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décembre 2012

Drame à Newtown

Comment peut-on concevoir une horreur pareille ? Le meurtre de 26 personnes dans une école primaire américaine est malheureusement banale aux États-Unis aujourd'hui. Du coup le débat sur le port et la détention d'armes resurgit.

La réaction des parents et des témoins de l'affaire sur place est étonnante. Ils impliquent en premier lieu la santé mentale du tireur et n'évoquent pas le contrôle des armes comme un problème à résoudre. Pourtant la prolifération des armes fait 11 000 morts par an aux États-Unis. La NRA puissant lobby défendant les armes réplique en disant que ce n'est pas l'excès d'armes qui cause ces morts mais leur manque dans des zones où elle sont interdites notamment les écoles.

Si on conçoit qu'une société civilisée doit se défendre ce n'est pas en laissant les citoyens s'organiser en milices d'autodéfense. Tant que le citoyen américain moyen pensera qu'il doit prioritairement assumer lui-même sa défense et que l'État ne peut rien pour lui, rien ne changera. Et pourtant loin de renoncer il faut agir en amont.

Si seulement Barack Obama pouvait s'emparer de cette affaire horrible pour bousculer une opinion réfractaire à toute atteinte à la liberté individuelle ce serait faire preuve d'un grand courage politique. Il y avait une législation qui bannissait la détention d'armes de guerre et d'armes d'assaut. Elle avait été promue par Bill Clinton mais a expiré en 2004. Il serait bon de la rétablir. Cette apathie est incompréhensible aux yeux des Français et je pense des Européens.

Les États-Unis sont un pays violent avec une culture des armes complètement folle. Quand chacun se croit autorisé à tirer sur celui qui pénètre dans sa maison ou son appartement sans craindre de sanction, les drames deviennent monnaie courante.

Un pays qui ne protège pas à tout prix ses enfants n'est pas un pays civilisé. Je me mets à la place des parents qui ne veulent pas qu'on leur interdise de défendre leurs enfants avec des armes quand ils voient ce qui peut se produire. Il y a une recrudescence d'achat d'armes suite à ces meurtres de masse. Ce pays mutile sa jeunesse au nom de la liberté. 

Pour empêcher la répétition de ces meurtres il n'y a qu'une solution qui n'est pas celle d'armer les professeurs mais de renforcer le contrôle des armes. Et merde aux fanatiques de la gâchette.


Y croire encore et toujours.

Le populisme est une mauvaise herbe qui pousse facilement. J'écoutais hier matin Patrick Buisson sur une radio déclarer l'existence d'une fracture entre militants et parlementaires de l'UMP. C'est consternant. C'est la résurgence de ce populisme de droite soufflé à Nicolas Sarkozy lors de la dernière campagne présidentielle. Sans évoquer plus avant le problème Buissonien, j'aimerais développer quelques arguments contre le populisme, ce cancer de la société qui traduit la défiance entre le peuple et les élites.

Le populisme, terreau des extrêmes.

Politiquement, la fracture peuple contre élites est une thématique chère au Front National sur laquelle il prospère. C'est avant tout une facilité de représentation du monde, avec l'association d'une réalité vieille comme le monde - la hiérarchie au sein des sociétés - et d'un préjugé largement partagé par la population - la corruption des puissants. Il y a malheureusement tant d'exemples de profiteurs, de prévaricateurs, de privilégiés parmi les hommes publics que l'amalgame "pouvoir égal corruption" fait florès.

Pour le commun des mortels, la tentation d'abuser est forte quand on accède au pouvoir. Celui qui n'a rien, ni richesse, ni fonction dirigeante, ne risque pas d'être tenté par les ors et les attributs du pouvoir. Schématiquement le peuple est "innocent" alors que les élites sont "suspectes", voire "coupables" parce que "l'occasion fait le larron" selon le bon sens populaire.

La complexité du monde n'est pas correctement rendue par cette analyse sommaire mais elle pèse beaucoup dans le débat public. Les dirigeants doivent prendre leurs responsabilités et les assumer. Dans la confusion beaucoup de problématiques se bousculent entre mondialisation et privilèges des puissants. 

