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juin 2013

Villeneuve sur Lot, une déception de plus.

Une petite victoire de l'UMP, une courte défaite du FN, un grand échec du PS et de la gauche, voilà en résumé le résultat de la législative partielle de Villeneuve sur Lot. Mais au delà quelles sont les perspectives ?

Tout dépend de qui on parle.

Pour l'UMP, la victoire est assez nette, mais l'écart n'est pas énorme avec le FN, moins de huit points. Si on se rappelle des 82% de Chirac en 2002 c'est un autre monde. Le souci de la droite c'est qu'elle a un concurrent féroce à ses basques, qui se fond dans un électorat populaire et socialement conservateur. S'il y a des triangulaires l'UMP peut y laisser des plumes. Il faudra à la droite modérée faire un choix stratégique entre l'alliance ou la triangulation, la droitisation ou le grand écart idéologique. Un parti de gouvernement se doit d'avoir plusieurs fers au feu, plusieurs cerveaux donc je penche pour la triangulation qui fédérera plusieurs partis ou courants autour de l'UMP. A l'exemple du PS qui n'a jamais voulu copier le PCF et encore moins le FDG mais qui a théorisé l'union de la gauche et sa division en courants. Si l'UMP cède à la droitisation Buissonière ou Copéiste, elle perdra au centre les plus gros bataillons.

Le FN a toutes les raisons de se réjouir. La crise est sa meilleure alliée. Les politiques ont de la peine à trouver des solutions justes et efficaces. La dynamique est favorable, l'exaspération est immense. En outre l'image de Marine Le Pen, Philippot et des jeunes qui s'engagent est plus soft que celle des anciens. Elle ne fait plus peur. D'extrémiste, elle devient populiste, quasi fréquentable, normalisée. On ne voit pas ce qui peut enrayer cette dynamique si ce n'est une amélioration du chômage et des réformes qui donnent des résultats tangibles. Reste le mode de scrutin qui empêche le FN d'accéder au pouvoir. L'absence d'alliances qui le condamne à l'exploit électoral dans un pays divisé. La bonne stratégie voudrait qu'il cherche à passer devant l'UMP comme première force de droite, un peu à l'image de ce que recherche le FDG à gauche, obligeant à une révision des alliances. On n'y est pas.

Et la gauche ? Que d'inconnues, que de crédit dilapidé en un an. La politique suivie aussi courageuse soit elle n'a pas des allures de politique de gauche classique, keynesienne, redistributrice. Le choix de la politique de l'offre après avoir dénoncé comme ennemi le monde de la finance est étonnant. C'est ce qui rend perplexe ou frustré de nombreux électeurs de gauche. Sans attendre le grand soir, ces gens auraient voulu une relance et une croissance à crédit. Au moins pendant un temps. Déçus ils boudent, ne vont même pas voter à gauche de la gauche, au FDG. Ils font grève, n'attendent plus rien parce qu'ils savent que sans le PS, le FDG ne peut rien de toute façon. Une partie de la gauche se tient à distance car personne n'imagine une cohabitation Mélenchon-Hollande. Donc un tiers environ des électeurs désertent, se démobilisent, attendent des jours meilleurs. 

Peu de choses positives à retirer de cette élection partielle. La persistance du front républicain est ténue. Le FN a perdu cette fois. Qu'en sera t-il en 2014 ? L'envie de botter les fesses des dirigeants est énorme. Et avouons le, parfois on comprend cette envie. Mais il faut tenir, serrer les dents. Le rebond ne peut pas venir d'une autre politique en plein milieu du gué. Il faut laisser leur chance aux décisions prises, soutenir Hollande loyalement.


Corporatisme malvenu

Le corporatisme des députés et des sénateurs me hérisse. Quelle levée de boucliers quand on parle de revenir sur certains de leurs avantages ! Avec en tête le président de l'assemblée nationale qui a pour moi perdu tout le crédit qu'il avait acquis en dirigeant les débats du mariage pour tous.

Bien sur il y a eu quelques avancées pour rogner les privilèges des députés je ne le nie pas. Mais c'est insuffisant. L'opinion est à cran parce qu'on lui demande des efforts et qu'elle regarde comment ses dirigeants vivent. Les ors de la république sont réels. Ce n'est pas un bagne. Ceux qui s'en plaignent peuvent démissionner.

