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mars 2011

La gauche doit répondre au discours anxiogène de Marine Le Pen

Le résultat des élections le démontre : Marine Le Pen surfe sur la diabolisation de la mondialisation. Selon elle l'intégrité de la nation et l'emploi des nationaux sont en danger du fait de l'étranger, d'où l'appel à fermer les frontières et sortir de l'euro. Si on est de gauche et qu'on veut combattre ces idées déraisonnables, il ne faut surtout pas nier les problèmes. Cet article tente d'y contribuer en réfutant les arguments économiques et les amalgames politiques du FN au profit de solutions d'avenir.

Une évidence, que ce soit sur le plan économique ou social, les extrémistes de droite voient des ennemis partout. C'est leur fond de commerce : ils jouent sur les peurs.

D'abord les ennemis de l'intérieur. D'une part, ceux qui défendraient de manière sourde et aveugle un libéralisme sans contraintes, et d'autre part, ceux qui en bas de l'échelle, les pieds ancrés dans la réalité, condamneraient la mondialisation au profit d'une économie fermée. Pour le FN, les traîtres à la nation sont nombreux dans les élites bourgeoises, taxées de mondialistes.

Ensuite les ennemis de l'extérieur. Ce sont les pays exploitant et bradant leur main d'œuvre. Les thèses antilibérales d'une partie de la gauche sont reprises, la xénophobie en plus. La Chine, l'Inde, le Brésil et même certains pays européens seraient des prédateurs affamés qui sortent à nos frais de la misère. Les immigrés sont attirés par notre état providence et nos généreux systèmes d'assistance. Selon le FN, la solution est simple : il n'y a qu'à renvoyer les immigrés chez eux. 

Pour combattre la mondialisation, le FN met en avant la préférence nationale. Cette idée parle aux catégories populaires. Celles ci se sentent incapables de résister aux étrangers qui tirent les salaires vers le bas. A qualification égale, les salariés modestes doutent de pouvoir garder leur place dans la société. C'est cette crainte permanente du déclassement et de l'assistanat qui alimente le vote protestataire. S'y ajoute le soupçon que les élites font venir les immigrés pour mieux exploiter les français de souche. Que valent la démocratie et la république quand la peur de l'étranger met à mal les repères ? Chaque bouffée de fièvre en faveur des extrêmes surgit lorsque que la crise frappe nos économies. C'était déjà le cas en 1983 quand le FN a émergé sur fond de crise économique en France, pourtant moins sérieuse qu'aujourd'hui.

Concrètement quelles solutions proposer à la population qui ne se voit plus d'avenir et craint la concurrence étrangère ? La réponse tourne autour de trois points : 1° il ne faut pas fermer nos portes parce que cela nous coûterait très cher, mais 2° nous devons nous protéger, et 3° il faut le faire de manière juste et responsable.

Pourquoi ne faut-il pas fermer nos frontières ? D'abord en raison des bénéfices réels de la mondialisation : 25% de la population active française travaille pour l'exportation. Fermer les frontières la priverait d'emploi. Ensuite les prix bas importés diminuent le coût de la vie. Le textile chinois à bas coût profite à tous notamment aux familles modestes. Enfin les études le démontrent même si ce n'est pas perçu ainsi par l'opinion, l'immigration est une chance pour notre démographie et notre système de protection sociale.

Qui protéger ? En priorité, les industries et les services stratégiques soumis à la concurrence mondiale. Est-il pertinent de se spécialiser dans quelques branches comme l'Angleterre l'a fait avec les services financiers en sacrifiant son industrie ? C’est tout sauf évident. Quelles sont les activités qui se développeront à long terme ? L’agriculture reste un de nos atouts, mais les chinois et les indiens se sentiront capables demain de concurrencer nos centres de recherche et développement, compte tenu de leur énorme réservoir de main d'œuvre. C'est au secteur privé de répondre aux défis avec des règles de relation saine avec l’Etat. Celui ci peut aider les entreprises à s'implanter ou à rester en nouant des partenariats mais il ne doit pas le faire seul ou accorder des subventions sans conditions en rejetant la faute sur des contraintes européennes.

