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juillet 2012

8 000 emplois supprimés chez PSA, comment ne pas désespérer Aulnay sous Bois

Les mots manquent pour qualifier le choc industriel que représente la suppression de 8 000 emplois chez PSA, particulièrement pour le site d'Aulnay sous Bois et aussi celui d'Angers. 

La nouvelle avait beau avoir été pré-annoncée par les délégués syndicaux CGT et FO de ces usines il y a un an, le coup est rude. L'Etat n'étant pas actionnaire il ne peut guère empêcher le processus, tout au plus le retarder ou l'accompagner. Jamais Hollande n'a promis de faire cesser les plans sociaux, mais il y a quand même l'attente d'une action publique pour ne pas désespérer Aulnay sous Bois comme on le disait de Billancourt il y a vingt ans.

Alors que faire ? Un plan de soutien à la filière automobile serait en préparation du côté d'Arnaud Montebourg. Chez PSA, on dit que 1 500 salariés pourraient être reclassés à l'usine de Poissy à côté de chez moi, ce qui interroge sur le sens de la fermeture. D'autres mesures sont sans doute imaginées à commencer par l'inévitable "concertation".

L'épreuve est sévère pour notre industrie. Il est trop tard pour prévenir. Il faut parer à l'urgence. Ca me rappelle toutes proportions gardées, la déconfiture de la sidérurgie française dans les années 1980-90. Aujourd'hui Sacilor fusionné avec Usinor devenu Arcelor a été repris par Mittal, des charrettes entières de salariés sont partis en préretraite (dont mon père à l'âge de 53 ans), la sidérurgie a été reprofilée, allégée en effectifs, les usines détruites ou modernisées. La Lorraine s'est reconstruite.

La situation de l'automobile n'est pas tout à fait la même, d'autant que les caisses sont bien vides. Et puis PSA n'est pas (encore) en danger de mort. Mais on ne peut se résoudre à cette désindustrialisation massive. Plus de 700 000 emplois industriels perdus en dix ans, c'est un PSA tous les ans qui s'est produit.

Ce plan social va sans doute causer un électrochoc dans l'opinion, et entraîner des mesures drastiques. La tentation sera forte de céder au manichéisme de part et d'autre : les erreurs des patrons et des actionnaires seront à juste titre condamnées par les salariés victimes de licenciement et le manque de compétitivité de notre industrie sera factuellement pointé du doigt par les économistes libéraux. Certains plaideront pour le soutien public, d'autres pour l'élagage et la restructuration, les derniers enfin pour la remise en cause des charges pesant sur le coût du travail. Ce dernier point sera lourd de sens car il est au coeur des discussions sur notre modèle social.

Mais avant de se faire "la guerre", il vaudrait mieux identifier clairement les erreurs commises dans la stratégie de l'entreprise et faire la part des choses entre ce qui relève du structurel et du conjoncturel. La recherche d'un "coupable" (politique ou patronal) ou d'un "payeur" ne réparera pas les pots cassés de toute façon.

Pour l'heure ce sont 8 000 familles qui vont vivre dans l'angoisse. Sachant que cette situation risque de se reproduire ailleurs, il est urgent de réagir. Le volontarisme sarkozyste ayant montré ses limites, la capacité d'action du gouvernement est clairement à l'épreuve. Jean-Marc Ayrault qui voulait agir en se donnant du temps et en profondeur est pris d'emblée par l'urgence. Il a un atout manifeste : c'est un homme qui sait garder son sang-froid. Il en faudra.


La plus grande liberté nait de la plus grande rigueur (Paul Valéry)

C'est une citation qu'affectionne particulièrement Didier Migaud, le premier président de la Cour des Comptes. Cette formule je la fais mienne. Rien ne justifie qu'une politique brade les intérêts de nos enfants au profit d'une vision au jour le jour. Le contraire de la rigueur c'est la facilité.

Ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. Si on veut pérenniser un haut niveau de services publics, des efforts sont nécessaires. Des efforts des citoyens d'une part à proportion des moyens de chacun et des efforts des gestionnaires des deniers publics d'autre part pour rendre la dépense plus efficace.

C'est toute la politique de F. Hollande qui est en jeu.

La hausse des prélèvements n'est acceptable que si elle s'accompagne d'un effort de partage. La "rigueur" est acceptée par 85% de la population si on en croit un sondage. Les mesures du gouvernement sont jugées positivement même si beaucoup doutent de leur efficacité.

L'opinion est prête au changement. Le monde extérieur nous presse. Certes la tentation du village gaulois et la nostalgie d'une grandeur nationale passée demeurent. Mais la mondialisation ne peut être combattue en fermant les portes et les fenêtres.

Le message le plus clair est le plus simple : si nous voulons rester souverains sur notre territoire, nous devons gérer rigoureusement nos finances publiques. Dépenser éternellement à crédit ou s'endetter sans fin mène à la perte d'indépendance. Avant de prélever davantage d'impôts (ce qui peut s'avérer nécessaire) il faut commencer par être irréprochable dans la gestion des deniers publics. Cette exemplarité qui commence par la réduction des indemnités des dirigeants et des dépenses de fonctionnement de l'état (15% de baisses programmées en 3 ans) est en marche. Il ne faudra surtout pas reculer et céder aux pressions des lobbies.