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mars 2012

Mélenchon l'attrape gauchos

J'ai écouté ce matin sur RTL Pierre Laurent le méconnu leader du PCF, soutien de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle interviewé par J.M. Aphatie. Celui ci est revenu sur la proposition du Front de Gauche de taxer à 100% les revenus au dessus de 360 000 euros, une proposition faite bien avant que François Hollande ne fasse celle de taxer à 75% les revenus supérieurs à 1 000 000 euros.

Toute la différence entre Hollande et Mélenchon est apparue à cet instant. Autant Hollande reste ferme et solide, ne promet que ce qu'il peut tenir, autant Mélenchon promet absolument n'importe quoi pour apparaître "plus à gauche que moi tu meurs".  Vous savez cette fameuse "vraie gauche", celle à qui on ne le fait pas, celle qui taxe les autres partis de gauche de mollesse ou de manque de courage.

Jean-Michel Aphatie demande à Pierre Laurent s'il est bien normal de tout prendre au delà d'une certaine somme. Réponse en substance de Pierre Laurent : "il s'agit avant tout de justice. Les grands patrons se paient avec le travail des autres (NDLR : vieille rhétorique marxiste). Il est difficile voire impossible de vivre avec moins de 800 ou 900 euros par mois et il faut donc redistribuer massivement". On notera que Pierre Laurent ne répond pas à la question, et qu'il adopte la tactique de l'évitement. Donc non selon lui, si on comprend bien, ce n'est pas normal de tout prendre, mais c'est juste.

Voire. A t-il lu la constitution française, Monsieur Laurent ? Il existe un droit qui s'appelle le droit de propriété. L'Etat n'a pas le droit de confisquer l'intégralité des revenus d'un citoyen français. La mesure est donc inconstitutionnelle.

Deuxième question de J.M. Aphatie : "ces 360 000 euros, c'est par part ou par foyer fiscal ?" Réponse improvisée de Pierre Laurent : "je n'y ai pas réfléchi, je dirais que c'est par foyer fiscal". Ah bon, c'est une mesure lancée comme ça, à la hussarde, et donc ca concerne le ménage, femme et enfants confondus ?!

Au delà du manque de crédibilité de la réponse, que faut-il déduire de cette séquence ? C'est clair : le programme de Mélenchon n'est pas un programme de parti de gouvernement. C'est un programme pour attrape-gauchos. Une ode lyrique pour une gauche fantasmée, irréelle, idéalisée ... Une tartufferie.

Quoiqu'il en soit, rien ne résiste à cette dose massive de shoot fiscal, ni le NPA, ni LO ne peuvent réagir. J'écoutais Nathalie Arthaud dire que de toute façon, Mélenchon voulait gouverner, ne voulait pas des luttes, refusait de se saisir du mouvement social. Cette réponse est aveu d'échec pour nos trotskistes, inaudible pour l'électeur de gauche radicale, qui lui veut du symbole, de la tête de riche au bout des piques du fisc. Bref, c'est bien joué de la part de Mélenchon.

Mais il est temps de siffler la fin de la récréation. A tous ceux qui veulent que la gauche gouverne réellement, il faut ouvrir les yeux. Bien évidemment que Mélenchon ne saura pas et ne pourra pas gouverner avec un tel programme. Il peut promettre tout et n'importe quoi, il sait qu'il ne sera pas élu et qu'il n'aura aucune majorité pour appliquer ses propositions, si tant est que le conseil constitutionnel ou l'Union Européenne le laissent faire. Il a toute liberté pour faire son cinéma sur la VIème république, comme si la France pouvait mettre l'Europe (et l'Allemagne) à sa botte et ne pas en sortir. Les électeurs de gauche ne veulent pas majoritairement sortir de l'Europe. Mélenchon est donc dans l'impasse n'ayant que ses moulinets de Don Quichotte à opposer à ceux qui ne veulent pas en France et ailleurs de sa révolution citoyenne.

Alors oui certains de ses électeurs nous disent qu'ils le savent, mais qu'il est bon de rêver. Et qu'au deuxième tour, ils reviendront vers le raisonnable Hollande pour virer Sarkozy. Au deuxième tour, qu'ils le sachent, il y a un certain risque. Tout le monde aura noté le lent effritement des votes de François Hollande au premier tour en faveur de Mélenchon, et une victoire annoncée au deuxième tour, certes encore large mais qui ne recèle qu'une faible marge de sécurité si l'on considère qu'il y a un mois, il y avait plusieurs points de plus. Il s'agit de donner un élan décisif. Je n'ai pas envie de voir au soir du premier tour, un Sarkozy revigoré par un score autour de 30% et une gauche éparpillée. Il faut voter avec les pieds ancrés dans la réalité si l'on veut éviter de se réveiller avec une grosse gueule de bois le 23 avril.


Encore une semaine de la dernière chance pour Sarkozy

Le candidat sortant comme l'appelle François Hollande n'en finit pas de relancer sa campagne. Il devait tout emporter sur son passage en quelques jours ou quelques semaines mais rien ne se passe comme prévu.

Hormis le ralliement contraint et forcé de quelques individualités de droite privés de parrainage, rien ne semble maitrisé dans la campagne du président sortant. Je suis sidéré par le piètre niveau du candidat. Jusqu'à cette sortie spontanée cette semaine sur son abandon de la vie politique en cas de défaite : une jospinite avant la lettre. Rien de tel pour démobiliser les troupes. Nous sommes bien placés pour savoir l'effet destructeur du vide à la tête d'un camp politique à la veille de législatives : débâcle assurée, chacun pour soi, sauve qui peut général.

Le week-end est donc celui de la dernière chance si l'on en croit les commentateurs politiques. Le meeting de Villepinte est très attendu et surtout les sondages de la semaine prochaine pour en mesurer les effets.

Jusqu'à présent, jamais les sondages n'ont mis Sarkozy en tête au premier tour. Le choc attendu et espéré par la droite doit venir du croisement des courbes. Même si cela arrivait, il resterait encore à voir la même chose au second tour. On en est loin. La droite se rassure parfois avec des calculs mathématiques et statistiques qui dans une étude atypique donneraient Sarkozy gagnant à 50,3%. Laissons ces prophètes de côté pour l'instant.

L'enjeu pour François Hollande sera d'arriver en tête au premier tour ou à égalité de façon à régler l'affaire au second. En fait, c'est le seul enjeu de la mobilisation à venir. Il ne faut rien lâcher.