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juillet 2011

Utoya

Que dire sur le drame d'Oslo ? Je suis très choqué par cette affaire. Les mots manquent pour exprimer l'horreur devant la barbarie. Tous ces jeunes gens ont été tués ou blessés parce qu'ils étaient travaillistes, c'est à dire pour le progrès, pleins d'espoir et d'ouverture d'esprit sur le monde. Au nom d'une croisade aveugle contre l'islam, un fanatique dont je n'écrirai pas le nom, ni ne publierai la photo a frappé sauvagement comme un loup au milieu d'un troupeau de moutons sans défense, mais un loup qui tue pour tuer le plus possible, pour exterminer.

Ce tueur cherche une tribune politique pour des actes qui relèvent du nazisme, du crime contre l'humanité. Je ne vais pas la lui offrir même s'il apparaît à la une de tous les journaux. Qu'on l'enferme vivant et à vie dans l'isolement le plus total d'une prison, c'est tout ce qu'il mérite.

Acte isolé ou non, le résultat est là. L'influence des thèses de l'extrême droite la plus dure est manifestement en cause. Je n'aurai désormais plus aucune tolérance ou discussion avec quiconque professe de près ou de loin des idées en rapport avec l'extrême droite, front national, droite nationale ou que sais je. Ils ne font pas partie de notre monde. Il n'y a aucune explication qui vaille, aucune cause ou aucun début de justification que j'accepte d'entendre. C'est inexcusable, impardonnable, définitif.

J'oublierai le nom de cet assassin mais j'inscris dans ma mémoire le nom de cette ile pour dire Non à l'extrêmisme :

UTOYA


L'Allemagne impose sa loi financière aux européens au risque pour eux de mourir guéris

Le résultat de la réunion entre chefs d'Etat et de gouvernement européens sur la crise grecque est selon moi une victoire de l'Allemagne. Mais une victoire à la Pyrrhus. Conformément à ce que je craignais dans ma note précédente, Angela Merkel n'a pas changé sa position et Nicolas Sarkozy s'y est plié. Conséquence : pas de taxe spéciale bancaire, pas de fédéralisme budgétaire, pas de gouvernance économique européenne avant longtemps. Mais la chute de la valeur de la dette publique grecque détenue par des agents privés est stoppée. Les banques vont transférer leur risque aux pays européens via le FESF qui va grossir pour servir de garanties publiques aux nouveaux prêts. Dans le jeu compliqué entre investisseurs et Etats où c'est "je te tiens par la barbichette", la dépréciation de l'actif dette souveraine grecque est arrêtée. C'est la seule bonne nouvelle.

Il y a un paquet de mesures complexes qui reprend peu ou prou les deux premières techniques que j'exposais hier : "roll over" et "hair cut". Roulement des dettes (allongement de la durée et baisse de taux) et décote supportée par les banques et assurances. Il y aura un défaut partiel de la Grèce que l'agence Fitch a d'ores et déjà annoncé. Mais les marchés ont pour l'instant bien réagi car le défaut était déjà dans les cours et l'effet domino (la contagion) ne s'est pas (encore) produit.

Les banques ont logiquement repris du poil de la bête en bourse. Elles pensaient devoir contribuer davantage mais l'Allemagne les a préservés d'un coup de matraque fiscal. L'effort principal sera donc supporté par les Etats dont l'endettement massif est jugé cause de tous les maux. Les prêteurs n'ont fait selon l'explication des experts que leur travail. Depuis dix ans ils ont prêté de bonne foi à la Grèce et aux autres et ont progressivement augmenté leurs conditions (les taux, les assurances) pour couvrir un risque croissant. Ce sont les Etats qui se sont endettés de manière excessive. Aucune considération morale ou idéologique là dedans, donc le contribuable doit payer. Les banques sont préservées même si on annonce le contraire et pourtant elles ont fait payer le risque de défaut sans l'accepter vraiment quand il survient. On jugera la décote qu'elles supporteront mais ca reste une inconnue.

