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septembre 2013

Valls : une question de responsabilité

A qui la faute ? Dans notre société qui cherche ses repères, qui cherche les responsables de ses difficultés, il est tentant de répondre : les autres. La facilité est de fuir la responsabilité pour soi même et d'incriminer autrui. Il est d'autant plus frappant de voir un homme politique comme Manuel Valls ne jamais fuir ses responsabilités.

A une nuance près quand même. Le bilan du prédécesseur est souvent l'occasion de se défausser d'absence de résultats sur des décisions passées. On assume mais on n'est pas responsable. Encore moins coupable. C'est logique, on ne peut bénéficier d'une prime de sortant et s'exonérer de ses responsabilités. Par contre un challenger ou un successeur est logiquement exempt du bilan, du passif et de l'actif. Manuel Valls ce soir lors d'un débat a bien insisté sur la situation qu'il a trouvé en arrivant place Beauvau.

C'est en l'entendant que j'ai pensé à cette question de responsabilité. Valls assume. Il est en première ligne et il assume. Il prend des coups, il en donne, il fait de la politique mais en définitive il montre une force que d'autres n'ont pas. Il en agace plus d'un car il attire la lumière et les regards. Mais cela ne tient qu'à ses collègues et concurrents de savoir créer l'attraction (et le débat) autour de leurs propos.

A t-il eu raison de créer ce débat autour des roms ? Au début j'en ai douté, car aucune actualité particulière ne le justifiait. En plus la séquence a troublé l'opération Florange du président. Mais manifestement l'opinion le soutient massivement dans ses prises de position et en celà il avait raison, car le premier objectif d'un homme politique est bien de comprendre les attentes de ses mandants, les électeurs. Florange a été en quelque sorte zappé.En outre contrairement à Nicolas Sarkozy à qui on le compare trop souvent, Manuel Valls ne réagit pas à une émotion forte de l'opinion afin de surfer sur des peurs, des colères, pour dégainer une loi en réponse à un fait divers. 

La marque de fabrique de Valls ce n'est pas tant l'activisme forcené que le sens des responsabilités et la force du droit. La société française manifeste un besoin d'ordre et d'autorité de plus en plus marqué. On peut le regretter c'est ainsi.

J'ignore pourquoi mais j'ai un peu sous-estimé Valls toutes ces années passées. Un peu en marge du PS, sans courant et relais forts. Je le croyais trop à droite pour attirer les militants. Et certaines de ses idées m'ont paru excessives comme abandonner le nom de Parti socialiste. D'ailleurs le résultat des primaires en 2011 ne l'a pas mis en position de force. Etrangement c'est au cours de la présidentielle 2012 qu'il a pris son envol, se rendant indispensable à François Hollande par son activité et son sens de l'organisation. Il est aujourd'hui écouté et la ligne Valls pèse lourd dans l'agenda présidentiel. Les politiques économiques et sociales comme de politique étrangère et de défense qui ne sont pas de son ressort sont néanmoins largement supportées par lui. Il ne fait défaut sur aucun dossier en fait, fidèle et loyal. Capable aussi de changer d'avis comme sur la constitution européenne où après avoir été noniste, il s'est assez vite rangé dans le camp du Oui.

Valls ne sera pas candidat en 2017 et je pense que cela lui convient. Nul doute qu'il va rassembler des troupes sur son nom au prochain congrès socialiste. Je pense que son sens des responsabilités ira jusqu'à vouloir en prendre de nouvelles, jusqu'à la plus haute marche.


"Große Koalition" en Allemagne ... et ailleurs

Les allemands votent pour renouveler leur parlement ce jour. Le paysage politique allemand est sensiblement différent du nôtre. Nul ne sait à l'heure où j'écris si Angela Merkel gagnera largement ou petitement. Et si elle aura comme allié selon son souhait le FDP (les libéraux) ou alors le SPD (le PS allemand) et éventuellement les Verts. Seuls partis à ne pas pouvoir en aucun cas, rejoindre une coalition, Die Linke (le Front de Gauche allemand) et l'AfD (un nouveau parti populiste anti-euro). L'extrême droite allemande n'existe pas vraiment donc il n'y a pas de force comparable au FN en France.

L'Allemagne a un système électoral à dominante parlementaire avec un double vote nominatif et partisan, un mode de scrutin à la fois majoritaire et proportionnel, et un seuil de 5% pour être représenté. Bref c'est assez compliqué mais le résultat permet en général de dégager des majorités stables autour de programmes qui sont renégociés après le scrutin entre partis en fonction des rapports de force. Les électeurs peuvent donc se retrouver avec une gestion très différente de ce qu'ils avaient voulu obtenir en votant, tant les compromis sont monnaie courante.

C'est finalement un bon exemple de ce que nous serions amenés à faire si le mode de scrutin en France ne donnait pas une si forte prime majoritaire. Ainsi chez nous l'un des deux partis dominants PS et UMP peut gouverner avec un socle de moins de 35% des voix environ et avoir la majorité absolue tout seul. C'est le cas du PS actuellement. En Allemagne il faut avoir bien plus de 35% des voix pour diriger le pays et environ 40% pour faire comme si on avait la majorité absolue. Mais le compromis reste de rigueur.

En France, les accords PS-EELV n'ont pas d'autre but que de ne pas laisser le seul PS diriger le pays même s'il le pouvait. 

En France, aux municipales de 2014, la prime majoritaire est si forte que le premier emporte quasiment toutes les places. Cela oblige à trouver des compromis en amont, sans autoriser de risquer des primaires dans un camp si le rapport de forces est trop déséquilibré. Le seul cas où des primaires sont possibles c'est quand deux partis sont proches et dominent la compétition.

