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octobre 2010

La fin des grèves ne signe pas la fin du conflit social

La dernière journée de manifestations contre la réforme des retraites jeudi dernier a marqué un reflux de la mobilisation, tout le monde l'a vu. Je l'ai d'ailleurs constaté de mes yeux étant présent comme à chaque fois au rassemblement du PS dans les cortèges parisiens.

Est ce la fin du mouvement social ? A court terme sans doute. Le pays ne peut pas rester indéfiniment dans l'agitation alors que le gouvernement a marqué une forme de surdité étonnante. Même si le pouvoir a reconnu lui même l'insuffisance de sa réforme en acceptant un dernier amendement issu des centristes : une réforme systémique sera étudiée en 2013, la retraite par points.

On dit que Sarkozy ne va pas crier victoire pour ne pas humilier les syndicats, mais le résultat est là : le dialogue social est en ruine. A moins de changer radicalement d'interlocuteurs et de méthode, rien ne pourra plus bouger d'ici 2012 sur le front social. Or l'exécutif a désormais un gros déficit sur ce plan. Il y a donc fort à parier que Fillon et Woerth laisseront la place à d'autres (par exemple Borloo et Bertrand) dans le prochain gouvernement. Quoiqu'il en soit le camp conservateur va jubiler d'avoir pour une fois résisté à la rue. Même si ce n'est qu'à la maitrise des syndicats qu'on doit un mouvement social d'une telle ampleur sans débordements et quasiment sans violences. J'ai vu à l'oeuvre l'efficacité du service d'ordre la CGT pour écarter les casseurs dans les manifestations : impressionnant. 

Cette victoire sera de toute évidence une victoire à la Pyrrhus : l'antisarkozysme aura gagné du terrain. L'échéance de 2012 est trop proche pour que quiconque oublie d'ici là l'agressivité de ce président. Ceux qui comptent dans la majorité sur la faculté d'oubli des français ou la reconnaissance du courage en politique se rassurent à peu de frais. La France n'aime pas ceux qui passent en force, n'aime pas être gérée à la hussarde. Je prends le pari ici aujourd'hui qu'elle renverra cette majorité et Sarkozy dans l'opposition avec la même brutalité démocratique que ceux ci auront manifestée à son égard.


Sarkozy : c'est l'histoire d'un mec qui rime avec échec ...

On apprend que Nicolas Sarkozy passe en dessous de 30% de popularité, c'est un signe. C'est la marque d'un échec personnel, d'un échec politique, et d'un échec pour la France.

Un échec personnel : premier constat, l'homme ne s'est pas transformé pour endosser la fonction présidentielle. C'est resté "un mec", pas un homme d'Etat. Plus grave, l'homme de la rupture a échoué à traduire en actions positives, une inconstestable volonté de réformes. Tout ce qu'il a touché ou presque s'est transformé en plomb. Les français ne contestent pas la nécessité de réformer mais le résultat des réformes. Certes il faut du temps et Sarkozy n'a eu que trois ans et demi, dit-il, pour mener à bien d'énormes chantiers laissés en friche par ses prédécesseurs. Mais justement, au bout de la période actuelle, peut-on dire que ses réformes ont commencé à produire des effets ? C'est tout le contraire : le présent gouvernement en est à réviser de fond en comble les mesures phares du gouvernement Fillon : le bouclier fiscal, les heures supplémentaires défiscalisées, la révision générale des politiques publiques. L'excuse de la crise a bon dos. Si gouverner c'est prévoir, Sarkozy a fort mal anticipé - il voulait importer le concept des subprimes - et fort mal gouverné.

Un échec politique : les tentatives de fédération d'un socle électoral de premier tour en accentuant le tout sécuritaire le temps d'un été, en révisant le fonctionnement des collectivités territoriales de façon à les faire rebasculer à droite, les mesures fiscales ou sociales ostentatoires pour des catégories votant beaucoup à droite (TVA des restaurateurs, absence de contribution des retraités à la réforme, maintien des allocations familiales sans conditions de ressources, ...), tout celà a certes contribué à "cliver" l'opinion comme le voulait le président, mais sans aucun bénéfice pour l'intérêt général dramatiquement absent. L'ouverture, cette soi disant brillante idée destinée à déstabiliser l'opposition, finit dans la confusion et la dépression de ceux qui s'y sont perdus. Les responsables de l'UMP regardent le Titanic élyséen s'avancer vers l'iceberg de 2012 à toute allure sans dévier d'un pouce. Certains - minoritaires mais de plus en plus nombreux - en ont conscience, d'autres gardent une foi intacte dans l'instinct de l'animal politique qui les a fait gagner en 2007.

