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février 2013

Stéphane Hessel est mort, pas son message

"Indignez vous !" ... Jamais titre d'un livre n'avait délivré aussi bien son message. Le porteur de ce message, Stéphane Hessel, vient de s'éteindre. C'est bien sûr avec tristesse qu'il convient de saluer la mémoire de l'écrivain disparu, homme de gauche convaincu. La peine de ses proches est à n'en pas douter, très grande. Le premier mouvement, les premières pensées, doivent aller vers eux.

Mais je préfère retenir que le message de Monsieur Hessel lui survivra et prospèrera. "La pire des attitudes est l'indifférence", disait-il. Que le comportement concerne la vie privée ou l'action publique en faveur des droits de l'homme, c'est toujours vrai.

"Indignez vous !", "Engagez-vous !", "Le chemin de l'espérance", le triptyque de Stéphane Hessel mérite d'être lu et compris par les nouvelles générations.  Merci Monsieur, vous nous manquerez.


Avancer sur la corde raide des déficits

La commission Européenne annonce une prévision de croissance pour 2013 limitée à 0,1 % en France. L'objectif de déficit de 3 % est donc impossible à tenir. La commission évoque un chiffre de l'ordre de 3,7 %. Est-ce un échec ? Oui aux yeux de la droite et de Jean-Luc Mélenchon. Pour les socialistes, les écologistes et la gauche modérée il en va autrement. Un ensemble de mesures a déjà été décidé pour améliorer les recettes fiscales et envisager des économies budgétaires.

Hollande marche vraiment sur une corde raide. Seul un pilotage fin de l'économie doit permettre d'éviter la récession et de continuer la réduction des déficits. Il n'y a pas de récession prévue en 2013 alors que l'Europe devrait connaître une décrue du PIB de l'ordre de 0,3 %. Mais la réduction des déficits ne pourrait se poursuivre car la croissance est tout à fait insuffisante.

Que faire ? Les hausses d'impôts ont atteint leur limite. Les économies représentent déjà 10 milliards ou 12 milliards dans les deux ans à venir. Au-delà il faut bien comprendre que ce sont des dépenses qui sont également des recettes pour d'autres acteurs économiques. Les ménages reçoivent les dépenses de transfert et des allocations, les entreprises reçoivent des commandes publiques.

Faut-il tailler dans les dépenses sociales et dans les investissements ? C'est évidemment toute la question. Ce serait suicidaire politiquement mais aussi désastreux économiquement. Au nom de quelle légitimité les citoyens vont-ils accepter le diktat de la commission européenne ? En fonction de quels résultats probants celle-ci peut-elle s'arroger l'autorité sur la vie quotidienne des citoyens européens ? Je ne vois qu'un modeste exemple pour éventuellement aller en ce sens. C'est celui de l'Irlande qui semble enfin toucher le bénéfice d'une rigueur supportée pendant de nombreuses années. Les Français ont-ils cette patience ? Cela reste à voir.


Goodyear Amiens : violente charge du PDG de Titan contre la CGT et contre la France

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"Syndicat fou" "crazy union", "Pseudo-ouvriers" "so-called workers", tels sont les qualificatifs employés par le potentiel repreneur des usines Goodyear à Amiens pour désigner la CGT et les salariés de ces usines dans une lettre à Arnaud Montebourg. C'est violent et hyper-méprisant ...

Le ton de la lettre est entièrement de cet acabit. Maurice Taylor, le "Chairman and CEO" c'est à dire PDG de Titan est le produit le plus pur et dur du monde américain des affaires, un ultra libéral décomplexé. Il annonce sans détours qu'il préférera acheter une usine en Chine ou en Inde pour pouvoir payer les salariés un euro de l'heure et détruire Michelin en France ... rien de moins. Moi c'est clair, jamais je n'achèterai un pneu fabriqué en "low cost" par Titan. Je tiens à ma sécurité.

Ce type semble croire que nous sommes dans un régime communiste, hostile au monde privé des affaires et déconnecté des réalités de l'industrie et du commerce. Tout ce qui est excessif est insignifiant, donc ce que dit ce type est insignifiant, qui plus est écrit avec une forme de cynisme vulgaire, déplacé. Un cowboy. Mais le message est direct comme un uppercut.

