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octobre 2011

L'accord sur la survie de la zone Euro masque un échec du projet européen.

Le scénario est connu : crise en Europe, montée de la tension, dramatisation, réunion de crise qui se prolonge, s'éternise, bruits de portes qui claquent et cris de fureurs qui fuitent savamment dans la presse. Tout celà pour se terminer au petit matin par un accord en bonne et due forme sur des éléments diffusés à l'avance par les sherpas de chaque délégation. Concert de félicitations et d'auto congratulations sur la qualité d'un accord obtenu de haute lutte par des participants qui tentent chacun de s'en attribuer le mérite ou de démontrer à quel point ils ont défendu leur pays ...

C'est bien en raison de cette dramaturgie programmée que la surprise ne vient jamais de l'accord en lui même mais d'un éventuel mauvais accord (1). En fait la vraie surprise serait qu'il n'y ait pas d'accord.

Celui de cette nuit apporte des réponses et en même temps soulève des questions. Il porte le FESF à 1 000 milliards d'euros avec des garanties nouvelles, crée un fonds annexe pour accueillir des prêteurs étrangers, et rabote de 50% la dette grecque tout en recapitalisant les banques de 100 milliards pour ne prendre que les mesures essentielles .

Comme souvent l'Europe gagne du temps. Elle ne soigne pas le problème sur le fond, car ce qui a causé la crise, l'excès de dettes publiques lié à l'anémie de la croissance européenne, n'est absolument pas traité. Elle permet à chacun d'assurer ses échéances, de payer ses créanciers, et de faire croire que le système fonctionne. On acte la situation financière d'un pays membre de la zone euro incapable de payer : la Grèce. L'Europe le fait dans des conditions qui permet à chaque acteur de prendre sa perte de façon en apparence honorable. Mais c'est au bout du compte un constat d'échec.

Un échec de la gouvernance européenne qui a laissé la Grèce sans contrôle réel, un échec de politiques budgétaires décidées au niveau de chaque état qui a permis aux grecs de se prendre pour des allemands, un échec du marché  financier à s'auto réguler qui lui a fait prêter au delà de toute prudence. La zone euro qui ne s'appuie que sur un marché intérieur et des institutions absentes (quid de Barroso, du parlement européen, de la commission ... ?) a fait preuve de son insuffisance. Il est temps de passer à autre chose que ces séquences de stop and go, d'immobilisme mortifère suivi de crises aigues. Ce ne sont pas les dirigeants européens actuels qui sont capables de fonctionner autrement que ce soit la laborieuse Angela Merkel ou un Nicolas Sarkozy complètement cramé sur le plan intérieur. Sur le sujet européen, jaloux de leurs prérogatives nationales, ils avancent seulement l'épée dans les reins.

Le marché de la finance a besoin que la dette roule, que le papier tourne. La crise de 2008 (quand Lehman Brothers a fait faillite) a été gravissime car les joueurs avaient arrêté de miser leurs billets sur le tapis. Les banques ne se prétaient plus. La réaction du marché boursier ce jour qui gagne 3 ou 4% en France salue non pas l'issue de la crise, mais le fait que dans le casino boursier, on ait trouvé de nouveaux joueurs pour jouer. L'Allemagne, la Chine, le Brésil, ...

Il manque pourtant toujours ce qui existe aux Etats-Unis avec la Fed, une vraie institution financière européenne, un prêteur en dernier ressort, un pompier ultime qui puisse inonder le marché de liquidités si l'immeuble prend feu. Pour l'instant l'Europe s'est dotée d'instruments pour éteindre le feu dans une pièce d'un appartement de l'immeuble. Pour se doter d'un vrai outil anti crise financière, on attendra la prochaine crise. Quant au sujet économique majeur à savoir la compétitivité de la zone euro, la question demeure géante et béante.

(1) Le traité de Nice est un exemple de mauvais accord qui a mal configuré la gouvernance européenne dans les années 2000.

 


François Hollande en état d'apesanteur ...

Hollande_640x280Il a la baraka. La victoire de François Hollande est totale. Il l'emporte sur Martine Aubry avec un score net qui lui donne une légitimité incontestable. La première secrétaire du PS a été élégante dans la défaite et elle a trouvé les mots qu'il fallait pour l'unité.

D'emblée après son élection, FH (on dit maintenant FH au PS comme on disait DSK) a adopté le ton juste, rassembleur, passant au dessus des méchancetés de la fin de campagne, ne se livrant à aucune chasse aux sorcières au sein du PS. Je pressentais son habileté politique bien supérieure à celle de Ségolène Royal en 2007. Bien que ce ne fut pas manifeste ici (1), je suis heureux de l'avoir soutenu activement après l'élimination de DSK (2).

Et ce matin une autre nouvelle tombe pour enfoncer le clou. Un sondage le donne en tête des intentions de vote au 1er tour avec 35% des voix loin devant Sarkozy à 25%. En outre le total gauche approche les 45% au premier tour contre 30 à la droite. Enfin un deuxième tour écrasant avec 62% en sa faveur contre 38% pour le sortant. La gauche sort renforcée et rassemblée des primaires. Que demander de plus ?

Rien si ce n'est que l'UMP a encore perdu une occasion de se taire en organisant une convention, une pantalonnade plutôt pour dénoncer le programme PS et ses déficits à venir ... L'UMP se voit dans l'opposition. Elle a sur ce point raison. Autant qu'elle pense ainsi, on ne va pas s'en plaindre.

Le danger maintenant est de se croire installé à l'Elysée. Ce n'est pas le cas, l'actuel occupant est un redoutable candidat, un animal politique qui n'a pas encore livré son plan de bataille et sa stratégie. On sait qu'une partie de celle ci consistera à laminer FH d'attaques de toutes sortes aussi bien sur sa personnalité que sur son programme. Il sera bon de ne pas laisser les attaques sans réponse. La garde rapprochée de FH devra y veiller.

L'autre point de tension sera aussi à chercher du côté des "partenaires", Verts et communistes, EELV et Front de gauche dont les appétits seront grands et la surenchère toujours possible.

Enfin il y aura à trouver la bonne distance avec François Bayrou qui au centre doit regretter que Martine Aubry n'ait pas été désignée. Mais là encore je suis confiant dans l'habileté de François.

La gauche est en train de manger son pain blanc, il est impossible qu'aucune difficulté ou problème grave ne se mette en travers de sa route. Un problème très sérieux est flagrant : la crise. Cette crise est en train de réduire à néant les marges de manoeuvre financières du prochain occupant de l'Elysée. Promettre l'espoir tout en augmentant l'impôt, le chemin est étroit. Comment ne pas désespérer le peuple de gauche qui vient de témoigner sa confiance à FH avec une rigueur annoncée. Il faudra bien pourtant solder la période Sarkozy. Tel est le défi qui attend notre candidat et la nouvelle majorité qu'on espère.

Notes :

(1) Je n'ai guère été présent ces dernières semaines sur mon blog, suroccupé par l'organisation des primaires et mes activités professionnelles. J'essayerai d'être plus présent à l'avenir.

(2) Par contraste avec FH, je note que les démêlés de DSK avec les femmes continuent toujours pour le même type d'affaires. Je finis par penser que la chance l'a complètement déserté. Même si dame Fortune est toujours auprès de lui.