Barack Obama a Wall Street dans le collimateur. Et parmi les banques c'est la banque d'affaires Goldman Sachs qui concentre les critiques les plus vives. Parce que c'est le coeur de la crise en Europe, la presse a abondamment relaté le rôle ambigü des conseillers de la banque américaine dans l'affaire grecque. Comment ces financiers ont permis à l'Etat grec de truquer la présentation de ses comptes afin de bénéficier de nouveaux crédits, puis après avoir empoché leurs commissions, de spéculer sans risques en pariant sur la défaillance probable des grecs à terme.
Une banque prédatrice qui verse d'énormes bonus à ses traders vedettes, plus de 5 milliards d'euros. Parmi eux un français, Fabrice Tourre qui a conçu et fait vendre des produits dérivés de type CDS (credit default swaps) sur l'immobilier juste avant la crise qui a tout emporté. Des pertes considérables à la hauteur des bonus de la banque.
C'est ce qui s'appelle truquer la partie : c'est gagner à tout coup, pile je gagne, face tu perds. Sauf que des règles ont été violées, le devoir de conseil a été ignoré, des délits d'initiés ont été commis, en résumé la confiance des investisseurs a été trompée. Hors tout le système financier repose sur la confiance. Pas étonnant que les Etats qui ont mis la main à la poche pour sauver les gigantesques institutions qui ont failli mourir d'indigestion de produits toxiques (AIG, Fanny Mae, Freddy Mac, HypoVereinsbank, ...) ont fini par enquêter sur ces banques. Suspectes elles ont trop vite récupéré leurs mauvaises habitudes et regagné d'énormes profits sur les marchés. Qu'on les taxe n'est que justice.
Une morale ? Il n'y a pas de morale. Comment demander à un loup de passer devant un troupeau de moutons sans se jeter dessus ? Il faut mettre le troupeau à l'abri, on ne changera pas la nature du loup. On doit appeler la justice et la loi à l'aide et faire en sorte qu'elles sanctionnent et protègent. C'est ce qu'Obama fait ou tente de faire aux Etats-Unis. Quand Sarkozy parle de "moraliser le capitalisme financier", Obama le fait. Il veut mettre en place une législation qui empêchera les banques de spéculer pour leur compte propre, de multiplier les opérations de couverture sans contrepartie, d'abuser de l'effet de levier, de gérer dans l'opacité des transactions sophistiquées. Ce sont pour l'essentiel des réponses techniques à une crise hors normes. Il est possible que celà ne suffise pas car la cupidité, défaut humain largement répandu, ne reculera pas pour autant. En outre l'inventivité des financiers est sans limites. Leurs lobbies sont puissants. Quoiqu'il en soit, il faut que les pouvoirs publics s'arment ou se réarment contre les comportements anti-sociaux, contre les comportements des agents économiques qui ne concourent pas à l'intérêt général.
Jamais le système économique basé sur la liberté du marché n'a été autant contesté. Le laisser faire n'est plus de mise. Il ne s'agit certes pas d'en venir à un système administré de type communiste, qui n'est rien d'autre qu'un capitalisme d'Etat comme on le voit en Chine. Il s'agit de définir des normes et des principes qui guident l'action publique. Nos sociétés sont déjà par nature trop individualistes, et même égoïstes. Il appartient à l'Etat et singulièrement à la gauche de remettre au coeur de son projet les instruments d'une nouvelle solidarité et d'un contrôle accru de la création de richesses, pour que des Goldman Sachs aient moins d'opportunités de prospérer par la tricherie.

Les commentaires récents