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novembre 2011

Les Verts pas encore mûrs pour la Vème république

François Hollande reprend la main, en marquant ses nuances avec l'accord PS - EELV. Il indique à juste titre qu'il n'est pas le candidat d'un parti mais qu'il doit s'adresser à tous les français. Il refuse les oukazes sur le nucléaire ou sur le siège de la France à l'ONU (son droit de veto en fait).

L'inimitable Jean-Vincent Placé tente une nouvelle fois de jouer de sa grosse voix en demandant à Hollande de "rectifier le tir". Si l'ami de Cécile Duflot voulait bien se rappeler qu'il y a un candidat socialiste ET une candidate écologiste au premier tour de la présidentielle qui ne se prive d'aucune liberté de parole, ce serait bien.

Je crois que François Hollande fait bien de montrer sa différence entre lui et le parti socialiste. S'il veut avoir la stature d'un président, il ne peut être l'otage de personne. Son programme sera inspiré de celui du PS mais il n'en sera pas la copie intégrale. Ce sera le programme présidentiel qu'il aura choisi et qui portera sa marque, sa cohérence. Je ne crois pas que la logique de la Vème république soit autre. Placé a beau la critiquer, les français l'ont intégré et adopté et d'ailleurs les socialistes ont depuis trop longtemps payé le prix fort à vouloir l'ignorer.

Si les écologistes voulaient que l'accord sur les législatives qu'ils ont signé débouche sur un accord de gouvernement incluant la présidentielle, il fallait qu'ils acceptent de participer à nos primaires. Ils ont choisi - c'est leur droit - d'avoir un candidat. L'accord politique que François Hollande et le PS respecteront scrupuleusement contient des devoirs imposés : que le candidat arrivé second soutienne celui arrivé en tête que ce soit à la présidentielle ou aux législatives, que les accords et les désaccords programmatiques soient actés, que les critiques ne s'adressent pour l'essentiel qu'aux adversaires de droite, que chaque candidat défende ses propres options et sa sensibilité particulière au premier tour.

Il est certain que les Verts appellent de leur voeu une VIème république de type parlementaire, mais ce n'est pas le cas de François Hollande qui a défini ce qu'il appelle une République renouvelée. L'introduction d'une dose de proportionnelle est une demande essentielle des écologistes qu'il est légitime de satisfaire mais le système que notre candidat propose reste de nature présidentielle.

En résumé, il serait temps que les écologistes et le Front de gauche qui continuent de vitupérer contre les socialistes se rendent compte que c'est François Hollande et personne d'autre qui a été désigné candidat du PS et du PRG.


Le trou d'air

La période dite d'état de grâce aura été de courte durée pour François Hollande. Et pas seulement pour lui, pour son équipe aussi, reconnaissons le.

Quand les sondages lui donnaient 39% au premier tour, il était évident que le score était exagéré et gonflé par le succès de la primaire socialiste : nous occupions tout l'espace médiatique, la majorité se comportait en spectatrice médusée et les autres formations d'opposition tentaient sans y parvenir d'exister.

Mais la réalité nous a vite rattrapé. Je ressens avec mécontentement le peu de préparation d'une partie de l'entourage de François Hollande dans la phase qui a suivi les primaires. Les négociateurs qui ont discuté de l'accord électoral (Bruno Le Roux) et programmatique (Michel Sapin) n'ont pas été dans leur meilleure forme. Ils ont donné l'impression de laisser passer des conditions que l'équipe de Martine Aubry avait négocié avec EELV comme si c'est elle qui avait gagné. D'où la colère de certains barons socialistes comme Gérard Collomb à Lyon (ou Delanoë à Paris) qui réagissent sans doute excessivement à l'accord PS - EELV mais avec quelque raison. Les soutiens de Martine Aubry comme Christophe Borgel ont beau jeu de dire que tout a été fait en concertation, à partir du moment où le projet qui était sur la table était le leur et qu'il n'a pas été grandement challengé.