Comment se protéger ? Notre différence avec les pays émergents, c'est le niveau d'éducation et de formation. Il faut se former tout au long de la vie, reprendre l’idée de sécuriser les parcours professionnels. Notamment, un effort massif en faveur de l'apprentissage des langues étrangères est plus que jamais nécessaire, au moins pour l'anglais. Par ailleurs, certains secteurs sont très compétitifs d'autres moins. Une requalification ou un reclassement sont parfois nécessaires. Les salariés les moins qualifiés savent qu'ils ne pourront pas se transformer en techniciens ou en ingénieurs sauf exception et que leurs secteurs d'activité ne sont pas tous protégés. Pourtant il est possible de préserver ici des métiers peu qualifiés. Par exemple dans les services ou l'industrie ou l'artisanat qui nécessitent une offre de proximité. Un métier de plombier ou de coiffeuse ne peut pas être exercé depuis l'étranger. Pour les autres, il faut créer des filets de sécurité (des tarifs douaniers) aux frontières européennes, harmoniser la fiscalité et les politiques économiques et sociales, nationaliser si nécessaire même temporairement. Enfin l'on doit investir massivement dans l'innovation et la recherche sans exiger de retour immédiat.

Le débat contre les fausses solutions est à mener vigoureusement. Les mesures que propose le FN, la sortie de l'euro, la fermeture totale des frontières et le renvoi des travailleurs immigrés nous mettraient au ban de l'Europe.  Sans compter le choc économique, l'effondrement monétaire, la perte de confiance, l'inflation. Il s'agit d'expliquer de manière claire les atouts d'un système économique ouvert mais régulé où l'Etat se réserve d'intervenir quand c'est nécessaire par rapport à des politiques dangereuses pour la cohésion sociale. Dangereuses parce qu'elles cherchent non à traiter la cause réelle des problèmes mais à exciter l'opinion contre des boucs émissaires. Il faut naturellement se méfier de tous les populismes qui à coup de slogans faciles comme "de l'argent il y en a" ou "il n'y a qu'à prendre aux riches" promettent des lendemains qui chantent.

Lutter contre le "bonnet blanc - blanc bonnet" : s'il y a alternance, c'est que les français attendent des politiques alternatives. La droite et la gauche c'est différent. L'amalgame résumé sous le vocable UMPS est détestable car sous les mêmes mots les propositions sont différentes. Le FN n'ose t-il pas parler de "justice sociale" quand il s'agit pour lui d'abolir la solidarité ? Prenons quelques exemples de la permanence du clivage gauche - droite. Qui dit que pour éviter la faillite du fait du vieillissement de nos populations le système de protection sociale et l'économie toute entière ont réellement besoin d'une immigration régulière sur le long terme ? Pas la droite. Qui dit que la nouvelle redistribution doit passer par un transfert de richesse des aînés vers les plus jeunes ? Pas la droite. Qui veut imposer aux entreprises privées une négociation globale et une remise à plat de l'échelle de rémunérations, en organisant un nouveau Grenelle des salaires ? La gauche.

Les libéraux - c'est clair depuis la crise financière - ne veulent pas changer de système. Ils sont toujours persuadés que le système finit par se corriger lui même, ce qui n'a pourtant pas été le cas lors de la dernière crise. Pour eux les affaires reprennent comme avant et c'est à l'Etat de s'adapter. On peut comprendre que les déficits et la dette remettent en cause l'état-providence, suscitant une crise globale de nos sociétés. Il faut en effet accepter l’idée que l'Etat ne puisse plus tout faire. Lionel Jospin l'avait reconnu en 2002 mais sans trouver les mots justes. Cela dit entre un capitalisme sans frontières et des états ancrés sur des géographies les intérêts ne sont pas forcément divergents. Il existe une dimension commune, celle du temps. Il s'agit avant tout de partager l’idée schumpetérienne de destruction créatrice : les emplois d'aujourd'hui ne sont pas ceux de demain.

Avoir un temps d'avance, de l'importance d'être les pionniers. L'idée même de progrès ne s'arrête pas avec les mutations en cours et les pannes de croissance. Le juste équilibre de nos sociétés, ce n'est ni l'adoration béate du marché ni le refus de vivre dans la mondialisation. C’est un faux débat. Al Gore et Nicolas Hulot ont aidé à comprendre que la planète ne dispose pas de ressources illimitées. Désormais l'économie c'est produire et consommer en pensant à demain. Pôles d'excellence, entreprises, secteurs et filières d'avenir, champions de l'industrie et des services, rien n'existe vraiment « hors-sol » ou « offshore » mais surtout « hors du temps ».  L'avenir ce sont les métiers qui vont permettre d'économiser les ressources, de ne pas gaspiller dans la durée. C'est chez nous que la mutation peut s’opérer en premier, pas en Chine. La prise de conscience s'amorce. Les emplois de demain vont naître chez nous avec un temps d'avance. Si la gauche et les écologistes articulent avec force un programme fondé sur l’espoir et la confiance, l'extrémisme reculera.

