La désaffection volontaire de Vincent Peillon au débat Besson - Le Pen a atteint au moins un objectif : faire parler de lui. Alors qu'il devait intervenir en deuxième partie de soirée dans la première émission politique de 2010, il a fait faux bond en se drapant d'une colère théâtralisée appelant à la démission d'Arlette Chabot.
Je n'ai pas de goût particulier pour la politique spectacle, encore moins pour ceux qui hurlent pour se faire entendre sauf en cas de détresse absolue. Attention aux grands mots : est ce que la république court un danger grave et imminent à l'occasion d'un tel débat ? Pas vraiment. En tout cas, la presse internationale ne s'en est pas émue. Rien à voir avec un second tour Chirac - Le Pen.
Il faut ramener l'évènement à ses justes proportions : l'occasion pour un homme politique de faire parler de lui en profitant d'un impair de la direction de France 2 trop préoccupée de plaire à Sarkozy.
Au moment où Haïti pleure, où la crise crée de nombreux chômeurs, où les bonus se déversent sur Wall Street et la City, aucun sujet autre que l'immigration et l'identité nationale ne méritait l'attention ? Le débat voulu par la droite a des arrières pensées électorales flagrantes. Il s'agit de montrer la fermeté de la droite de gouvernement et en même temps son humanité. Une position centrale qui repousse le FN et le PS aux extrêmes : radicale ou ringarde voilà l'image dévolue à l'opposition.
La méthode de Peillon est contestable car il ne respecte pas les règles. Il a triché et probablement menti à France 2. Mais elle a le mérite d'empêcher que le débat FN - UMP n'emplisse toute la scène politique. Qui l'aurait écouté en seconde partie de soirée ? Les passionnés et les convaincus. Il aurait servi d'alibi rien d'autre.
Alors je surmonte mes préventions contre ces méthodes de pirate, et je soutiens l'initiative de Vincent Peillon, même s'il ne s'agit pour moi que d'un fusil à un coup. Le PS ne peut se permettre de refuser le débat à chaque fois, sauf à vouloir ressembler à l'ancien leader communiste Georges Marchais qui apostrophait les journalistes de l'ex-ORTF avec des "taisez vous Elkabbach" ou "vous avez vos questions, moi j'ai mes réponses".

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