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septembre 2010

Débat à l'Assemblée sur l'immigration : les têtes à claques

Je suis sur internet - du moins j'essaye -les débats de l'assemblée sur le nouveau projet de loi sur l'immigration et la nationalité. C'est à la fois intéressant et agaçant.

Aussi bien le ministre, Eric Besson, que le rapporteur, Thierry Mariani, de l'UMP sont de parfaites têtes à claques. Ils s'impatientent, vitupèrent, trouvent stupides tous les amendements de l'opposition.

La politique est un théâtre mais des prétentieux et des arrogants pareils s'ils étaient trop nombreux vous dégouteraient vite de la politique. Dommage qu'on ne puisse pas jeter des tomates sur certains acteurs à l'écran. C'est mon ordinateur qui ne supporterait pas et ces fâcheux continueraient de pérorer ...


France : tension artérielle élevée

Une semaine politique hors du commun : le vote de la réforme des retraites à l'assemblée, la commission européenne et l'expulsion des roms, le contre espionnage utilisé pour traquer les sources de la presse, la surenchère sécuritaire de Hortefeux, la justice contestée et l'enquête Woerth Bettencourt en filigrane. Que de tensions et de passions exacerbées.

Néanmoins le sujet central cette semaine a tourné autour de la politique française envers les roms. Et pourtant relativisons quelque peu. Le pays est-il mis à feu et à sang à cause de 15 000 roms ? L'Europe tremble t-elle ? Non, le sujet est crucial mais pas vital. On est dans le domaine des mots et des valeurs, dans le terreau de l'électoralisme populiste, dont le symbole est fort mais la portée pratique limitée. La discrimination contre une population ciblée rappelle de terribles souvenirs mais finalement faut-il s'en étonner ? C'est le mode de fonctionnement de Nicolas Sarkozy que nous connaissons depuis toujours : opposer, diviser, rechercher l'antagonisme et le coupable. Aujourd'hui la différence, c'est qu'il s'attaque aux plus faibles et aux plus défavorisés, incapables de se défendre. C'est ajouter la lâcheté au cynisme du calcul politique.

En résumé je pense que le sujet est mis en avant pour de mauvaises raisons. S'agissait-il d'une opération de diversion pour sortir Eric Woerth de l'étau de l'affaire Bettencourt ? Sans doute, mais je crois que profondément c'est le ministre de l'intérieur bravache et à l'aise dans ce rôle de shérif que l'on a vu à l'oeuvre. Sarkozy n'aura jamais vraiment quitté ce ministère, surfant de fait divers en fait divers, s'arrogeant le beau rôle, déclamant sa fermeté sur tous les tons, menaçant les voyous de toutes les représailles avant pour finir d'accuser la justice de ne pas l'aider à punir sévèrement les malfaiteurs. Le cabot - pris dans les deux sens du terme, le mauvais acteur et l'animal aboyeur - a  voulu se mettre au centre et nous avons collectivement plongé !

Aujourd'hui, au delà des tensions et des invectives mutuelles, il est temps de sortir de la crise de nerfs permanente et théâtrale. Il serait bon de se calmer, poser caméras et micros pour réfléchir et manier le stylo. D'autres enjeux plus lourds attendent l'opposition et singulièrement les socialistes : quelles mesures, quel programme, quel projet pour répondre aux difficultés concrètes des citoyens sur l'emploi, les salaires, le logement ?

Je n'imagine même pas que nous tombions dans le piège que nous tend en ce moment Nicolas Sarkozy : passer notre temps à nous scandaliser de l'abaissement du débat autour de dispositions flattant les préjugés populaires et oublier de formuler des réponses aux sujets sérieux. Certes d'abord là où nous sommes les plus crédibles : la démocratie, la fiscalité et le social, mais soyons aussi forts et déterminés sur les questions de sécurité et d'économie modernes !


Débat au sein de la gauche sur la réforme des retraites

En ce jour de la fête de l'Huma, je me suis rappelé que les députés communistes et du parti de gauche ont protesté en séance à l'assemblée sur le fait qu'il n'y avait pas deux (un pour l'UMP, un pour le PS) mais trois projets pour la réforme des retraites. Leur projet est exprimé dans une proposition de loi qu'il est un peu compliqué de comprendre car rédigée en termes juridiques comme il se doit. Mais un résumé de l'exposé des motifs se trouve sur le site dédié en 3 points :

  1. Désintoxiquer notre économie de la finance : contribution des revenus financiers des entreprises à un taux de 9,9% soit 30 milliards de recettes supplémentaires. Cotisation additionnelle des entreprises qui favorisent la financiarisation au détriment de l'investissement et de l'emploi.
  2. Favoriser l'emploi et les salaires : majoration de 10% des cotisations des entreprises de plus de 20 salariés dont le nombre de salariés à temps partiel est supérieur à 20% et suppression des exonérations au titre des heures supplémentaires : 25 milliards de recettes supplémentaires.
  3. Promouvoir la justice sociale : suppression du bouclier fiscal et augmentation des contributions des revenus issus de l'intéressement, des bonus et stock-options.