Pour certains chez nous  condamner la CGT fait partie du sport national donc c'est pain béni. Ils vont s'en lécher les babines. D'autres noteront que Sarkozy et Hollande sont mis dans le même sac vu que la condamnation vise globalement le gouvernement français qui depuis 4 ans ne fait que discuter. Les derniers noteront l'ode à la concurrence libre et non faussée, les chinois étant accusés de subventionner de façon déloyale leurs industries. C'est donc une attaque massive contre à la fois l'Etat, les syndicats et ces fainéants de Français incapables de travailler. Un concentré de caricature sous couvert de franc-parler.

Quoiqu'il en soit, cettre lettre va faire causer dans les chaumières ...


Didier Migaud chantre de l'économie des dépenses publiques

Un fabiusien à la Cour des Comptes ? Non Didier Migaud est un homme indépendant. L'ancien député socialiste devenu premier président de la Cour des Comptes revendique désormais sa liberté d'expression non partisane. Il l'exprimait ce matin dans une émission avec Jean-Pierre Elkabbach sur ITélé et Europe 1.

Son discours est celui d'un sage qui résume avec rigueur les débats contradictoires et la collégialité des avis de la Cour des Comptes. Depuis qu'il est en place la Cour multiplie les interventions sur les gabegies et les aberrations de certaines dépenses publiques, bien au delà du célèbre rapport annuel qui fait les délices indignés des citoyens.

Son rôle s'est élargi au contrôle général de l'action publique et les recommandations de la Cour dépassent la critique des hôtels de région ou de département somptueux que s'offrent les barons locaux. Le pointage des dysfonctionnements et des doublons (des gares TGV inutiles) est fait pour éclairer les citoyens.

En fait j'ai été frappé de sa réponse à deux questions sur le rôle de la Cour.

En premier lieu, la Cour ne peut pas être totalement suivie par des politiques préoccupés par leur réélection qui ne peuvent donc être rigoureux et intransigeants comme elle. Migaud a fort justement dit qu'il ne s'agissait que de pistes proposées conformément à la constitution. En outre les politiques possèdent seuls selon lui la "noble fonction d'arbitrer et de décider en dernier ressort". On ose espérer au nom de l'intérêt général.

Le deuxième point concerne la question de savoir si la politique de rigueur prônée est d'inspiration libérale : Migaud a évacué la question en répondant qu'il n'y a aucun dogme. Lorsqu'il demande que les 30 milliards de la formation professionnelle profitent en priorité aux chômeurs et non aux salariés en poste, où est le libéralisme ?

On a souvent dit qu'il était dommage que le rôle d'alerte de la Cour des comptes ne soit pas suivi d'un pouvoir de sanction. Mais il ne s'agit pas d'une instance élue. Idem pour les 3% de PIB qui seront dépassés en 2013 faute de croissance, ce n'est bien sûr pas à la Cour de sanctionner le dérapage. Le Conseil européen qui en a le pouvoir ne le fait pas non plus (ne l'a jamais fait). Conclusion, les citoyens doivent s'emparer des conclusions des rapports non pas pour condamner les hommes politiques mais pour se convaincre qu'il faut faire des économies. Le débat pourrait alors se concentrer sur les choix et les priorités de la dépense publique.


La guerre des monnaies entre cigales et fourmis.

Le G20 qui s'est réuni à Moscou ces deux derniers jours a conclu ses travaux en disant que la dévaluation compétitive n'était pas une option pour les économies développées sauf pour relancer de manière provisoire une économie déprimée. Il a ainsi rejeté ce qu'on appelle la guerre des monnaies comme arme au service d'un pays.

Il s'agissait d'exonérer le Japon accusé d'une manipulation du yen visant à rendre ses exportations plus compétitives. Le yen a baissé de 20% depuis le mois d'octobre, date de l'alternance politique. Le changement de la politique monétaire de la banque du Japon a été inspirée par les nationalistes au pouvoir. L'hypocrisie de la décision du G20 saute aux yeux mais personne n'avait envie de souffler sur les braises.

Il y avait en fait quelques intérêts convergents : en parallèle du yen le dollar a baissé de 10% par rapport à l'euro. Ces pays ont ainsi regagné mécaniquement une compétitivité internationale qu'elles avaient perdue en raison de la crise de la zone euro. Notre monnaie était descendue de 1,45 à 1,20 dollar pour un euro. Grâce à la fin de la crise financière, nous sommes remontés à 1,35.

