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juin 2010

Les vilains canards, c'est quand il y en a beaucoup que ça pose un problème

Quel enchaînement de scandales petits ou grands dans ce gouvernement. Pas moins de huit ministres ou conseillers ont été mêlés dernièrement à des affaires où leur éthique a été contestée  à des degrés divers : Blanc, Joyandet, Amara, Yade, Estrosi,  Bachelot, Hortefeux et bien sûr Woerth ... On pourrait aussi citer Boutin, Kouchner, Tron et Bougrab épinglés par le Canard Enchaîné mais n'en jetons plus la cour de Sarkozy est pleine.

Le plus important c'est le comportement généralisé que cela révèle  : l'argent roi, l'impunité, le cynisme absolu d'une caste de dirigeants ayant perdu le sens des réalités et des valeurs. C'est comparable avec ces patrons ou ces cadres supérieurs de multinationales qui profitent du système tant qu'ils le peuvent, qui vivent sur la bête et "après moi le déluge". Éventuellement en cas d'échec, il est toujours possible de négocier des golden parachutes pour s'exonérer du moindre risque. Les ex ministres comme Boutin ou Darcos négocient des "missions" ou des points de chute. A tous les coups on gagne.

La conséquence ? La démission des électeurs. L'abstention. Puisque les responsables ne veulent pas assumer, les électeurs leur signifient leur illégitimité en ne venant pas voter. On ne peut se réjouir d'une telle situation. Il n'est pas question de jouer les pères la morale, on peut avoir un ou deux vilains canards dans une équipe. C'est quand il y en a beaucoup que ça pose un problème, aurait dit Hortefeux.

Un gros remaniement de cette équipe s'impose. Sarkozy voudra sans doute le provoquer très vite. Mais il a un dilemme : doit-il conserver Woerth ou non pour poursuivre la réforme des retraites devant le parlement. C'est semble t-il le calcul qui est fait par le président puisqu'il vient de conforter son ministre. A la gauche de ne pas relâcher la pression notamment au parlement.


Anelka viré : affaire nationale ...

On touche le fond. Les insultes d'Anelka et son exclusion occupent toute l'actualité. Comme on ne peut plus faire diversion avec nos réussites sportives, la "chance" est du côté de Sarkozy car les instances du foot tombent dans le psychodrame avec la recherche d'un "traître dans les vestiaires". Du coup on ne parle plus des retraites ni des affaires qui plombent le gouvernement : Bettencourt-Woerth, Karachi, Joyandet, Blanc ...

Les jeux du cirque dans toute leur splendeur. L'arrogance et la vulgarité au sommet. Des joueurs incapables d'aligner trois phrases intelligentes pour se défendre. Ah la belle équipe ! On dirait des ministres ...


Marie-George passe la main

BuffetMarie-George Buffet quitte la direction du Parti Communiste Français, remplacée par Pierre Laurent.

La gauche rassemblée lui a rendu hommage hier à La Défense, notamment Martine Aubry.

Il n'y a rien de vraiment triste dans cet évènement mais j'avoue que cette sortie me touche quelque peu car elle représente la fin d'une époque. C'est le départ d'une femme sincère, ministre des Sports sous Lionel Jospin, aux grandes qualités d'engagement et de courage dans un parti qui a beaucoup compté dans le paysage politique français.

Depuis son résultat à la présidentielle de 2007 (1,93%) dont elle ne s'est "jamais remise", elle a su pourtant relancer le PCF par l'intermédiaire du Front de Gauche, signe qu'un changement de nom du parti aurait sans doute été utile. Aujourd'hui c'est Jean-Luc Mélenchon - meilleur tribun qu'elle - qui vise l'héritage au sein du Front de Gauche, un Mélenchon à la haine du social-démocrate chevillée au cœur. Buffet n'est pas une "tueuse" mais elle a toujours su protéger le pré carré communiste des aspirations mélenchonistes. J'espère pour les communistes que Pierre Laurent saura s'imposer même si sa personnalité manque un peu de tranchant semble t-il.

