Previous month:
décembre 2011
Next month:
février 2012

janvier 2012

Le triple A et les peurs des français

Quelques réflexions sur la perte du triple A et ce qu'elle révèle des peurs des français.

C'est un label de bonne gestion qui échappe à Nicolas Sarkozy, et ce n'est que normal. Il n'a jamais été un bon gestionnaire des fonds publics. Sarkozy est un homme de coups, un opportuniste comme avec Alstom, qu'il a racheté à la casse et revendu à Bouygues, faisant faire une belle plus value à l'Etat. Mais la perte du triple A est une notation au long cours, le résultat d'un long parcours, un vrai juge de paix.

La dégradation unique dans l'histoire de la dette de la france à hauteur de 600 milliards en cinq ans tel est le bilan final. Les plans de rigueur à hauteur de 10 ou 12 milliards à chaque fois sont de simples rustines. Un président agité brouillon et fantasque aura tout essayé ou presque pour se sortir de la nasse. En vain.

Conséquence : Sarkozy en a trop fait et pas assez. Il a trop donné de cadeaux fiscaux et pas assez taillé dans les dépenses. La consommation a tenu, c'est sans doute le seul point positif, mais nous avons consommé à crédit et la vraie reprise tarde. Au contraire on craint une rechute de l'économie en 2012. Preuve que les solutions n'étaient que des palliatifs. Les français n'ont jamais repris espoir.

La grande réforme de fond qui a fait vraiment mal aux français actifs, c'est la réforme des retraites. Plus dure et rapide qu'ailleurs, elle déprime les français qui n'ont qu'une hâte passés 55 ans, c'est de partir. Parce que plus productifs qu'ailleurs, habitués avec les 35 heures à utiliser leur temps libre, impliqués dans le tissu associatif, ils savent vivre autrement que par le travail. Ce n'est en rien un éloge de la paresse, c'est l'art de vivre à la française, de vivre ensemble, de vivre pleinement. Quelque chose que Sarkozy a renié, dénié aux français. Il n'est pas baigné par notre culture.

Pourtant il y a aussi un vrai problème de pauvreté dans notre pays. Entre dix et quinze millions de français vivent mal. Actifs ou non, jeunes ou vieux, ils subissent l'insécurité et la précarité. Résultat : ils votent Le Pen ou s'abstiennent en masse. Un drame.

C'est bien plus grave que la perte du triple A dont la plupart des français se moquent. Ca ne leur parle pas. En tout cas moins qu'une hausse de la TVA ou des impôts dont ils ne voient pas en quoi celà va les rendre compétitifs. Les français vivent dans un pays riche mais avec des inégalités de plus en plus fortes, une peur du déclassement et avec une crainte de l'avenir absolument phénoménale.

Celui qui saura le mieux gérer ces peurs gagnera en 2012. Sarkozy voulait jouer le président protecteur, mais la perte du triple A est une brèche énorme dans le tableaut. Hollande sait ce qu'il lui reste à faire. Donner de l'espoir et imposer de la justice.


TVA sociale, la méthode Sarkozy en question

Le débat est lancé sur le thème de la compétitivité de l'économie française au travers de la TVA sociale. Au delà de l'aspect politique évident qui permet au président de la république de réactiver le clivage gauche droite sur l'aspect social, il y a là un vrai sujet. Comment conserver de bons emplois bien payés en France ? Il n'y a pas de réponse simple même si la gauche est vent debout contre cette réforme. On ne peut se contenter de protester contre le caractère injuste et inefficace de la mesure sans rien proposer. Qu'en est-il au juste ?

La TVA est une flat tax. En régime normal, elle frappe de façon proportionnelle le prix hors taxes du produit ou du service acheté en France. Elle n'est donc pas progressive et de ce fait elle est perçue comme injuste par la gauche. Les correctifs n'interviennent que pour le type de produits mais là encore la TVA à taux réduit touche de façon indifférenciée le consommateur de produits de première nécessité qu'il soit riche ou pauvre.