Les députés font beaucoup de réunions. La présence en commission est nécessaire mais qui peut dire que le travail est fait ? Et bien fait. Les résultats ne sont pas là. Et pourtant je sais qu'il faut du temps.

Difficile d'être optimiste ce matin. Les résultats attendus de l'élection partielle ce jour m'inquiètent. Une montée du FN serait un signal dramatique. La preuve que les citoyens veulent renverser la table. Les digues seraient rompues et qui sait quel désordre pourrait en résulter ...


Pessimisme, défaitisme, declinisme ... Dégagez !

Inspirer confiance. Comment faire ? Pour un politique c'est bien compliqué tant l'image est ternie par l'absence de résultats. Les promesses ne sont jamais complètement tenues. Modestie et humilité devraient être de rigueur. Mais l'ambition n'est pas inutile. Elle est même indispensable.

On reproche à Hollande de donner des objectifs trop optimistes. Et ce sont des patrons, des experts qui disent cela. Ce sont les mêmes qui fixent des objectifs irréalistes à leurs collaborateurs en leur demandant de se dépasser mais qui n'hésitent pas à qualifier d'anxiogènes les annonces du président. Trop optimiste sur le chômage, trop optimiste sur le logement.

Est ce qu'il faut se projeter vers le haut ou se mettre à se lamenter tous ensemble sur le déclin inexorable de la France et son incapacité supposée à se battre dans la mondialisation ? Nos compatriotes voient un pays et une zone européenne sur la voie du déclin. Comment s'en sortir si ce n'est en changeant de lunettes. En y croyant.

On critique beaucoup les États-Unis mais pour travailler moi même dans une société américaine je connais leurs capacités et leur immense pragmatisme. Ils commettent autant d'erreurs que nous mais ils savent rebondir et voir la réalité en face. Ce qui veut dire changer d'avis et de cap quand il le faut.

Insuffler de l'optimisme tel est le rôle des dirigeants, en plus de donner le cap. Motiver les troupes, combattre le défaitisme et les obstacles internes. Ça s'appelle soulever des montagnes en certaines circonstances.

J'écoute souvent BFM Business et c'est un concert de lamentations, un concert de Hollande bashing. Ces experts auto proclamés sont nullissimes. Comme si tout ce qui était fait était nul et non avenu.

Vas y François, continue. Tu es dans ton rôle que de vouloir faire redresser la tête aux Français.


Rendre coup pour coup en politique

Faut-il rendre coup pour coup en politique ? Oui je le crois. Si on est attaqué violemment on ne doit pas laisser passer sans répondre. Sinon s'installe l'idée dans l'autre camp qu'on peut toujours aller plus loin, toujours plus fort, toujours plus outrancier et mensonger.

C'est ce qui me fait réagir vivement quand je lis des propos agressifs ou des contre vérités manifestes (le mot contre vérité a été inventé pour ne pas dire des mensonges). Je dois me contenir pour ne pas hurler mais c'est parfois impossible.

On me dit que ca n'en vaut pas la peine, que les propos excessifs condamnent leurs auteurs, qu'un Mélenchon par exemple, un Copé ou un Le Pen en son temps, se discréditent par leur brutalité verbale. Soit. Mais faut-il tendre l'autre joue et accepter tout sans broncher ? Non.

La violence verbale est le préalable d'autres violences. Il fabrique le terreau nécessaire. Il décomplexe l'action violente qui va jusqu'à l'agression mortelle comme celle du jeune Clément Méric.

Alors non il ne faut pas laisser passer les dérives de certains tribuns exaltés qui ne se rendent pas compte de la haine et de l'intolérance qu'ils contribuent à propager. Ainsi les idéologues du régime nazi ont-ils pu être condamnés à mort à Nüremberg sans avoir jamais touché une arme.

Le point Godwin de cette note ayant été atteint, il est temps d'y mettre fin.


Les retraites doivent elles être payées par les évadés fiscaux ?

La question de mon titre n'est pas anodine. On retrouve dans l'argumentation de la gauche de la gauche de plus en plus l'idée que les évadés fiscaux coûtent cher à la communauté et qu'en leur faisant rendre gorge, le problème des retraites serait réglé. C'est le théorème habituel : "de l'argent il y en a, il suffit d'aller le chercher"'.

