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mars 2013

Le PS éliminé dans l'Oise, duel UMP-FN au second tour ... l'aube d'un effet papillon

Le PS vient de se faire éliminer lors d'une législative partielle dans l'Oise dans une circonscription certes marquée à droite, mais où le PS a perdu 9 points par rapport à son score d'il y a 10 mois, passant de 30,5% à 21,5% environ. C'est grave. L'électorat de gauche ne s'est pas mobilisé, ne s'est guère reporté non plus sur le Front de Gauche (qui passe de 5 à 6%), et a laissé le FN jouer l'arbitre de second tour. De quoi être inquiet et vaguement écoeuré de voir un Mancel ce politicien UMP radié du RPR qui avait fricoté avec le FN et qui a été condamné par la justice, probablement l'emporter facilement dimanche prochain. Un vrai crash en perspective.

Quelles conclusions va tirer François Hollande de cette élection ? Et Jean-Marc Ayrault ? Que la pente est rude mais qu'il faut tenir ? Ca ne suffirait pas. L'exercice d'explication de la politique menée est insuffisant, la pédagogie est insuffisante, les voix discordantes trop nombreuses même si chacun met en avant le nécessaire débat. Nous avons certes innové et avancé mais aussi poursuivi la politique précédente à de nombreux égards sans dire pourquoi. Nous serions aveugles de perdre toutes les élections intermédiaires comme si elles n'avaient pas d'importance. Les municipales de l'an prochain s'annoncent compliquées.

Le discrédit des hommes politiques est énorme. Je le constate tous les jours sur le net et dans mes rencontres. Il ne reste que la proximité et le travail de terrain pour sauver la mise. Il manque des résultats, c'est évident. Le chômage, les impôts, les propositions baroques de taxer le diesel ou de rendre obligatoires les pneus neige, tout exaspère le citoyen ... Et ces ministres qui se contredisent sans que rien ne se passe. C'est agaçant. Le rejet personnel n'est pas aussi présent que du temps de Sarkozy mais la colère monte. Si on ajoute ces décisions de l'UE, du FMI et de la zone euro concernant Chypre (taxe de 6,75%sur les dépôts !) et bientôt tout va partir en vrille. Les chypriotes plombés par la crise grecque n'y peuvent rien, mais l'effet domino est là. Un petit pays est soumis à ce qui est vécu comme une spoliation de la part des technocrates de Bruxelles. L'onde de choc va percuter le Français au café du commerce quand il découvrira dans son journal la douloureuse qu'on pourrait lui imposer un jour. Mais c'est comme si la France avait eu besoin de l'équivalent de son PIB soit 2 000 milliards ! On n'en est pas là, mais le symbole est terrible : voilà ce qui arrive à un pays en faillite, l'épée de Damoclès sur nos têtes.

Tout est en marche comme en Italie pour un vote de rejet des politiques suspectés de faire payer le plus grand nombre tout en exonérant les plus riches assez malins pour mettre leur argent à l'abri soit par des conseils avisés soit par connivence avec des dirigeants politiques issus des mêmes cercles. La conviction du "Tous pourris, tous décidés à ponctionner le peuple" prospère et c'est la fin de la solidarité, la peur de l'autre, la perte du lien social, la fin de l'acceptation de l'impôt ... Ce pourrait être la révolte des masses qui fait rêver les extrêmes mais j'ai du mal à y croire, chacun ayant trop peur. De ce fait les partis au pouvoir ne peuvent qu'être sanctionnés dans les urnes. A part en Allemagne comme je le disais ici, tous ceux qui font subir des sacrifices à leur peuple se font ou se feront laminer par les démagogues et les amnésiques. La Grèce, l'Italie et l'Espagne sont passées par là. La France ne devrait pas y échapper. Si nous ne faisons rien, une marée pourrait nous submerger bientôt. Un vent mauvais souffle sur l'Europe. Que faire si ce n'est expliquer encore et encore ?