Les écologistes sont des partenaires extrêmement importants pour nous mais pas à n'importe quel prix. Surtout quand on sait qu'ils étaient en grande difficulté financière grâce à Marianne et que le rapport de forces était encore plus en notre faveur. La perte d'influence auprès des ouvriers et des classes moyennes vient du pataquès autour du nucléaire. Les gens savent que l'électricité est peu chère (moitié moins qu'en Allemagne) grâce à notre industrie nucléaire civile dont ils ne voient pas pourquoi il faudrait sortir à tout prix alors qu'elle est relativement sûre. Même Fukushima n'a pas démontré que l'Armageddon nous menace. Heureusement François a sû garder une certaine fermeté.

J'ai eu néanmoins des preuves de ce laxisme sur mon département des Yvelines où sans crier gare, nous avons concédé une circonscription de plus aux écologistes et où une circonscription a(urait) été réservée à la diversité alors qu'il n'en a jamais été question et ce au détriment d'une candidate soutien de François Hollande, et en faveur d'une candidate soutien à Martine Aubry. Sans doute un malheureux hasard.

Le recul dans les sondages traduit ce sentiment de confusion. Le pas de deux mal accordé avec les écologistes démontre que la coordination avec les partenaires laisse à désirer. Il faudra resserrer sévèrement les boulons avant que ce qui n'est pour l'instant qu'un retour à des eaux normales ne se transforme en glissade incontrôlée. On n'en est pas là, la situation reste favorable mais l'avertissement est clair.


Que d'émotions pour notre AAA couvé par Sarkozy

Quand le marché boursier opère au rythme de la nanoseconde avec ce qu'on appelle le "trading à haute fréquence", il est normal de réagir quand une information fausse est délivrée par Standard and Poors. Pendant quelques minutes l'agence a annoncé à tort la dégradation du AAA français.

Cette annonce est pire qu'une rumeur car cette erreur informatique - qui n'est pas le fait des ordinateurs mais des humains qui l'ont programmé - a toutes les apparences de la réalité le temps que l'on détecte l'erreur. Si on comprend bien l'explication de l'agence, c'est parce qu'une information était indisponible que l'algorithme qui calcule en temps réel la notation des émetteurs a abaissé automatiquement la note de la France. La conséquence financière est immédiate, une baisse de notation entraîne un renchérissement du coût de la dette et donc une baisse de valeur de la dette existante.

S'il y a vraiment perte financière sur un marché pour un acteur qui aurait opéré "automatiquement" des ventes de dette française en cas d'évènement de cette nature, les autorités boursières ont tout le loisir d'annuler les opérations effectuées durant la période considérée. C'est ce que l'enquête doit déterminer. Avant de suggérer que l'erreur a été organisée dans ce but, une vérification s'impose.

En fait le AAA a une dimension politique supérieure à sa portée financière. C'est le quitus de bonne gestion de l'équipe Sarkozy. Si nous le perdions avant l'élection, Sarkozy lui même considère que l'élection est perdue. D'où le plan Fillon 2 qui vient d'être annoncé, d'où la tête de père la rigueur qu'emprunte maintenant le couple Sarkozy-Fillon. Le couple est embarqué dans une surenchère de mesures de rigueur - on n'a plus peur du mot - de façon à préserver le AAA et pointer du doigt comme de coutume la gauche dépensière et irresponsable. D'autant que les sondages pour Sarkozy remontent légèrement ce qui semble valider la stratégie. On comprend les cris d'orfraie de la majorité quand une information erronée sur notre AAA sort en ce moment.

Mais derrière l'erreur technique, il y a une réalité. Un paramètre technique est scruté quotidiennement par Sarkozy (selon le Canard Enchaîné), c'est le spread c'est à dire l'écart de taux entre le bund allemand et l'OAT française, donc le coût financier de notre dette. Il s'écarte fortement à des niveaux records (autour de 170 points) signe que la dette française inquiète de plus en plus le marché. Si ce débat réservé aux spécialistes n'inquiète que les experts, il y a un constat : le marché ne considère plus que nous méritons un AAA mais il faut le cacher au grand public.

