Nuit d'insomnie. Vers 4 heures du matin je tombe sur une rediffusion à la télé du terrifiant film de Frédéric Rossif : "De Nuremberg à Nuremberg" sur la deuxième guerre mondiale. La deuxième partie que j'ai vue presque intégralement est intitulée "La défaite et le jugement".
Je suis resté scotché - même si plusieurs fois j'ai dû écarter le regard - devant ces images insoutenables des camps de concentration nazis. L'indicible. Un régime de terreur. Le commentaire dit par Philippe Meyer est bouleversant. Les témoignages sont hallucinants. L'horreur à l'état pur.
Mais au delà de l'inhumanité absolue des crimes commis, quelque chose m'a particulièrement choqué. L'attitude des dirigeants nazis lors de leur célèbre procès fût un mélange d'arrogance et de lâcheté, de déni de réalité, de fuite devant les responsabilités, à l'exception notable d'Albert Speer. Je suis frappé que des hommes intelligents voire brillants comme Hermann Goering se soient livrés à une telle entreprise de destruction. Perversité et narcissisme. Si on doit définir Le Mal Absolu, on le touche du doigt. Fascinantes images du peuple allemand acclamant son Fuhrer lors des immenses manifestations de force du Reich. La nation allemande avait suivi massivement une bande de criminels ...
Au bout de la nuit, j'en suis venu à m'interroger sur le débat sur l'identité nationale et l'immigration en examinant l'idéologie qui avait mené à la Shoah. Le concept de pureté de la race et la théorie de l'espace vital ont conduit aux pires atrocités. On n'en est pas là bien sûr, mais le discours anti-intégristes qui vire à l'anti-musulmans puis à l'anti-immigrés et la recherche permanente d'un bouc émissaire ou d'un ennemi extérieur font partie des dangers du système de pensée sarkozyste. Il a été remarquablement décortiqué dans un article d'Emmanuel Todd intitulé "Ce que Sarkozy propose, c'est la haine de l'autre" dans le Monde.
Les difficultés économiques sont la clé. Impuissants à résoudre les questions de croissance et d'emploi, certains dirigeants fondent leur action sur le nationalisme. C'était vrai aussi bien pour Hitler que pour Staline. La défense de Goering avait consisté à dire qu'il avait agi par patriotisme. Certes l'UMP - l'Union pour un Mouvement Patriotique comme l'avait appelé le Washington Post - n'est pas un parti fasciste mais elle braconne tant sur les terres du FN que son identité est en train de dériver dangereusement. La gauche n'est pas la seule à l'observer, d'authentiques républicains à droite s'en inquiètent de plus en plus.