 


Libye : le problème c'est Kadhafi

J'écoutais Jacques Attali sur Europe 1 émettre des réserves sur l'intervention en Libye. Bien qu'y étant favorable car Kadhafi est un fou meurtrier, il regrettait que la communauté internationale se soit engagée sans avoir répondu à trois questions préalables :

  1. Quid de l'après guerre ? Comment ne pas s'enliser dans un pays en guerre civile ? Quelle opposition est la plus légitime ou la plus structurée ?
  2. Faut-il accepter la partition du pays entre Cyrénaïque (Benghazi à l'Est) et Tripolitaine (Tripoli à l'Ouest) si c'est la demande des tribus ?
  3. Quel sort faire aux autres dictatures en Afrique que sont Bahrein, le Yemen, la côte d'Ivoire etc. Pourquoi traiter différemment Kadhafi de Gbagbo ?

Je comprends la pertinence de ces questions, gouverner c'est anticiper. C'est aussi la réaction d'observateurs ou de commentateurs anglo-saxons qui ne comprennent pas qu'Obama après avoir expliqué qu'il fallait être prudent, s'engage de manière quasi émotionnelle dans un conflit supplémentaire au proche orient. Mais avait-on vraiment le choix ? Pouvait-on tarder encore ?

Le volontarisme politique est mal récompensé par tous ces beaux esprits qui sont prêts à palabrer longtemps autour des insurgés libyens et des révolutions arabes en général. Un peu comme Angela Merkel qui sans se salir les mains, commente les interventions occidentales et les révoltes arabes. L'Allemagne est dans une logique pacifiste et marchande qui implique le statu quo. Ce n'est pas dit ainsi bien sûr mais c'est la marque d'un repli sur soi regrettable.

Agir ou commercer tel est le dilemme. Agir c'est prendre le risque de se tromper ou de subir un revers. Agir vite, c'est le tempérament de Sarkozy qui espère récupérer le fruit de son activisme sur le front intérieur. Des dommages collatéraux sont à craindre, mais doivent-ils empêcher l'action ? Pour ma part je réponds non. Nous devons accompagner le mouvement de libération du peuple libyen  désormais. Le monde se porte mieux sans Saddam Hussein, il se portera mieux sans Kadhafi qui ment, délire, tue. Eliminer Kadhafi, telle est la priorité. Les considérations intérieures ne doivent pas nous détourner de cet objectif inavoué de la résolution 1973 de l'ONU, bien dissimulé derrière celui de la protection des civils.


Le Japon sous le feu nucléaire nous interpelle sur l'avenir énergétique de la planète.

M'étant vu reprocher de n'avoir pas dit un mot sur le drame Japonais je vais tenter de réparer ce qui n'est pas un oubli mais l'effet d'un certain nombrilisme politique je l'admets.

J'ai été comme tout un chacun estomaqué par les images de ce pays moderne dévasté par la fureur de la nature et des vagues de 17 mètres. Cela paraît irréel.

J'ai compati aux souffrances d'un peuple digne et courageux dans la tourmente. Au final, j'ai pensé comme beaucoup que l'homme ne pouvait pas faire grand chose en la matière si ce n'est aider à la cause humanitaire. Le Japon est un pays riche (le troisième du monde) doté d'infrastructures et de technologies à la pointe. On est relativement stupéfait de constater que les meilleurs experts et ingénieurs de la planète peinent à résoudre rapidement des problèmes de turbines et de pompes hydrauliques dans un environnement complexe certes mais pas perdu au fond d'une jungle difficile d'accès. Celà nous interroge sur nos propres capacités de réaction au cas où des évènements comparables se produiraient en France.

Cela pose à mon sens une question plus large : le nationalisme économique conduit à construire des usines dangereuses dans des sites inadaptés ou soumis à des risques naturels. Quelle étrange idée d'installer des réacteurs nucléaires au dessus d'une faille ou dans une région connue pour ses séismes et ses tsunamis périodiques ! L'indépendance énergétique a un coût qu'on ne mesure que sur le long terme. Les 7 000 victimes (et 10 000 disparus) comptabilisées aujourd'hui ne le sont pas du fait du feu nucléaire mais qu'en serait-il si les techniciens ne réussissent pas à empêcher la fusion des réacteurs ? C'est la crainte que l'homme ne maitrise pas grand chose de ces technologies finalement qui agite les débats aujourd'hui, notamment du fait des écologistes.

