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mars 2010

2012 destination danger

La victoire des régionales de 2010 est annonciatrice d'une période très compliquée à gérer pour la gauche, singulièrement pour le PS. L'information essentielle qu'il faut retenir c'est que la gauche est en situation de gagner la présidentielle en 2012, ce sur quoi personne n'aurait parié il y a à peine un an à l'issue des européennes.

Les candidats socialistes à la candidature savent donc qu'ils peuvent sérieusement espérer la fonction suprême, après dix sept ans de disette. En 2004, certains concevaient déjà le même espoir, mais le rapport de forces droite - gauche n'était pas aussi favorable. Malgré une issue très aléatoire, et une position de challenger, en 2006 la bataille des primaires internes fût féroce. Il y eut beaucoup de mauvais coups, beaucoup d'intoxication, beaucoup de divisions (liées aussi au référendum de 2005), elle laissa des traces parmi les partisans de chaque camp. Chacun se souvient de la période, j'y pris ma part en soutenant DSK ardemment sur la toile et au sein du parti, puis Ségolène Royal du mieux que je pus quand elle fût désignée. Mais nous avons perdu.

En parcourant récemment différents forums politiques et sites de journaux, je me rends compte que la bataille sur le net couve entre les partisans de Royal et d'Aubry ou Strauss-Kahn. Les mauvais coups se remettent à pleuvoir. Les fanatiques des deux côtés, en fait surtout les pro et anti-Royal, sont très dangereux. Je ne fais aucune différence. Le premier sondage qui met Aubry devant Sarkozy est qualifié de trucage par les royalistes. La crédibilité de Royal est toujours aussi violemment contestée par ceux qui ne la supportent pas. Sa brillante réelection en Poitou Charentes est dénigrée. Mais de son côté elle n'a de cesse de se singulariser et on n'arrive pas à la croire quand elle dit qu'elle n'est pas candidate. Si elle se sent en situation, elle ira à la compétition évidemment.

En l'absence de DSK, je n'ai pas d'opinion préconçue entre Aubry et Royal, même si je pense qu'Aubry a fait un excellent travail pour ressouder le parti, et si je crois que Royal a un vrai impact dans les couches populaires.

J'assume un parti pris : je n'accorde aucune chance à Villepin et à Bayrou à droite et aux challengers à gauche que sont Hollande, Moscovici ou Valls, sans parler de Duflot ou Mélenchon.

Pour le choix futur, j'en appelle au bon sens et à la prudence. Que chacun mette un mouchoir sur ses récriminations autant que possible et se batte sur les seules qualités de son champion sans taper sur les autres. Le combat d'egos, le combat de personnes passionne certes les médias mais si nous voulons enfin donner un successeur à François Mitterrand, travaillons en équipe d'abord sur le projet aussi longtemps, aussi bien, aussi profondément que possible avant que les egos ne s'enflamment. C'est l'objet des conventions.

Idéalement il faudrait vraiment qu'un candidat naturel se dégage au sein de la gauche qui doit se regrouper comme la droite menaçée vient de commencer à le faire autour de Nicolas Sarkozy. L'odeur de victoire possible est un euphorisant qu'il faut combattre. Je doute que la droite fasse autant d'erreurs que lors de ces dernières régionales. Ne laissons pas passer notre chance cette fois. Soyons plus intelligents que nous ne l'avons jamais été en étant unis. L'unité, c'est la clé.


Ne rien lâcher pour que l'Ile de France reste à gauche

Bonne nouvelle ! Enfin un résultat électoral qui s'annonce satisfaisant sur le plan national ... Les régionales donnent à la mi-temps une ample avance à la gauche en général et au PS en particulier. Pour autant, les commentaires prudemment optimistes de Martine Aubry et des autres leaders sont les bienvenus. Il faudra attendre la semaine prochaine pour crier victoire.

Je souhaite me pencher quelques instants sur le cas de ma région d'Île de France où Jean-Paul Huchon devrait logiquement poursuivre son mandat de président à la tête d'une assemblée largement renouvelée. 

Si on analyse le résultat francilien de 2010, qu'observe t-on ?