Une conclusion pour le futur s'impose pour Angela Merkel : nous européens devons tous devenir allemands, cap vers la rigueur. Dans le comportement et la discipline. Sinon nous sommes financièrement morts. Disant celà elle émet un voeu pieux et surtout elle sous estime le risque de contagion financière. Notamment quand elle s'imagine faire peur aux marchés en leur disant : c'est exceptionnel, ce que nous avons fait pour la Grèce nous ne le referons pas.  L'attaque des marchés peut survenir à tout moment désormais ... Par ailleurs et ce n'est pas le moins grave, le problème de la croissance seul remède à long terme reste posé. On parle d'un plan Marshall pour la Grèce mais ce ne sont que des mots.

Pour la purge de nos déficits, il n'y a que des solutions douloureuses. Ce sera par l'impôt, par de la rigueur, par des allongements de l'âge de départ en retraite, par du chômage, par la réduction du nombre de fonctionnaires et la réduction des dépenses publiques et des prestations sociales, mais dont personne ne parle. Il n'est pas du tout évident que les populations l'acceptent, notamment les plus hostiles à l'Europe. Un grand choc politique s'annonce. L'Europe fédérale a reculé hier, sa perception dans l'opinion encore plus qui pense qu'on va payer pour les grecs et les banques alors que c'est le système qui est en cause. Je crains que les annonces euphoriques de Nicolas Sarkozy - qui parle de façon inconsciente de changement historique - ne soient bientôt contredites par un coup de bambou sur les marchés quand ceux ci prendront conscience des défauts du plan accepté par les dirigeants européens sous la houlette des allemands. Avec à la clé un refus massif des populations pour des sacrifices insoutenables comme pour les grecs.

En filigrane, je regrette fortement qu'une personnalité comme DSK, un vrai économiste, n'ait pas été aux manettes en cet instant, au lieu d'un Sarkozy. Je juge le couple franco-allemand sévèrement,  inconsistant en la matière et incapable si ce n'est de saisir les enjeux, tout du moins de faire prendre à nos alliés européens l'étroit chemin d'une solidarité réelle, juste et efficace. Certes nous avons évité la crise cardiaque mortelle, mais la purge envisagée risque de nous faire mourir guéris.


La solvabilité de la Grèce passe par la solidarité de la zone Euro

Dans les débats incessants sur la crise de l'euro et la crise grecque, les spécialistes économiques affirment que la Grèce n'a pas un problème temporaire de liquidité mais un problème bien plus grave de solvabilité. En clair, il ne suffirait pas d'étaler la dette grecque sur plusieurs années pour la recouvrer car elle ne serait de toute façon pas remboursée pour une bonne partie (on parle de 30 à 50%). On dit que la Grèce a atteint un point de non retour en dépassant les 90 ou 100% de dette publique/PIB (rappel : la France se situe à 85%) pour atteindre aujourd'hui 150% soit 330 milliards d'euros. La dette est hors de contrôle, quels que soient les sacrifices du peuple grec.

Partant de ce constat, et si on exclue la cessation de paiement pure et simple avec sortie de la zone euro, la solution à la crise grecque ne comporte que des inconvénients. Quelles que soient les techniques employées pour faire participer le secteur privé étant entendu que les Etats européens devront de toute façon payer, il y aura des dommages à la clé. Les techniques sont au nombre de trois :

  • Demander aux banques d'accorder de nouveaux prêts à la Grèce sur une plus longue période. C'est ce qu'on appelle le "roll over" proposé par les français. Il s'agit de gagner du temps, mais on ne fait que reculer l'échéance et rien ne dit que la croissance reviendra assez vite et assez fort en Grèce pour supporter ce moratoire. Les banques rechignent à prêter à nouveau à un client si peu solvable. Autre inconvénient, cette technique serait jugée par les agences de notation comme un "défaut" le péché majeur pour un emprunteur. Les taux d'intérêts augmenteraient alors dramatiquement pour tous les pays d'où un risque de contagion. La mort par cancer généralisé ...
  • Appliquer une décote ("hair cut") sur la dette grecque pour la partie irrécouvrable, et la passer par pertes et profits. Le problème essentiel concerne la BCE car celle ci détient environ 50 milliards de ces actifs et tous ses fonds propres y passeraient en cas de dépréciation. Mais les banques privées souffriraient aussi même si elles ont déjà passé des provisions. En outre les agences de notation disent que le défaut de crédit pourrait là aussi être constaté, avec l'impact catastrophique sur les taux déjà évoqué. Ce serait surtout une forme de dévaluation générale des actifs financiers, une perte de confiance massive dont l'effet serait perçu comme une deuxième faillite de type Lehman Brothers aux conséquences imprévisibles sur les marchés. Une catastrophe nucléaire en quelque sorte.
  • Taxer les banques, toutes les banques y compris celles qui n'ont pas de dette grecque avec un impôt spécial. La contribution des banques ne serait pas directement liée à leurs contrats donc l'avantage principal serait l'absence de défaut de crédit. Mais cette solution ne convient pas aux banques qui objectent d'une part qu'elles n'y sont pour rien si la Grèce a emprunté au delà de ses possibilités, d'autre part que cette taxation va obérer leur capacité de prêts à l'économie et donc pénaliser la croissance. Il y aurait des morts parmi les banques avec un risque d'effet domino. Mais il serait sans doute plus facile à circonscrire. C'est la solution qui a ma faveur.

