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novembre 2010

Royal prend l'initiative

Le tempo s'accélère. Ségolène Royal vient d'annoncer sa candidature aux primaires socialistes. Décidémment, rien ne se passe comme prévu au parti socialiste. Martine Aubry parlait d'un pacte entre les trois ténors DSK, Royal et elle même pour ne pas s'affronter entre eux. On pouvait croire que les socialistes avaient réussi à paraître unis. Patatras, Royal vient de décréter que ce pacte n'existait pas alors qu'elle disait vouloir jouer collectif il y a peu. Et dire que j'ai failli la croire ! La politique est un monde totalement cynique où changer d'avis de façon opportuniste est la règle, voilà ce que Ségolène vient de nous rappeler.

Elle a tout à fait le droit de se présenter certes. Je suis persuadé qu'elle aimerait se retrouver la cible d'attaques pour se victimiser comme en 2006. Le mieux est donc de ne pas l'attaquer. Mais j'imagine qu'elle va commencer à faire des propositions iconoclastes loin de ce que disent nos conventions pour être au centre du jeu. Pour remonter dans les sondages elle développera les thèmes sécuritaires et sociaux qui lui ont réussi comme candidate à la candidature. Cette prééminence du candidat et de son projet sur le programme du parti est tout à fait dans la logique présidentielle de nos institutions que je développais il y a peu.

Voilà qui va imposer aux autres candidats de se dévoiler plus tôt. François Hollande et Martine Aubry ne pourront la laisser préempter le terrain des propositions sans réagir ... DSK pour sa part pourra toujours arguer de son devoir de réserve. Jusqu'à un certain point.  Si les sondages faiblissent et que la mayonnaise Ségo fonctionne, il devra bouger lui aussi. C'est donc tactiquement bien vu de la part de la présidente de Poitou Charentes. Elle vient de prendre l'initiative et son plan de bataille simple et direct interrompt le surplace. Oui, la course de lenteur s'est certainement achevée aujourd'hui. Qui va jouer le prochain coup ? Je parie sur une annonce rapide de François Hollande.

Une série de bémols importants cependant : Ségolène part très tôt, elle va subir des critiques de droite et de gauche car elle est très clivante, elle va devoir se renouveler quelque peu. Elle peut plomber Aubry mais pas tellement DSK. Elle va occuper le terrain mais 17 mois c'est long. Et puis entre celle qui n'est toujours "que" présidente de Poitou Charente et le renommé directeur du FMI, institution mondiale, les sondages sont inversés cette fois.


Houellebecq copié sur Internet

Je ne suis pas un fan de Houellebecq c'est peu de le dire, mais je n'ai pu m'empêcher d'aller lire son livre (du moins quelques pages). Curiosité normale pour qui a obtenu le prix Goncourt 2010. Grâce à l'initiative audacieuse du blogueur Florent Gallaire "La carte et le territoire" est consultable sous licence libre sur son blog.

Je n'ai pas les compétences juridiques pour déterminer qui a raison dans le débat de propriété intellectuelle qui opposera sans doute Flammarion, l'auteur et le blogueur. Mais ce débat rappelle bien sûr la question du téléchargement illégal de musique ou de films que la loi Hadopi vient de sanctionner. A ceci près que Houellebecq a lui même fait du copier coller d'articles de Wikipedia pour pondre son oeuvre. Or Wikipedia est d'accès libre et quiconque reproduit tout ou partie de ses articles se soumettrait aux conditions de Licence Creative Commons ou CC-BY-SA qui rendrait l'oeuvre suivante et les suivantes encore toutes libres d'accès par une sorte de contamination virale.

Tout est affaire de curseur j'imagine. Un plagiat se mesure communément par le degré d'originalité ou de reproduction de l'oeuvre finale. Le téléchargement de musique est clairement illégal au sens où l'intégralité de l'oeuvre est reproduite. La reprise d'une mélodie ou de quelques notes est plus complexe à juger. J'imagine que pour des écrits c'est du même acabit.

La discussion juridique est en tout cas fort intéressante. Elle démontre un vide qu'il s'agira au législateur ou à la jurisprudence de combler pour s'adapter à notre environnement numérique. En tout cas Flammarion a tôt fait de réagir. L'oeuvre de Houellebecq va dans les jours à venir être intégralement proposé au téléchargement légal moyennant une réduction de 20% sur le prix papier. Tout cela c'est d'abord du commerce il ne faut pas l'oublier.

Ah oui au fait et mon avis sur l'oeuvre de Houellebecq me direz vous ? J'en ai trouvé la lecture facile et le style coule comme de l'eau. Néanmoins, les pages que j'ai lues ne m'ont pas paru appartenir à la grande littérature d'antan. La narration est agréable mais sans relief particulier. Je ne sais pas si je poursuivrai ma lecture. En tout cas, je n'ai pas envie de débourser plus de 20 euros pour le lire, c'est certain.