Il vaut mieux être dans une grande coalition au gouvernement ou dans une majorité que rester dans l'opposition. Pour avoir pratiqué l'opposition, je peux en témoigner, c'est très peu gratifiant.

[Mise à Jour] les premiers résultats donnent une large avance à Merkel et à la CDU mais sans les libéraux du FDP. On va droit vers la "grosse koalition" CDU - SPD.


Fillon montre sa vraie nature opportuniste

Fillon est un politicien comme je ne les aime pas. Tout en posture et en imposture.

L'homme qui avait dénoncé "un Etat en faillite" a laissé Sarkozy dilapider les ressources de l'Etat en sabrant ses recettes par la loi TEPA et le bouclier fiscal sans rien faire. Contradiction majeure.

L'homme qui avait théorisé sa différence avec Sarkozy en condamnant la droitisation de la campagne et la proximité avec les thèses du FN vient de dire qu'on pouvait voter FN si par hasard le candidat PS était trop "sectaire". Reniement majeur.

Enfin le spectacle d'un ancien premier ministre français allant s'agenouiller devant Vladimir Poutine pour critiquer la politique étrangère de la France est inédit. Rupture majeure.

La personnalité est décevante. L'homme d'Etat a disparu. L'opportuniste s'est révélé.

Au revoir François Fillon, on te respectait car on te croyait différent de Jean-François Copé. On a eu tort.


Le Front national est une honte pour la France

La fille Le Pen se lâche. Elle insulte la France, la qualifiant de "maîtresse des Etats-Unis", de "catin d'émirs bedonnants". Une patriote qui injurie son pays de cette façon, en le traitant plus bas que terre, ne mérite pas d'être à la tête de notre pays. Elle méprise notre société multiculturelle héritée de siècles de liberté et de fraternité. Elle ne rassemble pas, elle divise, elle heurte. En celà, elle ne fait que suivre son père.  

Si on ajoute un programme économique aberrant, une haine de l'Europe et des étrangers, que reste t-il à ce parti en dehors de l'outrance ? 

Le patriotisme des Le Pen est corrompu. Ce sont d'abord les intérêts d'une PME de la politique capitalisant sur tous les rejets depuis trente ans. Au fond l'histoire de notre nation lui est étrangère, tant Le Pen refuse les évolutions de notre société.  Alors que le solde migratoire ne montre aucune dérive du nombre d'immigrés et que l'UE n'est que le reflet de nos propres insuffisances, Le Pen dénonce l'immigration et l'Europe comme cause de tous nos maux. 

Il ne faut accorder aucune chance à ce parti extrêmiste de prospérer dans notre république. Le FN est l'héritier des pires périodes défaitistes et réactionnaires de notre histoire à commencer par le pétainisme. Que la fille Le Pen veuille se débarrasser de cette histoire, c'est compréhensible, mais son père est là pour nous rappeler en permanence que la France des Le Pen, c'était celle des Doriot, Déat, Laval. C'est celle de la collaboration et de la trahison. La France a déjà vécu des années sous le joug d'une référence  Le Pen avec le régime de Vichy.

Honte à ceux qui comme François Fillon disent qu'ils pourraient voter pour un candidat issu du FN. 


Une diplomatie bipolaire

La Russie retrouve son rang de superpuissance diplomatique face aux Etats-Unis dans l'affaire syrienne, grâce aux habiles manoeuvres de son ministre des Affaires Etrangères, Sergei Lavrov, baptisé Mister Niet.

Il est certain que les menaces de frappe ont fait bouger les Russes et les Syriens mais la manoeuvre russe en retour a surpris plus d'un diplomate chevronné. Quand il s'est agi de gagner du temps et de contrecarrer les plans d'attaque des Américains et des Français, Lavrov a réagi en maître. Il a senti que le veto à l'ONU qui avait suffi jusque là, ne protègerait plus les Syriens. Mais il faut dire qu'il a su aussi profiter avec talent d'un contexte favorable.

En cause, la répugnance manifeste d'Obama à faire usage des armes, l'opinion mondiale largement hostile aux frappes, la présence de rebelles djihadistes sanguinaires. Le terreau était favorable à de l'attentisme plus qu'à de l'agressivité. Obama s'est donc emparé de la proposition russe même s'il en connait les limites et les défauts.

Qu'en est-il de la France ? Hollande et Fabius ont été très en pointe dans la condamnation de l'usage des armes chimiques et du régime syrien. Ils ont opposé la fermeté et les principes à des pratiques dignes des pires périodes de guerre. Gazer un peuple a réellement révulsé nos dirigeants. Je ne crois pas du tout que François Hollande se soit laisser griser par le Mali. Il sait que l'opinion lui donne un peu de crédit international mais juge surtout la politique intérieure. Mais je crois que Hollande n'en a cure. Il pense que le bilan se fera en 2017 et que les problèmes économiques s'applaniront. Nous mangeons notre pain noir. Nous ferons ce qui est juste pour la paix, car Hollande est un homme avisé et déterminé, bien plus qu'on ne le dit. Je le soutiens à 100%.

Pendant ce temps, la diplomatie mondiale est redevenue bipolaire. On nous renvoit dans les années 60, ogives nucléaires en moins, du moins on l'espère. Les Russes savent qu'Obama ne lancera jamais une bombe sur eux. Et c'est peut-être ce qui leur donne une confiance accrue dans le rapport de forces, purement diplomatique.