune perspective. Il manifeste la colère et l'incompréhension de la marche du monde. Il fantasme sur un retour en arrière qui ne se produira pas, mais il joue de l'incapacité des responsables des partis de gouvernement à trouver des réponses rassurantes depuis des dizaines d'années à cette croissance du monde en dehors du notre.

La société de consommation implique le règne de la communication et de la publicité comme du marketing y compris en politique. C'est un thème relativement récent dans l'histoire du monde. Il y a de moins en moins de citoyens qui vont voter chez nous mais les consommateurs sont eux de plus en plus nombreux sur la planète.

 


Je stigmatise, tu stigmatises, il ... le monde est en crise

Cette expression "stigmatiser" se retrouve fréquemment dans le débat public. C'est le réflexe des militants des droits de l'homme que de condamner les propos "stigmatisants" de certains politiques (comme Valls) vis à vis de populations opprimées (les Roms). De quoi s'agit-il ? De ne pas accepter qu'une communauté toute entière se voit "marquée au fer rouge" (synonyme de "stigmatisée") et donc proscrite en raison de son origine, de sa religion ou de son appartenance ethno-linguistique.

En fait la haine des humains les uns envers les autres trouve de multiples traductions. Les actes de défense ou de rejet de l'autre vont de la simple agression verbale à l'élimination physique de tout ou partie du groupe humain étranger à la communauté majoritaire. Il s'agit de réflexes primaires de survie, de peur de l'autre qu'on tue de peur qu'il ne nous tue. La barbarie guette car la justification de la légitime défense n'est jamais loin. Il y a en outre la légitimité de la primauté sur un territoire ce qui dans l'acception moderne recouvre le nationalisme. Que des guerres coloniales ou d'invasion se soient produites en renversement de la primauté d'occupation ne gênait guère les colons. Ils avaient la supériorité de la religion ou de la noblesse des intentions évangélisatrices pour justifier leurs conquêtes. Si par hasard ils avaient besoin de justifier leurs rapines.

Les conquistadors espagnols ou les pionniers sur leurs chariots ont laissé peu de chances aux indigènes d'Amérique. Et que dire de nos empires coloniaux en Afrique ? Le combat contre la colonisation a été un des plus grands combats de la gauche. Aurait dû être en tout cas. Quand on pense à ce qu'a fait Guy Mollet, on transpire de honte.

La violence est omniprésente en ce XXIème siècle. L'indifférence aux souffrances des minorités est palpable. Un vent mauvais qui rappelle les situations de crise des années 30. La montée des nationalismes aujourd'hui comme au début du siècle dernier sera rappelée dans les futurs livres d'histoire.

Le monde n'apprend-il donc jamais ? Les guerres mondiales, surtout la IIème aurait dû nous vacciner. Mais non. La tentation de trouver des boucs émissaires est générale. Il y a une régression sécuritaire et sociale hallucinante. Cette montée des populismes égoïstes est inquiétante. Une déflagration électorale surviendra tôt ou tard comme en 1933. Chacun retient son souffle dans le silence des majorités silencieuses qui répriment leur crise de nerfs. La France va mal. Pessimiste, déprimée, la France couve un mal profond dont rien ne peut prédire l'issue. Ca ira plus loin qu'un nouveau mai 68. Une résignation qui peut se transformer en colère violente. Je crois que nous n'y couperons pas. La question n'est pas de savoir si le séisme arrivera. La question est de savoir quand.


Le FN veut faire oublier son passé et nous faire sauter dans l'inconnu

L'extrême-droite n'aime pas qu'on l'appelle ainsi. Elle voudrait convaincre que le clivage gauche droite est mort et que l'opposition aujourd'hui se situe entre les mondialistes et les patriotes. Les souverainistes et les fédéralistes. Le peuple contre les élites privilégiées. C'est une stratégie qui consiste à essayer de faire du neuf avec du vieux. Mais il y a des raisons. L'extrême droite a été diabolisée dans notre pays en raison de son rôle avant et pendant la dernière guerre mondiale. Elle n'est donc associée en rien au bilan des dernières décennies. Or les classes populaires n'ont pas toujours été les bénéficiaires des évolutions dans notre pays et en Europe. La mondialisation n'a pas été heureuse pour tout le monde. Si la seule perspective qu'on donne à un ouvrier de l'automobile ou du textile c'est d'être comparé à un chinois ou un brésilien, il y a peu de chances qu'il approuve. Le discours du FN sur la fermeture des frontières et la fin des importations à bas coût trouve un écho. Même si l'ouvrier est bien content de trouver des produits pas chers dans les boutiques et les supermarchés.

Finalement c'est plutôt simple d'être d'extrême droite. Il suffit de condamner en bloc toutes les initiatives, de condamner les échecs et de promettre la lune si on était élu. Avec cet argument fatal : on vous ment, on vous cache la vérité sur tout. L'immigration incontrôlée, les avantages des puissants, les banques prédatrices, l'exploitation du petit peuple. Tout est bon pour flatter l'instinct complotiste des plus pessimistes de nos compatriotes.

Il n'y a qu'un petit problème : on a vu ce que font des maires d'extrême droite quand ils sont élus. On a vu surtout ce que font les populistes et les extrémistes quand ils sont en situation de bloquer un pays, y compris aux USA. Dans ces cas là, le résultat est dramatique. Une ville ou un pays en a pour longtemps à se relever.

Faut-il craindre une marée frontiste ou bleue marine aux prochaines échéances ? Certains la redoutent. Je suis plus circonspect. Non qu'il n'y ait pas une déception dans le pays. Mais je crois qu'une grande majorité de nos concitoyens n'a pas envie de basculer dans l'incertitude et l'inconnu. Ce qui fait l'argument principal du FN : "essayez nous, les autres ont tous échoué" se retourne contre lui quand il s'agit de dire pour quoi faire. Car quoi qu'on en pense, la majorité sait que ce n'est pas en vivant dans un village gaulois qu'on résiste le mieux à l'envahisseur. C'est en vivant tous ensemble dans un groupe plus fort et plus étendu. Cet ensemble c'est l'Europe.