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août 2011

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Je reviens tout doucement à la vie active après la trève estivale.

DSK a été exonéré des charges qui l'accablaient sans que cela le remette en course dans l'opinion comme c'était prévisible tant ses faiblesses ont été mises au jour, sa relation aux femmes et à l'argent notamment. Sa liberté est une bonne nouvelle pour lui et sa famille. Pour la gauche, l'affaire reste un énorme gâchis.

J'étais à La Rochelle pour achever mes semaines de congés sur une note que j'espérais positive et je n'ai pas été déçu. Une belle ambiance, une belle espérance collective et des rencontres sympathiques ...

A suivre ...


Une vieille Europe en panne

Un poil de déception ! J'écoutais ce matin l'opposition socialiste (Fabius et Hollande) réagir aux annonces du couple Sarkozy - Merkel de la veille concernant la crise financière. C'est sans doute la règle du jeu que de critiquer la majorité et le président, mais sur le fond si on regarde bien la critique était plus dans la méthode et la vitesse d'exécution que dans les moyens. Ca manque de punch ...

La taxe sur les transactions financières qui est annoncée était demandée par le PS. Le gouvernement économique de l'eurozone était souhaité par le PS. La rigueur dans les finances publiques que symbolise qu'on le veuille ou non la "règle d'or" était acceptée par le PS. Alors ? Fabius a le mieux réussi à démontrer la différence entre PS et UMP en la matière. Il a pointé qu'il manque deux points importants dans les annonces, d'une part l'extension du FESF (le fonds européen qui prête de l'argent aux pays en difficulté), d'autre part les eurobonds, cette mutualisation de notre dette commune au niveau de l'eurozone. Ce n'était pas le bout du monde mais on n'y est même pas parvenu.

Sarkozy a échoué à convaincre les allemands de la solidarité nécessaire ou peut-être n'était-il pas lui même convaincu. Mais les allemands ne sont pas forcément d'affreux égoïstes. Ils expliquent en substance qu'il faut d'abord accepter de renoncer aux politiques fiscales nationales qui entraînent les pays dans les déficits. Ils demandent un droit de regard collectif sur les dépenses avant d'accepter de partager la dette. Comme ils savent qu'aucune unanimité ne se fera en ce sens ils jouent sur du velours. On dit aussi que passer de 2,3 à 3% de taux d'intérêts sur leur dette à dix ans leur coûterait 50 milliards d'euros par an ... Et là il ne s'agit pas d'autre chose que leurs intérêts bien compris. Et pourtant, si on compare aux Etats-Unis à qui le monde financier prête à 2,3% aussi, comme aux allemands, on sent bien que si l'Europe était unie, il n'y aurait aucune raison que l'Europe paie beaucoup plus cher ... C'est notre division qui coûte aussi cher. J'aurais aimé que nos leaders s'emparent de cette thématique sur un mode offensif.

L'annonce qui m'a fait le plus sourire c'est l'annonce de ce gouvernement économique piloté par le conseil européen deux fois par an. Deux fois par an ! Sarkozy s'est tellement rendu compte du ridicule de la chose qu'il a ajouté : "mais il pourra se réunir plus souvent". Un gouvernement qui n'a aucun agenda, aucun budget, aucun moyen et un président de la trempe de Van Rompuy qu'on pressent à ce poste, ca promet.

L'Union Européenne est arrêtée. Elle est immobile comme un continent de vieux barbons. On voit bien que nous sommes gouvernés par des conservateurs frileux et repliés sur eux mêmes. Même Sarkozy qu'on imaginait plus pugnace et volontaire s'est rangé à l'avis des plus prudents. Il se chiraquise. Surtout pas de vagues ...

A mon avis nous avons un boulevard si nous savons être offensifs et dynamiques sans cacher la vérité. Franchement les citoyens ne veulent pas entendre uniquement un discours de sang et de larmes. Hollande a raison de vouloir s'appuyer sur les jeunes. Mais qu'il l'affirme haut et fort ! Insuflons un peu d'espoir camarades !

PS : je viens d'écouter Benoît Hamon, il est meilleur que les anciens !

http://www.franceinter.fr/emission-l-invite-benoit-hamon-0

 


Crise de la dette souveraine : les marchés disent non aux dirigeants européens et américains.

La bourse s'exprime avec les pieds. Elle prend la fuite en se séparant des actifs risqués que sont les actions en perdant encore plus de 2% ce jour, soit près de 15% en quelques semaines. Ce faisant elle dit clairement non aux plans de réduction de la dette souveraine. C'est l'effet de contagion qui l'inquiète. Les taux d'intérêt des pays européens périphériques (Irlande, Espagne, Portugal, Grèce, ...) grimpent au plafond pendant que les actions s'écroulent un peu partout.