Il peut paraître étrange de prédire d'aussi sombres évènements suite à une élection législative partielle mais j'y vois surtout un effet papillon. Une succession de micro chocs traduit une hyper sensibilité des masses affolées à l'approche d'un chaos inéluctable. Que ce chaos porte le nom de mondialisation, de peur de l'immigration ou de besoin d'autorité, une chose est sûre, les hommes politiques les plus populaires au sein du gouvernement sont ceux qui ont compris ces aspirations : Valls, Montebourg, ...Ces aspirations sont toutes de même nature : un besoin de sécurité malheureusement plus fort que le besoin de justice en temps de crise.


Dr House psychologue

Face à un problème insoluble, nous passons selon le Dr House (qui écrit celà sur un tableau pour mieux fixer les idées) par quatre phases :

  • déni
  • colère
  • marchandage
  • dépression
  • acceptation

C'est vrai dans l'épisode du jour mais est ce la réalité ? Je médite ...

A la réflexion, oui.


Sacrifier pour sauver

Faut-il en sacrifier quelques-uns pour sauver tous les autres ? C'est parfois une question qui se pose extrêmement dure, extrêmement difficile.

Face à un tel dilemme - le sacrifice de quelques uns peut sauver les autres - quelle serait votre réponse ?

La notion de sacrifice peut se comprendre comme une discrimination mais dans le pire des cas peut aussi s'entendre comme la mort physique.

Que ce soit pour l'expulsion des roms (une discrimination) ou pour la bombe d'Hiroshima (des morts par milliers) la décision politique conduit à sacrifier une minorité au nom de l'intérêt général. On peut trouver dans l'actualité ou dans l'histoire autant de raisons d'observer ce type de décision difficile ou dramatique.

Qu'est-ce que j'aurais fait moi le socialiste humaniste ? J'aurais d'abord été heureux que d'autres aient à prendre ce genre de décisions. Mais si par malheur la responsabilité m'avait incombé qu'aurais je fait ? Comment peut-on se regarder dans un miroir après avoir commis une telle injustice ? L'injustice nécessaire voilà un concept que je n'arrive pas imaginer. Il faut d'abord se persuader qu'il n'y a pas d'alternative (dans le cas des roms ce n'est pas clair). Il faut ensuite estimer que la vie de deux personnes est supérieure à la vie d'une seule (et en cas de un pour un ?). Il faut enfin d'une façon ou d'une autre indemniser la ou les victimes (pas seulement pour se donner bonne conscience).

Tout cela ne me dit pas comment j'aurais réagi si j'avais été à bord d'un canot surchargé du Titanic et que des victimes du naufrage voulaient monter à bord du canot. Je les aurais sans doute repoussé par instinct de survie. On comprend que les rescapés puissent se sentir coupables toute leur vie. Inhumain et terrible.

Sacrifier ou se sacrifier ? Par exemple les soldats se sacrifient pour sauver les autres.

Il est vrai que le pronom personnel (se) change tout. Sa présence ou son absence définit qui je suis.

Sacrifier pour sauver (le chef), se sacrifier pour sauver (le soldat), sacrifier pour se sauver (le survivant), se sacrifier pour se sauver (le prêtre ?) ... de la question générale à la question personnelle il n'y a qu'un pas. Si je devais tirer une conclusion de cette note, c'est qu'un chef qui envoit des soldats à la mort comme François Hollande au Mali démontre qu'il sait incarner la fonction dans la douleur et la gravité. Toutefois, un chef réduit à sa dimension sacrificielle ne serait pas chef très longtemps. C'est bien pourquoi un Winston Churchill, chef de guerre, responsable du bombardement de Dresde, n'a pas été reconduit en 1945 en temps de paix.