Ajouté au départ de 200 cadres du parti vers d'autres cieux, celui de Marie-George met le PCF dans une position de faiblesse de mon point de vue. Le leadership de son successeur n'est pas assuré et beaucoup voient dans les derniers bastions communistes autant de proies possibles pour leurs ambitions.


Indifférence

Les marchands de rêve n'avaient rien à nous offrir cette année.

Comme beaucoup de français, j'ai regardé le match de foot France Mexique hier soir. En d'autres occasions pourtant j'ai beaucoup vibré, en 1998 notamment, mais là rien, même pas pour pester. Cette équipe n'en est pas une. La fin programmée du voyage des bleus en Afrique du Sud m'indiffère et je n'ai aucune envie d'ajouter ma voix au concert des lamentations. Il faudrait déjà que je ressente de la tristesse ou de la colère, mais là non, aucune sympathie et encore moins de la compassion pour ces gens là.

Une chose est sûre, Sarkozy ne pourra pas se servir d'un bon résultat des bleus pour se pousser du col.


Horizon 2020

La réforme des retraites annoncée par le gouvernement prévoit de décaler l'âge légal de départ à 62  ans en 2018.

Pour ce qui me concerne, sauf si la gauche revient au pouvoir - et encore j'ai un léger doute  - l'horizon c'est l'année 2020.  C'est loin. Mais de toute façon je ne suis pas pressé. J'ai un métier de cadre, avec certes du stress mais une pénibilité physique réduite.  Comme la plupart des cadres, la réforme ne change pas grand chose pour moi. Ayant intégré depuis la réforme de 2003 qu'il fallait avoir cotisé 41,5 ans pour bénéficier de la retraite à taux plein, les 62 ans étaient déjà inscrits dans ma tête.

Oui mais les autres  ? Et après 2020 ? C'est ce qui me choque depuis que j'entends les commentateurs dans les médias. Beaucoup sont des personnes comme moi, qui parlent des efforts nécessaires des français, de l'alignement sur les standards européens, de la réaction favorable des "marchés", de la note triple A sur notre dette. Benoit Hamon a raison, c'est une réforme faite par des cadres pour les cadres. Entrés tard sur le marché du travail, un métier intéressant, procurant des revenus et une épargne ou un patrimoine supérieur à la moyenne, ou est le problème pour eux ?

Qui va faire entendre la voix de ceux qui sont usés par le travail ? Qui bouclent leurs fins de mois à 50 euros près. Ou sont les sommes nécessaires pour aller au bout de la réforme, beaucoup le disent, il manque 15 milliards sur 45 ! On est dans une réforme dure et incomplète, aux efforts non partagés, au financement insuffisant. Quand on remettra le dossier en chantier en 2020, on redira aux salariés que c'est à eux de faire l'effort. A eux seulement, et pas aux revenus du capital voilà le scandale. C'est à nous au Parti socialiste de le dire haut et fort je l'espère, aux syndicalistes aussi. Le 24 juin, il faudra se faire entendre. C'est la résistance du corps social qui est à l'épreuve.


La justice sociale passe par la limitation accrue du cumul des mandats.

Depuis l'affaire Boutin, mais même avant elle, l'opinion gronde pour demander la baisse des salaires et des avantages des grands dirigeants et des ministres. Face à une crise économique et sociale grave que les décideurs n'ont su ni prévoir, ni écourter, il est logique que les simples citoyens, ceux qui exécutent les ordres ou qui subissent les politiques de restrictions, s'impatientent, renâclent, réclament avec virulence que les responsables assument.

Crier au poujadisme comme a tenté de le faire le ministre Baroin est totalement décalé et inaudible. L'exemplarité serait de mise. Qui a dit que les banquiers ou les grands patrons qui ont failli ne devraient pas toucher leurs bonus, leurs stock options, leurs retraites dorées si ce n'est Sarkozy. Il y a une cupidité indécente chez ces gens là. Tout cela laisse dans la bouche un goût amer et des envies de révolte. Toutes ces belles personnes ont-elles songé un instant à démissionner devant leur échec ? Non bien sûr !

