Le débat est lancé sur le thème de la compétitivité de l'économie française au travers de la TVA sociale. Au delà de l'aspect politique évident qui permet au président de la république de réactiver le clivage gauche droite sur l'aspect social, il y a là un vrai sujet. Comment conserver de bons emplois bien payés en France ? Il n'y a pas de réponse simple même si la gauche est vent debout contre cette réforme. On ne peut se contenter de protester contre le caractère injuste et inefficace de la mesure sans rien proposer. Qu'en est-il au juste ?
La TVA est une flat tax. En régime normal, elle frappe de façon proportionnelle le prix hors taxes du produit ou du service acheté en France. Elle n'est donc pas progressive et de ce fait elle est perçue comme injuste par la gauche. Les correctifs n'interviennent que pour le type de produits mais là encore la TVA à taux réduit touche de façon indifférenciée le consommateur de produits de première nécessité qu'il soit riche ou pauvre.
Ce n'est pas une arme anti-délocalisation. Un exemple : si la TVA augmente, le prix du tee-shirt acheté à une entreprise chinoise ne variera pas pour l'exportateur. Il sera seulement plus cher pour le consommateur français. En conséquence il y aura une protection pour le travailleur français qui fabrique des tee-shirts en France si le coût du travail en France baisse drastiquement. Mais soyons sérieux, on ne pourra pas faire travailler les français au prix du travailleur chinois avec 3 ou 4 points de charges sociales en moins. Il y a donc des secteurs (comme le textile) où la bataille ne sert à rien, au moins pour les produits à faible valeur ajoutée, typiquement un tee-shirt. Pour le haut de gamme, le luxe, et certains services à fort contenu technologique c'est différent. Mais là le prix n'est pas le critère premier de choix mais la qualité et d'autres facteurs comme la sécurité, la réactivité, la réputation, l'innovation. De celà on ne parle pas, car si la TVA touche tous les produits, on ignore la complexité et le besoin d'excellence qui font la différence. Les emplois non qualifiés ne pourront être aisément conservés que dans les secteurs non soumis à la concurrence mondiale. Il en reste beaucoup : métiers de services de proximité, caissièr(e)s, vendeurs, coiffeurs, magasiniers, apprentis, ouvriers et employés du batiment, travaux publics, du secteur public et de la santé etc.
Tout celà montre que la question n'est pas simple, pas aussi simple que le raisonnement de l'exécutif.
La frénésie qui s'empare du gouvernement sur ce dossier est un mauvais signe. On le met au dessus des priorités alors qu'aucune réflexion d'ensemble n'est menée. Si on en revient aux fondamentaux de l'action publique, quelle est l'analyse qui justifie la mesure ? Un problème français de compétitivité oui mais encore ...
Quels sont les secteurs industriels qui ont disparu de France ? Quels sont ceux que nous voulons développer à l'avenir ? Quels secteurs de pointe sont utiles à l'émergence de la société de l'information et de la connaissance ? Quel est le bon niveau d'intervention ? Devons nous les travailler à l'échelon local, national ou européen ? Quel est et doit être le rôle de l'Etat, des collectivités et des entreprises ?
C'est tout cet énorme travail d'analyse et de mise en perspective en amont qu'on ne voit pas du côté de l'Elysée et de nos gouvernants. Un instrument isolé comme la TVA sociale ne sera pas suffisant pour définir une politique industrielle digne de ce nom si par hasard c'était le but. Pour l'instant, il ne s'agit que d'une mesure à caractère électoraliste décidée de façon impulsive et brouillonne par le locataire de l'Elysée. Sa politique semble dictée par l'instant et le simplisme. Je l'imagine en train de lire un bulletin de paie d'un salarié et de regarder les lignes où il peut intervenir dans une espèce de jeu à somme nulle où il s'agit de redistribuer du salaire à coup de subterfuges (comme celui des heures supplémentaires défiscalisées). Une méthode de comptable qui le dispense de réfléchir à un système d'ensemble cohérent. Comme si toute la mondialisation et ses enjeux étaient contenus dans un bulletin de paie et n'avait rien à voir avec toutes les discussions qui ont lieu à l'OMC entre autres. Le bon niveau d'intervention pour un président c'est celui qui consiste à faire de l'UE une zone de coopération et non de compétition. L'UE n'est pas qu'un vaste marché intérieur.
C'est donc malheureusement beaucoup plus complexe et long à mettre en oeuvre. Mais c'est ça qui est épuisant avec Sarkozy, il faut qu'il se rende compte que le mur existe en allant dans le mur tout seul dans son coin. D'où cette succession d'annonces de réformes votées à la vite, avortées ou mises en place et détricotées au fur et à mesure du constat de leur inanité. Cette méthode faite d'empirisme et de volontarisme a été portée à son paroxysme avec cette idée de TVA sociale ni vraiment pensée en tant que telle, ni positionnée au sein d'une politique globale. Sarkozy n'est qu'un agitateur d'idées, en rien un bâtisseur.