Il est évident qu'aucune de ces solutions - que je résume à grands traits pour ce que je crois en avoir compris - n'est parfaite et ne recueille le consensus. Il en existe d'autres sans doute. C'est pour celà que les dirigeants européens et leurs experts tergiversent depuis des semaines sur le cocktail de mesures à appliquer, car il est probable que le compromis se fera sur un paquet multiple et non une solution unique et uniforme.

La réunion demain de nos dirigeants sera un pas en avant, espérons le, pour sortir de la crise. François Hollande a dit qu'il fallait une solution politique à une crise venue du politique. Il a raison. Mais au delà de la formule, c'est bien la vision de la gouvernance politique et économique de la zone euro qui est posée. Je me garderai bien d'en prédire l'issue car s'il est une valeur qui domine certainement l'Europe libérale aujourd'hui, c'est bien l'éqoïsme. Le reste n'est qu'incertitude. Les allemands voudraient faire supporter une partie majeure aux banques et se dispenser d'efforts importants. La solidarité existera avec l'accord des allemands ou elle ne sera pas. La France de Sarkozy dont on mesure l'impuissance ne pourra logiquement rien imposer. A moins qu'Angela Merkel ne cède au bagout de Nicolas, tellement énergique et convaincant pendant les crises, nous dit-on. Ce sera extrêmement intéressant à suivre.


"L'obscénité d'un soudard"

Les dernières révélations de la mère de Tristane Banon sur DSK sont consternantes. Elles ne me surprennent pas mais elles m'inspirent un peu d'écoeurement. La mère dit avoir eu une relation sexuelle "brutale" mais consentie avec lui. Elle conseille ensuite à sa fille qui se plaint d'une tentative de viol de ne pas porter plainte, puis poursuit sa carrière d'élue socialiste comme si de rien n'était. Elle se présente même à la primaire socialiste ... C'est confondant d'impudeur et d'irresponsabilité.

On ne nous épargne rien dans ces affaires. Sexe, pouvoir, fric. Et quasiment avec tous les détails, la distinction vie privée - vie publique n'existe plus. On entre dans la chambre à coucher. Il n'y a plus aucune retenue, aucune dignité, aucune réserve sans qu'on puisse déméler le vrai du faux.

Arrivé à ce point, je pense qu'il serait contreproductif que DSK participe à l'élection présidentielle et même qu'il se prononce en faveur d'un candidat.


La crise de l'euro amplifiée par l'absence de leadership européen

François Hollande et Martine Aubry défendent par tribunes interposées (l'un dans le JDD, l'autre dans Libération) une vision volontariste et ambitieuse de l'Europe dans la crise de la monnaie unique. Il est rassurant que les principaux candidats socialistes partagent ce point de vue.

Chacun dans son style regrette l'absence de leadership européen et notamment la pusillanimité du couple franco-allemand dans la crise. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel portent la responsabilité de la situation. Leur incapacité à dépasser l'horizon national est manifeste. Sarkozy est obnubilé par le maintien du triple A accordé à la France à dix mois de l'élection présidentielle et Merkel est obsédée par l'envie de faire payer les banquiers accusés d'avoir profité du système et les grecs accusés de fraude et de laxisme.

Avec de tels dirigeants, pas étonnant que l'Europe s'enlise. Ou sont passés les couples de géants du siècle dernier, Mitterrand - Kohl, Giscard - Schmidt, De Gaulle - Adenauer ... ? Ce n'est pas avec l'autre couple européen actuel Barroso - Van Rompuy que les choses pourront bouger.

