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août 2013

Retraites : le juste équilibre

La réforme des retraites annoncée mardi dernier par Jean-Marc Ayrault fait beaucoup parler cette semaine.

Il y a le choeur des mécontents, en gros la droite (par principe), une partie de la gauche (par souci de coller au mouvement social), le Medef (par souci de compétitivité), les syndicats contestataires CGT, FO, Sud (par souci de non régression). Et puis les catégories de citoyens qui peuvent s'estimer pénalisés par la réforme : les familles, les retraités, ...

Au rang des satisfaits, on compte les syndicats dits réformistes au premier rang desquels la CFDT et la CFE-CGC, puis la gauche gouvernementale et les catégories de citoyens favorisés par la réforme, à savoir les femmes ayant eu des carrières morcelées, les salariés ayant exercé un métier pénible (un sur cinq).

Pour les salariés (public et privé) et les jeunes au coeur des préoccupations du gouvernement il y a un allongement de la durée de cotisation jusqu'à 43 ans progressivement de 2020 à 2035. Mais pas de changement de l'âge légal à 62 ans. Il y aura d'ailleurs possibilité de racheter jusqu'à 4 trimestres  de cotisations à tarif aidé (subvention de 1 000€) à l'issue des études, ce qui permet d'atténuer l'effet de l'allongement.

Pour les entreprises, la demande était de ne pas augmenter les cotisations. C'est raté car il y aura une hausse de 0,3% progressivement sur 4 ans. Idem pour les salariés. Il y a aussi ce compte pénibilité qui devrait coûter 2,5 milliards selon les calculs. Une raison de hurler au déni de réalité de la compétition mondiale et pour la commission européenne une occasion de tordre le nez sur les modalités de la réforme structurelle attendue. Mais le gouvernement a promis de compenser ces hausses par une réforme des cotisations de la branche famille afin de ne pas alourdir le coût du travail.

Bref les avis sont partagés. Mais comme le premier ministre a pris soin de ne pas agiter de chiffons rouges comme la hausse de la CSG ou la convergence public-privé, les mouvements sociaux seront sans doute contenus. La journée d'action du 10 septembre n'inquiète pas vraiment le gouvernement, car elle n'est pas unitaire. L'exercice imposé ne débouchera sans doute que sur de modestes mobilisations. La droite y verra la preuve qu'il n'y a aucune ambition dans cette réforme, qu'elle seule a assumé les choix les plus durs. Mais elle n'a jamais corrigé les inégalités sur les femmes, les métiers pénibles, les carrières longues. Ca c'est la gauche qui l'a fait. Qui plus est, la droite a sous Sarkozy pompé le fonds de réserve des retraites de 20 milliards d'euros qu'avait créé Lionel Jospin.

Il faut donc voir dans cette réforme, un juste équilibre. Equilibre politique qui permet d'aborder la rentrée sans constestation renforcée à gauche. Equilibre comptable et budgétaire à horizon 2020 qui permet de conserver la cartouche de la CSG pour financer la dépense sociale majeure que représente la perte d'autonomie. Equilibre social dans la mesure où aucune catégorie importante ne peut s'estimer stigmatisée.

En sens inverse, certains pointent du doigt les fonctionnaires et les baby boomers (personnes nées entre 1945 et 1975) qui auraient bénéficié d'un parcours professionnel privilégié. Les ressources de leurs retraites semblant assurées (même si les hypothèses sont optimistes), l'allongement de la durée de vie leur promet une retraite longue et heureuse. Qu'en sera t-il ensuite ? C'est un peu le brouillard, mais une vision au delà de 2035-2040 relève de la boule de cristal. Pourquoi créer une opposition entre baby boomers, fonctionnaires et les autres Français ? Cette situation est fondée sur des spécificités de l'histoire sociale du pays.

Faut-il reprocher aux baby boomers d'avoir travaillé 40h par semaine une grande partie de leur vie contre 35h pour tous les jeunes d'aujourd'hui ? Pour prendre mon seul exemple, ayant travaillé depuis 1981, j'ai travaillé 19 ans 5h de plus par semaine qu'aujourd'hui. Celà représente 2,71 années de travail de plus dans ma vie professionnelle que si j'avais toute ma vie travaillé 35 h par semaine. Quand je prendrai ma retraite à  62 ans, c'est comme si j'avais travaillé jusqu'à près de 65 ans ... Evidemment  je ne me plains pas, car c'est mieux d'avoir du travail toute sa vie que de rester au chômage. Mais celà suffit à relativiser les considérations qui font des baby boomers des favorisés du système quand on regarde le temps de travail sur toute la vie.