Avec les socialistes, je suis partisan du maintien du nucléaire comme énergie propre et peu coûteuse sur le long terme à condition d'améliorer les normes de sécurité et de n'autoriser des implantations que dans des endroits appropriés. Les énergies de substitution me paraissent dérisoires et inefficaces que ce soient l'éolien ou le solaire, mais je suis persuadé que nous devons étudier et investir dans de nouvelles sources d'énergie. Après tout la voiture électrique remplacera sans doute la voiture à essence dans les années à venir. Pourquoi ne pas imaginer un jour une électricité produite massivement par d'autres moyens que l'atome ? Pétrole, nucléaire, de vrais débats pour un choix de société.


Enfin ?

A l'ONU pour la Libye la France a pris un rôle qu'on aime à lui voir jouer : celui de la défense des droits de l'homme et des opprimés. On peut avoir une certaine fierté à penser que nos forces militaires vont enfin arriver telle la cavalerie pour sauver les rebelles de Benghazi. Si possible il vaudrait mieux qu'ils interviennent avant la fin de la bataille. Mais le plus important est d'avoir réussi à lever le veto de la Chine (et à un degré moindre de la Russie). Belle réussite diplomatique.

Il est paradoxal de noter que l'opinion française - comme l'allemande - est majoritairement hostile à une intervention militaire à l'étranger alors que nos dirigeants ainsi que toute la classe politique y sont favorables. Explication lue ici ou la : les allemands auraient encore le traumatisme de la seconde guerre mondiale, la peur d'une force incontrôlable et les français auraient tout simplement peur des révolutions arabes suscitant une immigration incontrôlée (comme dirait Guéant) et une poussée du terrorisme islamiste. Je ne partage pas ces craintes pour ma part mais force est de constater leur réalité dans l'esprit de beaucoup de nos concitoyens.

Kadhafi joue habilement de ces peurs et de ces divisions dans le camp occidental. Il a agité depuis le début des mouvements de protestation, le spectre d'Al Qaida et des bateaux de pauvres hères à l'assaut de nos côtes méditerranéennes. Il a ensuite réagi par l'annonce d'un cessez le feu à la décision de l'ONU d'une résolution condamnant les tueries de civils. Il flatte sans vergogne les "bons élèves" que sont l'Allemagne et l'Italie avec qui les relations économiques sont développées. C'est un maître manoeuvrier, certes mégalo et délirant, mais qui connaît sur le bout des doigts la mentalité et les faiblesses de nos démocraties. La real politik n'ayant pas de secrets pour lui, il a dû être surpris par la réaction de Sarkozy et Cameron qui ont des préoccupations de politique intérieure, d'image et de prestige personnels plus fortes que le pétrole et l'immigration.

Au final j'observe avec espoir et crainte les évènements. Selon un scénario idéal et peut-être naïf on peut espérer que les insurgés reprendront le chemin de Tripoli sous la couverture aérienne des avions de la coalition Onusienne. Il faudrait que le peuple libyen se libère lui même sur son territoire sans soldats étrangers sur son sol mais avec la neutralité des militaires locaux comme en Egypte ou en Tunisie. En ce sens, j'entend les commentaires de ceux qui disent qu'une intervention purement aérienne ne suffira pas. L'envoi de militaires au sol serait la seule solution réellement efficace. C'est une autre guerre s'il faut affronter les mercenaires appointés par Kadhafi. N'étant pas un expert militaire, je ne me prononce pas mais quand parmi les belligérants il y a une telle disproportion, il me paraît légitime de retenir le bras du plus fort. C'est ce que la communauté internationale a fini par entreprendre. Que ce soit pour de bonnes ou mauvaises raisons, pour l'heure on s'en réjouira.

 


DSK candidat et leader de la gauche

Le feuilleton agace la droite et une partie de la gauche mais c'est de plus en plus évident : DSK sera candidat. Le documentaire (Un an avec DSK) que Canal + lui a consacré est clair. C'est une succession de signaux que je ne relèverai pas mais tout l'indique y compris son entourage.