Que reproche la base aux élites ?

D'abord d'accaparer une part trop importante de la richesse et des pouvoirs en organisant la concentration à la tête des organisations publique ou privées. Ensuite de vouloir conserver le pouvoir à tout prix parce que selon l'adage  "la soupe est bonne", d'où les pratiques de népotisme, de clientélisme, de cumul des mandats dans le temps et dans les fonctions. Enfin de ne pas tant se soucier du bonheur du peuple que de maintenir les avantages acquis de la caste des puissants, des copains et des coquins en évincant les concurrents issus du peuple. Il s'agit aussi de faire semblant d'organiser une compétition entre partis de gouvernement (UMPS) ou entre multinationales et trusts. Dans cette vision, des oligarchies dominent le monde.

ll y a aussi la conviction sous-jacente que les mouvements tectoniques qui affectent la planète sur le plan économique, social et environnemental, épargnent les puissants et les sachants (mondialisation heureuse) alors qu'ils frappent de plein fouet les soutiers et les travailleurs sans qualification (via délocalisation et immigration massives). 

Les aléas et les progrès de la démocratie moderne.

Tout n'est pas faux dans cette vision car les mauvais exemples, les fautes de comportement et les abus abondent. Pour autant faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? Faut-il faire imploser le système ? Selon moi, non. On ne reconstruit après le chaos que si la révolution est inévitable, si elle est "la moins pire des solutions". La révolution française en 1789 était nécessaire car le système était sclérosé, incapable de faire accéder au pouvoir de nouvelles couches sociales, empêchant la promotion des meilleurs, privilégiant la rente par rapport à la création. La société d'avant 1789 était en bout de course. Nous n'en sommes heureusement pas là en 2012.

Notre démocratie est récente (deux siècles à peine) réelle et fragile. Elle n'a plus rien à voir avec celle du siècle dernier mais elle est affaiblie. La participation diminue de scrutin en scrutin. De 30 à 40% de la population estiment  superflus de se déplacer. Ils n'ont aucune confiance dans le système de la démocratie représentative pour changer le cours des choses. Le seuil d'alerte se situe à 50% de participation à mon avis si on parle de légitimité.

Comment restaurer la confiance ?

Il faudrait pouvoir développer les consultations directes des citoyens par des moyens modernes sûrs pour rapprocher le peuple de ses représentants. La technologie devrait le permettre mais la confiance n'est pas là. D'où la lourdeur des procédures du vote papier et la réticence à multiplier les consultations.

Le tempo des consultations présidentielles ramené de 7 à 5 ans en France donne une meilleure respiration démocratique. Peut-on réduire encore le mandat présidentiel de 5 à 4 ans, ce serait en tout cas nous rapprocher des grandes démocraties occidentales comme les Etats-Unis. Un double mandat présidentiel permet de donner la longueur de temps nécessaire à la réforme et à l'action. Sauf à ce que le peuple demande un remplacement des acteurs à la fin du premier mandat en cas d'échec. C'est ce qui est arrivé à Sarkozy.

Il y a la question démocratique mais il y a aussi la question politique. Il s'agit de courage et de vérité. Avoir le courage de dire la vérité au peuple, c'est prendre le risque du rejet certes mais c'est aussi faire confiance au peuple sur sa capacité à comprendre les enjeux et les écueils. Faire preuve de pédagogie sans condescendance et sans masquer la difficulté de la tâche, telle est la responsabilité des gouvernants.

Au delà des grands principes, le grand chantier reste selon moi la bataille économique, industrielle et commerciale pour l'emploi, le partage du travail qui commande tout dans une société. Quand des milliards d'habitants en Chine, au Brésil ou en Inde font concurrence à nos millions de techniciens, d'ouvriers et d'employés européens, le combat paraît inégal, désespéré. Le premier combat consiste à ne pas baisser les bras. Le plus grand danger est la tentation du renoncement. Les derniers soubresauts autour d'Arcelor Mittal, la nationalisation temporaire avortée ont cristallisé cette volonté d'y croire encore.