Pour les fonctionnaires, la convergence public-privé n'est pas améliorée dans cette réforme. Le statu-quo prévaut. Certains à droite pour l'essentiel y voient une forme de clientélisme. Pour d'autres dont je fais partie, celà revient à consolider nos services publics soumis par ailleurs à de sévères restrictions budgétaires. Nos services publics sont excellents, parmi les meilleurs du monde, celà a un prix. Le gel du point d'indice et le gel des effectifs (qui cache des baisses par endroit) ne sont pas des mesures anodines. Il n'en reste pas moins que les fonctionnaires bénéficient de la garantie de l'emploi. Mais c'est la condition de l'indépendance et de la continuité de l'administration. Quant aux régimes spéciaux, ils ont fait l'objet d'une réforme en 2008 et 2010 qui n'a pas fini de produire ses effets.

Le privilège aujourd'hui ce n'est pas de pouvoir prendre sa retraite, c'est d'avoir un emploi. La politique doit avoir cette priorité avant toute autre. Et l'équilibre des retraites suivra.


Intervenir en Syrie n'est pas une question d'ingérence mais de respect des droits de l'homme

Le débat qui survient après les atrocités des bombardements chimiques en Syrie est vif en Occident.

Intervenir ou non ? Telle est la question.

La vérification faite par les inspecteurs de l'ONU et les conversations enregistrées par les USA indiquent la réalité du crime commis par Bachar El Assad et son armée. Les preuves sont concordantes. Certains les contesteront et mettront en avant des preuves inverses accusant les rebelles. Le conseil de sécurité de l'ONU restera divisé sur la question et donc logiquement ne décidera rien. Reste à savoir si une frappe punitive des Etats Unis et de ses alliés n'interviendra pas hors cadre légal international. C'est probable, c'est annoncé. Hollande a dit qu'il fallait punir celui qui avait gazé des innocents.

Les partisans de la realpolitik donnent des arguments solides. Ils disent qu'il n'y a rien à gagner à intervenir. Les deux camps en présence sont horribles l'un comme l'autre (dictateur contre islamistes). Le risque de contagion est élevé. C'est une guerre civile qui ne concerne que les syriens. Nos intérêts stratégiques et vitaux ne sont pas menacés. Certains complotistes anti américains ajoutent des considérations idéologiques sur l'impérialisme américain. J'entends bien tous ces arguments mais je n'y adhère pas. C'est justement parce qu'il y a un risque de contamination qu'il faut intervenir maintenant.

Au nom de quoi faudrait-il intervenir, après deux ans d'immobilisme, d'action diplomatique bloquée par les russes et les chinois, d'impuissance de la communauté internationale ? Au nom de la reconnaissance universelle des droits de l'homme qui a fondé l'Organisation des Nations Unies. Au nom des innocents qui subissent les tortures et les exactions des dictateurs. Ces derniers se sentiraient encouragés par l'impunité accordée à Bachar El Assad.

On comprend que les pays les plus souverainistes ne veulent pas que la communauté internationale s'immisce dans un conflit intérieur. La Russie, la Chine, l'Iran ne veulent pas qu'on s'occupe de leurs affaires intérieures donc si on tolère une intrusion étrangère pour la Syrie, les régimes autoritaires de ces pays seront inquiétés un jour ou l'autre. C'est bien un débat essentiel sur la notion de souveraineté, sur le nationalisme qui a causé tant de guerres par le passé. Les régimes russes et chinois sont mal placés pour parler au nom du respect des droits de l'homme. 

On voit bien que l'Europe est absente de ce débat, signe qu'elle n'existe pas en tant que puissance souveraine. La France et l'Angleterre sont présentes, fortes de leur siège au conseil de sécurité de l'ONU. Les puissances américaines, russes et chinoises s'annihilent dans une espèce d'équilibre de géants trop forts pour s'affronter directement.