Courir derrière l'UIMM ... quelle désolation

Je travaille dans une entreprise informatique qui dépend de la convention collective de la métallurgie. J'en suis d'ailleurs un des délégués syndicaux. Il est très  important de connaître les textes qui régissent notre activité. Paradoxalement (ou pas) c'est sur le site de l'UIMM que l'on retrouve le plus facilement les textes en question. Plus facilement en tout cas, que sur le site de ma propre centrale syndicale.

Sans que cela représente un intérêt pour les lecteurs mais parce que j'en ai eu besoin, voici les textes qui nous concerne (étant blogueur et syndicaliste, croyez bien que j'ai cherché d'abord sur les sites des syndicats).

PARIS (Région parisienne) 

Avenant du 7 décembre 2007 relatif aux taux garantis annuels (TGA) et aux salaires minimaux hiérarchiques (SMH) pour l'année 2008
Avenant du 10 avril 2009 relatif aux taux garantis annuels (TGA) et aux salaires minimaux hiérarchiques (SMH) pour l'année 2009
Avenant du 16 mars 2012 relatif aux taux garantis annuels (TGA) et aux salaires minimaux hiérarchiques (SMH) pour l'année 2012
Barèmes complétant l'avenant du 16 mars 2012 relatif aux taux garantis annuels (TGA) et aux primes mensuelles d'ancienneté pour 2012

Bref, je me demande si quand on est patron, on ne s'occupe pas mieux de ses droits que quand on est syndicaliste ou salarié. Je ne doute pas que la direction de nos syndicats peut fournir les informations, mais la base se débrouille comment le week end par exemple ? Comme elle peut.

Je suis allé chercher sur le site patronal des informations à jour que je ne trouvais pas ailleurs. C'est désolant de devoir courir derrière eux.


Un nouveau pape pas si neuf que celà

François 1er, un pape argentin, c'est une nouveauté. Un homme simple et pieux nous dit-on, moderne parce qu'il n'était pas le candidat de la curie. Un challenger réformateur, celà reste à voir. Il avait déjà été pressenti en 2005, obtenant la deuxième place derrière le futur Benoit XVI.

La lecture d'un article sur Rue 89 m'a quelque peu refroidi : http://www.rue89.com/2013/03/14/bergogliofrancois-1er-ami-des-pauvres-ou-ami-de-la-dictature-240530

On y découvre un homme certes modeste mais profondément conservateur voire réactionnaire si j'en crois ce passage : "tandis que le Parlement débat et vote la loi du « mariage égalitaire » qui donne les mêmes droits aux couples hétéro et homosexuels. Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, déclare qu’il s’agit « d’une prétention destructrice du plan de Dieu ». Tout aussi intransigeant en matière de droit à l’avortement, encore hors-la-loi en Argentine, il s’est déclaré radicalement opposé, quels que soient les cas, y compris ceux de viol."

S'il en est ainsi, je ne vois pas la nouveauté ou le progrès et encore moins la modernité.


Popularité au plus bas des dirigeants européens dans les pays en crise

On peut regarder partout en Europe : la crise économique et sociale fracasse la popularité des dirigeants d'où qu'ils viennent. Partout c'est sortez les sortants, à la notable exception de l'Allemagne.

Un pointage rapide des pays les plus importants en termes de population :

  • En Angleterre les conservateurs de Cameron sont fragilisés et pas du tout certains de rempiler l'an prochain avec une cote de 30%, dix points derrière les travaillistes.
  • En Espagne les conservateurs de Rajoy sont empétrés dans un chômage massif et des scandales énormes de financement du parti populaire (l'UMP locale). Conséquence : ils se retrouvent à 24% de soutien.
  • En Italie, on l'a vu, Monti a été laminé. Le super technocrate de centre droit qui avait succédé à Berlusconi n'a pas réussi sa mue politique. Le gouvernement de centre gauche de Bersani sera très fragile et sous la menace des mouvements de Berlusconi et Grillo. La popularité des partis de gouvernement ne dépasse pas 30 à 32%.
  • En Allemagne, Angela Merkel est l'exception. Elle surfe sur une popularité élevée de ... 81% d'allemands qui considère qu'elle fait bien son travail. Et la CDU aurait 41% contre 27% au SPD. Bref pas d'angoisse pour les élections de cet automne.
  • En France, on le sait, la popularité de Hollande tourne autour de 30%, un plus bas après moins d'un an d'exercice du pouvoir sous la Vème république. Par contre le PS et la gauche en général ne sont pas pénalisés si on en croit un premier sondage sur les municipales 2014 avec un total de 42% contre 38% à la droite parlementaire et 12% au FN.

