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septembre 2012

EELV vote NON

Le conseil fédéral d'EELV a décidé à une large majorité de voter Non au traité européen proposé par le gouvernement auquel il participe.

Les arguments sont quasiment les mêmes que ceux utilisés par le front de gauche : refus de l'austérité et perte de souveraineté. Il ne manque plus que l'appel au référendum et à manifester pour que les positions soient identiques.

Si cette décision se traduit par le vote négatif des parlementaires écologistes il faudra se poser la question de leur participation au gouvernement. Tôt ou tard le problème se posera même s'il est peu probable que François Hollande veuille ajouter une crise politique à un début de mandat plus difficile qu'attendu. Le fait que le sénateur Place soit à la tête de la contestation n'est sans doute pas étranger à sa non nomination en tant que ministre. Il signifie ainsi qu'il est plus dangereux dehors que dedans.

Il est trop tôt pour un remaniement d'importance mais il est quasi certain qu'en 2014 après les municipales, une autre configuration sera mise en place.

Les verts veulent se démarquer de la majorité socialiste pour peser, pour montrer qu'ils ne sont pas décidés à tout avaler. C'est dommage qu'ils choisissent le terrain européen pour ce faire. On se rappelle qu'ils avaient avec Daniel Cohn Bendit obtenu un excellent résultat aux dernières élections européennes. Celui ci était pour une ratification du traité, il est aujourd'hui minoritaire. Eva Joly a choisi elle aussi le Non. Très symptomatique.

J'ai l'intuition que dans les urnes ce choix va faire perdre beaucoup de voix à EELV à l'avenir.


Charlie Hebdo à la peine

Quand on songe à ce qu'était Charlie Hebdo on a de la peine. En être réduit à nous ressortir une affaire "caricature de Mahomet 2" pour relancer des ventes en berne, c'est lamentable.

Au lieu de prendre pour angle éditorial la crétinerie des auteurs du film "l'innocence des musulmans", Charlie a préféré surfer sur la vague réactionnaire anti islam. Rien à voir avec la liberté d'expression que les vertueux donneurs de leçon administrent sans voir plus que le bout de leur nez. Cette liberté s'arrête quand la sécurité d'autrui est en jeu. Y a t-il eu oui ou non des morts à cause de ce genre de provocations ? Oui. Une trentaine au moins. Des appels au meurtre et de graves troubles entre communautés.

Le gouvernement prend les choses au sérieux puisqu'il ferme des ambassades et des écoles à l'étranger.

Pierre Desproges disait : on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. Je n'ai pas envie de rire avec Charlie Hebdo.


Rocard juge la crise "gravissime" et "épouvantable"

Je viens juste de lire dans le Parisien une courte interview de Michel Rocard, mon homme politique français préféré des 30 dernières années . Il broie du noir et y égratigne Hollande sur sa vision de l'économie. En fait, il pointe du doigt les erreurs et les silences de la science économique sur la crise actuelle, non pas sur le diagnostic qu'il est aisé de partager, mais sur les solutions. Qu'un homme libre comme Rocard se lance dans de telles considérations noires mélées de géopolitique ne manque jamais de me surprendre et de me fasciner.

En fait un point précis m'a interpellé, c'est celui des priorités données car c'est celà gouverner. Rocard dit qu'il ne pense pas qu'il faille se consacrer d'abord à la réduction des déficits en pleine crise budgétaire. Il pense que cela va alimenter la récession. Il conteste donc les priorités énoncées par Hollande qui met devant nous deux ans d'efforts avant de construire une société de solidarité ... Pourtant produire la richesse avant de redistribuer, telle est la croyance sociale démocrate, partagée aussi par les libéraux modernes, ce qui peut entraîner la confusion. Rocard pense que la production passe par une politique en faveur de la demande, car l'offre suivra.

Relancer pour soutenir le cycle, tel est le scénario keynésien classique. Cet ordre des choses n'est pas impossible mais jusqu'où aller ? Cette solution n'est-elle pas trop simple pour être réellement efficace ? Faut-il faire comme Sarkozy, laisser filer des déficits gigantesques et refiler l'ardoise au successeur ? Cela me laisse penser que le "sale boulot" aurait été fait sous un Sarkozy II qui n'aurait plus eu d'entrave pour casser le modèle social français et le passer à la mode anglo-saxonne. Non ce n'est pas la solution. Faut-il massivement redistribuer les cartes, c'est à dire, comme le veut le Front de Gauche, augmenter les salaires et surtaxer le capital et les banques. Je ne crois pas que Rocard soutiendrait une démarche de fuite en avant. Dans tous les cas, c'estle contraire du projet de société de François Hollande et des socialistes qui veulent actionner tous les leviers à la fois, sérieux budgétaire, fiscalité, négociation sociale et salariale, ... pour maintenir la cohésion sociale.

Je crois en effet que Hollande en homme de compromis, cherche à concilier croissance et redressement des comptes. On ne peut sous peine de rejet de la politique menée, donner comme perspective au peuple que l'austérité, alimentant un cercle vicieux et la perte de confiance. Comme disait Martine Aubry, "il va falloir la jouer très, très fine" en naviguant entre les deux enjeux : emploi et sérieux budgétaire. C'est le fait de jouer sur tous les registres qui peut donner à l'opinion un sentiment de ne pas savoir où on va.

