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février 2012

Faut-il laisser tomber la Grèce ?

Depuis des mois, nombreux sont les commentateurs de tous bords, mais surtout au Nord de l'Europe, qui somment l'UE de larguer les poids morts, notamment au sud de l'Europe, qu'ils appellent élégamment les PIGS ("les cochons"). Ces PIGS ou PIIGS représentent le Portugal, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne (Spain en anglais), le deuxième I ayant été ajouté pour évoquer l'Italie.

Tous ces pays sont en difficulté plus ou moins grave de surendettement et souffrent de déficits structurels de leurs finances publiques très élevés.

Le cas le plus grave est bien sûr celui de la Grèce, qui ne représente que 2% du PIB de l'Union Européenne mais dont le poids de la dette est extravagant. Les créanciers - essentiellement des banques européennes privées mais aussi la BCE- viennent de s'asseoir sur plus de 50% de ladite dette. En échange, ils ont obtenu des garanties sur le solde et des taux d'intérêts élevés (près de 4%) sur de nouveaux financements eux mêmes garantis par les européens. Je fais simple.

C'est tout l'enjeu du nouveau dispositif MES qui a servi la polémique du jour à l'assemblée nationale entre droite et gauche, UMP et PS. Le vote du financement de la participation de la France à ce MES a donné l'occasion à chacun de se dire "plus européen que moi tu meurs". Le PS s'est abstenu majoritairement, l'aile gauche ayant voté NON comme les communistes, alors que certains députés socialistes plaidaient pour un OUI de solidarité. L'occasion donc d'une division regrettable au sein du PS digne du pataquès du traité constitutionnel mais sans en avoir les retombées dans l'opinion, on l'espère.

Pour ma part, j'avoue que j'aurais voté OUI. J'ignore les raisons détaillées du NON mais j'entends pour l'essentiel qu'il s'agit de refuser l'austérité programmée en Grèce que ce MES instaurerait. Je ne comprends pas tout. On donne de l'argent aux grecs, ou à leurs banques, ou à l'Etat grec, sans doute pas aux citoyens mais enfin, on donne de l'argent à la GRECE oui ou non ? OUI. Pour rembourser des dettes et en contracter de nouvelles. Transformer cela en un cadeaux aux banques est un peu fort quand on sait qu'elles s'embourbent 50% de pertes. Qui allait préter par la suite aux grecs s'ils faisaient défaut ? Vous, moi ? Personne pendant des décennies.

Et de toute façon, il faut sauver le soldat grec si on est un tant soit peu européen. Imagine t-on un instant les Etats-Unis laisser tomber le Minnessota ou même la Californie surendettés ? Non. Ces Etats sont soutenus par l'Etat fédéral. La question ne se pose pas un instant. Ils purgent et paient le prix de leurs erreurs mais ils ne sont pas jetés de l'Union.

C'est une question de principe qui va au delà d'ailleurs de l'Etat grec seul. Certains économistes pointent aussi le risque géopolitique associé à la faillite grecque. Un état mis en pièces pourrait non seulement voir la démocratie attaquée mais aussi devenir le creuset de mouvements de révoltes et de recherches de bouc-émissaires, mettant le pays ou la région à feu et à sang. Ce ne serait plus les suites de la crise de 1 929 qui nous menaceraient mais celles de 1 914 ou 1 939.

Alors NON il ne faut pas laisser tomber la Grèce et j'aurai donc voté OUI au plan européen qui permet de la sauver, même si on sauve quelques banquiers au passage.


L'industrie de la France fout le camp

Ce matin, j'ai distribué des tracts pour François Hollande avec plusieurs camarades sur le marché d'Achères et un sujet posé par un des nos concitoyens, un ouvrier à première vue, m'a interpelé car profondément juste : pourquoi la fabrication par Renault d'une usine à Tanger avec des salariés payés 250 € par mois. Pourquoi investir là bas, pourquoi une entreprise où l'Etat français a une participation au capital fait-elle ce choix ?

La personne indignée par cet abandon du territoire national réclamait que Renault rembourse les aides publiques perçues pendant la crise. C'est vrai qu'en 2008, Peugeot comme Renault ont reçu des aides de l'Etat pour survivre, car les banques faisaient défaut au niveau du crédit.

Pour ne pas tout mélanger et sombrer dans la démagogie la plus facile, il faut remettre les choses en place.