Le problème c'est qu'on fait d'un instrument de justice fiscale, un instrument de solidarité nationale. Que veux je dire par là ? Simplement que ceux qui doivent payer l'impôt ne sont pas ceux qui doivent payer les retraites. La retraite par l'impôt ne concerne que les fonctionnaires.  Pour ceux qui l'ignorent, les fonctionnaires n'ont pas de caisse de retraite qui leur soit propre, pas d'équivalent de la CNAV. Les retraites sont payées par l'Etat et donc par l'impôt.

On en vient ainsi au message : ne touchez pas aux retraites des fonctionnaires, si chacun payait son impôt, les retraites des fonctionnaires seraient assurées. Et pour le privé ? Ah le privé, c'est autre chose. Ce n'est pas le même statut, et pour cause ... De quoi exacerber l'idée déjà répandue que les fonctionnaires sont mieux traités que les salariés du privé.

Mais les tenants de la chasse aux évadés fiscaux ne s'arrêtent pas là. Ils professent que les gains de productivité permettent de se passer de réformes. Pas besoin de se soucier de l'espérance de vie, la productivité permettra qu'un actif travaille pour plusieurs retraités. Après tout, c'est bien le cas des pères de famille qui font vivre les leurs. Des raisonnements simplistes qui ne sont étayés par aucune analyse sérieuse.

Je crains en fait que les démagogues de tout poil ne se réveillent à cette occasion et ne nous expliquent doctement à coup de raisonnement de café du commerce, que mais non il est inutile de réformer nos systèmes sociaux : en fait il n'y a qu'à aller chercher l'argent là où il est. Dans les entreprises, dans les paradis fiscaux, chez les riches. Partout sauf par l'effort équitable de chacun.

Je suis persuadé que ces "raisonnements" vont fleurir. Il faudra beaucoup de pédagogie et de doigté pour réformer dans la justice. Il faudrait au moins le charisme d'un Cohn Bendit pour convaincre les Français qu'il n'y a pas de pensée magique. Mais Dany a sûrement autre chose à faire.


Au delà des batailles internes du PS, les élections européennes

La convention Europe du PS se tiendra avec toutes les sensibilités socialistes, suite à un accord trouvé hier soir à la commission de résolution. Tant mieux. Le texte final comprendra des ajouts et des amendements qui étaient importants aux yeux de nos camarades de l'aile gauche du parti. Dont acte.

A cette occasion j'ai découvert que l'aile gauche - comme on dit - est pluraliste. Il y a au moins deux courants et peut-être davantage qui représentent cette sensibilité, l'un au sein de la majorité avec Benoit Hamon (le leader historique) et Guillaume Balas (l'homme qui émerge) et l'autre au sein de la minorité avec Emmanuel Maurel et d'autres. Je ne sais plus où se situent Marie Noëlle Lienemann et Henri Emmanuelli mais bon c'est de ce côté là. Ce qui m'a interpelé c'est l'interprétation de Guillaume Balas. Selon lui, soit la direction du PS acceptait de céder, soit ils quittaient le PS ... C'est assez consternant. Ainsi en Europe, si les autres pays majoritairement conservateurs ne cédaient pas à la France de gauche, il faudrait menacer de quitter l'Europe ? Invraisemblable.

Le plus important ce n'est pas la posture, le poker menteur ou le positionnement mais la ligne européenne du PS. Il ne faut pas se faire d'illusion, la ligne entendue par les Français sera celle du président Hollande et rien d'autre. La voix qui porte, la voix qui compte c'est la sienne. L'initiative franco-allemande qu'il compte prendre avec Angela Merkel les 27 et 28 juin sera axée sur la relance de l'emploi des jeunes.

Le but de nos minoritaires est moins de réellement infléchir la ligne que de convaincre davantage de députés et de sénateurs de voter avec eux lors des prochains débats parlementaires. Lors de la ratification du TSCG, une trentaine de députés PS avait fait défaut de mémoire. S'ils sont davantage, si les partenaires écologistes et radicaux renaclent (ne parlons même pas des communistes) et si l'UMP y voit un intérêt tactique, le gouvernement peut être mis en défaut sur la politique Européenne. Resterait l'artillerie lourde, le 49-3. Mais on n'en est pas là.