Dans le contexte préélectoral et à fleur de peau de la présidentielle française, nul doute que l'indignation de nos ministres tient plus de la paranoia d'une équipe aux abois que du souci d'un régulateur d'empêcher des opérations délictueuses.


Faiblesse à gauche du PS

Je reste étonné en ces temps de crise économique et financière par la faiblesse actuelle du score de la gauche de la gauche dans les sondages. L'ensemble LO-NPA-Front de gauche ne dépasse pas 7% quand François Hollande caracole sur les 35%, score trop élevé pour rester à ce niveau en 2012.

Quand on sait que les Verts avec Eva Joly ne dépassent pas 4 ou 5%, cela fait néanmoins un total gauche sympathique autour de 46 ou 47%, bien supérieur aux 38 ou 39% de 2007.

Y aurait-il un vote utile au bénéfice du PS ? C'est à croire, le mérite en revenant à nos primaires citoyennes réussies et à l'envie d'alternance. Déjà en 2007, Ségolène Royal avait bénéficié d'un vote utile pour éradiquer le souvenir de 2002, mais il y a cette fois une envie supplémentaire : virer Sarkozy.

Mais pour en rester à ma réflexion sur la gauche de la gauche, je m'étonne du peu d'audience d'un Mélenchon à ce stade. Certes il fait mieux que Marie-George Buffet mais il est loin de peser au point que le PS ait envie de regarder ailleurs qu'au centre ou vers les Verts pour gouverner.

Il y a un vrai danger d'arrogance et de tentation hégémonique dans la situation actuelle. Je pense que François Hollande en a conscience même s'il aimerait disposer d'une majorité solide à l'assemblée nationale s'il est élu.

Il devrait déjà s'armer d'un vrai conseil politique pour les questions internationales car le flottement perceptible sur la crise grecque ne devra pas perdurer au risque de donner du corps à la critique sur l'inexpérience. Les commentateurs disent charitablement qu'il ne pouvait ni taper sur le premier ministre grec socialiste ni sur le président qui fait le job avec énergie si ce n'est avec des résultats. Je pense qu'il n'a pas eu un positionnement audible et clair. Que font Moscovici et Vedrine ? Ils pourraient le conseiller utilement il me semble.

La gauche du PS n'a trouvé ceci dit aucun discours alternatif audible. La crise n'aide pas la gauche radicale à capter le vote protestataire, c'est étrange. Pour le coup, je trouve que Mélenchon ne fait pas contrepoids face à Marine Le Pen. C'est un comble que 20% des français préfèrent l'extrême droite pour renverser l'ordre social et culturel ... L'envie de tout renverser ne passe quand même pas par ces gens là. J'ai une dernière explication qui me vient à l'esprit : la gauche du PS à l'intérieur du PS (Montebourg, Hamon) suffit à capter une partie de l'électorat radical. Encore un bénéfice des primaires ...


La Grèce schizophrénique

Difficile de suivre l'actualité en Grèce tant les choses évoluent rapidement. On était encore sous le choc de l'annonce d'un référendum que déjà on parle de son retrait et d'une démission programmée de Papandréou pour aller vers une ratification rapide du plan de sauvetage du 27 octobre autour d'un gouvernement de transition.

La rue grecque ne veut pas de l'austérité, mais ne veut pas perdre l'euro et l'Europe et elle ne veut plus de Papandréou. Or celui ci avait indiqué que voter non serait perdre l'euro. Les grecs devaient choisir entre le garder lui ou revenir à la drachme ... Choix impossible, schizophrénique. Le retrait du référendum était la seule solution raisonnable. L'opposition a fini par accepter ce qu'elle refusait depuis de longs mois : un gouvernement d'union (mais sans participation) chargé de gérer les affaires courantes avant de nouvelles élections. Et surtout elle accepte le plan européen. C'est la seule victoire du premier ministre grec. Pas forcément celle qu'il anticipait.

