Si DSK marque des points dans l'opinion, ce n'est pas parce qu'il ne fait rien et qu'il se tait, en fait c'est tout le contraire. Sous sa houlette on découvre que le FMI se transforme progressivement en institution interventionniste de la meilleure facture.
En voulant que le FMI aide la Grèce, il désoriente les banques centrales adeptes du laisser faire. En proposant une nouvelle panoplie d'instruments financiers il tente de développer la régulation nécessaire pour limiter l'inventivité des banques et la propagation de leurs produits à risques. Ne serait ce que l'idée de taxer les revenus des banques pour leur faire payer le coût des crises futures, est déjà en soi une innovation pour l'institution qu'il dirige, les organes de contrôle et les Etats. Les conservatismes et les jalousies se déchaînent tant les "vaches sacrées se sentent menacées.
Il faudra beaucoup de détermination et de courage pour aller au bout de la démarche car les lobbies financiers et les égoïsmes nationaux ont un intérêt commun au statu quo. C'est une phase où la démocratie mériterait la parole mais j'en doute car la peur des populismes freinera les politiques confrontés à des enjeux électoraux. Il m'étonne néanmoins que Barack Obama ou Nicolas Sarkozy ne s'emparent pas plus du sujet tant cette réforme donnera d'aura à celui qui en jettera les bases. Ce n'est rien moins que les débuts de la fameuse régulation du capitalisme financier dont les politiques nous rebattent les oreilles sans dire concrètement de quoi il s'agit.
A la différence d'un Sarkozy qui gesticule et d'un Obama qui hésite, DSK n'en fait pas une question d'apparence morale, mais une question d'intérêt général, une question politique. Strauss-Kahn sait bien que les puissants de ce monde - qu'ils appartiennent à la sphère publique ou à la sphère privée - ne s'embarrassent pas de valeurs idéologiques mais tentent de satisfaire les besoins de ceux qui les paient. Comment faire pour dépasser les besoins d'une société de consommation de masse où les clients et les citoyens font la loi qu'on le veuille ou non ? DSK cherche donc un compromis social, une sorte de "new deal", basé sur une nouvelle croissance mieux répartie, moins brutale et plus protectrice de notre environnement. Devant l'émergence de nouveaux intervenants aussi puissants que les Etats, beaucoup étant partisans du retour au "business as usual", on ne saurait se contenter de copier les recettes d'avant la "guerre économique".
La définition de cette nouvelle croissance, c'est d'ores et déjà la base d'un programme. Donner du contenu, du concret, des mesures tangibles, voilà ce qui permettra aux citoyens d'adhérer en connaissant le cap à atteindre et les difficultés à affronter. Tracer la route, convaincre, rassembler tel est l'état de la réflexion strauss-kahnienne. DSK avance ainsi publiquement mais sans en avoir l'air un projet présidentiel de portée planétaire.