La droite gouverne dans la plupart des grands pays européens : Allemagne, France, Grande Bretagne, Italie, Pays Bas, Suède. La crise de la dette publique est née en Grèce et en Irlande à l'époque pays eux aussi dirigés par des gouvernements conservateurs. L'Espagne est l'exception au tableau. Que fait la droite de cette domination ? Rien, elle se chamaille partagée entre égoïsme et sidération. Les populations en viennent à douter de l'Europe, de cette Europe. Comment faire confiance à de tels gouvernants ?

Avec un tel tableau il est évidemment difficile de penser qu'une gouvernance européenne renforcée pourrait voir le jour, seule issue viable pour lutter contre la crise de l'euro. Une victoire de la gauche en France en 2012 serait un pas en avant. Le seul dirigeant européen en fonction ayant une vision à la hauteur des enjeux est le luxembourgeois Jean-Claude Juncker mais il est bien isolé. Un chemin est pourtant tracé dans une excellente tribune dans le Monde où Jacques Delors et d'autres anciens leaders européens exposent les grandes lignes d'une action européenne d'envergure pour sortir de la crise. Encore faut-il en avoir la volonté et ne pas se laisser piéger par les marchés et les technocrates.


Eva Joly maladroite sauvée par un Fillon maladroit

Comment une phrase aussi anodine que celle d'Eva Joly sur le défilé du 14 juillet peut-elle à ce point agiter tout le Landerneau politique ?

Cette proposition iconoclaste de remplacer le défilé militaire par un défilé citoyen avait déjà été formulée par le groupe des Verts de Paris l'an passé. Celui ci pointait d'une part le coût de la manifestation militaire et d'autre part les revendications pacifistes traditionnelles des écologistes, à commencer par le retrait d'Afghanistan.  La différence ?  Eva Joly est maintenant candidate à la présidentielle. Une partie de la classe politique - y compris l'inénarrable Jean-Pierre Chevènement à gauche - en a fait sa cible notamment en raison de son origine norvégienne. Pourtant à droite un candidat d'origine hongroise mais sans accent, marié à une ex-top model italienne a pu être candidat et est devenu président. A gauche les critiques sont majoritairement venues de ceux qui - moi le premier - sont attachés à la reconnaissance du rôle des militaires dans notre république et à la nécessité d'une politique de défense française et européenne. Contrairement à ce que fait semblant de croire Madame Joly, la paix n'est pas un acquis éternel dans notre vieille Europe, c'est un état récent, fragile et délicat.

Je ne partage donc pas la proposition d'Eva Joly concernant un défilé citoyen. Un tel défilé peut avoir autant de relents nationalistes qu'un défilé militaire. Il peut même être pire quand il embrigade des personnes et notamment des enfants dans une mission qui ne leur incombe pas en premier : la défense de la nation. Car c'est le but de mon propos : quel sens donner aujourd'hui au défilé du 14 juillet ? Saluer ceux qui représentent et défendent la paix de la nation, et plus largement la paix des états-nations européens dans leur unité et leur diversité. Souvenons nous que certains défilés par le passé comprenaient des régiments d'autres pays européens, notamment allemands.

En effet il ne s'agit aucunement d'identité nationale ou de tradition comme le disent certains à droite obsédés par les origines des français. Un zouave ou un légionnaire d'origine étrangère étaient ou sont pour moi tout autant qu'un gendarme ou un sapeur pompier "bien de chez nous", en droit de recevoir la reconnaissance de la nation. La question de la fête nationale est celle de la concorde nationale, de l'unité comme l'était la fête de la fédération le 14 juillet 1790 à l'origine de la loi de 1880 ayant instauré le "14 juillet". Mais la fête nationale ne se résume pas au défilé du 14 juillet. Les bals et les feux d'artifice le complètent harmonieusement.

En placant le débat sur la nationalité française "pas très ancienne" d'Eva Joly, François Fillon s'est égaré avec une maladresse insigne. La gauche pétrie d'universalisme et de valeurs républicaines s'est à raison émue du ton lepeniste sous-jacent à la position du premier ministre. Ce dernier a permis à la gauche de se réunir sur un front républicain dont la droite tend par moment à s'exclure. De ce fait Eva Joly est sortie par miracle d'un isolement somme toute logique. Fillon a tapé trop fort et à côté du sujet.