Il est donc acquis que la crise et surtout sa longueur pénalisent d'abord les dirigeants qui n'arrivent pas à donner des perspectives de sortie à leurs électeurs. Le chômage ruine la confiance. La spirale de la récession touche tous les pays d'Union Européenne dans une crise qui commence à ressembler à celle du Japon, crise qui a duré vingt ans ... et n'est pas finie.

Le pari de François Hollande était une reprise économique en 2013 ou au pire en 2014. Si le scénario de langueur à la japonaise se confirmait, nous serions à peine au tiers du chemin de croissance nulle. Autant s'y préparer et adapter son discours en conséquence. C'est d'autant plus vrai que les citoyens ne sont pas prêts à supporter les sacrifices qui pourraient peut-être accélérer la sortie de crise. Sur les retraites, sur les conditions de travail, sur le partage des richesses, personne ou presque n'est prêt à faire le premier pas.

L'Allemagne s'en sort bien. Pourquoi ? Elle a fait le choix du partage du travail, par le temps partiel. Elle a fait le choix de la précarité en acceptant des mini jobs et des salaires à 400€. Elle a (ou elle subit) une démographie faible, et un taux d'emploi des femmes très faible ce qui modère le chômage. Elle n'a pas de bulle immobilière, car pour se loger on dépense moitié moins en Allemagne qu'en France. Enfin sur le plan industriel elle conserve sa réputation et ses positions à l'export grâce à une qualité et un positionnement haut de gamme. Le malheur c'est que rien de tout cela n'est exportable ou presque. Le modèle allemand est assez unique et inimitable. L'erreur de Merkel c'est de croire qu'elle peut être un modèle pour les autres, et vouloir l'imposer.

La popularité en chute libre de presque tous les dirigeants européens est avant tout la conséquence de la crise qui perdure. Elle ne cessera pas par magie ou par une fin de cycle inéluctable. Il faut, j'en suis de plus en plus persuadé, reprofiler le pays avec un Etat moins lourd, plus efficace. La baisse de la dépense publique annoncée l'an prochain en France est historique. C'est sans doute le bon chemin pour réformer le pays. C'est moins vraisemblable pour améliorer la popularité de Hollande. Les électeurs placeront sans doute les partis populistes en arbitres de façon à mettre les  partis de gouvernement fort décriés sous contrôle. C'est le résultat du récent vote italien qui fait tant plaisir à Mélenchon. Mais il a tort : je fais confiance aux électeurs français pour ne pas choisir la voie de la facilité et de l'explosion sociale. Un réflexe de survie intervient (comme en Italie ou en Grèce) à chaque fois pour ne jamais donner, fort heureusement, la majorité aux populistes.


Chavez est mort, un de nos soldats au Mali aussi

L'actualité est triste en ce moment, beaucoup de malheurs et des décès : ceux d'un homme internationalement connu, le président Chavez et d'un homme inconnu, le quatrième militaire français tué au Mali.

Pourquoi mettre sur un même plan ces deux morts me direz-vous ? Parce que d'une certaine façon, ces deux hommes se sont dévoués jusqu'à la mort à l'intérêt général. Avec un courage certain et la conviction de se battre pour de nobles causes. Je dis celà sans aucune ironie concernant Chavez dont le bilan est contrasté et sujet à polémique. Sa conception de la démocratie a été contestée et la haine qu'il a provoquée chez ses opposants n'en est que plus vive. Pour le soldat inconnu rien de tel et pour cause.