Quand nos sénateurs socialistes cumulards s'autoproclament indispensables pour gagner la bataille des sénatoriales, ils frôlent pour moi le carton rouge. Ils ont fait reculer Martine Aubry et ca me reste en travers de la gorge, car tout le monde se doute que les conservateurs vont demander un nouveau délai en cas de défaite en 2012. Ils se sont en tout cas offerts - comme ces patrons qui touchent leurs primes à tous les coups - une assurance tous risques.

Certains nous disent qu'il n'y a qu'une seule solution pour remédier à cette situation, le statut de l'élu. Mais pour certains élus, ce statut existe déjà. Quand on sait qu'il suffit d'avoir été élu député pour un seul mandat de 5 ans pour toucher une retraite de 1 548€ mensuels à partir de 60 ans, on s'interroge sur la justice sociale dans notre pays. Beaucoup de retraités vivent avec bien moins que ça en ayant cotisé 5 ou 6 fois plus longtemps.

Alors oui il faut que la rénovation passe par une décision exemplaire et radicale du parti socialiste. Oui ou non, avons nous voté l'an dernier la limitation du cumul des mandats à plus de 70%, sans délai ?

Hier Martine Aubry a dit qu'il faudrait plafonner les indemnités que touchent les élus. Alors allons y maintenant ! Une mesure simple serait de n'indemniser les élus qu'à la hauteur du mandat le mieux rémunéré s'ils souhaitent vraiment s'investir pour la communauté en de multiples assemblées. En contrepartie, il faudrait revaloriser le montant des indemnités des responsables d'exécutifs qui sont bien trop faibles par rapport aux fonctions exercées. Faute de quoi, j'hésite fortement à voter en faveur du texte de la convention sur la rénovation quels que soient mes accords sur d'autres points du texte.


La dette publique et les retraites

Le 10 juin, j'ai assisté à une réunion publique sur les retraites à Achères co-organisée par le PS, le PCF, le PRG et des syndicats (CGT, FSU). Un compte-rendu factuel a été publié sur le blog des élus socialistes d'Achères. Ce n'était bien sûr pas l'endroit pour un commentaire personnalisé assorti d'une note d'ambiance que je m'autorise ici.

D'abord une constatation, l'affluence était d'un niveau intéressant, environ 120 personnes, sans être exceptionnel. Chaque organisation politique ou syndicale prise séparément n'aurait pas rassemblé autant de participants.

Ensuite le ton des interventions a dénoté un sens des responsabilités dont j'avoue qu'il m'a agréablement surpris. J'ai craint un peu je l'avoue - de la part de la salle - une surenchère verbale et une agressivité envers la présumée "tiédeur" des positions socialistes qui ne se sont pas produites. Pas de discours assassin à la Mélenchon ou de diatribes violentes contre les sociaux-traitres. Tant mieux.

Étonnamment, une question du public m'a paru centrale : comment arriver à financer les retraites dans le contexte de dette publique et de déficits ? C'est le signe que le message de la dégradation des comptes publics a touché les esprits et que nos concitoyens savent qu'ils ne peuvent pas tout espérer de l'Etat. Il est vrai que sur la richesse nationale (le PIB) pèsent déjà 44% de prélèvements obligatoires et 50% de dépenses publiques. La logique "comptable" entre dans les têtes de même que la logique démographique, c'est un succès du gouvernement, disons le.

"L'argent, il y en a", certes. Mais la gauche ne pourra se permettre la facilité si elle revient au pouvoir. Elle a quitté le pouvoir en 2002 en ayant quasiment remis les comptes sociaux à l'équilibre. Comme récompense, les électeurs ont éliminé Lionel Jospin du deuxième tour en 2002 sur fond de division de la gauche et faits divers en rafales.