Et puis un auteur capable de dire  : «Je ne suis pas pour l'action politique, au fond.  (...) Je ne suis pas un citoyen et je n'ai pas envie de le devenir. On n'a pas de devoir par rapport à son pays, ça n'existe pas. Il faut le dire aux gens. (...) On est des individus, tous, pas des citoyens ou des sujets. (...) On n'a aucun devoir par rapport à son pays. (...) La France est un hôtel, pas plus.» (1) aura toujours du mal à trouver grâce à mes yeux. Houellebecq n'est pas aimable, pas militant, c'est son droit. Mais si cet individualiste forcené considère que la cité n'a pas prise sur lui, qu'il ne demande pas à la cité de lui rendre justice pour son oeuvre.

(1) http://bibliobs.nouvelobs.com/20101109/22344/houellebecq-lemmerdeur-emmerde


Un candidat, un programme, une stratégie ... trouver le tiercé dans l'ordre

Dans l'optique de 2012 la question qui se pose au PS consiste à trouver le tiercé dans l'ordre !

Doit-il se doter d'un programme avant de désigner un candidat qui l'incarne puis définir une stratégie d'alliance avec des partenaires de gouvernement une fois ce candidat connu. C'est la méthode actuelle qui ne semble pas vraiment porter ses fruits. 

Il existe une deuxième solution : la logique parlementaire qui se fonde sur la construction d'une majorité législative avec un programme partagé par cette majorité, le candidat étant le chef d'orchestre d'une partition écrite par d'autres. Le leader est alors simplement désigné parmi ses pairs en fin de parcours.

Une troisième possibilité enfin consiste à adopter la logique présidentielle de la Vème république qui met en avant le candidat qui définira lui même son programme et imposera ses alliés au gouvernement. C'est pour tout dire celle que je préconise.

Il existe sans doute d'autres alternatives mais limitons nous à ces trois là.

En fait on ne peut concevoir une solution idéale applicable en tous temps et en tous lieux. Si la gauche avait un leader incontestable, comme en 1981 au temps de Mitterrand, la question ne se poserait pas. DSK serait sans doute désigné sans besoin de primaires. Si la gauche était rassemblée comme en 1997, la question du candidat ne se poserait pas non plus, le leader du principal parti d'opposition serait désigné, en l'occurrence Martine Aubry. Si le programme socialiste était déjà écrit et pouvait s'incarner sans se soucier des partenaires pour le porter ce serait Martine Aubry ou DSK également qui s'imposeraient. Mais la gauche n'est pas rassemblée, et le PS ne peut gagner seul.

Il est donc important de mesurer l'état des lieux au préalable et surtout comprendre l'attente des français. Pour moi à l'heure actuelle, les français sont moins en attente d'une alternative programmatique que de nouveaux gouvernants. Pourquoi ? Les français ne croient pas ou pas trop au changement radical de société promis par la gauche. Ils veulent avant tout (comme souvent) sanctionner l'équipe en place pour ses outrances, ses erreurs et changer les têtes. Ils aspirent certes à plus de justice sociale mais ils savent dans leur majorité que les marges de manoeuvre des gouvernants sont faibles. Ils veulent avant tout que chaque français ait sa chance et que l'Etat soit à nouveau le garant de l'égalité. Le programme socialiste n'a dés lors pas besoin d'être peint en rouge vif pour être convaincant. Au contraire, il se doit d'être crédible, concentré sur quelques mesures emblématiques, et populaire c'est à dire attractif pour le plus grand nombre.

Le calendrier personnel de DSK est un souci et un atout tout à la fois. Un souci car on ne parle que de cela : va t-il revenir ? Si oui, quand ? Et pour faire quoi ? En a t-il envie ? C'est aussi un atout car il permet de ne pas donner de cible à l'adversaire. Il évite que les couteaux soient tirés trop vite en interne. Je ne sais pas si la balance est positive à l'arrivée mais sans conteste le silence imposé au directeur du FMI ne lui nuit pas dans les sondages.

Autre constat : ni le PS ni la gauche n'ont vraiment la culture présidentielle de la Vème république donc nous risquons d'écrire un programme éloigné des convictions du candidat choisi par les militants et les français. Ce fût un souci en 2007 qui éloigna la candidate du parti. Il est frappant de noter que nous allons demander au travers des primaires de choisir une personne et non un projet. Les sympathisants vont se prononcer sur le projet supposé du candidat, qui peut être différent de ce que proposent nos conventions. La logique et le déroulement des primaires vont donc largement influer sur le programme. Je ne vois donc pas comment nous pouvons échapper à la logique de nos institutions. Le moment fort sera les primaires et la désignation du candidat. Le programme et les alliances en découleront. Si Mélenchon ne veut pas participer au gouvernement de DSK, il pourra l'afficher et on verra ce que pensent les électeurs de celui qui joue la division.