Si le vote pour les européennes avait lieu dimanche, le PS serait troisième derrière l'UMP et le FN mais à égalité avec le FDG selon un sondage pour le Huffington Post.

Cette élection est donc un test important de par l'importance du vote Mélenchon. Mais il faut se rappeler des dernières élections européennes où les écologistes avaient fait fort, très fort, puis ne représentaient plus grand chose lors de l'élection phare la présidentielle. Le score du FDG est donc à relativiser s'il se confirmait soit dans les sondages ou pire dans les urnes dans un an. Mais il fait réfléchir. La ligne européenne du PS est connue. Certains veulent qu'on donne un coup de barre non pas à gauche mais à mes yeux anti européen, souverainiste, quasi nationaliste, germanophobe. L'envie de dénoncer un bouc émissaire (allemand ou bruxellois) est manifeste. Le succès populaire de Le Pen et si on croit ce sondage Mélenchon, en impressionne plus d'un au PS, c'est frappant. Faut-il essayer de copier les populistes ? On n'y arrivera pas. Il faut tenir bon sur la ligne de dialogue et du compromis car le rapport de forces n'est pas en notre faveur en Europe. Et puis que péserait la France seule face aux géants mondiaux ? Encore moins qu'en Europe.

Quoiqu'il en soit, chaque scrutin a sa propre logique. Ce serait une erreur de projeter ces prévisions des européennes pour les municipales de 2014.


Une guéguerre d'amendements au PS

Un débat comme il ne peut y en avoir qu'au PS agite l'aile gauche du parti. L'objet : l'adoption d'amendements sur le texte de la convention Europe du PS dont le vote a eu lieu la semaine dernière.

De quoi s'agit-il ? Les militants ont été saisis d'un texte unique sur les orientations socialistes pour l'Europe et de 13 amendements à ce texte. Environ 60 000 votants soit une participation de l'ordre de 35% plutôt faible mais correcte si on compare avec les votes thématiques précédents.

Le problème vient de ce que le texte a été largement approuvé (environ 90% des votants) mais que les amendements ont recueilli une majorité de votants largement inférieure parce que beaucoup de votants n'ont pas pris part au vote des amendements (50% des votants du texte n'ont pas coché de croix - pour/contre/abstention - en face des amendements). Personnellement j'ai voté contre tous ces amendements sauf ceux présentés par les "Hollandistes". La gauche du parti crie au scandale car pour elle ses amendements ont été adoptés mais pour la direction du PS, ce n'est pas le cas car aucun amendement n'a franchi la barre de 50% des votants du texte. L'affaire totalement obscure pour le commun des mortels est confiée à une commission de résolution interne du PS.

Quel est l'enjeu ? Evidemment l'orientation de la ligne européenne du PS. Les amendements concernés gauchissent nettement la ligne en réclamant moins d'austérité, l'abandon du TSCG, une confrontation avec la BCE et l'Allemagne, et j'en passe. Ce n'est pas la ligne du gouvernement et il y a donc un risque de mettre celui ci en porte à faux. La direction du PS tente donc de contenir cette glissade en usant d'artifices de procédures, en invoquant un quorum de votants nécessaire pour les amendements. De quoi agiter le microcosme des courants socialistes.

Pour ma part, cet épisode me laisse perplexe sur la capacité du parti à organiser sereinement des consultations internes et des débats. Pour l'instant il y a un relatif confinement et le buzz n'est pas très fort mais l'annonce d'un boycott possible de la convention Europe par l'aile gauche du parti n'est pas un bon signe.

Il y a une tentative manifeste de récupération des activistes du PS pour faire dire aux militants ce qu'ils n'ont pas dit de façon explicite. La majorité silencieuse des militants ne s'est pas exprimée sur les amendements parce qu'elle ne les a pas lu, parce qu'il y en avait trop, parce qu'elle est légitimiste et qu'elle s'est donc contentée d'approuver le texte unique. Qu'ensuite la gauche du parti se soit mobilisée sur les amendements pour peser sur la ligne était évident et prévisible. L'arithmétique pure lui est favorable et elle veut appliquer l'adage qui ne dit mot consent. A t-on clairement énoncé la règle du quorum nécessaire ? Je n'en sais rien.

