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juin 2011

Avec François Hollande

Après mure réflexion, ce sera François Hollande mais avec beaucoup de respect pour Martine Aubry et les autres candidats. Et que de regrets pour DSK.

Tel est le message que j'ai posté sur facebook hier en fin de journée. Je me range derrière celui qui incarne le mieux mes idées, qui peut gagner et avec qui je me sens le plus en phase au niveau de la personnalité. Cette question de la personnalité a finalement beaucoup pesé dans la balance.

Un homme posé, réaliste, apte au dialogue. Un homme apaisant pour une France apaisée. L'homme avec qui je me sens le plus en cohérence ... Je développerai ultérieurement ma réflexion, mais l'essentiel est dit.

J'ai attendu la position de Pierre Moscovici en vain. Il n'est plus de temps de tergiverser.

En route !


Qui incarne le mieux le réformisme radical au PS ?

Le réformisme radical est devenu la doctrine socialiste. Ce mélange de réformisme et de radicalité se veut le gage d'une vraie transformation sociale, l'expression actuelle du théorème de Jaurès : "aller à l'idéal et comprendre le réel", étroit chemin entre utopie et pragmatisme.

Le débat qui anime le PS tourne finalement autour d'une idée simple : quelle dose de réformisme et quelle dose de radicalité doit comprendre notre projet pour convaincre les français ? La position du curseur déterminera selon moi le profil du meilleur candidat aux primaires socialistes. Les considérations politiques viennent en second. Mais malheureusement ce n'est pas l'analyse partagée par tous mes camarades strauss-kahniens.

Autant je comprends la position d'un J.C. Cambadélis qui est un homme d'appareil par excellence et par goût (il se positionne pour être premier secrétaire du parti après l'élection de Martine Aubry), autant j'apprends avec une certaine perplexité le soutien apporté à Martine Aubry par les rocardiens du club Inventer à gauche animé par Michel Destot et mes amis Catherine Tasca et Alain Bergounioux. J'avais cru comprendre pour en avoir discuté avec des membres de ce club qu'il fallait encore attendre un peu, à savoir l'entrée en campagne de Martine Aubry pour se prononcer. Qu'il fallait écouter les orientations de la presque candidate pour savoir si le message porté était celui du rassemblement et du progrès ou l'expression subliminale d'un tout sauf Hollande mortifère qu'ils refusaient. Etant moi même sur une ligne d'observation et d'écoute, je partageais ce point de vue. Mais ensuite ces camarades estimables se sont prononcés sans attendre ... Un peu étonnant.

En lisant les explications de Michel Destot pour justifier son adhésion, j'apprends que Martine aurait toutes les qualités pour rassembler toutes les composantes de la gauche et que cette raison - quasi seule - lui permettrait de l'emporter. Pourquoi pas ? Mais de là à dire que Hollande n'est pas bien placé pour rassembler la gauche ? Ce n'est pas évident. D'abord les sondages ne l'indiquent pas. Ensuite il faut avoir un peu de mémoire pour regarder qui a été l'artisan des synthèses qui prévalaient au PS quand il était aux commandes. Il faut regarder aussi du côté de nos partenaires. Qui est écolo-compatible ? Qui est Mélenchon-compatible ? Hollande comme Aubry ou alors ni l'un ni l'autre si on pense à Montebourg. Je n'ai pas observé de progrès notables du côté des alliances depuis que Martine Aubry est à la tête du parti. Mais qu'on se pose la bonne question. Ce n'est pas :  "qui est le plus susceptible de rassembler la gauche ?", mais "qui est le plus susceptible d'attirer le vote du plus grand nombre aujourd'hui au premier tour ?" Et là c'est plutôt François Hollande. Par son discours sur la dette, sur la jeunesse et la fiscalité d'une part et sur l'empathie, l'humanité, la proximité qui se dégage de sa personnalité d'autre part. Alors oui si on veut rassembler la gauche sans se préoccuper de rassembler les français en pensant qu'il s'agit d'une question de second tour, Martine Aubry est plutôt le bon choix. Si on veut l'emporter, la réponse est pour moi aujourd'hui plutôt François Hollande.