Je suis persuadé sans rien savoir d'autre sur eux que les informations de presse, qu'il s'agissait d'hommes honnêtes au service du bien. Paix à leur âme.

Je n'en dirai pas autant des chefs islamistes dont on annonce la mort probable au Mali. Ils avaient des convictions et du courage sans doute mais pas au service du bien tel que je le conçois. Leur disparition ne m'émeut pas, pas plus que celle des assassins, des chefs de guerre criminels qui ont tenté d'imposer un nouvel ordre mondial au siècle dernier. Pour ceux là, il n'y a pas de sentiment humain plus approprié que l'indifférence vis à vis de leur sort (si ce n'est pour leurs proches) et la compassion pour leurs victimes.


Le jeu d'échecs et la théorie des cycles

J'ai l'habitude depuis longtemps de jouer aux échecs sur Internet, sur le site de playchess pour être précis. L'interface est agréable et il est possible de se mesurer gratuitement à des joueurs de toute la planète, de tous niveaux et éventuellement d'échanger avec eux (en anglais) sur des chats intégrés à l'application.

Mais ce qui me fascine régulièrement c'est le suivi de mes statistiques de victoires et de défaites. Tout fonctionne en séries. Je gagne une dizaine de parties (je ne joue qu'en blitz) puis je perds une dizaine de parties puis j'en gagne une demie douzaine et j'en perds une demie douzaine ... Bien sûr ce n'est pas aussi linéaire que celà, mais il y a des vagues assez régulières de défaites et de victoires parsemées de quelques parties nulles. Voici le graphe de mes statistiques récentes sur 360 parties environ (oui je sais, le niveau est faible en ce moment ...)

Playchess

Je suis allé voir les statistiques des autres joueurs et c'est étonnamment assez comparable. C'est ainsi que j'en déduis que nos neurones suivent la théorie des cycles. Ma capacité de concentration et d'intelligence du jeu connait des hauts et des bas réguliers. Mon niveau de jeu varie entre deux bornes situées sur l'échelle de classement Elo entre 1 400 et 1 700 (soit un joueur dans la moyenne). Je me rappelle que quand j'ai été vice champion de Lorraine dans ma jeunesse, mon classement avoisinait plutôt les 1 800- 2 000. Mon niveau a baissé ... mais c'est la règle là aussi. La puissance de calcul et la mémoire déclinent aux échecs passés 35 ou 40 ans. Les jeunes prodiges actuels des échecs (Carlsen, Caruana, Giri, ...) qui sont ou seront meilleurs que Kasparov ont tous moins de 22 ans et se situent au delà de  2 700 Elo.

De là à conclure qu'il faudrait laisser la place aux jeunes il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas. La puissance "brute" du cerveau ne compense pas les autres qualités nécessaires à l'activité intellectuelle qui ne sont pas que des capacités d'analyse et de calcul mais aussi la capacité d'avoir une vision globale et historique, une compréhension du monde qu'on ne mesure pas.

Le côté anecdotique de l'affaire, c'est que je déprime régulièrement quand je suis en bas de mon cycle en me disant que rien ne va puisque même un joueur letton de 13 ans est capable de me battre aux échecs ... A quoi tient le moral ?!


Le SMIC est-il l'arbitre entre le chômage et la précarité, l'emploi et la compétitivité ?

En Allemagne, on débat actuellement de l'introduction d'un SMIC au niveau national (autour de 8,50€ de l'heure) alors qu'il existe déjà des minima sociaux au niveau des branches par accord entre partenaires sociaux. Certains salariés allemands gagnent en effet "entre 4,5 et 6 euros de l'heure quand nous payons nos employés 13 euros de l'heure, charges comprises", peut-on lire dans Les Echos citant une organisation professionnelle agricole française.