Du côté de Hollande, il y a peut-être le secret espoir que la croissance revienne comme elle est revenue en 1997 avec l'aube de l'ère internet. On est dans le voeu pieux ...

Une parenthèse sur la croissance. Pour celà, il faut espérer une révolution technologique et industrielle. Ce n'est qu'ainsi que la croissance repart, quand l'imagination et la créativité des entrepreneurs font émerger de nouveaux marchés. La croissance verte est une piste mais elle est encore peu perceptible. Il faut que celà touche le plus grand nombre, que la vie quotidienne en soit bouleversée comme avec l'arrivée du téléphone portable et de l'informatique au foyer. Pour celà il faut observer la jeunesse. Regarder comment veulent vivre les jeunes demain. Et les précéder ou les accompagner dans les nouveaux modes de vie en société, incluant les transports, le logement, l'activité professionnelle, l'éducation, les moments festifs et tout ce qui fait la vie en commun. De l'autre côté, pour les anciens, je pense à la santé, aux loisirs, à la dépendance, aussi aux modes de vie en commun. C'est celà qu'il faut repenser pour dénicher les secteurs en croissance de demain. Mais là il s'agit de long terme. On ne fera rien en deux ans. Si la gestation est en cours, on ne sait quand cette nouvelle croissance émergera.

Pour en revenir à Michel Rocard, tout compte fait, j'aurais aimé qu'il formule plus clairement une alternative. Je pense qu'il voulait surtout alerter sur une coupe trop dure de la dépense publique. Mais il aurait au moins pu donner acte à Hollande que celui ci veut mettre une société complexe en mouvement et que pour ce faire, les moyens utilisés sont multiples, justement parce qu'il n'y a pas de réponse simple.


Hollande passe la vitesse supérieure

L'entretien sur TF1 hier soir de François Hollande avec Claire Chazal est très important. Je n'ai pas goûté les critiques générales sur les premiers pas de l'équipe Ayrault mais force est de constater qu'il existe une forme de désenchantement concernant son action. L'opinion s'impatiente.

Le ton est donné par la presse y compris de gauche qui tonitrue comme Marianne dans sa dernière livraison, "Hollande, secoue toi, il y a le feu !".

Du coup, on a vu hier un Hollande plus ferme que d'habitude, plus engagé, plus en première ligne qu'il ne le voulait sans doute. Il a réaffirmé les grandes lignes de son action, les a inscrites dans un calendrier serré, et donné rendez-vous dans deux ans au pays et à l'équipe gouvernementale pour des résultats. La pression sur Ayrault est forte mais c'est un homme impliqué et courageux. Il sait qu'il lui faut renforcer la cohérence et le travail collectif. On ne gommera pas l'inexpérience de certains ministres mais il faut mieux les encadrer.

Les annonces sont simples :

  • Budget - fiscalité : un effort budgétaire et fiscal, juste et partagé entre les ménages, les entreprises et la dépense publique, à hauteur de 30 ou 35 milliards d'euros pour redresser les comptes publics. 
  • Travail : une négociation sociale d'ici fin 2012 pour aboutir à une flexsécurité ou une sécurité sociale professionnelle. 
  • Emploi : un traitement social du chômage avec les emplois d'avenir et un pacte de solidarité avec les contrats de génération, l'ensemble devant contenir le chômage,
  • Croissance : une banque publique d'investissement pour aider les entreprises à investir,
  • Fonction publique : le maintien des effectifs dans la fonction publique avec des progrès pour l'éducation, la sécurité, la justice et des efforts dans les autres secteurs.
  • Compétitivité - industrie : le coût du travail et de la protection sociale, par quoi remplacer la TVA sociale pour améliorer la compétitivité des entreprises ? La CSG et des taxes écologiques sont à l'étude.

En fait tout tourne autour de deux mots d'ordre : emploi et redressement. C'est le cap.

Le message essentiel est volontariste : dans un an, il faudra que la courbe du chômage s'inverse. Ce ne sera pas facile avec une croissance révisée à 0,8%. Tout le monde sait qu'en dessous d'1,5% de croissance, il n'y a pas création d'emplois ... Donc soit le traitement social du chômage à coup de contrats aidés ou soutenus freinera la montée du chômage qui se poursuivra néanmoins, soit il faudra prendre d'autres mesures fortes en faveur de la croissance.

Quelle part des fonds européens pourront revenir en France financer des projets destinés à la croissance ? Quelle sera l'attitude des allemands face à la coalition formée par la BCE pilotée par Mario Draghi et les Etats du Sud de l'Europe en panne ? Quelle possibilité d'infléchir davantage l'Union vers un pilotage économique intégré, un nouveau traité, une initiative fédérale ? Nul ne le sait. Le sujet européen est pourtant au coeur de l'actualité économique mais l'entretien est passé à côté de cet enjeu crucial.

De quoi soutenir l'attention pour une nouvelle rencontre avec les Français devant les médias. Hollande a beaucoup de choses à dire, mais aussi à faire. Il ne s'agit pas de s'occuper de tout, mais de lancer, d'impulser et de suivre l'avancement des dossiers. Du Sarkozy - Fillon ? Non, du Hollande - Ayrault. Eux c'est eux, nous c'est nous.