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juillet 2013

Hollande chef de la majorité présidentielle

Hollande reçoit ce soir les cinq chefs de parti de la majorité présidentielle et parlementaire, Harlem Désir (PS), Pascal Durand (EELV), Jean-Michel Baylet (PRG), Jean-Luc Laurent (MRC) et Robert Hue (MUP). Il s'agit de mieux coordonner la majorité dans l'optique des échéances futures qu'elles soient programmatiques ou électorales.

Le programme de la rentrée est en effet plutôt rude avec une réforme des retraites qui ne fait pas l'unanimité, un budget sérieux que certains disent trop austère, une réforme constitutionnelle qui fait débat, bref de nombreux sujets de discussions qu'un seul dîner à l'Elysée ne saurait régler.

Je suis frappé que François Hollande se sente obligé de reserrer les rangs de sa majorité alors que ce rôle est normalement dévolu à Jean-Marc Ayrault. Là encore, le quinquennat a fait bouger les lignes. L'ancienne répartition des rôles entre président et premier ministre n'est plus aussi limpide. Les chefs de parti veulent parler directement au président dont ils savent le grand pouvoir institutionnel plutôt qu'à celui qui a une légitimité de grand intendant puisqu'il n'agit qu'avec l'aval du chef de l'Etat sur les grands dossiers.

Il est vrai que François Hollande est un expert de la chose politique et qu'il est supérieurement habile pour engendrer des consensus autour de décisions qui ménagent la chèvre et le chou. Et il en faut de l'habileté pour concilier des orientations aussi contradictoires entre tenants de l'industrie nucléaire et partisans de la transition énergétique pour ne prendre que ce seul exemple. Pour l'instant, il faut observer que la majorité parlementaire n'a pas manqué au président, malgré quelques défections ponctuelles sur certains votes. Je ne parle pas du Front de Gauche dont le discours radical et les alliances de circonstance avec l'UMP ne l'autorisent pas à faire partie du premier cercle de la majorité. Les mélenc(h)onneries ne font plus rire personne (même les communistes) donc je n'en parle pas non plus.

Pour autant, il est nécessaire de ressouder les liens avec ceux qui peuvent être tentés par une stratégie d'autonomie afin de retrouver la liberté de ton des minoritaires. Il peut apparaître à certains très confortable d'avoir un pied dedans et un pied dehors, d'avoir un discours solidaire à Paris mais contestataire en circonscription. Certains élus locaux sont sensibles aux discours d'une partie des électeurs qui les incite à exiger une politique plus à gauche, plus dans la relance et la croissance, plus dans la résistance à une Europe à la fois trop germanique, trop libérale et anglo saxonne.

La question que doit se poser Hollande est de savoir comment faire patienter la frange la plus sceptique prête à rejoindre l'aile gauche dans la contestation. L'attente de la croissance devient insoutenable. L'emploi, le logement, les transports, tout celà ne s'améliorera pas sans volonté publique forte. L'étau budgétaire doit-il être desserré maintenant pour sauver les échéances municipales et européennes ? Hollande ne le fera pas à mon avis pour au moins trois raisons majeures. D'abord, il est trop tard pour changer d'orientation avant 2014. Ce serait un aveu d'échec autant qu'un aveu de faiblesse qui pourrait se traduire en procès en incompétence. Ensuite, je pense qu'Hollande reste persuadé du bien fondé de sa politique initiale. Il croit que les mesures finiront par produire les effets escomptés. Il a consenti au traitement social du chômage que représentent les emplois d'avenir mais il sait que celà accompagne la guérison du malade, cela ne la produit pas.  Enfin il analyse sa propre impopularité comme tellement chronique à ce stade qu'aucun changement de politique ne trouverait gré auprès de la population. Sans atteindre la dimension personnelle qu'avait atteint l'antisarkozysme, il y a une telle frustration ou déception de l'électorat, que rien ne peut faire remonter la pente sauf des résultats sur le plan économique.