  • Le total des voix de gauche est supérieur de 10 points environ à celui de 2004 (c'est vrai aussi au plan national), ce qui change tout y compris pour les échéances futures. Le PS n'est plus seul avec des alliés squelettiques comme en 2007.
  • Le FN est éliminé ayant obtenu moins de 10%. Il pourrait fusionner mais c'est exclus :  l'UMP y perdrait beaucoup. En tout cas, pas de triangulaire comme en 2004.
  • Avec moins de 5% le Modem est éliminé. Il ne peut même pas fusionner, ce qui enlève une épine du pied de JP Huchon avec la gauche radicale.
  • Le Front de Gauche est devant le Modem, ce qui n'est pas sans conséquence sur les stratégies d'alliance et l'unité même du PS.
  • L'UMP est devant le PS mais n'a aucune réserve de voix significative. A part une mobilisation des abstentionnistes pour rééquilibrer un scrutin jugé trop favorable à la gauche, rien ne viendra au secours de Valérie Pécresse.
  • Le PS a formidablement récupéré de son échec cinglant des européennes il y a moins d'un an (juin 2009). Au fond du trou, il a sû taire ses querelles internes, se rassembler autour de Martine Aubry, et grâce à son réseau d'élus et de militants reprendre son leadership à gauche. C'est quasiment inespéré en si peu de temps.
  • Les écologistes semblent adopter un discours responsable ce qui fait que pas mal d'électeurs du Modem sans doute lassés des atermoiements de Bayrou ont franchi le pas pour un autre parti clairement à gauche.
  • Le bémol c'est l'abstention massive. Pas au point de contester comme le fait l'UMP une signification nationale au scrutin, mais cela signifie bien que le projet régional n'a pas été mobilisateur. Le mot d'ordre du PS : "la région est un bouclier social" n'a pas mobilisé les électeurs. Il faudra s'en souvenir en 2012, un programme basé uniquement sur la protection et l'anti sarkozysme sera insuffisant.
En résumé, la dynamique de deuxième tour est dans le camp de la gauche. Depuis le début de la campagne le PS est dans une spirale ascendante, il ne faut pas l'interrompre. La droite a commis des erreurs et des fautes à répétition. On peut y croire, mais il faut enfoncer le clou et quitte à emprunter le slogan du facteur éliminé "ne rien lâcher".

Face aux citoyens, DSK amorce un "new deal" pour la finance mondiale et les Etats.

Si DSK marque des points dans l'opinion, ce n'est pas parce qu'il ne fait rien et qu'il se tait, en fait c'est tout le contraire. Sous sa houlette on découvre que le FMI se transforme progressivement en institution interventionniste de la meilleure facture.

En voulant que le FMI aide la Grèce, il désoriente les banques centrales adeptes du laisser faire. En proposant une nouvelle panoplie d'instruments financiers il tente de développer la régulation nécessaire pour limiter l'inventivité des banques et la propagation de leurs produits à risques. Ne serait ce que l'idée de taxer les revenus des banques pour leur faire payer le coût des crises futures, est déjà en soi une innovation pour l'institution qu'il dirige, les organes de contrôle et les Etats. Les conservatismes et les jalousies se  déchaînent tant les "vaches sacrées se sentent menacées.

Il faudra beaucoup de détermination et de courage pour aller au bout de la démarche car les lobbies financiers et les égoïsmes nationaux ont un intérêt commun au statu quo. C'est une phase où la démocratie mériterait la parole mais j'en doute car la peur des populismes freinera les politiques confrontés à des enjeux électoraux. Il m'étonne néanmoins que Barack Obama ou Nicolas Sarkozy ne s'emparent pas plus du sujet tant cette réforme donnera d'aura à celui qui en jettera les bases. Ce n'est rien moins que les débuts de la fameuse régulation du capitalisme financier dont les politiques nous rebattent les oreilles sans dire concrètement de quoi il s'agit.