Bref,il aurait mieux fallu laisser la minorité présenter un texte alternatif que tomber dans cette mauvaise querelle démocratique. On a voulu masquer nos divergences sur ce sujet sensible avec des manoeuvres d'appareil. C'est plutôt raté. Mais c'est toujours facile de le dire après.


Une remontée de François Hollande dans les sondages !

En ces temps de crise et de morosité, on se contente de peu. Même si une hirondelle ne fait pas le printemps, il est agréable de constater que les sondages récents montrent une embellie dans la popularité de l'exécutif Hollande - Ayrault. Plus six points en un mois, c'est appréciable. Comme le beau temps revient, le moral remonte d'autant plus ...

La situation économique se redresse t-elle ? Pas encore. Le chômage continue de monter. Le pouvoir d'achat est toujours en berne et le moral des Français est toujours très bas. Le PS vient de perdre les deux dernières élections législatives partielles. Il faudra voir le week end prochain si le PS parvient à passer le premier tour dans la circonscription de Cahuzac. On se contenterait de celà en ce moment.

Alors pourquoi ce redressement ? On dit que la conférence du président a été réussie, que la ligne politique ayant été assumée, les gens sont moins sévères sur le caractère "indécis" de Hollande. On note aussi moins de couacs parmi les ministres, moins de cacophonie, car là encore Hollande a calmé tout le monde en disant que personne n'était intouchable parmi les ministres. Bref il y a un capitaine qui tient son cap.

Tout celà ne servira à rien si les résultats économiques ne suivent pas, mais personnellement j'ai confiance dans la boite à outils. Il faut que les entreprises reprennent le chemin de l'investissement et que les Français retrouvent le moral au moins un peu. Il est vrai que les futures réformes des retraites et des régimes sociaux sont dures mais les Français semblent s'y attendre. On reprocherait davantage à Hollande de laisser faire ou de ne rien faire. Le signe qui me rassure c'est la non percée du Front de gauche dans les sondages ou les élections intermédiaires. Si le peuple de gauche faisait confiance en Mélenchon, il y aurait une rupture dangereuse, mais ce n'est pas le cas. Mélenchon comme Grillo en Italie est trop virulent, trop violent. C'est Marine Le Pen qui semble profiter du mécontentement ce qui finalement gêne davantage la droite que la gauche. La minorité populiste va vers l'extrême droite mais repousse les modérés vers la gauche de gouvernement d'autant que Mélenchon critique notre sérieux budgétaire et notre vision réformiste du modèle social français.

Il y a de quoi construire des majorités de progrès avec ceux que rebutent la violence des thèses extrémistes ou l'illusion altermondialiste. Mais soyons clairs, jamais je ne pourrais tirer un trait d'égalité entre les barbares et les doux rêveurs, entre les xénophobes et les angéliques. S'il fallait choisir, je n'hésiterais pas à favoriser ceux avec qui nous partageons à gauche un idéal universel humaniste et généreux. Hollande aussi j'en suis sûr.


Le national populisme ou la nostalgie d'une France disparue

Aussi loin que je me rappelle, mon intérêt pour la politique a commencé dans les années 70, plutôt vers la fin des années 70. Je me rappelle qu'en 1977 j'avais 20 ans et on parlait à l'époque du programme commun de la gauche dans ma famille. Ma famille a toujours voté à gauche et jamais depuis les débuts de la Vème république la gauche n'avait eu l'opportunité de gagner les élections. C'était l'époque des discussions entre Mitterrand pour le PS, Marchais pour le PCF, et Fabre (qui se souvient encore de Robert Fabre ?) pour les radicaux de gauche.

Les communistes ont fait capoter la victoire possible aux législatives de 1978 en pratiquant la surenchère, en radicalisant le programme. La raison ? Des échecs aux législatives partielles qui les poussent à vouloir reprendre la main. Un programme pas assez à gauche, jamais assez à gauche. Jusqu'à la défaite. Une leçon à retenir et que j'ai retenue. Il faut toujours se méfier des opportunistes.

Le PCF perd un quart de ses électeurs en 1981 tombant à 15%, un chiffre qui le ferait rêver aujourd'hui, mais surtout le PS passe devant lui grâce à François Mitterrand et ne cessera de le devancer et de dominer la gauche ensuite. La victoire des socialistes a permis la victoire de la gauche alors que trop longtemps le vote communiste a effrayé le centre et stérilisé 20% de l'électorat au profit de la droite.