Faut-il voir comme Marine Le Pen dans cet équilibre la distinction entre mondialistes et patriotes ? Le nationalisme russe et chinois s'opposerait au libéralisme occidental. Pour les souverainistes (nouvelle appellation des nationalistes), chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Ouvrir les frontières et favoriser les échanges y compris de population, ce serait faire entrer le renard dans le poulailler selon les tenants d'un ordre national et non mondial. Ces arguments touchent les classes populaires et rurales attachées à leur territoire et un certain respect des traditions et des valeurs. Mais pour les classes moyennes et urbaines davantage confrontées au monde, plus cosmopolites et nomades, le respect des droits humains est une priorité. L'opinion mondiale globalement plus urbaine et connectée est choquée par la violation des droits de l'homme.

Repli sur soi contre ouverture au monde. Vaste débat qui dépasse le cadre du conflit syrien.

Pour en rester à celui ci, c'est bien parce que je crois que le destin de mes voisins m'importe que je pense qu'il faut intervenir. Les hommes, les femmes, les enfants vivant tous sur la même terre méritent de vivre en paix. Ne rien faire, c'est se condamner au repli sur soi, donner raison à des extrémistes comme Le Pen. Une barrière a été franchie dans l'inhumanité. Quoi qu'on pense des adversaires de Bachar El Assad, la communauté internationale doit protéger les innocents.

L'ONU ne remplit pas son rôle de pacificateur si elle laisse des conflits perdurer. Ainsi en va t-il du conflit israélo-palestinien. Il faut faire cesser le conflit en Syrie au plus vite, avant justement que la contagion ne rende la situation comme en Palestine inextricable. L'intervention sera légitime même si elle n'est pas totalement légale.


Discours de la méthode politique

Retour de vacances agité dans les partis politiques.

Que ce soit à l'UMP où la question de l'inventaire des années Sarkozy divise Sarkozystes, Fillonistes et Copéistes, au PS et chez les Verts où le débat sécurité - justice oppose Manuel Valls et Christiane Taubira, au Front de gauche où le ton des critiques contre le gouvernement suscite des reproches entre Pierre Laurent et Jean Luc Mélenchon, aucune formation n'aura échappé ces derniers jours aux querelles intestines à la notable exception du FN.

La presse et les médias d'info en continu (BFM, iTélé, France Info) font de leur mieux pour trouver des divisions au PS même lors des universités d'été à La Rochelle, donc le ton de la rentrée est donné. Ce qui intéresserait l'opinion, ce sont les prises de bec. Nous ne sommes pas des gaulois pour rien. Sinon quel ennui.

Mais les Français sont ils vraiment intéressés par ce spectacle nombriliste des partis ? Pas vraiment. Je crois davantage à une exaspération pour tout ce qui ressemble à une agitation politique vaine et des décisions qui touchent leur portemonnaie. Par exemple la taxe carbone revisitée par le nouveau ministre de l'écologie est un sujet sérieux.

La question de la transition énergétique est une vraie question d'intérêt général qui touche à la vie quotidienne des Français. Les populistes s'en sont tout de suite emparés pour condamner une attaque au pouvoir d'achat des citoyens contraints d'utiliser leur voiture pour aller au travail. Même les écologistes ne veulent pas d'une fiscalité écologique punitive. Modifier les comportements d'achat et d'usage des transports n'est pas chose facile.

Il est frappant de noter les levées de bouclier que suscite le simple fait de poser des questions. Le débat serait-il devenu tabou dans notre pays ? Le regroupement familial, la prévention de la récidive, les retraites, le voile à l'Université ... Autant de questions mortes avant même que leurs auteurs aient pu développer la moindre proposition de solution. Nous sommes dans un pays bloqué où les conservatismes et les intérêts de boutiques l'emportent sur la volonté de réforme et donc de progrès.

Le diagnostic n'est pas nouveau. Déjà du temps de Giscard, un auteur comme François de Closets dénonçait les "privilégiatures" et les corporatismes de toute nature qui corsètent le pays.

Notre pays a peur du changement et pourtant il le réclame à corps et à cri ... Pour les autres. François Hollande a raison de peser le pour et le contre longuement avant de prendre des décisions. L'urgence est mauvaise conseillère et l'opinion volatile. Il partage sans doute l'idée de cette phrase qu'aurait prononcé René Descartes et que je cite de mémoire : "Je ne sais si j'ai raison mais j'ai de la méthode". La méthode de Hollande est sans doute ce qui le distingue le plus de Sarkozy.

 


Vous avez dit social libéral ?

L'économie allemande va mieux, la zone euro repart de l'avant, les feux se mettent au vert. Tels sont les derniers titres de la presse économique. Suffisant pour que des éditorialistes de la presse généraliste (et donc politique) commencent à s'interroger : "et si Hollande avait raison ?"