J'en tire une autre conclusion : quand le débat touche les personnes, il devient immédiatement beaucoup plus sensible que lorsqu'on reste sur le terrain des idées. Ceci explique le silence poli qui avait accueilli la position des Verts identique l'an passé. C'est une leçon pour la suite de la campagne. Celui qui voudra faire le buzz pourra ne pas exprimer des idées. Il pourra être entendu d'autant plus facilement qu'il s'attaquera à un tabou ou à un symbole.

La polémique initiée par Eva Joly participe de cet exercice sans que je sois sûr qu'elle ait agi à dessein. Le sens politique et diplomatique de la dame me paraît très limité. Sa maladresse vaut celle de François Fillon de mon point de vue. Il est franchement dommage qu'on n'entende pas Eva Joly sur des sujets qui comptent vraiment dans le débat public, comme l'emploi, le logement, les déficits, ou l'éducation. Ce sont là les vrais enjeux de la campagne et de l'action publique en 2012. Ce n'est pas de savoir si nous allons économiser quelques millions d'euros pour un défilé. Certes chacun peut plus facilement dire s'il est pour ou contre un défilé que d'expliquer comment il faut répondre à la crise de l'euro. Mais attention à ne pas se tromper d'enjeu.


Joly pied de nez

La très probable victoire d'Eva Joly à la primaire d'EELV sur Nicolas Hulot est une surprise. Les sondages avaient parié sur le succès de l'ancien animateur d'Ushuaia assez facilement et c'est le contraire qui se produit avec un écart au premier tour de près de 10 points. On verra ce soir si le second tour confirme la tendance mais c'est anecdotique.

On en est réduit aux spéculations. En premier lieu, l'enseignement de cette primaire est une nouvelle preuve que la popularité ne se traduit pas toujours en bulletins de vote.

Au delà il ne faut pas se tromper, la politique a ses règles : un candidat est jugé dans le secret de l'isoloir sur ses capacités à faire le job. Nicolas Hulot a été jugé moins capable non pas d'être président (Eva Joly ne sera pas présidente) mais d'être candidat d'EELV, d'incarner EELV. D'abord ses phrases maladroites sur un rapprochement avorté avec Borloo ont inquiété certains sur son enracinement à gauche. Ensuite une campagne de terrain insuffisante ne lui a pas permis de rallier les sympathisants engagés, ceux votent, qui viennent aux meetings et veulent toucher du doigt les candidats, pas seulement les voir à la télé. Une prime au travail de proximité sans doute. Enfin les critiques d'Eva Joly sur la nature de son engagement ont fini par porter.

Pourtant si on parle efficacité électorale un sondage du 23 juin 2011 indiquait que Joly était moins bien placée que Hulot au premier tour (4% contre 7%).

Si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain et que vous ayez le choix entre les candidats suivants, pour lequel y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?


Hypothèse Hypothèse Hypothèse Hypothèse Hypothèse Hypothèse

Hollande/Joly Aubry/Joly Royal/Joly Hollande/Hulot Aubry/Hulot Royal/Hulot

% % % % % %
Nathalie Arthaud 1 1 1 1 1 1
Un candidat du NPA 1.5 2 2 1.5 2 2
Jean-Luc Mélenchon 7 7 8.5 7 7 10
François Hollande 27 - - 27 - -
Martine Aubry - 25.5 - - 23 -
Ségolène Royal - - 17 - - 15
Nicolas Hulot - - - 7 7.5 9
Eva Joly 4 4 5 - - -
François Bayrou 7 6 9 5 7 8
Dominique de Villepin 3 4 4 3 3 4
Jean-Louis Borloo 10 11 13 9 10 10.5
Nicolas Sarkozy 23 23 24 23 23 24
Nicolas Dupont-Aignan 0.5 0.5 0.5 0.5 0.5 0.5
Marine Le Pen 16 16 16 16 16 16

Si Joly est désignée, celà favorise Martine Aubry alors que Hollande n'en bénéficie pas. Mais le total gauche est moins bon avec Hollande/Joly (40,5%) que Hollande/Hulot (43,5%). Idem mais moins sensible pour Aubry/Joly (39,5%) et Aubry/Hulot (40,5%). Avec Royal/Joly, on culmine à 33,5%.