D'où le discours en forme de pensée magique sur "la reprise est là", "la courbe du chômage va se retourner en fin d 'année", ... C'est dur, depuis le début c'est dur, mais se lamenter avec les Français, ces pessimistes structurels, serait tout simplement une démission collective. Il ne faut pas y céder, ou alors autant donner les clés au premier démagogue venu pour que le machin explose. Personnellement je n'en veux pas. Mais je suis sûr que François tiendra, et je le soutiendrai.


Voyage au pays de la finance

J'ai eu l'occasion d'être invité à des rencontres de l'épargne organisées par AXA dans leur siège parisien. Le plus intéressant a consisté en une table ronde qui réunissait autour de Stéphane Soumier de BFM Business, trois spécialistes des marchés financiers travaillant l'un pour Rothschild, l'autre pour Axa et le troisième pour Carmignac Gestion. C'est ce dernier qui m'a le plus scotché même si les deux autres étaient très intéressants également. Il s'appelle je crois, Didier Saint-Georges. L'homme est brillant, pédagogue, charismatique. Il m'a épaté je dois le dire avec un discours franc, direct, bien ciselé.

Paradoxalement en ces temps moroses, ces messieurs ont collectivement brossé un tableau pas si noir de l'économie de notre pays. Certes ils étaient là pour vendre de l'assurance vie. Ils l'ont présenté comme le placement le plus protégé pour l'heure dans le patrimoine des Français. Protégé fiscalement et protégé juridiquement pour les successions et la transmission. On sentait le lobby financier à l'oeuvre. Mais l'économie frétille, elle se réveille selon ces messieurs sans doute bien informés. Le public composé de chefs d'entreprise, de rentiers, de retraités aisés, et d'agents généraux Axa était tout ouïe devant ces bonnes nouvelles. La France de l'épargne et du capital a été rassurée. 

Un chapitre a été consacré à dire pourquoi tout dépend des taux d'intérêt. Les taux d'intérêt fixent au final le prix de tout actif financier. D'où l'importance que les taux en question ne soient pas manipulés comme ils l'ont été les dix dernières années. Trop bas, en raison des politiques successives des banques centrales américaine, japonaise et même européenne, ils ne rémunéraient plus le risque. Aucun intérêt d'aller vers le marché des actions d'où les crises de ces marchés dans les dix dernières années. La courbe des taux a été trop longtemps trop applatie. Trop de dettes souveraines aussi et pas assez de transmission à l'économie des crédits à bas taux. Les banques préfèrent gagner de l'argent avec de très faibles marges (ce que leur permettent les taux bas) que risquer leur capital dans des prêts aux entreprises, aux petites s'entend. La Fed vient de dire que c'était fini, que les taux allaient progressivement remonter. Les taux vont de nouveau jouer leur rôle d'étalon dans la finance. Passionnant.

M. Saint-Georges est intervenu notamment pour dire quel était son job. Gestionnaire de patrimoine au sein de l'écurie Carmignac, c'est comme être pilote de course chez Ferrari. Carmignac c'est une référence sur la place de Paris. Des encours énormes, des performances solides, une gestion de premier ordre dans la durée. Bref LA maison française de la gestion privée.

En gros, il a expliqué que son métier consistait à traquer les erreurs de prix du marché. A la hausse ou à la baisse. Il s'agit de faire ses devoirs pour analyser la vraie valeur d'une action ou d'une obligation et de jouer les écarts, de se placer en avance de phase pour être plus intelligent que le copain de la maison d'en face qui n'avait pas capté toutes les potentialités d'un actif financier quelconque. Pour lui pas question d'entreprise, de plans stratégiques, de produits ou de services à valeur ajoutée, il s'agit simplement de profiter, d'arbitrer entre des écarts de prix. C'est celà, son métier, arbitragiste. Aucun jugement de valeur sur les sous-jacents, c'est à dire les actifs sur lesquels il spécule. Il ne s'agit que de business. Vendre plus cher qu'on n'a acheté. Ou acheter moins cher qu'on n'a vendu. Sans arrêt, sans état d'âme.

