Quand on dépasse les 50 ans parmi les salariés, quel est l'objet le plus fréquent des conversations à la machine à café ou à la cantine selon les observateurs les plus attentifs ? La retraite. Et c'est peu de choses de dire qu'elle est attendue. Elle est ardemment souhaitée par une majorité de personnes avec une impatience grandissante avec l'âge.
C'est d'autant plus notable que cette attente se retrouve dans toutes les catégories sociales, cadres ou non. L'intérêt présumé des cadres pour leur travail et les avantages inhérents à leur fonction ne les empêche pas de désirer quitter l'entreprise le plus vite possible. Les raisons ? La pression au travail, la hiérarchie oppressante, la déshumanisation, tout celà certes. Mais pour certains il y a aussi conscience qu'une phase entière de la vie commence à 60 ans, consacrée à soi et à autrui. Pour d'autres il y a en contrepoint le sentiment diffus que les acquis sociaux seront de plus en plus difficiles à conserver dans le futur.
Les projets actuels du gouvernement ne sont pas là pour les rassurer. La remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite est dans les tuyaux, pour le 1er janvier 2011 selon le Monde. Il y a donc une impatience des salariés à partir le plus tôt possible. La retraite à 60 ans, "Dépêchez vous, il n'y en aura plus pour tout le monde !".
Même DSK précise que la démographie nous rattrape. L'augmentation de l'espérance de vie, réelle marque du progrès de nos sociétés, entraîne un réexamen des équilibres de nos régimes. Et d'ailleurs il faudrait parler plutôt des déséquilibres puisqu'on parle d'un besoin de financement de 50 milliards d'euros en 2050. Ce serait cependant la première fois depuis la guerre qu'un gouvernement ferait supporter aux français un recul aussi marqué de leurs avantages acquis. Ce serait le prix à payer pour le laxisme ou le manque de courage des gouvernements de droite ou de gauche qui ont précédé. Il est vrai que le premier livre blanc sur les retraites ordonné par Michel Rocard date de 1991.
L'intéressant est de voir maintenant comment gauche et droite vont s'affronter sur le sujet : projet contre projet. PS contre UMP pour les partis dits de gouvernement. Le projet socialiste a été avancé en amont de celui de l'exécutif et a subi de plein fouet les critiques de la droite. C'est de bonne guerre. La ligne de démarcation est axée sur le symbole de l'âge légal de la retraite à 60 ans. C'est la réforme qu'attendent parait-il les marchés pour décider si les français (ou plutôt leur dette) méritent ou non de garder leur note AAA. Ce serait pour beaucoup une raison de ne pas leur céder, mais ce serait se tromper d'enjeu : il ne s'agit pas de défier les marchés mais de trouver la meilleure solution pour nos concitoyens. Il s'agit d'être pragmatique et juste.
Le PS repousse à 2025 la remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite, il ne la récuse pas. Pourquoi pas ? Le gouvernement repousse bien sans cesse le retour de nos équilibres budgétaires dans les critères européens d'année en année. Les travaux de Terra Nova indiquent bien qu'il n'y a pas urgence immédiate si on plafonne les prestations. DSK dit lui même qu'il ne faut pas faire des réformes à marche forcée, marque de fabrique du sarkozysme. La stratégie de tension organisée par la majorité et le Medef peut se fracasser contre les résistances du mouvement social. Tôt ou tard il faudra y passer malgré tout ? Peut-être mais le plus tard possible.