On peut faire un parallèle aujourd'hui avec le FN qui séduit une part comparable des électeurs empoisonnant la vie de l'UMP. Mais il faut relativiser, au deuxième tour du scrutin majoritaire, chacun choisit son camp. La question est celle de la domination d'un parti dans une coalition. En fait avec 30 ou 35% des voix au premier tour, que ce soit l'UMP ou le PS, un parti peut diriger un pays et avoir une majorité avec des alliés de second tour.

Tout celà n'est qu'affaire de stratégie de conquête et non d'idées à défendre. L'idéologie communiste a sombré avec la chute de l'URSS. L'état centralisé et puissant que défendaient les communistes et les gaullistes a fait place à des institutions européennes et locales. Le pouvoir national a été miné, dilué par le sommet et par la base. C'est un progrès sauf pour les nostalgiques de la France d'avant, la France rurale et ouvrière des années 1950 avec ses champs et ses usines, ses frontières et ses gardes-barrière.

Le retour du tropisme national vient de cette nostalgie. L'Europe n'a pas tenu toutes ses promesses et les pouvoirs locaux sont vus comme des ilots de résistance face à un pouvoir central inféodé à Bruxelles et aux intérêts financiers. Aux Etats Unis le même phénomène alimente la méfiance vis à vis de Washington et des "big guys" de Wall Street.

Ce n'est plus à gauche que votent les classes populaires car la gauche est accusée de défendre l'immigré, l'assisté, le petit bourgeois et le fonctionnaire. Les mentalités évoluent lentement mais le message d'une France plus juste et plus sociale se heurte à l'individualisation des comportements. Le chacun pour soi domine. Et pourtant le pays conservateur est prêt à se mobiliser comme on l'a vu à l'occasion des manifestations contre le mariage pour tous. Est ce que la gauche arrive à mobiliser quand elle est au pouvoir ? Non en tout cas pas quand la gauche de Mélenchon ou Besancenot tente de le faire. Le pays est apathique. Le plus grand danger serait que le peuple de gauche ne se mobilise pas dans les urnes faute de pouvoir rêver. 

L'exercice du pouvoir par la gauche a toujours provoqué une radicalisation à droite. L'étonnant est aussi la radicalisation à gauche de la gauche. Si on veut lutter contre ce retour du nationalisme, il est peut-être temps de recomposer l'espace politique en France. La vraie fracture idéologique n'est peut-être plus entre la droite et la gauche mais entre ceux qui veulent défendre l'idée nationale et ceux qui veulent défendre l'idée républicaine qui n'est rien d'autre que l'ancien combat des jacobins et des girondins.


Comment lutter contre la montée des populismes ? Raconter un conte de faits.

Le FMI vient de reconnaître que le traitement de choc infligé à la Grèce par la troïka (FMI, BCE, Commission Européenne) était un échec. Les hypothèses optimistes et la pertinence des mesures prises sont questionnées. La remise en cause l'hiver dernier des modèles utilisés pour évaluer l'impact des baisses de dépenses publiques était déjà un vrai souci. Il a été calculé que l'effet multiplicateur récessif réel était supérieur aux économies attendues. Les faits sont venus détruire la théorie.

En cas de crise financière ou monétaire qui s'ajoutent à une crise économique, la croissance est le seul remède vraiment efficace pour préserver notre modèle social. Si on diminue les dépenses publiques fortement, on aggrave le mal. Hollande en avait fait son credo à juste titre ce qui lui a fait commencer par augmenter les recettes pour éviter la récession.

Le pilotage macro économique est chose compliquée. Aucun expert économique ne détient une solution évidente. Certains prêchent pour une relance par les taux d'intérêt. D'autres prêchent pour une dévaluation compétitive de l'euro. D'autres enfin par le graal des réformes structurelles, comprenez par là, la régression sociale. La potion amère consiste à allonger l'âge de départ en retraite, baisser les salaires des fonctionnaires, réduire les impôts et les charges, diminuer le nombre de fonctionnaires, flexibiliser les marchés en accroissant la concurrence. Plus rarement parce que taboues, certains économistes parmi les plus radicaux évoquent le protectionnisme ou des mesures coercitives pour obliger les entreprises à jouer leur rôle social et citoyen. 