Ce n'est qu'un sondage. Mais il montre que la gauche n'est pas majoritaire, nous aurons besoin des voix du centre.

Les Verts et EELV font un choix d'authenticité politique et de rigueur au moment où l'actualité met la morale publique ou privée en exergue. Pour autant je ne suis pas convaincu par les qualités de tribun et d'animatrice de campagne d'une Eva Joly. Elle est parfois abrupte et difficile à comprendre. Je crains qu'elle ne tape sur le candidat socialiste avec la même vigueur qu'elle a fracassé Hulot pour "marquer son territoire", alors qu'un Hulot avait dit qu'en cas de danger FN, il prendrait ses responsabilités. Elle peut se révéler différente dans la campagne présidentielle mais je demande à voir. La "Jolymania" en ce qui me concerne n'est pas pour tout de suite.


Et si on appuyait sur le bouton "Pause" ...

Que d'agitation ...

Vendredi dernier, on pouvait penser que l'horizon judiciaire de DSK se dégageait un peu quand la crédibilité de la plaignante s'est effilochée. Et puis comme pour enfoncer le clou, doucher les espoirs, est ressortie l'affaire Tristane Banon. Cette demoiselle a fini par porter plainte pour tentative de viol pour une affaire qui remonterait à 2003. Une jeune femme perturbée entre les mains d'un avocat adepte des coups médiatiques et voilà le résultat. Encore une fois, c'est parole contre parole.

La justice vient de décider l'ouverture d'une enquête préliminaire qui ne préjuge en rien de la suite, ni d'une mise en examen, ni d'un classement sans suite. Mais celà suffit à parasiter l'ambiance autour de DSK, gêner Martine Aubry et au delà toutes les primaires du Parti socialiste.

DSK est bien évidemment gêné par cette nouvelle affaire. Son parcours judiciaire qui pourrait s'éclaircir aux Etats-Unis va se prolonger pour une période indéterminée en France. Il est indisponible pour toute activité politique audible. A supposer qu'il en ait envie. Son silence peut se comprendre car toute annonce en cours de processus judiciaire serait interprété par la justice américaine, mais il devient pesant. Selon moi il serait responsable de sa part d'indiquer d'ici quelques semaines ses intentions sur le plan politique pour clarifier la situation au PS.

Martine Aubry a vu son entrée en campagne occultée par les péripéties américaines. Elle n'a pas pu profiter d'une annonce calibrée au millimètre et du ralliement de l'appareil socialiste. Je trouve qu'elle n'est pas encore totalement sortie de son rôle de première secrétaire. D'ailleurs les premiers sondages de popularité sont quasiment inchangés.

Les primaires socialistes s'organisent mais la mobilisation est faible et la volonté de ne pas s'abimer mutuellement s'effrite un peu. Les premiers échanges entre les candidats sont soit placés sur le plan des polémiques (Montebourg contre Guerini et donc contre Aubry) soit sur le plan des écarts programmatiques (Valls contre Aubry sur les 35h et les emplois jeunes). Sans compter la volonté de lier François Hollande au dossier Banon. Beaucoup de parasitage qui empêche une vraie dynamique.

Il est vrai que l'été ne se prête pas aux grands débats du point de vue politique. La torpeur estivale va progressivement atteindre les français qui ne seront que mollement réceptifs aux échanges des uns et des autres. La machine politique va tourner à vide si ce n'est pour certains un travail de terrain que les candidats devront aborder avec prudence car on ne dérange pas les français en vacances.

J'anticipe donc une forme de statu quo et d'accalmie sauf nouvelles sur le plan du côté judiciaire strauss-kahnien. Et finalement cela ferait du bien à tout le monde un peu de calme ... On en finirait presque par oublier les autres évènements qui ont touché la planète en 2011 : le tsunami, la catastrophe de Fukushima, le printemps arabe, la disparition de Ben Laden, la crise financière, les déficits en Europe,  la montée des populismes ... Par contraste, la discrétion de Sarkozy est devenue perceptible elle aussi.

Le monde a besoin d'une pause. Moi aussi.

 


Qu'est ce qui fait battre le coeur des hommes ?