Un échec pour la France : Nicolas Sarkozy a été élu sur une promesse de réformes structurelles, sur un slogan "travailler plus pour gagner plus", sur l'idée tant de fois déçue que la volonté d'agir en politique pouvait l'emporter sur les contraintes du temps et du monde. La France emportée dans la globalisation pouvait-elle tracer un autre chemin que le "mainstream" de la pensée néolibérale dominante ? Oui avec moins d'arrogance, moins d'impulsivité, plus d'exemplarité. Qui a imité ailleurs les mesures phares du gouvernement Sarkozy Fillon ? Qui a instauré un bouclier fiscal ? Qui a diminué les droits de succession à ce point ? Qui a laissé prospérer autant de niches fiscales pour les plus aisés sans contreparties sociales ? Personne. Nous sommes allés au contraire chercher des exemples étrangers pour justifier l'abaissement de l'âge de la retraite. Nous sommes en train de nous comparer avec l'Allemagne pour aligner nos politiques budgétaires et fiscales. Pas l'inverse. La France a échoué a rester une puissance dominante en Europe, sans parler de son inexistence diplomatique dans le monde depuis notre intégration dans l'Otan.

En résumé, le sondage qui place aujourd'hui Nicolas Sarkozy en dessous des 30% de popularité n'est que le fruit d'une longue séquence de trois ans et demi, faite d'avancées et de reculs, d'absence de vision et de stratégie de long terme d'un président largement préoccupé de tactique et de manoeuvres électoralistes. S'il pensait laisser une empreinte dans l'histoire, ce sera malheureusement davantage dans le sommaire des magazines que dans l'Histoire de notre temps. Il est vraiment temps de tourner la page.


Répartition capital - travail et justice sociale

Si on analyse les différents sujets d'actualité, la réforme des retraites comme d'autres questions (fiscales notamment) tourne beaucoup autour d'une discussion sur la répartition entre le capital et le travail. Ce n'est pas un angle récent de compréhension de nos sociétés mais il demeure pertinent.

Marx en a fait un enjeu de pouvoir :  les détenteurs du capital étant poussés par la recherche du profit et les travailleurs luttant pour leur survie, leurs intérêts sont par nature contradictoires. D'où le conflit dans la rue et les entreprises. En France de nos jours le parlement ne jouant pas son rôle de soupape, la soif d'équilibre ou plus exactement de justice reste forte et inassouvie.

Il est dommage qu'on ne puisse guère reprendre la question du partage capital - travail sans passer pour un marxiste. L'opposition entre les facteurs de richesse est devenu un des marqueurs de la pensée du philosophe allemand. De mes anciennes études de sciences économiques j'ai pourtant la mémoire que la distinction entre propriétaires improductifs (bourgeois rentiers) et producteurs (ouvriers et patrons confondus) était déjà faite par le père de l'école classique libérale Adam Smith. La force d'Adam Smith et de Karl Marx est d'avoir créé chacun un système de pensée global et cohérent. Leur apport est avant tout synthétique. Ils ont repris et théorisé un grand nombre d'idées que le monde scientifique avait énoncé avant eux.

Il ne s'agit pas de caricaturer la droite en "capitalistes" et la gauche en "travaillistes" mais on peut quand même relever que la droite soutient en premier lieu la création de richesses et la gauche la juste répartition de ces richesses (sans parler de leur propriété). Le système capitaliste suppose que la répartition ne peut durablement se faire que si la richesse a préalablement été créée. Le système socialiste (ou travailliste) avance qu'aucun système économique et social ne peut perdurer sans juste répartition. Les deux points de vue se rejoignent quand on admet qu'il y a une double condition à l'émergence de ce que Smith a appelé "la richesse des nations" : création et répartition qu'on appelle aujourd'hui redistribution par l'Etat providence.

On peut penser que Smith l'a pour l'heure emporté sur Marx dans le sens où la propriété des facteurs de production n'est plus au centre des débats aujourd'hui. Ceux qui réclament des nationalisations massives ou la confiscation des biens des plus riches sont assez marginalisés. Certes le système capitaliste est décrédibilisé par ses crises à répétition mais personne n'a démontré ailleurs qu'un autre système est possible.