L'enjeu est clair. Vaut-il mieux être chômeur que précaire c'est à dire travailleur pauvre ? Un pays doit-il privilégier sa compétitivité au détriment du niveau des salaires ? A priori la compétitivité et l'emploi précaire c'est le choix qu'a fait l'Allemagne. Pour certains c'est une question qui se pose en France. On peut aisément trouver un travail on s'en doute, si on accepte en corollaire le chantage à l'emploi, et donc la pauvreté pour les plus défavorisés. Les libéraux n'y verront qu'une forme d'équilibre entre l'offre et la demande, le prix (du travail) s'ajustant au niveau des besoins des entreprises. Mais pour les socialistes français ou les socio-démocrates allemands, il ne saurait être question de laisser le marché décider seul du niveau des salaires les plus faibles. Les libéraux arguent qu'on peut très bien décider d'un prix de marché faible (pas besoin de SMIC) et laisser la collectivité redistribuer à la marge des revenus de compensation. C'est en fait selon eux à l'individu de se prendre en charge et dans les cas les plus graves seulement la solidarité nationale (mais jamais l'entreprise) qui doit se charger d'assurer un minimum social à chacun.

Je ne souscris pas à l'approche libérale (le "laisser faire").

D'une part, il y a par nature une inégalité de rapports de forces entre le salarié et l'entreprise. L'entreprise est en position dominante. En outre celui qui vend sa force de travail (surtout non qualifiée) est en compétition avec de très nombreux acteurs (y compris à l'étranger en Chine ou en Inde), ... qui n'ont pas forcément le même système de protection sociale que nous.  Le "laisser-faire" ne combat pas cette inégalité et le dumping social.

D'autre part, l'entreprise a une responsabilité sociale et pas seulement économique. Elle ne peut pas s'exonérer des conditions de vie et de travail de ses salariés dans une société développée. Le "laisser-faire" ne tient pas compte de cette dimension sociale.

Enfin l'entreprise a des contreparties, des droits en face de ses devoirs : normalement elle bénéficie d'un environnement propice aux affaires voire de subventions et l'accès à des commandes publiques. Elle est contrainte certes par des règles de vie commune et une réglementation, mais c'est son intérêt comme disait Henri Ford de produire à coûts compétitifs des produits de qualité que ses salariés bien payés sont en mesure d'acquérir. Le "laisser-faire" pour sa part ne va pas naturellement vers une relation donnant-donnant ou gagnant-gagnant mais vers la maximisation des profits.

Si la société doit procéder par l'impôt et la redistribution, c'est qu'il y a eu en amont dysfonctionnement de la négociation sociale dans l'entreprise et une mauvaise répartition des richesses produites.

Finalement ce qu'on appelle le modèle social démocrate idéal, est sans doute celui qui conclue par la redistribution après que le marché ait tenté de trouver un équilibre mais ce modèle pose au préalable un cadre global avec des filets de protection (salaires minimaux, couverture sociale minimale, retraites ...). Le but est de prévenir plutôt que de guérir. Le modèle libéral ou ultra libéral qui compte sur la charité et transforme les salariés en assistés est profondément injuste et inégalitaire. Il est d'ailleurs scandaleux que la droite veuille faire passer la gauche pour l'apôtre de l'assistanat en récupérant la valeur travail alors que c'est elle qui la foule aux pieds en contraignant les salariés à quêter des revenus de substitution en raison de salaires nominaux trop faibles. La dignité de l'homme commence par le fait de se nourrir par son travail, pas de rechercher des aides. Le modèle libéral qui repousse exclusivement sur la collectivité publique ou la charité individuelle le bien être de chacun explique l'exclusion et la pauvreté comme une forme de sanction d'un manque de mérite personnel.  C'est humiliant et méprisant. Cela me rappelle franchement les propos de ce PDG de Titan qui continuent de me glacer le sang. Non nous n'avons pas les mêmes valeurs.