Deux camps s'affrontent en réalité entre ceux qui comme l'Allemagne (et son bras armé la BCE) réfutent toute manipulation du marché des changes et ceux dont l'économie est chancelante comme les Etats Unis, le Japon et ... la France qui pointent la faiblesse de la croissance. La France par la voix de François Hollande a même réclamé une parité stable et une lutte contre la spéculation. Moscovici a parlé de mécanismes pour mieux tenir compte des fondamentaux économiques. Certains pays à banque centrale complaisante  (USA, Japon, Chine) ne se gênent pas pour ignorer ces fameux fondamentaux, c'est le problème. La planche à billets tourne chez eux en fonction d'impératifs commerciaux. Du coup les autres pays - dont la France - plaident de bonne foi pour de la souplesse budgétaire - faute d'arme monétaire - sans trop de réussite. Dans le camp de l'eurozone, une monnaie forte est un atout selon les allemands et les pays solides du Nord de l'Europe. Mais c'est un handicap pour les autres. Une monnaie faible qui dévalue sans cesse (comme le franc dans les années 60) est selon les allemands une marque d'absence de discipline et de réformes structurelles. Dévaluer qu'on le veuille ou non est le signe d'un pays ou d'une zone en déclin. C'est à marche forcée que l'euro fait sortir l'Europe de son économie traditionnelle. Pour certains pays comme la Grèce ce serait impossible à supporter s'il n'y avait aucun mécanisme de solidarité.

En lisant le Monde, j'ai vu un exemple qui prouve que c'est un mal nécessaire. Un pays qui compte sur ses ressources naturelles et n'a qu'une économie de subsistance a beaucoup de difficultés. C'est le Vénézuela. Des promesses électorales généreuses ont assuré le succès d'un Hugo Chavez à de nombreuses élections. Mais le prix à payer est lourd. Le Vénézuela vient de dévaluer de 32% sa monnaie, et ce pour la cinquième fois depuis dix ans. La monnaie de singe ne fait pas peur au leader sud américain dont voudrait s'inspirer Mélenchon. Malheureusement il mène ses concitoyens à la ruine. La banque du Vénézuela est aux ordres du leader vénézuelien, elle émet autant de billets qu'il le souhaite. Le pays est riche de pétrole mais faute de politique économique digne de ce nom et malgré une redistribution généreuse qui réduit les inégalités, le pays n'a aucun crédit international et surtout n'a aucun produit à forte valeur ajoutée à vendre. Le pays importe 80% de sa consommation. Bien sûr on peut se passer de smartphones et de téléviseurs écrans plats, mais quand il s'agit d'alimentation et de produits de base ... l'inflation ruine tout le monde.

La guerre des monnaies est un luxe de pays riche. Tant que nous voudrons jouer en première division la règle de l'euro fort est une règle d'airain. Mais attention si l'euro est trop fort, les cigales du Sud ne s'en sortent pas. Les fourmis du Nord demandent que le monde soit à leur image, une Europe allemande en quelque sorte. C'est irréaliste. Cette forme de supériorité présumée est malvenue car nous n'avons pas la même culture que les allemands, les finlandais ou les autrichiens. Le débat entre pays disciplinés et les autres supposés laxistes est récurrent, vivace mais les jugements de valeur sont déplacés. Il y a des siècles, l'Allemagne était un pays barbare et c'est Rome qui dominait l'Europe sans parler d'Athènes.

La France est au milieu de ces influences, géographiquement idéalement placée entre Nord et Sud. Elle demeure un pays riche avec désormais une monnaie de pays riche. Elle devrait trouver son chemin. Là où le bât blesse c'est quand d'autres pays ne jouent pas le jeu, trichent avec leur monnaie, déséquilibrent le système. La Grèce avec l'euro a payé cash le prix de son incapacité à dévaluer et donc à tricher avec la monnaie. Elle a triché avec ses comptes publics ce qui est encore un autre problème. Ce n'est pas le cas du Japon - qui est plutôt fourmi - et c'est bien pourquoi le G20 lui a accordé un droit provisoire à imprimer autant de billets que nécessaire. La France ne peut faire de même, la Grèce et l'Espagne non plus. Tous ces procès en laxisme sont intolérables. Les pays du Sud de l'Europe ont payé cher l'austérité. Ils travaillent plus que les allemands ! Le débat est maintenant nécessaire sur la place de l'euro, n'en déplaise à l'Allemagne. Hollande a voulu le mettre sur la table devant le parlement européen. Il a raison mais personne dans cette Europe conservatrice ne bouge vraiment. Sauf à renoncer à jouer un rôle de premier plan, on ne peut laisser faire les deux premiers manipulateurs de monnaie que sont les Etats-Unis et la Chine, les deux pays les plus puissants du monde.