J'oserais dire que je l'avais prévu et que c'était prévisible quand j'évoquais les solutions possibles pour la Grèce. Les marchés n'ont pas confiance dans ces Etats - notamment l'Allemagne de Merkel - qui pensent qu'un défaut partiel est un risque acceptable à court terme. Il est vrai que ce n'est pas la chute de la bourse qui est la plus grave, c'est le déficit de croissance et de confiance qu'elle révèle. Les indicateurs économiques fléchissent. Bien malin qui peut dire maintenant comment va se résoudre la crise. Le marché pense que la sortie se fera par le bas, avec une récession sévère. Le fait est que la décision des politiques aux Etats-Unis et en Europe de négocier des accords a minima a donné au marché un signal baissier supplémentaire. Quitte à reculer pour mieux sauter, les marchés qui anticipent toujours ont décidé de sauter tout de suite et de "pricer" le défaut de paiement généralisé des dettes publiques. Comment les Etats pourront-ils rembourser leur dette gigantesque quand les revenus tirés des impôts risquent de fléchir ? C'est ce cercle vicieux qui est en train de s'inscrire dans les cours.

Nous sommes désormais en zone d'incertitude. D'un point de vue politique c'est un grave échec de la gouvernance des pays occidentaux. D'un point de vue purement financier, je pense qu'il va y avoir bientôt de belles occasions de revenir en bourse pour ceux qui ont le goût du risque car il est bien connu qu'il faut acheter au son du canon.


Le populisme prospère sur l'élitisme des partis de gouvernement

On ne peut taxer de populiste un parti ou une personnalité sans susciter un débat furieux. J'en fais l'expérience régulièrement. Qu'on l'appelle tea party aux Etats-Unis, FN ou droite populaire en France, parti du Progrès en Norvège, le résultat est le même. A gauche c'est le Front de gauche qui mérite le plus ce qualificatif. En tant que militant socialiste, on me reproche quelques fois d'avoir abandonné le peuple, d'être un "traître" à ma classe sociale. Pour l'instant, heureusement je n'ai pas rencontré de tueur.

Il s'agit notamment de la critique du rapport de Terra Nova "Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?". Ce fameux rapport suggère au PS de trouver une nouvelle alliance avec les classes urbaines intégrées et de laisser tomber les classes populaires ancrées dans le conservatisme. Partant de cette approche polémique les socialistes subissent le reproche de ne pas aimer vraiment le peuple, de faire partie de ces classes aisées qui font à gauche du socialisme par mauvaise conscience, pour accompagner le système au lieu de le révolutionner ou au pire par électoralisme. A droite la critique atteint la démocratie chrétienne avec ses valeurs de charité, refusant tout ascenseur social aux plus modestes. Les insiders (intégrés au système) contre les outsiders (exclus anti-système) pour reprendre la terminologie de Terra Nova. Les électeurs sont vus comme des parts de marché, c'est pour le moins étonnant.

En fait au delà du marketing politique la vraie question tourne autour des thèmes qui font le succès des partis dits populistes. Les partis traditionnels comme le PS ou l'UMP ne parlent qu'avec difficulté des sujets liés à l'immigration, la sécurité, la mondialisation. Non pas qu'ils veuillent en faire des tabous, mais les réponses trop simples et immédiates comme la fermeture des frontières ou une société policière sont taxées d'illusions à court terme. Certes des thématiques souverainistes ou sécuritaires existent dans certains programmes des partis de gouvernement mais les réponses lentes et complexes ne satisfont pas cette partie de la population qui estime que la préférence nationale doit jouer tout de suite quand les places ou les aides se raréfient. Je reviendrai dans un temps prochain sur cette notion de préférence nationale car c'est une clé importante.

C'est pour celà que le populisme n'est ni de gauche, ni de droite. C'est en partie pour celà que les électeurs du FN sont souvent d'anciens communistes. Quand les usines ferment, quand les familles se décomposent, quand l'autorité et les repères vacillent, la peur de ne pas survivre ou d'assurer les besoins de ses proches est forte. Face à un monde complexe, le repli identitaire peut apparaître à certains comme une solution. Trouver un bouc-émissaire à ses difficultés donne la force de les affronter sans se remettre en cause. Mais en fait le populisme ne prospère que parce que les partis comme le PS et l'UMP sont élitistes.