C'est pourquoi je crois qu'il ne faut pas s'attarder sur la couleur rouge ou rose des conventions sur l'égalité réelle ou le modéle de développement. Le candidat désigné par les primaires aura toute légitimité pour mesurer combien elles s'accordent à sa vision de la société française. Il la partagera avec ceux qui voudront exercer le pouvoir sous son leadership . Une conception moderne et généreuse de la cohésion sociale dans notre pays sera développée je l'espère par Dominique Strauss-Kahn si la victoire à gauche est visée en premier lieu, et par Martine Aubry si c'est un programme encore plus à gauche qui est recherché. Pour moi il n'y a pas de doute : après trois défaites, il faut assurer la victoire.


Jouissif comme d'habitude ...

Michel Rocard - Parlons Net du 19 novembre 2010envoyé par FranceInfo. - L'info internationale vidéo.


Karachi affaire d'Etat ?

Une seule certitude : l'affaire de Karachi va pourrir la vie politique à droite jusqu'en 2012 au moins. Les plaintes et les révélations sont nombreuses. Les langues se délient comme le prouvent les témoignages de Charles Millon et Dominique de Villepin. Dans une tactique chiraquienne bien connue, l'Elysée nie toujours toute responsabilité du président taxant l'affaire de "fable grotesque".

Pour l'instant l'intérêt de tout le monde à droite - sauf Villepin - est d'étouffer l'affaire. D'ailleurs, Jean Louis Debré, le président du conseil constitutionnel, s'y emploie en bloquant l'accès aux pièces du dossier dans son volet financement de la campagne d'Edouard Balladur.

Le problème est que tout cela se voit et le bon peuple peut se dire à raison qu'on lui cache quelque chose.

Il y a décidément une relation trouble entre l'argent et ce pouvoir. Que l'affaire débouche en scandale d'Etat ou non, même si on ne veut pas céder au "tous pourris", le malaise ne se dissipera pas.

 


Michel Rocard, penseur-acteur de la social-démocratie

Je commence à lire le dernier livre de Michel Rocard qui s'intitule "Si ca vous amuse - Chronique de mes faits et méfaits". C'est toujours un plaisir de lire Rocard. J'aime son style direct et flamboyant, sa plume précise et sans fioritures, un concentré d'intelligence parfois difficile à décoder, à l'image de l'homme d'Etat qu'il fût.

Qu'il s'agisse de mémoires sur la méthode ou de l'histoire d'un homme d'action peu importe, j'aime le résultat pour ce que j'en ai découvert et lu. Rocard est toujours intéressant à lire ou à écouter, sachant exprimer sa connaissance du réel et son aspiration à l'idéal qu'évoque Jaurés. Il manoeuvre à la perfection entre la satisfaction de l'oeuvre accomplie et une dose d'humilité voire d'auto-dérision. En tout cas, il a le ton juste et humain qui convient.

Au delà de ces questions de style, je comprends que l'homme politique s'il ne fût pas le grand prédateur qu'était François Mitterrand, s'est voulu de bout en bout l'architecte exigeant de convictions gestionnaires et généreuses qui ont fait la pensée social démocrate des quarante ou cinquante dernières années. Avant même d'ailleurs qu'on la qualifie de social démocrate. De là à dire que lui et son maître - Pierre Mendès France - en ont été les ardents théoriciens et les premiers acteurs pour notre pays, il n'y a qu'un pas que je franchis sans hésiter. Je relaterai ici les meilleurs moments de ce livre quand je l'aurai achevé. Je vous engage à faire de même si vous l'avez lu.


Baroud d'honneur ?

J'ai participé à la huitième journée de mobilisation contre la réforme des retraites sous la pluie à Paris.

La preuve en image ...

Daniel_manif_06112010

Et maintenant ? La pluie et le week-end ne peuvent expliquer à eux seuls la faible affluence comparée aux journées précédentes. Le mouvement s'effrite et c'est normal au bout de tant de journées sur les pavés ... Je crois qu'il est temps de trouver de nouvelles formes d'action pour s'opposer à la réforme. Aux leaders syndicaux de se prononcer en tentant de préserver au mieux l'unité syndicale. J'aimerais que la CGT et la CFDT continuent à oeuvrer de concert. Réponse à suivre.

Au demeurant, je reste persuadé que la vraie suite se jouera en 2012. Au delà de savoir si le PS reviendra sur cette réforme de manière cosmétique ou non, il faudra que la gauche gagne pour ne pas donner à la droite non seulement la satisfaction d'avoir défait des acquis sociaux mais aussi une victoire idéologique car elle pourrait se vanter d'avoir mâté le mouvement social. A quoi serviront des grèves d'un jour dans le futur si les prochains gouvernements sont aussi autistes que celui ci ? A quelles dérives radicales assisterons nous ? Les partisans de la grève générale ont maintenant des arguments. La démocratie sociale et les réformistes de toutes origines ont tout à craindre de l'issue de ce conflit.