Mais pour ma part j'ai davantage envie de rester sur le plan des convictions que sur le plan des supputations. J'ai suffisamment regretté que les réformistes au PS, façon deuxième gauche à savoir Michel Rocard puis Jacques Delors aient mis les pouces devant les radicaux du parti et les manoeuvriers. On a obtenu cette politique interventionniste et étatiste dont la réforme des 35 heures pilotée par Martine Aubry a été l'aboutissement. Non pas que je conteste l'objectif de réduction de temps de travail. Comme Rocard et DSK, je le partage, mais tout est affaire de méthode. L'autoritarisme caché sous le volontarisme n'est pas ma tasse de thé.

Pour l'anecdote, j'ai eu cette nuit une insomnie et pour y remédier, j'ai relu quelques passages meurtriers et féroces du livre de Michel Rocard "Si ca vous amuse" (Flammarion) sur la réduction du temps de travail. Je cite  Rocard, page 281. Il évoque les réformes de 1936, 1981 et 1997 : "des textes qui furent brutaux, maladroits et peu opérants".  Décoiffant ! Plus loin, page 282, tourné vers l'avenir, Rocard regrette que le vote large d'un texte au Parlement Européen en 1995 appelant à une grande négociation sociale n'ait suscité ni l'intérêt de la commission européenne, ni le soutien d'une certaine ministre française du travail, Martine Aubry en 1997. Celle ci refusa de croire que les patrons allaient échanger des embauches contre des baisses de cotisations négociées. Elle préféra imposer une baisse du temps de travail sans engagement sur l'emploi mais en travaillant 35h payées 39. Les 35 heures étaient mal nées et n'eurent pour résultat que de conforter ceux qui avaient déjà un emploi en excluant la plupart de ceux qui attendaient à la porte du marché du travail. Pour le coup, la "dame du faire" (comme dit Cambadélis) a préféré aller jusqu'au bout du rapport de forces et fait exploser la négociation. La méthode a tué l'objectif de justice sociale, de partage du travail et a transformé la réforme en progrès pour les cadres et les classes moyennes. Mais sans le vouloir la flexibilité s'est accrue pour les classes populaires qui nous ont ensuite tant manqué en 2002, et "last but not least", le gel des salaires pour tous en a découlé. Des points faibles qui avaient été ciblés par Ségolène Royal en 2007 au grand dam des radicaux du parti qui y voyaient une dérive droitière et refusaient de reconnaître nos erreurs avec les classes populaires sur ce plan comme sur l'insécurité. La conquête sociale aurait pourtant mérité davantage de concertation et de modularité. C'est là que je regrette l'adhésion sans conditions du groupe Destot à Martine Aubry. Reconnait-elle que la méthode n'était pas parfaite ? A la marge. Je reste persuadé que les 35 heures sont un progrès mais sincèrement si on se veut fidèle à Michel Rocard je ne souhaite pas que nous procédions ainsi à l'avenir pour gouverner le pays. Le pays ne supporte plus le sarkozysme dans ce qu'il a de centralisation, d'hyper présidentialisation, et de clanisme. Nous sommes un parti de culture parlementaire à vocation majoritaire. Martine devrait dire quel chemin elle empruntera, quelle gouvernance elle adoptera. Je note qu'elle a approuvé maintenant la mesure d'une grande négociation salariale qui figure au projet du PS.

C'est bien le discours de la méthode que j'entends privilégier désormais. Il s'agit d'être cohérent avec ce que j'ai toujours défendu sur le plan syndical et politique : la négociation collective et la concertation plutôt que la protestation stérile ou l'accord étatique imposé aux parties.

J'avoue que la question sociale me faisait pencher vers Martine Aubry il y a quelques jours encore, mais après cette lecture nocturne, je n'en suis plus sûr du tout aujourd'hui. A ce stade François Hollande repasse en tête dans mon esprit pour son art consommé du compromis sans que mon choix soit arrêté. Qu'est d'autre le réformisme radical si ce n'est un compromis, si ce n'est une promesse de réconciliation des français, de réussite, et de durée au pouvoir. Gagner et gagner encore, c'est la seule garantie de pouvoir vraiment transformer la société.


Montebourg réclame une alternative à la mondialisation

J'ai écouté ce soir Arnaud Montebourg au grand jury RTL LCI. Il m'a étonné en bien. Son discours est cohérent et semble solide au premier abord. Son argumentaire contre les puissances libérales et la mise en concurrence effrénée des populations sonne juste. Les méfaits de la mondialisation sont fort bien dénoncés.