Le rôle du FMI a été présenté pour montrer que son rôle "d'affameur des peuples" n'est qu'une vision mélenchonnesque grotesque.

Le couple Strauss-Kahn-Sinclair est présenté comme solide et tourné vers les mêmes buts dans la vie. Anne a envie de rentrer en France c'est manifeste.

Quelques petites phrases comme sa question à Clinton dans le reportage à propos de sa candidature : "qu'en penses tu ?". Cela montre son envie. Ce sont les mêmes mots qu'il a prononcés devant Jean-Claude Juncker et d'autres pour postuler au FMI. Je l'ai lu dans le livre de Stéphanie Antoine (DSK au FMI).

Le signe le plus fort selon moi : il dit oui parce qu'il ne dit pas non. Son refus de dire "je ne serai pas candidat" est éloquent. Je le pense depuis des mois : il ne laisserait pas la gauche dans l'ignorance si c'est pour la lâcher en fin de course comme Delors. Dominique en a envie, il a déja été candidat à la candidature.

L'impatience des opposants à droite et à gauche est grande. Les phrases sont assassines. Il y a pourtant du temps et besoin d'élaborer un programme qui tienne la route. Le rejet de Sarkozy ne suffira pas pour gagner. La gauche n'a pas besoin d'un sauveur mais d'un leader qui fédérera au delà de son seul camp. Elle l'a. C'est la meilleure nouvelle de ce printemps naissant.


Intervenir ou pas pour chasser Kadhafi

La question se pose désormais du type d'action nécessaire pour chasser Kadhafi du pouvoir. Faut-il s'acommoder d'une condamnation de principe  et de sanctions diplomatiques ou faut-il pousser le fer jusqu'à l'intervention militaire ?

Certains se refusent à une intervention immédiate pour renverser définitivement et sans doute physiquement le tyran libyen. Les atermoiements et les précautions des chancelleries occidentales (dont la nôtre) se basent sur des considérations sérieuses : quid de la réaction des peuples en révolte si l'occident vient leur donner un coup de pouce décisif, leur volant en quelque sorte la victoire. Les nationalistes risquent de reprendre du poil de la bête et l'après Kadhafi s'avèrerait très délicat à gérer. D'autant que les égyptiens et les tunisiens n'ont pas eu besoin de l'étranger pour y arriver. Enfin la question se pose de l'afflux d'immigrés dont l'occident voudrait se protéger. L'accentuation de la guerre civile et sa radicalisation ne peuvent qu'augmenter les flux de l'exode.

Les plus radicaux envisagent plutôt d'intervenir immédiatement avec une force militaire aéroportée qui d'une part réduirait à néant la force de frappe des pro-Kadhafi, d'autre part viserait à traquer le colonel Kadhafi lui même afin d'écourter une guerre sanglante. Ecourter la guerre c'est diminuer le nombre de victimes, faire cesser l'émigration et favoriser une transition démocratique plus solide. Le modèle de la guerre en Irak  et les théories des néo-conservateurs s'en trouveraient renforcés. Rien ne dit pourtant que l'issue en Irak et donc en Libye soit la démocratie à l'occidentale dont nous voulons exporter le modèle.

Il faut se méfier des solutions trop simples ou trop évidentes. L'attentisme frileux ou l'intervention brutale sont de ce type. Dans un monde complexe où personne parmi les puissants n'a rien vu venir que ce soit pour le printemps arabe ou la chute du mur de Berlin, il serait présomptueux d'arriver avec des certitudes toutes faites. Pour ma part je préfèrerais que la communauté internationale accompagne le mouvement de libération par une riposte graduée et progressive.

Que le concert des nations encourage les peuples à accoucher de leur révolution certainement, qu'il prononce des sanctions financières et pénales contre les tyrans bien sûr, mais le mouvement qui a commencé par le peuple doit se poursuivre et s'achever par le peuple. Le sang versé est la fierté des peuples en lutte.  Les régimes dictatoriaux doivent comprendre partout qu'ils ne peuvent plus attendre de silences coupables. Qu'un grand leader comme Obama prononce un discours fondateur de ce type à la tribune de l'ONU en appelant les peuples à se libérer de leurs chaînes, oui c'est ce que j'attends et espère. Les grands principes de liberté et de justice devraient inspirer tous les régimes. Pour l'instant ce n'est qu'un rêve du fait de l'ombre du pays le plus puissant et le plus autoritaire parmi les membres du conseil de sécurité de l'ONU, à savoir la Chine.