Dans un avenir prévisible, il s'agit bien désormais de réguler le capitalisme plutôt que de le remplacer par je ne sais quelle utopie. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas changer de société. Dans le programme socialiste on va jusqu'à dire que l'on peut transformer le capitalisme en l'orientant vers une économie sociale, écologique et solidaire. J'adhère à cet objectif de long terme. Je note cependant qu'à ce jour, quand nous avons eu les manettes, nous n'avons pas particulièrement brillé dans la mise en place de systèmes autogestionnaires ou d'entreprises coopératives que les salariés pourraient ou voudraient s'approprier. Aucune proposition du PS n'est même développée pour aller fortement en ce sens. Je le regrette.

Au delà des mots, la question de la justice sociale sera au coeur du débat de 2012 ou ne sera pas et c'est une clé de notre succès. A une condition cependant : traduisons cette exigence en mesures concrètes. On l'aura compris, ce n'est pas ce que propose cette note qui se veut simple pétition de principe. Mais pas question de laisser la droite préempter une nouvelle fois nos valeurs. Ne laissons pas aux autres le soin de redéfinir ce qu'est une société juste au XXIème siècle.


Avoir le courage de dire non à la Chine.

Très bonne nouvelle que l'obtention du prix Nobel de la paix par le dissident chinois Liu Xiaobo.

Après avoir dénoncé sa condamnation en fin d'année dernière ici même, je suis frappé de voir comment le régime communiste chinois s'est senti attaqué par cette désignation en parlant "d'obscénité". Les asiatiques n'aiment pas perdre la face, paraît-il. Le jury Nobel a parfaitement compris ce qu'il pouvait faire pour la cause des libertés publiques en Chine en n'hésitant pas à instrumentaliser et politiser ce choix.

Oui, le gouvernement chinois - aussi souverain soit-il - s'est déshonoré. C'est bien le moins qu'il soit marqué du sceau de la honte en la circonstance. Maintenir en prison un dissident plus ou moins réputé, c'est une chose. Le faire avec un prix Nobel de la paix, c'est très différent, c'est le contraire d'un gage d'honorabilité.

J'espère seulement que ce courageux dissident ne paiera pas le prix fort par mesure de rétorsion. Idem pour tous les autres dissidents en Chine dont le sort est moins médiatisé. Il nous est facile d'idéaliser à distance le combat solitaire de ces militants et de disserter sur un blog. Mais concrètement quel pays va courir le risque de voir son commerce avec la Chine menacé et de subir une forte tension diplomatique ? La Norvège n'a rien cédé. L'Allemagne et la France viennent de demander la libération de Liu Xiaobo. Pour une fois c'est un signal encourageant pour l'Europe. Si la ministre des affaires étrangères de l' UE - la baronne Ashton - pouvait s'exprimer au nom de toute l'Union Européenne, on serait ravi qu'elle manifeste enfin son existence.


Retraites : la rue encore, parce qu'on le vaut bien

Aujourd'hui comme le 7 septembre, comme le 23 septembre, je serai dans la rue à Paris avec mes petits camarades socialistes près du cirque d'hiver. Dans la rue ou au parlement, nous soutenons les syndicats et les forces sociales en mouvement pour dire que cette réforme n'est pas juste. 

Il ne faut pas attendre 2012. La protestation et la défense du monde du travail, c'est maintenant, tout de suite !

Ps78manif


Changement de fournisseur : passage de Numericable à Typepad

Lorsque j'ai commencé à bloguer en 2005, j'avais choisi l'offre de mon fournisseur d'accès à la télévision par cable Noos devenue Numericable, basée sur la technologie de Typepad de la société Six Apart.

De ce fait l'adresse de mon premier blog "Le blog d'Aiglon" était comme les plus anciens lecteurs le savent : aiglon78.noosblog.fr

Puis du fait du rachat par Numericable c'est devenu : aiglon78.numeriblog.fr

Et maintenant du fait que Numericable cesse son activité de fournisseur de blogs, ce sera à partir de ce jour : aiglon78.typepad.fr

Depuis un certain temps, comme beaucoup le savent, j'ai quitté l'anonymat d'Aiglon pour rediriger le blog sous mon patronyme et l'adresse : www.daniel-lattanzio.com

Tout celà pour dire que ceux qui ont dans leurs favoris mes adresses initiales en rouge doivent passer d'ici un mois à l'une ou l'autre des adresses en bleu pour continuer à me lire.

Désolé pour la gêne éventuelle. Merci à toutes et à tous de votre fidélité.

 

Daniel Lattanzio dit "Aiglon".