Je reste sidéré par le coup de dés de Papandréou. Il balance l'idée de ce référendum un peu tout seul avant de se rétracter trois jours après sous la pression de ses alliés, de ses opposants et des dirigeants européens. Convoqué au G20 il fait amende honorable puis revient vers ses pairs en Grèce dire que le référendum n'est pas une fin en soi. Je ne sais ce qu'il espérait, mais je pense qu'il a perdu le sens des réalités, qu'il a craqué, je ne vois que cette explication. C'est assez hallucinant.

En France, j'ai lu avec un tantinet de déception le communiqué de François Hollande et Martine Aubry sur le sujet grec. Ils pointent le déficit de gouvernance de la zone euro mais ne se sont jamais prononcés sur l'opportunité du référendum en Grèce. Ils ont été transparents dans cette crise. Difficile d'accabler un gouvernement socialiste on l'admet, mais rappeler que les états Européens doivent jouer collectif pour s'en sortir aurait été le minimum. La solidarité européenne ne peut pas s'exprimer sous la contrainte franco-germanique ou la menace du chaos au sein de la zone euro. Hollande aurait pu renvoyer Sarkozy-Merkel et Papandréou dos à dos pour leur méthode. Il a manqué quelques mots forts en la circonstance. J'aurais pour ma part émis des réserves sur l'acte politique à contretemps qu'a fait Papandréou et sur le peu de respect du couple franco-allemand pour les grecs.

Sans critiquer le principe de la consultation du peuple grec, il aurait été judicieux de se demander s'il était bien raisonnable quand on connaît l'urgence et le temps déjà perdu (18 mois) de susciter une nouvelle période d'incertitude et d'attentisme. Pendant ce temps le monde avance. Voilà une occasion qu'a perdu François Hollande de marquer des points sur le terrain international.

Sans parler de l'épée de Damoclès qui pèse sur le pays de mes ancêtres : l'Italie. Tout le monde le sait : là bas, une autre tragédie grecque se prépare.

 


Un référendum grec explosif

Le pire n'est pas toujours sûr mais il est toujours possible. Le laborieux accord concocté la semaine dernière pour sauver l'euro vient d'exploser en vol suite à la décision surprise du premier ministre grec d'organiser un référendum sur le plan de sauvetage financier de son pays.

Personne ne l'avait vu venir. Ni superman Sarkozy, ni superwoman Merkel. Quel énorme pied de nez démocratique ... Comment contester qu'on demande son avis au peuple ? Comment dire que Papandreou est irresponsable d'aller à l'abattoir - l'austérité - sans demander à  son peuple s'il est d'accord ? La nomenklatura européenne voulait gagner du temps et c'est raté ... Les bourses s'effondrent car elles savent que les grecs vont refuser d'être tondus, qu'ils aient leur part de responsabilité ou non.

Bien malin celui qui sait ce qu'il va advenir de cette panade générale. La seule conclusion de court terme c'est que l'échec du projet européen que je pointais du doigt s'accompagne maintenant d'une désorganisation politique totale de l'Europe. D'une crise de la démocratie représentative, rattrapée par la démocratie populaire. Personne n'avait imaginé ce recours au peuple que Papandreou sort de son chapeau, même s'il avait marqué son scepticisme sur la qualité de l'accord trouvé. Cela va accentuer la crise de l'euro. Les conséquences sont incalculables. Tout ce que j'entrevois maintenant c'est une sortie à terme de la Grèce de l'euro et une zone euro limitée aux pays capables de vivre dans une certaine rigueur nord-européenne.

Finalement la crise que ce référendum perdu d'avance annonce sera peut-être l'occasion de bâtir un vrai plan anti crise financière que j'appelais de mes voeux dans ma dernière note, voire d'aller vers plus de fédéralisme - c'est à dire de décisions prises à la majorité - mais j'en doute. Le bricolage que représentait l'accord conclu le 26 octobre vient de s'écrouler. J'aurais bien aimé que Nicolas Sarkozy ait à s'en expliquer cette semaine et non le lendemain de son immense succès d'un jour ...