Evidemment Hollande doit pour être écouté montrer que nous faisons des efforts et ne sommes pas que des cigales. Le redressement des finances publiques est avant tout une affaire de crédibilité et de souveraineté. On n'écoutera Hollande que quand les comptes seront sur la bonne voie. C'est le cap qu'il s'est fixé, faire bouger l'Europe et  malgré les difficultés là aussi il a raison. Il ne s'agit pas nécessairement d'une politique de gauche ou de droite, de cigales ou de fourmis. Chacun doit pouvoir rester soi même, promouvoir ses valeurs et trouver sa place dans la mondialisation. Il s'agit d'être entendu pour pouvoir partager et défendre un modèle social continental basé sur la solidarité et la redistribution.

 


Mélenchon dans le texte

Lu dans le Canard Enchaîné de ce jour dans les minimares (page 2)  : "Jean-Luc Mélenchon VSD 7/2 "Le PS est grossier, vulgaire et insultant." Seulement ?"

Continue Jean-Luc, l'union est un combat ! Tu es le digne premier représentant du Front de Gauche ! Tu as raison, tu ne peux être que premier ministre, sûrement pas ministre des Affaires étrangères.


Le pouvoir local contrepouvoir au pouvoir central

Dans le discrédit de la politique figure en premier lieu l'éloignement du pouvoir central. Il n'est pas étonnant que les maires soient les hommes politiques les plus populaires en France. La proximité, la connaissance des dossiers locaux, l'empathie sont les caractéristiques que recherchent nos concitoyens.

C'est d'ailleurs pourquoi je suis opposé au cumul des mandats. Un parlementaire de quelque bord qu'il soit est obligé de composer avec les logiques partisanes qui lui permettent de conserver l'investiture pour la prochaine élection. Un élu local, un maire n'a pas cette contrainte. Il n'a de comptes à rendre qu'à ses administrés.

Implanté et reconnu un maire reste en place bien plus longtemps statistiquement qu'un parlementaire. Doit-il pour autant se constituer en opposant ou en résistant au pouvoir central ? C'est d'autant moins clair s'il appartient à la même sensibilité politique que ceux qui occupent le pouvoir central. Mais certains en jouent pour s'autoproclamer les défenseurs de leurs concitoyens face à l'intrusion des décisions de "Paris".

Défendre le village gaulois relève de l'électoralisme pur et simple. De la démagogie pur jus. Mais une bonne part de la population est sensible aux combats de David contre Goliath. Se mettre du côté du plus faible ou du plus petit est une garantie de succès dans une France qui a toujours préféré Poulidor à Anquetil.

Remettons les débats sur le terrain de la raison même si c'est difficile. On peut défendre les intérêts particuliers de sa commune tout en respectant l'intérêt général d'un territoire plus large. C'est le cas par exemple de l'intercommunalité. Mutualiser des services permet à la fois d'offrir de nouveaux services aux habitants tout en ne leur faisant pas supporter des coûts exorbitants. Certains projets deviennent possibles. On peut ainsi faire toucher du doigt aux habitants l'intérêt de sortir des frontières du village.

Quant à aller jusqu'à l'intérêt du pouvoir central ou d'autres régions sans parler des DOM TOM cela devient abstrait et donc plus difficile. Mais je crois que la solidarité n'est pas un vain mot. Nos concitoyens sont généreux, ouverts car ils sont par nature d'origines diverses. La France est un carrefour, c'est ce qui fait sa richesse aujourd'hui.


Jérôme Cahuzac serait blanchi par la justice suisse. Que dit Mediapart ?

Le JDD livre ce dimanche la confirmation que le ministre Cahuzac n'aurait détenu aucun compte bancaire suisse en son nom ou au nom d'une société depuis 2006. De quoi battre en brèche les allégations de Mediapart qui soutient le contraire dans des articles de décembre dernier rédigés par son journaliste Fabrice Arfi. 