Le chemin du progrès passe par la coopération.

Pour avancer concrètement, des progrès de gouvernance mondiale sont nécessaires. Je partage la vision universaliste du PS et des mouvements de progrès. Le chemin est étroit entre nécessité d'une coordination des politiques et respect des diversités nationales ou continentales. Ce chemin passe par l'entente au sommet mais aussi par l'acceptation des peuples. Il est à noter que le FN condamne le "mondialisme". Nous sommes face à deux visions du monde. Il s'agit de choisir entre une stratégie de coopération ou une stratégie d'opposition des citoyens et des Etats entre eux. Je crois profondément que Hollande a gagné pour avoir privilégié la première.

La seule voie non brutale c'est la coopération, ce qu'en langage politique on appelle le rassemblement. Y croire encore. Y croire toujours. Tel est notre défi pour combattre le populisme d'où qu'il vienne.


Dsk en a fini avec la justice américaine

Fin d'un cycle de 19 mois pour Dsk. Pas moyen d'y échapper tant les chaînes d'infos en continu y consacrent de temps d'antenne. Chacun y verra la conclusion de son choix : il est coupable parce qu'il paie ou elle était franchement vénale.

Peu importe finalement. La carrière de DSK a été brutalement interrompue et ça c'est irréversible. Le temps a passé mais ceux qui pensent a une reconstruction politique sont présomptueux. Je crois que les français ont tourné la page. Moi pas tout à fait parce que les temps sont durs pour le gouvernement. La compétence et l'expérience d'un Dsk seraient bien utiles.


Arnaud le funambule

Qu'il est difficile de changer les choses. J'espérais qu'Arnaud Montebourg pourrait changer le cours des évènements à Florange, qu'il avait trouvé un repreneur sérieux, que le gouvernement pourrait nationaliser temporairement l'entreprise ou du moins son site de Florange. Rien de tel. L'histoire se répète. Mittal a repris la main puisqu'il a échappé à la nationalisation - plus difficile à dire qu'à faire - et promis des investissements à Florange. Le seul (mais non négligeable) résultat est l'arrêt du plan social. Des centaines d'emplois préservés mais pour combien de temps ?

Je suis partagé sur l'action du ministre Montebourg. Cette voltige permanente est difficile à suivre. Il prend des risques, il s'avance, il ne craint pas d'être démenti par la dure réalité des faits. Mais susciter du rêve est ce bien ce qu'on demande à un ministre ? Générer des attentes et de l'espoir sans résultat concret, est ce bien utile ? Le rideau se lève sur de la communication pure et simple au seul profit du chevalier blanc. La politique c'est comme disait Rocard, des chiffres et du symbole. Arnaud nous donne du symbole sous forme de volontarisme politique à revendre. Pour ce qui est des chiffres, on reste perplexe.

Un ministre est là pour être efficace, c'est en substance ce qu'a dit Jean-Marc Ayrault, en renvoyant la nationalisation temporaire à un outil à manier avec d'infinies précautions. En l'occurrence le site de Florange n'était pas la bonne cible.

Le double qualificatif d'une politique de gauche social-démocrate réside en une action à la fois juste et efficace.  S'il était juste de faire appel à l'outil nationalisation face à un capitaliste froid, qu'en est-il au regard d'un problème de débouchés ou de compétitivité. En 1981, les nationalisations n'avaient pas pour but de défendre l'emploi mais de construire des champions nationaux garants de l'indépendance économique dans des secteurs stratégiques. C'était le temps où la France se targuait d'avoir une politique industrielle. Même du temps de Balladur, la droite avait tenté sous le vocable des noyaux durs d'actionnaires de préserver une forme de patriotisme économique.

Quand il ne s'agit plus que de défendre le dernier pré carré de notre industrie, le combat est tout autre. La gauche paie là sans doute le manque de répartie d'un Lionel Jospin qui avait buté devant les syndicalistes de Lu avec son "L'Etat ne peut pas tout". Il aurait dû ajouter, "mais il peut beaucoup".