Ce n'est pas une arme anti-délocalisation. Un exemple : si la TVA augmente, le prix du tee-shirt acheté à une entreprise chinoise ne variera pas pour l'exportateur. Il sera seulement plus cher pour le consommateur français. En conséquence il y aura une protection pour le travailleur français qui fabrique des tee-shirts en France si le coût du travail en France baisse drastiquement. Mais soyons  sérieux, on ne pourra pas faire travailler les français au prix du travailleur chinois avec 3 ou 4 points de charges sociales en moins. Il y a donc des secteurs (comme le textile) où la bataille ne sert à rien, au moins pour les produits à faible valeur ajoutée, typiquement un tee-shirt. Pour le haut de gamme, le luxe, et certains services à fort contenu technologique c'est différent. Mais là le prix n'est pas le critère premier de choix mais la qualité et d'autres facteurs comme la sécurité, la réactivité, la réputation, l'innovation. De celà on ne parle pas, car si la TVA touche tous les produits, on ignore la complexité et le besoin d'excellence qui font la différence. Les emplois non qualifiés ne pourront être aisément conservés que dans les secteurs non soumis à la concurrence mondiale. Il en reste beaucoup : métiers de services de proximité, caissièr(e)s, vendeurs, coiffeurs, magasiniers, apprentis, ouvriers et employés du batiment, travaux publics, du secteur public et de la santé etc.

Tout celà montre que la question n'est pas simple, pas aussi simple que le raisonnement de l'exécutif.

La frénésie qui s'empare du gouvernement sur ce dossier est un mauvais signe. On le met au dessus des priorités alors qu'aucune réflexion d'ensemble n'est menée. Si on en revient aux fondamentaux de l'action publique, quelle est l'analyse qui justifie la mesure ? Un problème français de compétitivité oui mais encore ...

Quels sont les secteurs industriels qui ont disparu de France ? Quels sont ceux que nous voulons développer à l'avenir ? Quels secteurs de pointe sont utiles à l'émergence de la société de l'information et de la connaissance ? Quel est le bon niveau d'intervention ? Devons nous les travailler à l'échelon local, national ou européen ? Quel est et doit être le rôle de l'Etat, des collectivités et des entreprises ?

C'est tout cet énorme travail d'analyse et de mise en perspective en amont qu'on ne voit pas du côté de l'Elysée et de nos gouvernants. Un instrument isolé comme la TVA sociale ne sera pas suffisant pour définir une politique industrielle digne de ce nom si par hasard c'était le but. Pour l'instant, il ne s'agit que d'une mesure à caractère électoraliste décidée de façon impulsive et brouillonne par le locataire de l'Elysée. Sa politique semble dictée par l'instant et le simplisme. Je l'imagine en train de lire un bulletin de paie d'un salarié et de regarder les lignes où il peut intervenir dans une espèce de jeu à somme nulle où il s'agit de redistribuer du salaire à coup de subterfuges (comme celui des heures supplémentaires défiscalisées). Une méthode de comptable qui le dispense de réfléchir à un système d'ensemble cohérent. Comme si toute la mondialisation et ses enjeux étaient contenus dans un bulletin de paie et n'avait rien à voir avec toutes les discussions qui ont lieu à l'OMC entre autres. Le bon niveau d'intervention pour un président c'est celui qui consiste à faire de l'UE une zone de coopération et non de compétition. L'UE n'est pas qu'un vaste marché intérieur.

C'est donc malheureusement beaucoup plus complexe et long à mettre en oeuvre. Mais c'est ça qui est épuisant avec Sarkozy, il faut qu'il se rende compte que le mur existe en allant dans le mur tout seul dans son coin. D'où cette succession d'annonces de réformes votées à la vite, avortées ou mises en place et détricotées au fur et à mesure du constat de leur inanité. Cette méthode faite d'empirisme et de volontarisme a été portée à son paroxysme avec cette idée de TVA sociale ni vraiment pensée en tant que telle, ni positionnée au sein d'une politique globale. Sarkozy n'est qu'un agitateur d'idées, en rien un bâtisseur.