J'ai toujours défendu la présomption d'innocence du ministre quand je suis intervenu en répondant aux articles sur le sujet du Monde.fr ou sur Twitter.

J'ai toujours demandé les preuves de ces accusations.

 

Le résultat de l'enquête du ministère de l'économie semble donner raison au ministre.

A qui profitait la diffamation ? A un journal d'abord Mediapart qui voyait ses ventes augmenter. A des personnes ensuite qui avaient des contentieux avec le ministre : un ancien adversaire politique, un inspecteur des impôts aigri et une femme en instance de divorce. Et peut-être à quelques ennemis de Jérôme Cahuzac qui ne supportaient ni le style ni l'action du rigoureux et parfois cassant ministre délégué au budget.

L'affaire n'est pas totalement clôse mais pour moi qui hésitais depuis longtemps à m'abonner à Mediapart car j'y voyais une source d'informations différente, mon opinion est faite : jamais je ne m'y abonnerai. Les adeptes de la théorie du complot et les amateurs d'officines occultes y trouveront leur compte mais pas moi. Je sais que certains vont dire que la justice suisse a protégé le ministre français, mais j'abhorre le "tous pourris" donc ce sera sans moi.

L'affaire Cahuzac devient une affaire Mediapart. Je suis curieux de connaître la réponse d'Edwy Plenel à ce désaveu cinglant.


Claude Bartolone avertit le PCF ou "je t'aime, moi non plus (suite)"

Non, non je ne pense pas qu'au PCF mais comme c'est son congrès, la presse parle du parti communiste, ce n'est pas ma faute. Le Parisien vient d'interviewer le président PS de l'assemblée nationale, Claude Bartolone, sur les relations PS - PCF dans l'optique des municipales.

Bartolone est très clair, lui qui a eu des relations tendues avec le PCF dans ses bastions de Seine Saint Denis avant de lui prendre le conseil général en 2008  : 

"C'est au PCF de choisir : on ne pourra pas venir demander les voix des socialistes pour maintenir des municipalités communistes tout en ayant comme seul objectif d'affaiblir le président de la République et le gouvernement"

Soyons justes, dans ma ville les communistes n'ont pas eu jusqu'ici besoin des socialistes pour l'emporter, ni en 2001, ni en 2008. Ils ont noué des alliances avec les Verts (rompues en cours de mandat) puis avec le PRG et cela leur a permis de revendiquer une image de rassemblement. Mais "les performances passées ne préjugent pas des performances futures" comme on dit dans le monde de la finance. L'histoire ne se répète pas toujours et ce n'est pas nous qui ferons le premier pas. J'ai assez proposé au maire sortant d'étudier la situation l'an passé sans aucune réponse. Il est difficile d'envisager une relation normalisée.

Celà dit et même sans notre situation particulière, je souscris aux propos de Claude Bartolone : les critiques récurrentes contre François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont un obstacle à l'union. Il ne s'agit pas pour moi d'un prétexte pour refuser une alliance a minima, une alliance à la carte. Nous n'avons pas vocation à supporter les critiques sans broncher. Nous avons suffisamment payé le prix de notre indépendance pour ne pas être taxé d'opportunisme. Nous n'avons pas sacrifié nos convictions et nos partenaires pour des indemnités et des postes d'adjoint.

Il faudra que le ton change radicalement au Front de gauche au niveau des attaques contre le gouvernement pour que de mon point de vue, nous puissions envisager une alliance quelconque. A bon entendeur ...


Dans la série "je t'aime, moi non plus" avec le PCF.

Je découvre que le congrès du PCF a lieu ce week-end en parcourant le site du Monde auquel je suis abonné. Un article de Raphaëlle Besse Desmoulières sur son blog m'inspire quelques réflexions. Evidemment si je suis intéressé par ce qui agite le Parti communiste et son leader Pierre Laurent c'est parce que chez moi à Achères un maire communiste est en place depuis 1999, le PCF gérant la ville depuis 1977 soit plus de 35 ans !

La conclusion de l'article m'a interpellé :

"M. Laurent a mis en garde les socialistes. "A nos partenaires de gauche dans les communes, je dis : personne à gauche ne pourra rassembler en exigeant l'alignement sur ses seules positions", a-t-il prévenu en prenant le pari que"la cacophonie, le chantage, les déchirements" ne seront pas le lot du Front de gauche sur cette question." 