Après la frénésie des derniers jours, le temps de l'été venu, j'ai envie de m'arrêter un instant pour réfléchir ce soir à une question existentielle, celle qui reste souvent sans réponse.

Parfois je me dis qu'il faut vivre intensément, chaque minute de sa vie, pour ne rien regretter. Oui mais vivre à 200 à l'heure comme James Dean et finir dans le décor, est ce la solution ? La réponse ne va pas de soi. Plus on avance, plus on apprend.

L'affaire DSK est la preuve qu'on ne peut pas faire un numéro d'équilibriste sans finir par se casser la figure un jour ou l'autre. Peut-on dire qu'il vit insouciant ? Il croit sans doute en sa bonne étoile. Le monde entier l'observe et l'admire ou le déteste. Il en faut de la force pour résister, pour continuer. Pour ne pas être brisé ... Peut-être l'est-il d'ailleurs aujourd'hui. Mais il sourit encore. Ca m'intrigue.

Pourquoi se passionner pour ce qui arrive à ces personnages à la fois admirables et pitoyables ? Parce qu'ils sont définitivement à part. Parce qu'ils ont une existence hors du commun. L'intelligence brillante et la faiblesse devant la chair se conjuguent tant chez DSK qu'on ne sait s'il faut le plaindre ou l'admirer. Tout est excessif, disproportionné. Il n'est pas "normal".

Alors que les problèmes de la planète sont si nombreux, presque aussi nombreux que les habitants, ceux ci s'intéressent au sort d'un individu, d'un homme gâté par la providence, béni des Dieux. L'homme est fascinant et exaspérant tout à la fois. Je suis à la croisée des chemins en ce qui le concerne mais la flamme scintille encore à cause de la dimension tragique.

Le roman d'une vie est plus évocateur et parlant que toutes les idéologies ou toutes les croyances du monde. C'est toujours l'histoire qu'on leur raconte qui fait battre le coeur des hommes.


Libéré sur parole mais pas innocenté

DSK a gagné une première bataille judiciaire importante en obtenant sa libération sur parole. C'est grâce aux révélations du procureur que les accusations de Mme Diallo ont perdu de leur crédibilité. Il est certain qu'autant de mensonges dans son passé, fausse allégation de viol, fausse déclaration d'excision et sur l'affaire elle même, fausse déclaration devant le grand jury (elle a fait le ménage dans une autre chambre juste après le viol présumé), rendent son témoignage douteux. Restent les preuves "médicales" comme dit son avocat, qui prouvent une relation sexuelle, consentie ou non telle est la question.

Les conséquences politiques sont incalculables, imprévisibles. L'affaire DSK n'en finit pas de modifier les plans des équipes qui se préparent aux primaires au PS et à l'élection présidentielle. J'avais bien imaginé cette hypothèse d'un piège, d'une affaire d'extorsion de fonds. Mais le piège a fonctionné dans le sens où en raison d'un calendrier serré, DSK n'aura pas le temps de se refaire une santé politique et mentale pour être candidat. Il n'est pas encore innocenté.

C'est en anticipant celà que les candidats - sauf F. Hollande bien généreux - disent que les primaires doivent suivre leur cours. Mais tous estiment qu'il faut d'abord qu'il soit complètement blanchi. DSK pourra revenir ensuite, peut-être. A sa place j'aurais beaucoup de mal. Mais je ne suis pas à sa place. Et qu'en penseront les français ? Ses points faibles ont été mis en évidence à un point extrême. Les enquêtes de popularité sont tombées bien bas. J'ignore s'il peut remonter. Je le souhaite pour la justice et pour lui. Mais pour la présidentielle, sauf nouveau coup de théâtre, les cartes ayant été redistribuées, il lui sera difficile de jouer le premier rôle.

Je m'étais résolu à soutenir François Hollande il y a trois jours à peine. Aurais je dû attendre ? Peut-être. Psychologiquement c'est dur de basculer et de revenir en arrière. En écoutant les différents protagonistes je me rends compte que c'est difficile pour tout le monde. Le monde a continué à avancer. Etrangement, on a du mal à revoir DSK comme un homme politique vivant et non comme l'acteur principal d'un fait divers hollywoodien. Le retour de l'enfant prodigue est-il possible ? Le fait qu'il dise ne vouloir s'exprimer qu'après son retour en France me pousse à répondre par la négative.