"La reprise est là" disait le président sous les lazzis le 14 juillet dernier. Et pourtant quinze jours plus tard, l'Insee annonçait une croissance de 0,5% au deuxième trimestre supérieure aux 0,2% attendus. De quoi garantir les 0,1% pour toute l'année 2013 même en cas de stagnation au second semestre. Les prévisions de Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve sont donc exactes. Pas de quoi pavoiser pour autant car ces chiffres ne permettent pas d'espérer une inversion de la courbe du chômage, tout au plus une stabilisation grâce aux contrats aidés qui montent en puissance. La promesse phare de François Hollande reste toujours une gageure. Mais sur le plan économique qui dit plus de croissance dit plus de recettes fiscales et moins de recours à la dette.

Lors du séminaire gouvernemental 2025, le ministre de l'économie a averti d'une possible croissance à la japonaise, c'est à dire nulle pendant 20 ans ! Pour rappel le Japon s'est enfoncé dans la déflation à partir de 1990, tout en voyant sa dette publique augmenter à 245% du PIB, 10 millions de milliards de yens et son déficit public atteindre 10% du PIB en 2013. Qui pense que les japonais sont ruinés ? Personne. La dette publique japonaise étant détenue largement (à 90%) par les japonais eux mêmes (35% en France), ils ne sont otages de personne ou presque. En fait c'est un peu comme si les japonais étaient propriétaires de leurs dettes.

Digressons un peu. Un calcul permet de comprendre pourquoi un pays développé comme la France ou le Japon même surendetté n'est pas en faillite. L'actif net d'un pays vu comme un tout est le plus souvent positif si on consolide le patrimoine privé au patrimoine public et qu'on en retranche les dettes. La question est de savoir si les patrimoines et les revenus des agents économiques publics et privés sont transférables de l'un à l'autre. C'est bien sûr le cas des impôts qui constituent un transfert des revenus du privé vers le public. C'est aussi le cas des allocations et des aides qui constituent le transfert inverse. Mais pour le patrimoine c'est autre chose, le patrimoine public est toute chose égale par ailleurs insaisissable. Sauf à vendre la Joconde et le château de Versailles on voit mal l'Etat se vendre à l'étranger. Il n'y a que les possessions exotiques ou des terres lointaines (comme la Louisiane par Napoléon) qui ont fait l'objet de cessions par le passé. Mais la France métropolitaine n'a fait l'objet d'aucune cession aussi loin que je m'en souvienne. Même quand l'Etat vend un terrain public ce n'est pas pour autant qu'il sort du territoire national et échappe à l'impôt. Le privé lui n'y échappe pas sauf à quitter le pays ou à frauder.

Au total si l'on fait le compte de tous les actifs et passifs d'un pays souverain, on obtient un solde net positif qui justifie l'assertion : un pays ne peut pas être en faillite. D'autant que l'Etat a un avantage essentiel sur un acteur privé quelle que soit sa taille : il peut lever l'impôt à sa convenance et il peut donc décider du niveau de ses revenus. La question qui vient à l'esprit aussitôt est la suivante : oui mais si le citoyen est insolvable ? En effet le raisonnement tient tant que le citoyen consent à l'impôt et peut le payer. Trop d'impôt tue l'impôt dit l'adage. C'est juste et c'est pourquoi les socialistes s'interrogent sur le niveau de prélèvement tolérable par les contribuables. On a vu les débats autour de la tranche à 75% ou la taxation des plus values mobilières (la révolte des pigeons).

Qu'en déduire ? Les libéraux plaident en permanence pour un retrait de l'Etat. Trop de charges, trop de fonctionnaires, trop de paperasserie. Le gouvernement français ne le dit pas ainsi mais quand il instaure le CICE (crédit d'impôt de 20 milliards pour les entreprises) la MAP (modernisation de l'action publique, successeur de la RGPP) et le choc de simplification, le gouvernement Ayrault est libéral ! Dans une phase plus libérale que sociale disons le.

