La victoire des régionales de 2010 est annonciatrice d'une période très compliquée à gérer pour la gauche, singulièrement pour le PS. L'information essentielle qu'il faut retenir c'est que la gauche est en situation de gagner la présidentielle en 2012, ce sur quoi personne n'aurait parié il y a à peine un an à l'issue des européennes.
Les candidats socialistes à la candidature savent donc qu'ils peuvent sérieusement espérer la fonction suprême, après dix sept ans de disette. En 2004, certains concevaient déjà le même espoir, mais le rapport de forces droite - gauche n'était pas aussi favorable. Malgré une issue très aléatoire, et une position de challenger, en 2006 la bataille des primaires internes fût féroce. Il y eut beaucoup de mauvais coups, beaucoup d'intoxication, beaucoup de divisions (liées aussi au référendum de 2005), elle laissa des traces parmi les partisans de chaque camp. Chacun se souvient de la période, j'y pris ma part en soutenant DSK ardemment sur la toile et au sein du parti, puis Ségolène Royal du mieux que je pus quand elle fût désignée. Mais nous avons perdu.
En parcourant récemment différents forums politiques et sites de journaux, je me rends compte que la bataille sur le net couve entre les partisans de Royal et d'Aubry ou Strauss-Kahn. Les mauvais coups se remettent à pleuvoir. Les fanatiques des deux côtés, en fait surtout les pro et anti-Royal, sont très dangereux. Je ne fais aucune différence. Le premier sondage qui met Aubry devant Sarkozy est qualifié de trucage par les royalistes. La crédibilité de Royal est toujours aussi violemment contestée par ceux qui ne la supportent pas. Sa brillante réelection en Poitou Charentes est dénigrée. Mais de son côté elle n'a de cesse de se singulariser et on n'arrive pas à la croire quand elle dit qu'elle n'est pas candidate. Si elle se sent en situation, elle ira à la compétition évidemment.
En l'absence de DSK, je n'ai pas d'opinion préconçue entre Aubry et Royal, même si je pense qu'Aubry a fait un excellent travail pour ressouder le parti, et si je crois que Royal a un vrai impact dans les couches populaires.
J'assume un parti pris : je n'accorde aucune chance à Villepin et à Bayrou à droite et aux challengers à gauche que sont Hollande, Moscovici ou Valls, sans parler de Duflot ou Mélenchon.
Pour le choix futur, j'en appelle au bon sens et à la prudence. Que chacun mette un mouchoir sur ses récriminations autant que possible et se batte sur les seules qualités de son champion sans taper sur les autres. Le combat d'egos, le combat de personnes passionne certes les médias mais si nous voulons enfin donner un successeur à François Mitterrand, travaillons en équipe d'abord sur le projet aussi longtemps, aussi bien, aussi profondément que possible avant que les egos ne s'enflamment. C'est l'objet des conventions.
Idéalement il faudrait vraiment qu'un candidat naturel se dégage au sein de la gauche qui doit se regrouper comme la droite menaçée vient de commencer à le faire autour de Nicolas Sarkozy. L'odeur de victoire possible est un euphorisant qu'il faut combattre. Je doute que la droite fasse autant d'erreurs que lors de ces dernières régionales. Ne laissons pas passer notre chance cette fois. Soyons plus intelligents que nous ne l'avons jamais été en étant unis. L'unité, c'est la clé.