En fait, ce n'est pas une vraie réforme des retraites puisqu'aucune mesure ne tient compte de la démographie et de l'emploi. Il s'agit uniquement de trouver des ressources supplémentaires destinées à financer les déficits de nos régimes de retraites. Si on analyse objectivement ces propositions, on peut donc estimer qu'elles apportent des réponses partielles, déséquilibrées sans assurer l'économie à long terme de  nos régimes de retraites car les salariés ne participent pas à l'effort et les mesures de relance de l'emploi ne font en fait que taxer les entreprises.

De ce point de vue, le projet socialiste qui repose sur quatre piliers me semble plus juste et durable : il combine des ressources nouvelles, un meilleur accès à l'emploi pour les seniors, la prise en compte de la pénibilité et la mise en place d'une retraite choisie. C'est dans ce dernier volet - la retraite choisie - qu'apparaît la mesure la plus critiquée aussi bien par le gouvernement que par le front de gauche : le maintien de la retraite à 60 ans avec décote. Dans la mesure où nous acceptons la réforme de 2003 et les 41,5 annuités nécessaires pour une retraite à taux plein, il paraît pourtant logique et cohérent de permettre un départ à 60 ans pour ceux qui le souhaitent, combiné au dispositif des carrières longues.

L'aile gauche du PS et le front de gauche s'excitent sur cette question. Il s'agit pourtant de respecter les équilibres car les maigres marges de manoeuvre du budget de l'état et la fiscalité des entreprises ne peuvent pas servir exclusivement au financement de nos régimes de retraite, sans compter que le diagnostic partagé sur la nécessaire relance de l'emploi ne trouve de réponse globale que dans le projet socialiste.


La réforme des retraites à l'assemblée nationale

Je suis quand j'en ai le temps les débats de l'assemblée nationale sur la réforme des retraites sur internet. C'est ma foi fort instructif. Le niveau des interventions des orateurs de droite comme de gauche est très bon en général, et quand le débat de fond s'engage je mesure ce que pourrait être une vraie démocratie parlementaire. En l'occurrence ce qui ressort c'est une vraie discussion projet contre projet, quasiment à armes égales même si on le sait, la majorité fera passer son texte à la fin. J'occulte volontairement ici le poids de la rue qui est susceptible de peser comme on l'a vu pour le CPE, car la majorité est apparemment soudée dans le soutien à la réforme.

Mais pour en revenir à ces débats, c'est le système bi-partisan qui transparaît : PS contre UMP. Les députés UMP savent qu'ils peuvent en 2012 se retrouver dans la peau de l'opposition d'aujourd'hui et cela enlève à la plupart d'entre eux cette arrogance insupportable que la majorité affiche le plus souvent. A l'exception d'une jeune députée de Nancy (Valérie Rosso Debord) qui se prend parfois pour une nouvelle Nadine Morano, "la poissonnière de Toul", les députés de droite sont dans le combat d'idées. Hier c'est Charles Amédée de Courson (Nouveau Centre) qui - chaudement applaudi par ses collègues - s'est livré à un réquisitoire contre le plan de financement du projet socialiste. Il a voulu démonter point par point les recettes fantômes et la portée exclusivement fiscale selon lui du projet socialiste. Il a été par la suite repris par nombre de ses collègues de droite, trop heureux de pouvoir railler un projet que beaucoup - notamment les français - jugent plus crédibles que le leur. D'ailleurs il est apparu un bon moment que la réforme du gouvernement n'était plus au centre mais que l'opposition avait réussi à mettre en avant la crédibilité et la justice comme thèmes des débats. Passionnant pour celui qui aime la chose publique et mesure l'importance du choix de société qui s'opère actuellement.

Je n'ai guère le temps de reprendre ici les arguments échangés mais il suffit de relire les comptes rendus de l'assemblée pour avoir une bonne idée des débats. Ils sont en ligne très rapidement après les séances et c'est d'ailleurs en relisant ceux de 2003 qu'Alain Vidalies, un des meilleurs députés socialistes spécialistes du droit du travail, a noté que les enjeux démographiques exposés par la majorité en 2003 sont presque les mêmes qu'aujourd'hui. D'emblée il a pu pousser Eric Woerth à se justifier en "avouant" que la crise est en fait au coeur de la problématique : ceci permet à l'opposition d'affirmer que la majorité fait payer aux victimes de la crise le prix de celle ci et que l'enjeu démographique n'est qu'un prétexte. La presse ne s'en est pas encore fait l'écho mais c'est selon moi le premier résultat marquant de ces journées parlementaires.