Bien sûr quand on creuse un peu, il y a des fragilités dans le raisonnement même si l'ensemble se tient. Le diagnostic est excellent mais les points faibles tournent comme souvent autour des solutions apportées. Quand il dit que nous devrions privilégier les producteurs à savoir l'industrie, et taxer les consommateurs il devrait expliquer comment le pouvoir d'achat des français peut augmenter si on achète plus cher les produits importés, notamment le textile et l'énergie. Au lieu de rester dans la doxa socialiste keynésienne il emprunte à la droite en citant Merkel ou Cameron quand ca l'arrange, sur la Grèce par exemple en tapant sur les méchants banquiers rapaces sans évoquer les risques pour l'euro. Mais il démolit la droite plus tard sur d'autres questions notamment pour l'absence de solidarité. Il critique le nationalisme du FN alors qu'il affiche un certain souverainisme ... Bref ca part un peu dans tous les sens. Les contradictions du discours affleurent quand il est poussé à approfondir ses raisonnements.

Difficile d'être précis et constant pendant une heure de débat mais Arnaud a progressé dans beaucoup de domaines, il a visiblement travaillé sur ces sujets et à défaut d'être convaincu, j'ai été séduit. On ne peut pas être hostile à une dose de protectionnisme ciblé quand il y a une industrie stratégique à protéger.

J'ai acheté son petit bouquin sur la démondialisation, l'écouter ce soir m'a donné envie de le lire. C'est un candidat sérieux, il serait dommage qu'il ne figure pas dans la primaire et dans le débat. Car ce serait un excellent sparring partner pour que les ténors répondent aux propositions véritablement radicales qu'il mettra en avant. Finalement il se confirme que l'opposant le plus farouche au système libéral au PS c'est lui. Il n'a pas dit non au TCE pour rien.


Dans socialisme et même dans social-démocrate, il y a social

Hollande_aubry_royal Ou en sommes nous ?

Ma réflexion progresse un peu. Je suis en train d'ajouter quelques critères dans ma recherche d'un présidentiable idéal au parti socialiste. Autant le dire tout de suite, je n'ai pas encore trouvé l'homme ou la femme idéal(e) mais je sors du flou total où je naviguais.

En dehors de la capacité à l'emporter et du réalisme écologique, économique et social, j'adjoindrais volontiers quelques qualités personnelles essentielles : l'autorité, le sens de l'Etat, l'éthique, la proximité, la culture, le charisme, la solidité et la crédibilité. A celà je surajoute une qualité plus politique : celle de savoir rassembler la gauche.

En filigrane il y a en outre la question de la présidentiabilité. Ni ex-premier ministre, ni ex-président d'assemblée ou du sénat, ni même ex-ministre d'Etat parmi nos candidats. Il y a bien Ségolène Royal en tant qu'ex-candidate, mais elle a maintenant un souci de popularité que je n'explique pas. Un peu comme Fabius.

Tout cela est important, mais finalement bien théorique, celà ne suffira pas.

En fait j'en viens à quelque chose de crucial à mes yeux, qui me hante depuis un moment, depuis que DSK nous a quitté en fait. Quelque chose qui représente le sens profond de nos combats. Parce qu'être de gauche c'est avant tout celà, je souhaite que nous élisions quelqu'un ayant au coeur la fibre sociale. Mon action en tant que syndicaliste m'a appris une chose : l'importance du rapport de force. Un patron ne cède jamais rien tant qu'il n'y est pas contraint ou alors des clopinettes. Des salariés qui ne se mobilisent pas, qui râlent sans passer à l'action n'obtiennent rien. Je l'ai cent fois constaté. Un président qui devant l'immobilisme patronal prendrait fait et cause pour les salariés, les précaires et les chômeurs, qui obligerait les entreprises à négocier, qui réhabiliterait la politique et le rôle de l'Etat dans la mondialisation, serait pour moi le président de gauche qu'une majorité de français attendent.

Cette préférence pour un Etat interventionniste est un peu contradictoire je l'admets avec une société privilégiant le contrat. Mais pourquoi ne pas rappeler que les progrès sociaux en France ont la plupart du temps été obtenus après des mouvements sociaux d'envergure ? Les congés payés sont nés des grèves qui ont suivi le Front populaire en 1936. Les accords de Grenelle ont succédé à mai 68. Rocard a souvent regretté cette incapacité à négocier autrement qu'après un conflit, mais c'est un fait : nos patrons ne cèdent que sous la pression.