Une société privée n'existe que par et pour le profit de ses actionnaires. Son engagement territorial et social ne vient qu'en second, même si elle affirme le contraire. Ne parlons même pas d'éthique ou de citoyenneté, les multinationales respectent la loi uniquement parce que c'est la condition pour faire leurs affaires, pas parce qu'elles s'en soucient. C'est aussi parce qu'elles veulent que leurs contrats et leurs biens soient respectés par un état de droit. Nulle éthique ou morale à ce niveau. Juste le respect du droit de propriété qui permet aux actionnaires de voir prospérer leur capital sans risque de nationalisation ou confiscation. Tout ceci ne répond pas à la question de la compétitivité.

En fait si un territoire est vraiment attractif, c'est notamment parce qu'il offre un niveau d'infrastructures suffisant, une population qualifiée ou formée pour les tâches attendues et une certaine stabilité réglementaire et politique. Au Maroc, dans le cas de Renault, ces hypothèses sont vérifiées. Nulle révolution arabe en vue, une population jeune et désireuse de consommer, un régime royal qui se modernise en douceur, un droit du travail léger, des syndicats inexistants. En prime, une situation géographique en bord de mer, un port à la limite de l'Espagne et de Gibraltar, donc aux portes de l'Union Européenne offrant un débouché facile aux marchandises.

On comprend donc les motivations de Renault. Ce qu'ils ont fait avec Dacia et la Roumanie, ils le reproduisent avec le Maroc : produire du low cost dans des conditions low cost. Et en retour offrir aux consommateurs français les plus modestes des voitures abordables. Avec un argument répété en boucle : la mondialisation heureuse et gagnante.

Exact ? Pas vraiment. Pas pour tout le monde. Car il faut faire le bilan global de ces investissements. Si nous sommes passés en dix ans en France à une production industrielle qui ne pèse plus que 13% de notre PIB (moins que les anglais qu'on raille pour n'être devenus qu'une nation de financiers), c'est en raison de ce genre de décisions répétées dix ans durant. Que le Maroc s'extirpe de sa situation économique émergente n'est pas pour contenter nos ouvriers mis sur la touche. La beauté du modèle "global" ne touche pas les perdants du modèle.

Nous ne pouvons pas être qu'une nation de services, ou à vocation touristique. Ressembler économiquement à la Grèce n'est pas une solution. Reconnaissons qu'on en est encore loin : au moins en France, notre système fiscal fonctionne.

J'espère sincèrement que le débat présidentiel permettra de répondre à cette question essentielle : comment refaire de la France une terre de compétitivité et d'attraction ? Pourtant les investissements directs de l'étranger sont importants en France. Mais il subsiste toujours l'impression que notre sang industriel coule et part à l'étranger. Les annonces d'un géant comme Total qui ne paie que 300 millions d'euros d'IS en France pour 12 milliards de profit global devraient déclencher le tocsin.Les sous-traitants européens de Renault et autres vont suivre leurs donneurs d'ordre au Maroc ou ailleurs, accentuant la délocalisation.

Qui politiquement répond le mieux ? Personne.

La réponse de Le Pen est simple, simpliste : fermons les frontières, empêchons Renault de fabriquer à l'étranger. Absurde. Renault disparaitrait ou s'exilerait totalement.

La réponse de Nicolas Sarkozy, on la connait : augmenter la TVA pour réduire le coût du travail. Croit-il vraiment qu'avec 1,6% de TVA il va réduire l'écart de salaires entre la France et le Maroc ? Non c'est ridicule.

Investir sur la qualité, la recherche et la formation, c'est une réponse à long terme, c'est celle de François Hollande. Mais c'est simplement conserver nos laboratoires de recherche et nos universités en France pas nos usines. Investir dans les infrastructures c'est aussi la réponse publique possible. Mais bâtir des centres de logistique et de transit, des autoroutes, des ports c'est répondre à la logique industrielle qui permet au producteur marocain de toucher le consommateur français.

Il faut répondre à la question centrale du fabriquer en France. Bizarrement, c'est François Bayrou qui pose la question, pas nous. Je crois qu'il n'a pas trouvé la réponse, mais en tout cas il a posé la bonne question.

Peut-être que comme les allemands, nous devrions nous efforcer de fabriquer les machines qui fonctionnent dans les usines. A défaut il faudrait proposer les ingénieurs qui concoivent et développent ces usines. Mais en ce cas on n'a pas besoin d'ouvriers. Nous avons besoin de nos ouvriers pour nos besoins propres. Là se pose la question de l'immigration, mais c'est une autre histoire ...