Je n'ai pas de réponse simple à apporter au PS à ce stade, si ce n'est qu'il ne faut pas abandonner les classes populaires et encore moins les classes moyennes sous prétexte qu'elles seraient constituées de beaufs irrécupérables. Ce n'est pas vrai. J'en suis issu et j'en reste fier. Je suis attaché à la sécurité et je pense que l'immigré doit respecter les valeurs du pays qui l'accueille comme l'ont fait mes parents. Il est faux également de penser que la solidarité n'est plus une valeur pour les classes populaires. C'est tout le contraire, mais la solidarité n'est pas un acquis sans contrepartie. C'est le délicat exercice entre droits et devoirs naturellement. Au delà de ces évidences, il faut que le PS interroge sa propre relation avec ces milieux. Qu'il regarde combien il compte d'ouvriers et d'employés parmi ses cadres, parmi ses dirigeants et ses parlementaires. Et aussi de femmes, de personnes issues de la diversité. Souvent le débat naît dans les réunions, mais rien n'en sort et au moment des désignations, trop de réflexes de prérogatives de l'homme blanc de 50 ans et plus viennent polluer les décisions finales.

Le chemin sera long et difficile mais s'il est un combat qui le mérite - faire reculer les populismes en luttant contre les aristocraties des partis - c'est celui que je mènerai avec le plus de conviction. Qu'on ne s'y trompe pas, cela ne veut pas dire abdiquer toute ambition personnelle, ce serait totalement hypocrite, mais cela revient à savoir s'entourer ou promouvoir des talents issus de toutes les couches de la société.


Obama : la dette n'est pas tout, parlons de l'emploi

Barack Obama vient à peine de promulguer le texte qui autorise un nouveau plafond pour la dette fédérale américaine qu'il a demandé au parlement américain de s'emparer de la question centrale de l'emploi. Excellente réponse aux caciques de la droite républicaine surtout son aile radicale du tea party qui a sciemment demandé qu'aucune augmentation d'impôts n'intervienne dans le plan de restauration des finances publiques. Cette non augmentation est une hérésie dans un pays qui ne croule pas sous des prélèvements obligatoires exorbitants de la part de l'état fédéral, à peine 28% du PIB contre 40% chez nous en Europe (44% en France). Mais il est vrai que les structures de coûts et les institutions sont différentes. Par exemple, nos dépenses sociales en France sont dix points au dessus de celles des pays anglo saxons et cinq points au dessus de la moyenne de l'OCDE. C'est un choix de société qu'il ne faut pas regretter si on sait le financer. Mais c'est le signe qu'il y a des marges de manoeuvre aux Etats-Unis que nous n'avons pas.

Sur le plan économique, comment espérer maintenant que l'action publique puisse relancer la croissance américaine qui s'essoufle, sans moyens financiers nouveaux ? Le dogme ultra libéral énonce que l'économie repart toute seule si on la libère du poids des charges sociales et de l'impôt. C'est renoncer à tout volontarisme politique, c'est refuser la théorie du coup de pouce ou du stimulus économique qui pousse les acteurs à agir. Les républicains sont au pied du mur. Désormais si la croissance ne repart pas, c'est toute leur conception du laisser faire, de la libre entreprise qui s'en trouvera écornée. A l'aube d'une année électorale décisive en 2012, Obama affaibli par une longue lutte parlementaire (mais démocratique), reprend l'initiative.

La cohabitation entre un parlement à majorité républicaine et une maison blanche démocrate est désormais perçue par l'opinion américaine comme un frein à l'action de l'exécutif. Auparavant les cohabitations de ce genre n'avaient pas été néfastes au business, aujourd'hui c'est manifestement le contraire.

La différence tient à la conjonction de trois facteurs : l'existence d'une crise économique sans précédent, puis une montagne de dettes publiques et de déficits, et enfin l'émergence d'une frange radicale dans un des deux partis de gouvernement qui refuse tout pragmatisme keynésien au bénéfice d'une doctrine monétariste et isolationniste.

A court terme, c'est vrai le tea party l'a emporté. Le compromis médiocre qui a été trouvé l'a été sous leurs fourches caudines. Mais le débat théorique et pratique qui va avoir lieu en 2012 sur la sortie de la crise va être passionnant. Non pas entre droite et gauche telles que nous l'entendons ici mais entre conservateurs et progressistes sur un thème central et décisif : l'économie. C'est le terrain qu'a choisi de mettre au centre Obama. Il a cent fois raison. Son premier mandat aura été laborieux, loin de mes espérances. Je parie sur un second mandat plus offensif et convaincant au niveau du leadership si les américains prennent conscience de l'impasse dans laquelle les conservateurs les plus rétrogrades les auront entraînés. Les Etats-Unis eux aussi payent le prix du populisme, ce mal qui ronge les démocraties en temps de crise.

Il est un signe que l'Amérique des affaires et de la finance a d'ores et déjà compris : les bourses chutent. On attend la réponse de l'Amérique profonde ...