Je n'ai pas toute la fine connaissance de ce métier financier, qui utilise un jargon et des techniques qui me sont largement inconnus, mais je discerne que le métier de ces gens n'est pas fondamentalement utile à l'économie réelle. Il est utile pour valoriser un patrimoine ce qui n'a rien d'infâmant bien au contraire, mais les créations d'emplois, les produits innovants, les progrès techniques, ne sont évoqués que très marginalement. Il s'agit de faire fructifier une épargne, rien d'autre.

Il est fascinant de voir comment de telles intelligences se consacrent autant à l'argent pour l'argent. Le monde de l'argent qui travaille pour faire des petits était en action ce soir là. J'y étais. Etonnant.


"De l'argent il y en a, il n'y a qu'à ..."

Je suis un peu lassé des arguments échangés lorsqu'il s'agit de résoudre les problèmes d'argent.

C'est invariable : "l'autre n'a qu'à payer d'abord, moi je n'ai pas les moyens". Avec cette variante à gauche : de l'argent il y en a, il n'y a qu'à aller le chercher dans la poche des riches, des patrons qui se gobergent, des entreprises qui exploitent les salariés. Et celle ci à droite : de l'argent il y en a, il n'y a qu'à faire des économies sur les fonctionnaires, le train de vie de l'Etat, les charges. C'est vrai aussi dans le domaine des relations sociales au travail quand un patron essaye de convaincre ses salariés de faire des efforts de compétitivité en réduisant les salaires ou en rabotant leurs conditions de travail.

"Il n'y a qu'à ..." On ne règle rien tant qu'on reste assis sur ce genre de position.

Ca fait sans doute partie des figures imposées de la négociation que de proférer les incantations d'usage, mais on n'avance pas.

Un pays adulte et des organisations adultes devraient réduire au minimum ce genre d'étapes destinées à marquer le territoire pour passer rapidement aux choses sérieuses. Les palabres interminables m'agacent. Je préfère les solutions techniques, argumentées plutôt que les grandes déclarations de principe et les postures. Mais c'est parfois le passage obligé pour que le compromis se dessine. Tant pis pour moi la lenteur est nécessaire.


L'antisarkozysme ne suffira pas

Nicolas Sarkozy n'a jamais quitté la politique. Elle l'obsède, le taraude, le fascine. Et quand le Conseil constitutionnel décide que ses comptes de campagne ont dépassé le plafond, il explose ! Il quitte avec fracas l'institution pour retrouver sa liberté de parole. Je me demande s'il va néanmoins continuer à toucher ses indemnités (12 000€ par mois) en tant que membre de droit, s'il ne siège plus. Chirac avait cessé de les percevoir quand il avait été condamné. C'est à Jean-Louis Debré d'aviser.

S'il revient à la politique active comme sa présence dans les instances de l'UMP semble le démontrer, ce sera plus clair. Pour ma part je déteste le bonhomme. Je n'ai aucune envie de lui voir une quelconque responsabilité publique à l'avenir donc s'il revient ce sera un véritable repoussoir, un moteur de rejet. Je pense que beaucoup réagiront ainsi à gauche. On pense ce qu'on veut de Hollande (et moi j'en pense du bien) mais les déçus du gouvernement peuvent se remobiliser pour faire barrage au retour de celui qui a ruiné la France et l'UMP.

L'antisarkozysme a des beaux jours, car rien que le voir et l'entendre rend hystérique ses supporters comme ses détracteurs. Il symbolise tout ce que je déteste : la vulgarité, la tchatche, le narcissisme, le côté "je sais tout", péremptoire, bardé de certitudes ... 

