Valls est clivant
Discours de la méthode politique

Vous avez dit social libéral ?

L'économie allemande va mieux, la zone euro repart de l'avant, les feux se mettent au vert. Tels sont les derniers titres de la presse économique. Suffisant pour que des éditorialistes de la presse généraliste (et donc politique) commencent à s'interroger : "et si Hollande avait raison ?"

"La reprise est là" disait le président sous les lazzis le 14 juillet dernier. Et pourtant quinze jours plus tard, l'Insee annonçait une croissance de 0,5% au deuxième trimestre supérieure aux 0,2% attendus. De quoi garantir les 0,1% pour toute l'année 2013 même en cas de stagnation au second semestre. Les prévisions de Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve sont donc exactes. Pas de quoi pavoiser pour autant car ces chiffres ne permettent pas d'espérer une inversion de la courbe du chômage, tout au plus une stabilisation grâce aux contrats aidés qui montent en puissance. La promesse phare de François Hollande reste toujours une gageure. Mais sur le plan économique qui dit plus de croissance dit plus de recettes fiscales et moins de recours à la dette.

Lors du séminaire gouvernemental 2025, le ministre de l'économie a averti d'une possible croissance à la japonaise, c'est à dire nulle pendant 20 ans ! Pour rappel le Japon s'est enfoncé dans la déflation à partir de 1990, tout en voyant sa dette publique augmenter à 245% du PIB, 10 millions de milliards de yens et son déficit public atteindre 10% du PIB en 2013. Qui pense que les japonais sont ruinés ? Personne. La dette publique japonaise étant détenue largement (à 90%) par les japonais eux mêmes (35% en France), ils ne sont otages de personne ou presque. En fait c'est un peu comme si les japonais étaient propriétaires de leurs dettes.

Digressons un peu. Un calcul permet de comprendre pourquoi un pays développé comme la France ou le Japon même surendetté n'est pas en faillite. L'actif net d'un pays vu comme un tout est le plus souvent positif si on consolide le patrimoine privé au patrimoine public et qu'on en retranche les dettes. La question est de savoir si les patrimoines et les revenus des agents économiques publics et privés sont transférables de l'un à l'autre. C'est bien sûr le cas des impôts qui constituent un transfert des revenus du privé vers le public. C'est aussi le cas des allocations et des aides qui constituent le transfert inverse. Mais pour le patrimoine c'est autre chose, le patrimoine public est toute chose égale par ailleurs insaisissable. Sauf à vendre la Joconde et le château de Versailles on voit mal l'Etat se vendre à l'étranger. Il n'y a que les possessions exotiques ou des terres lointaines (comme la Louisiane par Napoléon) qui ont fait l'objet de cessions par le passé. Mais la France métropolitaine n'a fait l'objet d'aucune cession aussi loin que je m'en souvienne. Même quand l'Etat vend un terrain public ce n'est pas pour autant qu'il sort du territoire national et échappe à l'impôt. Le privé lui n'y échappe pas sauf à quitter le pays ou à frauder.

Au total si l'on fait le compte de tous les actifs et passifs d'un pays souverain, on obtient un solde net positif qui justifie l'assertion : un pays ne peut pas être en faillite. D'autant que l'Etat a un avantage essentiel sur un acteur privé quelle que soit sa taille : il peut lever l'impôt à sa convenance et il peut donc décider du niveau de ses revenus. La question qui vient à l'esprit aussitôt est la suivante : oui mais si le citoyen est insolvable ? En effet le raisonnement tient tant que le citoyen consent à l'impôt et peut le payer. Trop d'impôt tue l'impôt dit l'adage. C'est juste et c'est pourquoi les socialistes s'interrogent sur le niveau de prélèvement tolérable par les contribuables. On a vu les débats autour de la tranche à 75% ou la taxation des plus values mobilières (la révolte des pigeons).

Qu'en déduire ? Les libéraux plaident en permanence pour un retrait de l'Etat. Trop de charges, trop de fonctionnaires, trop de paperasserie. Le gouvernement français ne le dit pas ainsi mais quand il instaure le CICE (crédit d'impôt de 20 milliards pour les entreprises) la MAP (modernisation de l'action publique, successeur de la RGPP) et le choc de simplification, le gouvernement Ayrault est libéral ! Dans une phase plus libérale que sociale disons le.

En fait on dit ce gouvernement "social-libéral". Il y a le mot "social" mais soyons justes, les mesures sociales sont discrètes. Hausse limitée du Smic, allocation de rentrée scolaire augmentée de 25%, blocage des loyers à la relocation, mutuelle complémentaire généralisée ... Il y a très peu à redistribuer et heureusement Hollande n'avait pas promis la lune. C'est vrai qu'on a fait payer les plus aisés pour combler les trous de la gestion Sarkozy mais sans pouvoir redonner grand chose aux plus démunis. Assumons le. Quand certains disent à gauche du PS que "de l'argent il y en a", ça veut dire plus d'impôts. Or il y a overdose fiscale. Et quand à droite on promet des baisses massives de dépense ça veut dire moins de services publics. Le chemin à suivre est évidemment entre les deux. Réorienter l'impôt vers des services publics utiles.

Il est clair que le tour de vis est sévère mais nécessaire après 30 ans de laxisme budgétaire. Pour autant il faut arrêter d'être obsédé par la dette et les déficits. Sans aller jusqu'à relancer avec de l'argent qu'on n'a pas, il faudrait au moins stopper la frénésie fiscale. La dernière trouvaille, la taxe carbone, ne va pas rassurer les Français. Là encore, il s'agit d'orienter l'impôt vers un objectif public utile : favoriser la transition écologique. Expliquer l'action du gouvernement n'est pas chose facile pour un militant de gauche. Et pourtant Hollande avait prévenu : deux années de redressement sont nécessaires. Il tient le cap qui est le sien libéral aujourd'hui, social demain. C'est le sens général, mais bien sûr il ne faut pas le dire ainsi.

 

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