En 2012, nous ne pourrons nous exonérer d'une réflexion et d'un bon programme sur la réforme fiscale nécessaire et le partage du temps de travail. Il est vrai que la social-démocratie c'est ennuyeux, on ne fait pas d'envolées lyriques sur la remise de l'humain au centre des problématiques ou sur la rupture avec le capitalisme. Mais nos concitoyens ne rêvent pas. Ils ont du mal concrètement aujourd'hui à finir le mois. Ils attendent des résultats tangibles, que la droite annonce mais ne produit pas et que la gauche de la gauche moque à coup de "il n'y a qu'à". A la gauche réformiste et progressiste de s'y atteler sérieusement, tout en évitant les solutions démagogiques. Plus facile à dire qu'à faire. Plus encore qu'en 2007, la crédibilité sera selon moi au cœur de la campagne de 2012.



La terre est un tapis roulant où certains marchent à l'envers et d'autres à côté

J'aurai pu choisir un titre plus poétique en évoquant "la terre est une orange" mais c'était déjà trouvé. J'ai donc retenu une réalité plus terre à terre qui m'a été inspirée ce matin en distribuant des tracts sur la réforme des retraites au marché. J'y ai croisé des gens qui me parlaient soit d'un autre monde soit des temps anciens ... D'où ces quelques réflexions et citations.

Il n'y a que les utopistes et les conservateurs pour croire que l'on peut vivre dans un monde idéalisé qui tienne soit d'un futur fantasmé soit d'un passé aux valeurs immuables. Si on réfléchit bien, c'est la peur qui fait agir les uns et les autres, avec le refus du présent et la crainte du futur. Les progressistes eux savent qu'il faut avancer en ayant du courage. Le moteur qui donne le plus de sens à l'action c'est l'espoir qui éclaire et non la peur qui aveugle.

Qui ne connait ces célèbres définitions du courage par Jaurès :

«Le courage, c'est de comprendre sa propre vie... Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille... Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel.»

«Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.»

«Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire.»

Or le monde bouge sous nos pieds en permanence qu'on le veuille ou non, tel un tapis roulant. En premier lieu il y a une réalité physique. Nous sommes sur un énorme engin volant qui file à 30 kilomètres par seconde autour du soleil. En second lieu les hommes exploitent et transforment l'environnement pour vivre et se reproduire. Au risque d'engendrer des catastrophes comme actuellement au large du Nouveau Mexique. Au final le monde fabriqué par les hommes est en quête perpétuelle de sens.

"Justement ou veut-il en venir ?" doivent se dire les lecteurs qui ont eu le courage de lire jusque là ...

Au point suivant : j'ai choisi le camp du progrès parce que c'est le seul qui veut agir et changer le monde en tenant compte de ce qu'il est et non en fonction de ce qu'il fût ou de ce qu'il pourrait être.

Ceux qui confondent dogmes et valeurs - les radicaux, les utopistes qui marchent à côté du tapis - ne servent pas nos causes. Ceux qui veulent préserver ou revenir à un ordre ancien - les conservateurs qui marchent à l'envers du tapis - encore moins. Or j'entends beaucoup de gens ne plus savoir ce qu'est la droite ou la gauche dans ce pays. Beaucoup ont perdu l'espoir et ne font plus qu'avoir peur. Agir les pieds ancrés dans la réalité d'aujourd'hui, en sachant très bien que la réalité est fluctuante - que le tapis bouge - voilà ce qu'est être vraiment un progressiste selon moi. Donner de l'espoir voilà notre rôle.

Tout celà parce que sur le marché d'Achères ce matin je me suis parfois demandé si le monde réel existait vraiment pour tout le monde. La vérité doit pouvoir se trouver entre le retour à la retraite après 37,5 ans de cotisations pour tous et repousser l'âge légal de la retraite à 65 ans tout de suite.