A droite ce sera de toute façon plus un problème qu'une solution. Entre Copé, Fillon, Le Maire, Bertrand, Juppé, et d'autres peut-être, il y a déjà un trop plein manifeste ... d'hommes. Aucune femme ne peut ou veut concourir, sauf peut-être NKM si elle gagne Paris en 2014.

A gauche, heureusement nous avons Hollande qui a un sens politique de premier ordre et dont le bilan sera meilleur à la fin qu'au début. C'est d'ailleurs sans doute le plan. Manger notre pain noir tout de suite, perdre quelques élections mineures mais emporter le Graal à l'arrivée en 2017. De là à penser que l'on fasse l'impasse sur les élections municipales et européennes en 2014 puis sénatoriales en 2015, certes non. Hollande a appelé la gauche au rassemblement pour ces échéances, c'est son rôle. Mais il ne se fait guère d'illusions, la gauche a une tendance naturelle à se diviser. Nous le paierons dans certains cas dans les urnes comme nous l'avons payé à Villeneuve sur Lot ou dans l'Oise.

Comme nous possédons partout de fortes positions, il faut envisager l'hypothèse d'un certain reflux de nos positions dans les collectivités locales et donc au Sénat. L'antisarkozysme ne fait pas un projet municipal et encore moins européen. La réflexion sur la meilleure stratégie à suivre fait encore débat. Pour ma part je suis prêt à suivre l'idée du rassemblement pour éviter le retour destructeur de la droite sarkozyste.


La responsabilité de la gauche

La gauche est en mauvaise posture électorale. Nous perdons toutes les élections partielles en étant éliminés du premier tour ou en étant dominés nettement au second.

Même si c'est habituel pour le parti au pouvoir de se voir sanctionné entre les élections générales cela reste préoccupant. La dynamique électorale est en faveur des partis de droite ou d'extrême droite, spécialement le FN qui a considérablement lissé son discours et adouci les visages qui le représentent. Marine Le Pen est une figure banale du paysage politique français.

Pour contrer ce mouvement François Hollande appelle au rassemblement des formations de gauche au premier tour. Harlem Désir lui a emboité le pas en souhaitant des discussions avec les écologistes et les radicaux, voire les communistes. Au delà il s'agit de déconstruire les propositions du FN notamment sur l'économie. Qu'en penser ?

Le rassemblement au premier tour est logique pour celui qui domine un camp, ce qui est le cas du PS. Les partenaires pensent autrement : les écologistes et le Front de Gauche veulent des listes autonomes au premier tour par endroits. Jean Vincent Placé pour les Verts plaide pour une alliance au second tour. Mélenchon n'en veut pas ni au premier, ni au second.

Chaque situation locale s'appréciera en fonction des relations entre partenaires et des ambitions des uns et des autres. Néanmoins on le constate, la gauche a reculé depuis mai-juin dernier. Quelque soit le talent ou l'ancrage des élus, la gauche subira une perte de plusieurs points par rapport au précédent scrutin. Pour certains cela ne changera rien, pour d'autres c'est suffisant pour être battus. C'est l'abstention qui menace. La déperdition ne va pas vers les partis partenaires parce que tous à gauche sont mis dans le même sac, même si Mélenchon tape toujours plus fort pour se distinguer du PS. Si quelqu'un en profite, c'est le FN. Un électeur de gauche sur six vote FN au second tour si on en croit une étude récente du Monde.

Il faut enfin admettre que les élections ne sont pas les mêmes entre partielles, municipales, européennes et autres. Le poids local est important, la prime au sortant (s'il n'a pas démérité) est forte dans les municipales. Le rapport de forces n'est pas le même dans les européennes. Il s'agit d'être réaliste. Quand on a le vent de face, il faut serrer les dents. L'an prochain s'annonce délicat pour la gauche, pour toute la gauche. Il va falloir faire preuve de responsabilité.