En fait on dit ce gouvernement "social-libéral". Il y a le mot "social" mais soyons justes, les mesures sociales sont discrètes. Hausse limitée du Smic, allocation de rentrée scolaire augmentée de 25%, blocage des loyers à la relocation, mutuelle complémentaire généralisée ... Il y a très peu à redistribuer et heureusement Hollande n'avait pas promis la lune. C'est vrai qu'on a fait payer les plus aisés pour combler les trous de la gestion Sarkozy mais sans pouvoir redonner grand chose aux plus démunis. Assumons le. Quand certains disent à gauche du PS que "de l'argent il y en a", ça veut dire plus d'impôts. Or il y a overdose fiscale. Et quand à droite on promet des baisses massives de dépense ça veut dire moins de services publics. Le chemin à suivre est évidemment entre les deux. Réorienter l'impôt vers des services publics utiles.

Il est clair que le tour de vis est sévère mais nécessaire après 30 ans de laxisme budgétaire. Pour autant il faut arrêter d'être obsédé par la dette et les déficits. Sans aller jusqu'à relancer avec de l'argent qu'on n'a pas, il faudrait au moins stopper la frénésie fiscale. La dernière trouvaille, la taxe carbone, ne va pas rassurer les Français. Là encore, il s'agit d'orienter l'impôt vers un objectif public utile : favoriser la transition écologique. Expliquer l'action du gouvernement n'est pas chose facile pour un militant de gauche. Et pourtant Hollande avait prévenu : deux années de redressement sont nécessaires. Il tient le cap qui est le sien libéral aujourd'hui, social demain. C'est le sens général, mais bien sûr il ne faut pas le dire ainsi.

 


Valls est clivant

Difficile accrochage entre le ministre Valls et une multitude de leaders de la gauche angélique, sur le thème de l'immigration. Duflot, Canfin (c'est un ministre, si, si je vous le garantis), Placé, Mamère chez les Verts l'ont tous dézingué. Pour faire bonne mesure l'obscur Razzy Hammadi au PS et même Marisol Touraine (une autre ministre) ont vu en Valls un mauvais républicain. Ça fait du monde mais finalement pas grand monde. Le match de popularité comparée de ces personnalités avec Valls est sans surprise en faveur du ministre de l'intérieur. Et je ne pense pas que cela change, l'opinion partageant qu'on le déplore ou non le point de vue du ministre sur le problème.

Il est d'ailleurs frappant de noter que plus ses adversaires tapent et plus Valls tient la corde dans les sondages. Mélenchon a commencé et les autres à gauche se sont lancés courageusement en meute. Cette façon de faire par ces jaloux m'horripile. Il est vrai que Valls clive comme on dit. Il divise, il heurte, il ouvre des débats là où ça gratte. Il n'a pas toujours tort mais ça arrive. Sur le regroupement familial je ne suis pas d'accord avec sa ligne dure. Sur l'Islam, je ne sais pas où il veut en venir. Agiter ces sujets à quelques mois des municipales c'est hors de propos. C'est enlever toute sérénité au débat. Parler de sécurité et de police par contre est d'actualité. Dire au maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin qu'il a failli dans sa mission d'officier de police municipale, représentant de l'Etat, c'est tout simplement la vérité. Ça aidera peut être la gauche à virer le vieillard qui avait promis de ne pas se représenter à Marseille mais qui s'accroche à 73 ans.

Valls n'est pas un problème pour la gauche. Il propose une autre approche de la sécurité en phase avec les attentes de la population. Sa différence avec Sarkozy ? Premièrement, il affirme ses positions franchement mais ensuite il cherche le compromis, il ne passe pas en force. Deuxièmement sa loyauté vis a vis de Hollande est totale. Il ne sera pas le caillou dans le pied, le traitre qu'à été Sarkozy pour Chirac. D'ailleurs la droite ne sait pas comment déboulonner Valls. Elle a été silencieuse tout le temps de cette courte polémique.

Rien que pour cela - on juge un homme politique à la crainte qu'il inspire à ses ennemis - et parce qu'il vient d'accepter de revenir sur ses propos en matière de regroupement familial, preuve de son intelligence politique, il mérite d'être distingué de la meute en ayant le soutien du président. Je n'en dirai pas autant de tous ses détracteurs.

 


Mélenchon ronchon. Un pléonasme.

Comme d'habitude Mélenchon tape fort. Il tape sur Valls en dessous de la ceinture en l'assimilant au FN dans sa prestation de rentrée. Nullissime.

Comme si le ministre de l'intérieur méritait d'être diabolisé, délégitimé, ostracisé. Un procès stalinien coutumier au Front de gauche pour condamner les socio-traîtres ou socio-libéraux. Le seul argument c'est l'invective. La vérité pour lui c'est celle du dogme anti sécuritaire au nom des libertés que l'on prétend protéger.