A la différence d'un Sarkozy qui gesticule et d'un Obama qui hésite, DSK n'en fait pas une question d'apparence morale, mais une question d'intérêt général, une question politique. Strauss-Kahn sait bien que les puissants de ce monde - qu'ils appartiennent à la sphère publique ou à la sphère privée - ne s'embarrassent pas de valeurs idéologiques mais tentent de satisfaire les besoins de ceux qui les paient. Comment faire pour dépasser les besoins d'une société de consommation de masse où les clients et les citoyens font la loi qu'on le veuille ou non ? DSK cherche donc un compromis social, une sorte de "new deal", basé sur une nouvelle croissance mieux répartie, moins brutale et plus protectrice de notre environnement. Devant l'émergence de nouveaux intervenants aussi puissants que les Etats, beaucoup étant partisans du retour au "business as usual", on ne saurait se contenter de copier les recettes d'avant la "guerre  économique".

La définition de cette nouvelle croissance, c'est d'ores et déjà la base d'un programme. Donner du contenu, du concret, des mesures tangibles, voilà ce qui permettra aux citoyens d'adhérer en connaissant le cap à atteindre et les difficultés à affronter. Tracer la route, convaincre, rassembler tel est l'état de la réflexion strauss-kahnienne. DSK avance ainsi publiquement mais sans en avoir l'air un projet présidentiel de portée planétaire.


La gauche de la gauche m'agace

Alors que Jean Paul Huchon mène une campagne digne et sincère sur son bilan et son projet pour la région Ile de France, on ne peut que condamner le comportement pitoyable de la droite et ses arguments dignes du caniveau contre Ali Soumaré. Aujourd'hui l'inénarrable Frédéric Lefebvre s'en prend à la politique de l'emploi des régions dirigées par la gauche, sans craindre le ridicule. L'emploi étant une compétence essentielle de l'Etat, l'UMP se tire une nouvelle balle dans le pied. "De nouvelles élucubrations" comme dit Marie Pierre de la Gontrie qu'on ne commentera pas.

Mais en face chez nos camarades de la gauche de la gauche, on ne se prive pas du tout de vilipender la gauche qui gouverne les régions alors même que nous participons ensemble aux exécutifs ! Le Front de gauche critique le PS et ses alliés suspectés de vouloir "s'allier avec le Modem", accusés de mollesse face à des "politiques libérales et productivistes", dénoncés pour un "renoncement à changer vraiment la vie". Pas moins. Avec le même discours, au NPA on en tire la conséquence et on ne veut pas du tout gouverner avec le PS. Chez Buffet et Mélenchon, on attend le second tour pour se rallier.

Cette prose et cette surenchère de premier tour que je lis sur un tract du Front de Gauche achérois (avec ses 3 candidats dont le maire PC) m'agacent et me fatiguent. Ni Huchon, ni Hamon, ni aucun candidat de leur liste ne se permettent de critiquer les communistes ou le parti de gauche comme ces gens là le font. Ca me rappelle ce N° 2 du parti de gauche qui s'était présenté à Poissy à la législative partielle emportée par David Douillet et qui n'avait pas appelé à voter pour Frédérik Bernard, le candidat socialiste. Nullissime.

Ca ne m'incite vraiment pas à me rapprocher de ces partis. Sur la politique nationale à Achères, j'ai toujours prôné un rapprochement des points de vue, tout en gardant une vue spécifique des problèmes locaux en faisant le choix coûteux mais cohérent de l'opposition. Mais ce n'est pas l'approche du Front de Gauche qui cherche à tout prix à se distinguer et à trouver des sources de division sans renoncer aux avantages du pouvoir partagé. Il faudra une bonne dose de maîtrise de soi et de patience pour dépasser ces clivages. Le PS doit faire cet effort au nom de l'intérêt général.

Le score du premier tour sera décisif. Personnellement et ce n'est pas une surprise, j'appelle à voter massivement pour le parti socialiste, car c'est le seul à pouvoir s'opposer sérieusement aux politiques de N. Sarkozy. Il s'opposera et construira avec des personnalités compétentes et solides comme Jean Paul Huchon. Lui ne cherche pas de vaines critiques pour détourner l'attention des électeurs des vrais problèmes. J'appelle les électeurs à renvoyer dos à dos ceux qui lancent des polémiques stériles qu'ils soient de droite ou de gauche et à mettre en tête nos candidats qui proposent des solutions concrètes et justes pour la région.