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août 2010

Offensive du NOUS à La Rochelle

Je suis allé ce week-end à la Rochelle assister aux Universités d'Eté du PS avec de nombreux camarades yvelinois (une soixantaine) et près de 4 000 socialistes. Bien m'en a pris. J'y ai constaté au cours des nombreux ateliers auxquels j'ai participé que le Parti socialiste - loin d'être mort et dépourvu de propositions comme voudrait le faire croire la majorité - est tout au contraire une ruche vibrante et enthousiaste où la réflexion et le débat d'idées sont à nouveau rois.

Naturellement les médias préfèrent les combats d'égos et les petites phrases assassines entre amis. Difficile pour eux cette année de mettre en avant une querelle même feutrée entre socialistes. C'est l'unité qui prévaut. Bien sûr l'unité est calculée, toutes les intentions ne sont pas pures, les ambitions s'affronteront tôt ou tard. Mais c'est cela le combat politique, et d'ailleurs il se justifie jusqu'à un certain point, tant que le débat d'idées est premier, tant que les querelles de personnes ne prennent pas le dessus.

Le discours de clôture de Martine Aubry était le moment politique attendu et force est de dire qu'il a rassemblé les socialistes dans l'opposition à Nicolas Sarkozy et sa politique dans la perspective d'un projet nouveau. La promesse de Martine est simple : "en 2012, nous serons prêts et nous ne décevrons pas". L'offensive est partie car ce "NOUS" est l'inverse exact de ce que disait le président en 2007. Il disait : "J'AI changé, JE ne vous décevrai pas". Tout était centré sur lui dès le départ. Martine dit NOUS et ca change tout !

L'organisation des conventions thématiques, la poursuite de la réflexion commune, la question du projet, tout cela participe du vivre-ensemble socialiste qu'il est bon de retrouver après le traumatisme du congrès de Reims. Au delà nous ne manquerons pas d'associer les français aux choix d'avenir en organisant les primaires ouvertes et des rencontres citoyennes. Nous ouvrons toutes grandes les portes et les fenêtres, qui peut en dire autant ? Comme disait Lætitia Bonaparte, "pourvu que ça dure" !


L'Elysée a peur

La campagne de 2012 a commencé. Pas de doute, Sarkozy est candidat. Il a ouvert les hostilités comme en 2007 sur le terrain de la sécurité. Il drague effrontément sur les terres du Front National en liant immigration et insécurité, en confondant origines et violences. S'estimant coincé sur le terrain des affaires et d'une économie lente à repartir, il se dégage furieusement en prenant prétexte de faits divers à Grenoble et à Saint Aignan pour se lancer dans la surenchère sécuritaire et identitaire.

Il est trop tôt pour savoir si ce discours agressif et musclé aux marges de la constitution va lui permettre non seulement de souder son électorat mais au delà de regagner une partie du vote populaire qui le fuit aujourd'hui. Toute la stratégie de Sarkozy consiste à être en tête au premier tour de l'élection présidentielle. Enclencher la dynamique du second tour pour impressionner l'adversaire et forcer les alliances, telle est la clé de l'agitation sarkozyste.

Même si beaucoup ne voient là qu'un effet de diversion conjoncturel, la tactique peut réussir. L'affaire Woerth Bettencourt, faute de rebondissements, passe au second plan de l'actualité. Le dossier des retraites attend la rentrée, notamment la journée d'action syndicale du 7 septembre. Les français se sont retrouvés dans l'admiration des exploits inattendus de leur équipe d'athlétisme. Le timing était donc tout trouvé. L'opportunisme de Sarkozy, sa réactivité à l'actualité l'ont entraîné à tenter ce coup, d'autant qu'il se retrouve dans sa zone de confort.

Oui mais voilà ca se voit comme le nez au milieu de la figure. Paradoxalement, j'estime que Sarkozy a perdu la main. On nous disait qu'il voulait lancer une campagne électorale de second mandat sur le thème du président rassembleur et protecteur à la manière d'un Mitterrand en 1988. Le costume ne lui allant manifestement pas, il a préféré remettre sa tenue de shérif, pourfendeur de caïds de banlieue et de voleurs de poules. Une partie de la France d'en bas en quête de boucs émissaires et avide d'explications simplistes à ses malheurs va le suivre en rugissant de plaisir. "Du gros rouge qui tâche" ... voilà ce qu'attendait Sarkozy du débat sur l'identité nationale. Il continue dans la même veine alors que les élections régionales sont passées par là avec le résultat qu'on sait. Alors qu'on peut désormais faire un bilan de son action. En 2012, cela fera dix ans.

C'est pourquoi je pense que la tactique échouera et que la gauche doit - comme l'a fait Martine Aubry - dénoncer avec force cette dérive. Le centre ne suivra pas le président - j'ai de plus en plus de mal à l'appeler ainsi - dans sa stratégie de division manichéenne de la république. Il nous faut aussi avancer nos propres propositions : rétablissement de la police de proximité, renforcement des services publics dans les zones sensibles, efforts de redressement de l'économie, ... pour faire face à cette offensive à caractère réactionnaire. Loin de m'effrayer, cette offensive ressemble en fait à une tentative de la dernière chance de Sarkozy pour reprendre la main. Un mouvement de panique qu'il faut identifier et traiter comme tel.