Au moment où la droite se lâche contre les "assistés", remet en cause le RSA que Martin Hirsch a créé, que les profits des entreprises du CAC 40 sont au sommet, que les salaires sont gelés, que l'Europe passoire laisse notre industrie exsangue, il est temps de réagir. Pas question que l'on confonde de nouveau la gauche et la droite en 2012 comme en 2002. De là à soutenir Montebourg, n'exagérons rien. Je rappelle la nécessité d'être réaliste sur le plan écologique, économique et social. Mais défendre réellement les plus modestes et les plus jeunes peut nous ramener un électorat populaire qui nous a fui. C'est une leçon que je tire du mouvement des "indignés" en Espagne et ailleurs. On doit voir en face le désespoir de ces jeunes sans avenir. Il faut remettre en route la machine à fabriquer du progrès social.

Je livre ces réflexions en pâture à mes lecteurs. A eux de dire s'ils les partagent et quelles conclusions il faut en tirer. Je suppose que celà brosse un portrait plus précis de la personnalité qui pourrait les incarner. Pour ce qui me concerne, je commence à avoir une petite idée.


Les gros lourds tiennent le pavé

L'air du temps est à la mort de la présomption d'innocence et à l'indélicatesse. Les idées et les projets passent en arrière plan.

J'ai été choqué d'entendre Luc Ferry raconter sur un plateau télé son histoire de ministre partouzeur et pédophile au Maroc. Un saut dans le marigot et dans la puanteur des révélations trash à la mode anglo-saxonne. Un Tartuffe pareil on en rencontre rarement. Ce soi-disant philosophe , qui est surtout un cabot au narcissisme absolu, s'est discrédité définitivement.

Sous couvert de liberté d'expression, il serait bon maintenant de tout dire sans retenue, sans preuves, en ne craignant rien à partir du moment où on frôle la ligne jaune sans la franchir. On peut naviguer ainsi de la simple rumeur à la calomnie pure et simple, et si l'on est habile, s'en sortir. Voire être applaudi par le concert des gens à qui on ne la fait pas. Ces braves gens sont persuadés qu'on ne leur dit pas tout, qu'il y a en toute chose deux poids, deux mesures, qu'il y a un traitement différent entre les puissants et le commun des mortels.

Il est vrai que les riches et les possédants ont des armes que tout un chacun n'a pas : des relations, un réseau, de l'entregent, de l'argent, de la considération, et de l'intelligence ou de l'habileté à s'en sortir mieux que vous et moi. Les relations de la droite avec les cercles de pouvoir sont ambigües, voire incestueuses et la gauche n'est pas toujours transparente elle non plus. Pourtant cette présomption de culpabilité parce qu'on est puissant, je ne l'accepte pas a priori. Depuis l'affaire DSK, nous sommes confrontés à la hargne et à la violence envers quelqu'un qui tout le monde l'oublie jusqu'à présent avait toujours milité et oeuvré à gauche, notamment en faveur des plus modestes. S'il a fauté de la manière qu'on dit, aussi gravement, de cette façon aussi lourde et vulgaire, il paiera. Mais jusqu'à preuve du contraire, il est innocent.

On raconte dans les médias que lors du dernier Bureau national du PS, Martine Aubry aurait pleuré en évoquant DSK. François Hollande pour sa part, aurait rapidement voulu qu'on passe à autre chose et qu'on respecte le calendrier et les procédures.

Cette absence d'humanité, cette lourdeur psychologique me surprend en mal. C'est un mauvais point pour l'ex 1er secrétaire de mon point de vue. Comme si le fait d'avoir maigri lui avait enlevé aussi son sens de la proximité. Il ne serait donc qu'habile ? Mais je ne voudrais pas que mes sentiments me fassent perdre l'essentiel de vue. Le choix du candidat que je soutiendrai devra toujours respecter deux critères : la capacité à l'emporter et l'adhésion aux idées social-démocrates.

Si la droite lourdaude veut que nous touchions le fond et que le débat soit ramené à un lancer de boules puantes, et si la gauche tombe dans le grotesque à son tour, ce que je ne veux croire car elle a un projet à défendre, ce sera sans moi. Pour l'heure, le débat politique est totalement abaissé par des histoires de sexe et de dépravation.

Dans tous les cas, ce contexte délétère ne peut pas profiter aux partis de gouvernement. Il faut combattre les lourdauds d'où qu'ils viennent.