Dans sa tribune publiée dans Le Monde, Manuel Valls exprime son refus de la "société du soin", la théorie du "care" revisitée par Martine Aubry. Il considère qu'il s'agit d'une erreur grave pour la gauche au prétexte que - comme ce qu'a fait Sarkozy - cette promesse entraînerait des attentes intenables de la part des politiques.
Tout la question est là : comment résoudre le dilemme de la prochaine mandature présidentielle pour la gauche ? Les déficits, la compétitivité, la réactivité, l'adaptation au monde moderne, les contraintes extérieures ... tout celà rend-il caduque toute forme d'espérance pour nos concitoyens d'un progrès social réclamé à corps et à cris par les autres ? Comment contribuer à restaurer la confiance ? Encore des impôts mal acceptés, encore des promesses ?
C'est ce qui explique la difficulté des socialistes les plus radicaux à incarner l'alternance. Pour les uns, la France a trop vécu à crédit et il serait temps de payer nos dettes, pour d'autres la France des riches exploite sans vergogne la France des pauvres, et il n'est que temps de redistribuer autrement. Double impasse.
Pour les premiers, c'est ce "principe de réalité et de liberté" que Manuel Valls cherche à incarner et à promouvoir, ce qui le place ipso facto à droite du PS. C'est en effet à droite que l'on trouve le plus de tenants du "sang et des larmes" comme remède de cheval à nos problèmes. La purge, la rigueur, la fin du rêve d'un monde meilleur, tel est le programme. Dans son opposition à Martine Aubry, Valls combat l'empêchement de l'individu comme la droite combat contre l'empêchement des entreprises, pour la dérégulation et le libre marché. C'est le centre gauche qui s'affiche social libéral. En face, il y a les tenants du "toujours plus", "il y a de l'argent", "faisons leur payer leur crise", autant de slogans populistes et de potions magiques qui n'ont fait qu'entretenir les français dans le mythe d'une autre politique que les autres - les ennemis de classe - pouvaient et devaient payer puisqu'ils se seraient enrichis aux dépens de la nation. On trouve parfois chez les amis de Benoit Hamon certaines de ces envolées. C'est la gauche aux accents marxistes qui se dit décomplexée.
C'est théoriser selon le cas, l'impuissance ou la dictature du politique. C'est accepter soit de passer sous les fourches caudines du marché et de la mise en concurrence soit de favoriser un étatisme étouffant à tous les niveaux conduisant à l'immobilisme. En renoncant à changer l'état du monde, en acceptant le monde tel qu'il est, Manuel Valls cède à l'hyper-réalisme. Il propose une société de l'émancipation de l'individu, alors qu'il s'agit de libérer les énergies collectives. Il a raison de dire que l'Etat n'a pas à se préoccuper du bonheur individuel, mais il a tort quand il semble penser que la somme des intérêts particuliers conduira à l'intérêt général. Je renvoie les tenants de l'autre politique à la même insuffisance, à leur conservatisme. L'intérêt général ne peut être dicté aux citoyens par l'Etat.
En face de quoi, il faut imaginer un nouveau compromis social et fiscal.
Pour accepter la règle commune, les citoyens se doivent de participer et de réfléchir aux moyens de l'action publique. Sans tout attendre d'un Etat à la fois impécunieux et omniprésent, les socio-démocrates au centre de la gauche doivent rechercher en priorité une troisième voie : une société de croissance mais une société de justice, une société régulée mais émancipatrice, laissant une large place au contrat. Cette nouvelle société en mouvement donnera à chacun à toutes les étapes de sa vie la possibilité de récolter les fruits de l'oeuvre commune.
Une proposition: l'impôt-travail-citoyen.
La société assure la formation, le développement, la recherche, la santé, la sécurité, la vie associative et culturelle en contrepartie pour le citoyen de ses impôts, mais aussi d'une part de son temps, de ses qualités et de son travail. Cette proposition consistant à proposer aux citoyens de payer sur une base volontaire une partie de leur impôt en travail d'intérêt général, un impôt-travail-citoyen serait une idée à approfondir, contribuant à rapprocher les citoyens de la chose publique. Même un retraité pourrait payer de son temps. Un troc fiscal? Pourquoi pas si celà réconcilie les contribuables et la politique. Cela a déjà fonctionné : cette mesure existait chez les grecs de l'Antiquité. La civilisation grecque était à son apogée. Elle ne cherchait pas comme aujourd'hui dans tous les pays développés à échapper à l'impôt par tous les moyens.