Mais cette liberté que l'on dit défendre des deux côtés, n'est-elle pas définie par la frontière où commence celle des autres ? Plus précisément, au nom de quoi Mélenchon croit-il détenir la vérité ? Pourquoi interdire à l'autre de penser autrement ? Penser autrement à gauche serait faux ou impie. La liberté doit être absolue ou elle n'est pas. Les valeurs, les convictions, l'idéologie de gauche sont de ce côté me dira-t-on. La réalité est comme toujours plus complexe. Une idéologie qui prône l'intolérance et l'exclusion est aux antipodes de ma pensée. La régulation du monde doit se faire avec l'accord des citoyens. On ne fait pas le bonheur du peuple contre sa volonté.

Malheureusement Mélenchon suscite en moi l'envie de donner des claques. C'est ce que méritent les idées de Mélenchon et de ses acolytes mais c'est un piège. Il abaisse le débat. Il ne nous rend pas service car il ne nous rend pas meilleurs.

Je le crois en outre hypocrite quand il condamne les expulsions de roms et l'absence de régularisation massive des sans papiers. Ce n'est pas exactement ce que l'on entend chez ses alliés communistes. Et je me rappelle de ce qu'il disait des lituaniens ou des lettons en 2005.

Le leader du Front de Gauche n'a pas aimé qu'on compare le Front de gauche et le FN. Mais par ses outrances et sa volonté de détruire le Parti majoritaire dans son camp, il en adopte clairement la stratégie. Au delà de ses convictions qu'on apprécie ou pas, il a un plan pour dominer la gauche qui ne marchera pas mais qu'il applique avec acharnement. Il recherche l'affrontement brutal, le choc des gauches. Au nom d'une vraie gauche pure et dure.

Il a raison sur un point : nous n'avons pas les mêmes valeurs sur le plan du respect des adversaires. Nous ne comprenons pas cette manie d'insulter ou d'excommunier à tout bout de champ. Ce qu'il appelle tiédeur chez les socialistes je l'appelle humanité. Il ferait bien d'y réfléchir lui qui parle sans cesse d'humain d'abord. Il prouve sans relâche que l'humain et le peuple dans sa bouche ne sont qu'un prétexte pour la conquête du pouvoir. Celles et ceux qu'il prétend servir l'ont bien compris tant il est vrai que la multiplication des coups de gueule n'a pas débouché sur la multiplication attendue des voix dans les urnes. Le ressac n'est pas loin. Le numéro finit par lasser.

 


Solliciter un emploi quand on a 50 ans

François Hollande a dû faire face à une demande d'emploi en direct lors d'une de ses visites en public cette semaine. La séquence médiatisée montre un président à l'écoute, sérieux si ce n'est grave qui répond tant bien que mal à la sollicitation d'une femme de 50 ans en recherche d'emploi. Il lui répond qu'il est là pour celà, que le gouvernement prend des mesures pour l'emploi comme le contrat de génération et les emplois d'avenir mais en ayant en retour toujours la même question lancinante, "oui mais concrètement qu'est ce que vous faites pour moi ?".

Le président a demandé à Pole Emploi de recevoir la dame et de lui proposer un contrat. Quel contrat on ne sait, mais il ne fallait pas laisser l'impression d'une impuissance présidentielle en face d'une chômeuse. La dame en question s'est dite ensuite ennuyée de l'avoir embarrassé parce qu'elle voulait évoquer une question générale d'emploi des seniors et non son cas particulier. C'est bien pourtant ce qui ressort des images qu'on a vues. 

Quel exercice difficile d'être confronté avec la triste réalité du chômage et les demandes innombrables toutes aussi légitimes les unes que les autres. Le travail est un droit, et c'est pourquoi le chômage est indemnisé. Je connais peu ou pas de chômeurs qui se contentent de leur inactivité. Les assistés qui vivent du RSA sont des gens qui ont lâché prise et ont souvent subi des épreuves difficiles. Il n'y a surtout pas matière à généraliser. La condamnation par ceux qui travaillent (ou sont à la retraite) et jugent mal les bénéficiaires d'aides sociales est fréquente. Mais qui envie le sort des assistés et des chômeurs ? Qui ne comprend la fierté d'assumer son indépendance et la vie de sa famille ? Les gens en difficulté eux mêmes sans doute. La crise rend les choses encore plus terribles.