Cette affirmation marche dans les deux sens. Personne ne peut imposer à l'autre l'alignement sur ses seules positions. Evidemment le PS est en règle générale dominant à gauche mais là où le PCF tient les mairies que dirait M. Laurent ? J'ai connu personnellement une forme de chantage du maire communiste de ma ville qui refusait la présence de certains socialistes sur une liste d'union. Nous avons refusé le chantage et c'est pourquoi nous sommes aujourd'hui dans l'opposition de gauche. Le PCF accepte l'union de la gauche quand il est hégémonique. Ce n'est pas moi qui le dit mais Romain Ducoulombier, historien spécialiste du PCF, dans un autre article du Monde (réservé aux abonnés).

Tout est question de rapport de forces, bien sûr. Un maire sortant bénéficie toujours quelle que soit son étiquette d'une prime liée à sa proximité et à son travail d'élu municipal sur les sujets qui ne créent pas de clivage gauche - droite. La voirie, le stationnement, l'état-civil, les ordures ménagères, le cimetière, les cérémonies, les demandes de subventions ... sont des sujets propices à l'unanimité, je le vois bien en conseil municipal. Et si un maire gère "bien" ce n'est pas en raison de son étiquette politique mais de l'efficacité des services dont il a la responsabilité. Les électeurs qui ne font pas un choix politique aux municipales se rangent donc en faveur du maire sortant si le travail est bien fait. D'où la prime au sortant.  Un maire sortant tient les réseaux associatifs ce qui lui donne un avantage supplémentaire sur ceux qui ne peuvent accorder ni subventions, ni prébendes.

Pour contrebalancer quelque peu il y a les projets et les orientations. J'ai constaté lors de réunions publiques que les demandes des citoyens portaient aussi bien sur des questions quotidiennes que sur des questions d'avenir. La quête de sens et de direction est réelle. Dans notre société qui tend à s'individualiser, la recherche du lien social et d'un destin collectif résiste encore. D'ailleurs ceux qui s'intéressent à la cité sont ceux qui participent et qui votent. Ceux qui s'abstiennent doivent être entendus dans leur refus du collectif mais le message le plus clair vient quand même de ceux qui s'expriment dans les urnes ou dans le milieu associatif local.

Tant qu'à faire je crois plus porteur de mobiliser ceux qui y croient et qui se bougent. C'est pour les plus motivés que le projet peut faire la différence.

Mais pour les autres - une majorité (?) - si l'idéologie ou la politique politicienne s'en mêlent le message se brouille. Les électeurs "centristes" sont alors tentés de préférer un candidat plus neutre, plus pragmatique, moins défenseur d'une cause politique. Dans les villages et les petites villes je ne crois pas à ce qu'affirme Pierre Laurent sur l'antagonisme basé sur des différences de ligne. Il n'y a le plus souvent que des oppositions de personnes et non des oppositions de projets. La personnalité du candidat-maire prédomine. Je dis celà parce que je trouve que notre maire fait un peu trop de politique politicienne en ce moment.

Cela se mesure aussi en soutiens. Si les électeurs d'une commune n'adhèrent pas ou ne viennent pas en soutien du maire sortant, c'est un signe. Les maires communistes bénéficient en général d'une reconnaissance indépendante de l'étiquette politique qui les fait arriver largement en tête des scrutins locaux. C'est une dimension qu'il ne faut pas sous-estimer quand on se lance à la conquête d'une ville communiste. En mai dernier, le maire sortant de ma commune n'est sorti que 3ème avec 22% du scrutin des législatives face à des candidats extérieurs à la commune (six points de moins que cinq ans plus tôt). L'adhésion n'est peut être plus si forte que celà. Le maire sortant bénéficiera d'une prime sans doute mais avec ce recul et cette absence de soutiens il n'est pas indéboulonnable.

Ces quelques idées sont, je le mesure, un peu livrées en vrac sans ligne directrice. Mais c'est aussi l'objet de ce blog : me permettre de livrer le fil de ma pensée sans autre but que de mettre sur "papier" le chemin qu'elle emprunte. Et de me relire plus tard en sachant que ma réflexion aura évolué. Les lecteurs auront compris que mes interrogations visent à mesurer nos chances réelles de prendre la mairie d'Achères en 2014.