Je suis quand j'en ai le temps les débats de l'assemblée nationale sur la réforme des retraites sur internet. C'est ma foi fort instructif. Le niveau des interventions des orateurs de droite comme de gauche est très bon en général, et quand le débat de fond s'engage je mesure ce que pourrait être une vraie démocratie parlementaire. En l'occurrence ce qui ressort c'est une vraie discussion projet contre projet, quasiment à armes égales même si on le sait, la majorité fera passer son texte à la fin. J'occulte volontairement ici le poids de la rue qui est susceptible de peser comme on l'a vu pour le CPE, car la majorité est apparemment soudée dans le soutien à la réforme.
Mais pour en revenir à ces débats, c'est le système bi-partisan qui transparaît : PS contre UMP. Les députés UMP savent qu'ils peuvent en 2012 se retrouver dans la peau de l'opposition d'aujourd'hui et cela enlève à la plupart d'entre eux cette arrogance insupportable que la majorité affiche le plus souvent. A l'exception d'une jeune députée de Nancy (Valérie Rosso Debord) qui se prend parfois pour une nouvelle Nadine Morano, "la poissonnière de Toul", les députés de droite sont dans le combat d'idées. Hier c'est Charles Amédée de Courson (Nouveau Centre) qui - chaudement applaudi par ses collègues - s'est livré à un réquisitoire contre le plan de financement du projet socialiste. Il a voulu démonter point par point les recettes fantômes et la portée exclusivement fiscale selon lui du projet socialiste. Il a été par la suite repris par nombre de ses collègues de droite, trop heureux de pouvoir railler un projet que beaucoup - notamment les français - jugent plus crédibles que le leur. D'ailleurs il est apparu un bon moment que la réforme du gouvernement n'était plus au centre mais que l'opposition avait réussi à mettre en avant la crédibilité et la justice comme thèmes des débats. Passionnant pour celui qui aime la chose publique et mesure l'importance du choix de société qui s'opère actuellement.
Je n'ai guère le temps de reprendre ici les arguments échangés mais il suffit de relire les comptes rendus de l'assemblée pour avoir une bonne idée des débats. Ils sont en ligne très rapidement après les séances et c'est d'ailleurs en relisant ceux de 2003 qu'Alain Vidalies, un des meilleurs députés socialistes spécialistes du droit du travail, a noté que les enjeux démographiques exposés par la majorité en 2003 sont presque les mêmes qu'aujourd'hui. D'emblée il a pu pousser Eric Woerth à se justifier en "avouant" que la crise est en fait au coeur de la problématique : ceci permet à l'opposition d'affirmer que la majorité fait payer aux victimes de la crise le prix de celle ci et que l'enjeu démographique n'est qu'un prétexte. La presse ne s'en est pas encore fait l'écho mais c'est selon moi le premier résultat marquant de ces journées parlementaires.