Je n'ai jamais connu le chômage depuis le début de mon entrée dans la vie active. J'ai eu cette chance mais je ne sais pas si je l'aurais jusqu'au bout de mon parcours. On verra, mais j'aurais horreur de devoir solliciter un jour un emploi ou une aide si la vie basculait un jour pour quelque raison que ce soit. J'ai plus de 50 ans et même si je n'ai pas d'inquiétude particulière je me demande parfois comment peuvent réagir ceux que l'accident de la vie frappe. C'est douloureux. Il vaut mieux être dans la peau du sollicité que du solliciteur. Les hommes publics et les employeurs potentiels doivent toujours admettre que c'est la situation du demandeur qui est pénible. Pour eux, c'est juste une question de mise en face des responsabilités. C'est bien moins humainement difficile à vivre.

Une dame demande un emploi mais c'est au nom de toutes les personnes dans sa situation qu'elle a parlé. Pour un homme comme Hollande ce n'était pas un exercice de communication même si c'est périlleux pour l'image. Quelqu'un comme Jospin en 2002 avait payé cash sa sincérité quand il avait dit "l'Etat ne peut pas tout". Il aurait dû ajouter "mais il peut beaucoup, et il reste responsable du sort de nos concitoyens". L'Etat providence est mal en point, il n'est pas encore mort. La phrase célèbre de Kennedy "ne demandez pas au pays ce qu'il peut faire pour vous, demandez vous ce que vous pouvez faire pour le pays" est valable en priorité pour ceux qui ont déjà une situation et un emploi. Pour les autres, la réponse serait ressentie comme une échappatoire.


Le FMI appelle la France à la dépense utile, l'OFCE démontre que l'Etat pèse moins qu'on ne le pense

Mise en garde ou encouragement ? Telle est la double lecture possible du dernier rapport du FMI sur les finances publiques françaises. Le Figaro ou Le Monde y voient d'abord une mise en garde contre des hausses d'impôts en 2014. Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, y voit plutôt une convergence de vues et une reconnaissance des mesures en faveur de l'emploi et de la compétitivité.

Qui a raison, qui a tort ? Les deux sans doute. L'austérité à tout crin a cessé d'être l'alpha et l'omega des institutions internationales mais l'impôt ne peut plus augmenter significativement en France l'an prochain, c'est tout aussi certain. Pourtant 6 milliards d'euros supplémentaires seront prélevés l'an prochain sur un total de 20 milliards d'efforts de réduction des déficits. Il y a en effet 14 milliards d'économies de dépenses, soit plus de deux euros économisés pour un euro prélevé.

Dans une note de l'OFCE, l'économiste Henri Sterdyniak observe à juste titre que l'Etat vu comme le secteur public au sens large (état central et collectivités) ne fait pas que dépenser. On oublie trop souvent qu'il produit aussi. Il contribue à hauteur de 18% au PIB par ses dépenses d'infrastructures (écoles, hôpitaux, routes, chemins de fer, ...) et 25% par les prestations sociales. Seuls 3,7% du PIB correspondent à des dépenses de fonctionnement de l''administration.

image from www.ofce.sciences-po.fr

Il y a donc une grande hypocrisie à faire croire que notre Etat absorbe 56% de la richesse nationale. Ce que l'Etat donne constitue une richesse pour les citoyens. Ce qu'il fabrique devrait être fabriqué par quelqu'un d'autre sauf à considérer qu'on peut se passer d'éducation, de soins, de logement, de sécurité, de transports. Ce qui est improductif à haute dose ? La dette, les intérêts de cette dette, les gaspillages et les doublons. En somme ce qu'il faut traquer ce sont plus les dépenses que l'on pourrait éviter et moins les impôts nouveaux que l'on pourrait prélever.

Du simple bon sens économique. C'est la seule leçon que l'on peut tirer de cette étude du FMI selon moi. La dépense publique ce sont avant tout des transferts indispensables pour redonner de la justice à un système productif qui n'en a pas. Si les libéraux veulent moins d'Etat, et s'ils ne veulent pas de l'appropriation publique ou collectivisée des moyens de production chère aux marxistes, qu'ils imaginent un système de production privé qui ne produise pas d'inégalité. On en est loin, l'Etat est donc plus que jamais nécessaire. Notre société partage et c'est heureux.