Les gouvernements conservateurs qui sont majoritaires en Europe ont commencé par préconiser et appliquer des potions amères comme en Angleterre ou en Espagne, puis devant l'échec relatif de ces politiques ont fini par les atténuer. La France sans aller vers l'austérité a elle aussi commencé par redresser les comptes mais en accroissant les impôts des classes moyennes et supérieures. La crise est toujours violente car le mur de l'argent est là. Les entreprises ne jouent pas le jeu, n'investissent pas. Du point de vue du citoyen, les efforts consentis sans résultat visible contribuent à faire monter les ressentiments, les déceptions et les colères. L'Europe souffre. Sauf quelques pays comme l'Allemagne dont on dit qu'elle a accepté une discipline et une rigueur avant tous les autres. 

Résultat : l'hystérisation du débat public est manifeste, l'impopularité maximale. Les solutions les plus simples sont celles que le peuple regarde en premier. Par exemple diminuer les avantages supposés de telle ou telle catégorie de population, souvent minoritaire est une solution facile. Les privilèges des élus et des dirigeants de tous poils sont mal vus. Plus généralement, à gauche on condamne les riches, à droite on condamne les assistés. Autres pistes faciles : fermer les frontières pour avoir davantage à partager entre soi. Renvoyer les immigrés. Diminuer le nombre de fonctionnaires. Condamner sévèrement les fraudeurs et les tricheurs. Un besoin d'ordre, de repli national et de protection voilà le message.

Comment lutter contre celà ? Comment donner un message d'espoir alors que la vie quotidienne est de plus en plus dure ? Réelle ou fantasmée, l'envie de donner un coup de torchon ou pour reprendre les mots de Mélenchon, d'un coup de balai, est forte. La volonté de sanctionner est terrible. 

Alors comment lutter ?

- Expliquer les buts à atteindre, le temps nécessaire pour y arriver. faire la pédagogie des réformes. De la clarté. 

- En finir avec les reculades face aux corporatismes et les lobbies qu'ils soient parlementaires,  entrepreneuriaux ou catégoriels. Du courage.

- Donner du sens à l'action publique : dire ce qu'on fait, pourquoi et quand, au nom de quelles valeurs. A gauche la solidarité, le travail et la justice, à droite, l'efficacité, le mérite et l'ordre. Communiquer une vision.

La simplification est la tentation du responsable politique, la solution de facilité qu'empruntent les populistes. Mais pour un vrai responsable, laisser des questions complexes sans réponse assimilable par le plus grand nombre est une faute.

Comment faire ? Certains disent qu'il faut raconter une histoire. Non pas des histoires mais une histoire. Expliquer comment la France avance dans le monde d'aujourd'hui. Expliquer d'où elle vient et où elle va. Resituer dans un ensemble compréhensible notre progression en Europe et dans le monde. Ne pas mentir sur l'Europe sociale ou les promesses d'un monde meilleur que manifestement nous ne connaissons pas. Le sentiment de déclassement et que nous sommes rattrapés par des peuples lointains, chinois, brésiliens ou indiens dans l'ère de la prospérité.

La France a besoin d'une cure d'optimisme et de confiance en elle. Ca commence par les mots et par les phrases. Eviter le bonimenteur, avoir des talents de conteur. Avec une fin heureuse bien sûr, sinon à quoi bon ? Les actions de tous les jours doivent tendre à la restauration de la confiance en nous, un peu comme en juillet 1998 quand la France avait gagné la coupe du monde de football. La France allait mieux à cette époque là. Deux millions d'emplois créés. Et pourtant au bout de l'histoire, le 21 avril 2002 ... La confiance ne suffit donc pas. Il faut aussi combattre l'excès de confiance en soi. Le déni de réalité, la contestation des faits (d'insécurité à l'époque). Jaurès disait que « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ».  L'idéal c'est le rêve, le réel ce sont les faits.

Avec Hollande je crois que nous ne risquons rien. Hollande n'est pas Jospin et il aura traversé des années de difficultés avant de se retrouver face aux Français. Soyons confiants et lucides. Allez François, raconte nous une histoire à la fin heureuse. Raconte nous un conte de faits.