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décembre 2009

Où il est question d'identité nationale en regardant "De Nuremberg à Nuremberg"

Nuit d'insomnie. Vers 4 heures du matin je tombe sur une rediffusion à la télé du terrifiant film de Frédéric Rossif : "De Nuremberg à Nuremberg" sur la deuxième guerre mondiale. La deuxième partie que j'ai vue presque intégralement est intitulée "La défaite et le jugement".

Je suis resté scotché - même si plusieurs fois j'ai dû écarter le regard -  devant ces images insoutenables des camps de concentration nazis. L'indicible. Un régime de terreur. Le commentaire dit par Philippe Meyer est bouleversant. Les témoignages sont hallucinants. L'horreur à l'état pur.

Mais au delà de l'inhumanité absolue des crimes commis, quelque chose m'a particulièrement choqué. L'attitude des dirigeants nazis lors de leur célèbre procès fût un mélange d'arrogance et de lâcheté, de déni de réalité, de fuite devant les responsabilités, à l'exception notable d'Albert Speer. Je suis frappé que des hommes intelligents voire brillants comme Hermann Goering se soient livrés à une telle entreprise de destruction. Perversité et narcissisme. Si on doit définir Le Mal Absolu, on le touche du doigt. Fascinantes images du peuple allemand acclamant son Fuhrer lors des immenses manifestations de force du Reich. La nation allemande avait suivi massivement une bande de criminels ...

Au bout de la nuit, j'en suis venu à m'interroger sur le débat sur l'identité nationale et l'immigration en examinant l'idéologie qui avait mené à la Shoah. Le concept de pureté de la race et la théorie de l'espace vital ont conduit aux pires atrocités. On n'en est pas là bien sûr, mais le discours anti-intégristes qui vire à l'anti-musulmans puis à l'anti-immigrés et la recherche permanente d'un bouc émissaire ou d'un ennemi extérieur font partie des dangers du système de pensée sarkozyste. Il a été remarquablement décortiqué dans un article d'Emmanuel Todd intitulé "Ce que Sarkozy propose, c'est la haine de l'autre" dans le Monde.

Les difficultés économiques sont la clé. Impuissants à résoudre les questions de croissance et d'emploi, certains dirigeants fondent leur action sur le nationalisme. C'était vrai aussi bien pour Hitler que pour Staline. La défense de Goering avait consisté à dire qu'il avait agi par patriotisme. Certes l'UMP -  l'Union pour un Mouvement Patriotique comme l'avait appelé le Washington Post - n'est pas un parti fasciste mais elle braconne tant sur les terres du FN que son identité est en train de dériver dangereusement. La gauche n'est pas la seule à l'observer, d'authentiques républicains à droite s'en inquiètent de plus en plus.


La Chine s'isole du concert des nations

Après son rôle controversé dans l'échec de la conférence de Copenhague (Flopenhague disent certains), la Chine se manifeste à nouveau dans l'actualité en condamnant à onze ans de prison un dissident chinois, intellectuel réputé pour crime de "subversion au pouvoir de l'Etat".

Liu Xiaobo a commis en effet le crime de demander la fin du monopole du parti communiste chinois et l'institution d'un régime démocratique. En répondant par la répression, la Chine démontre qu'elle n'est pas entrée dans le XXIème siècle. Elle ne respecte même pas la trève de Noël, période de paix entre les peuples.

Elle a pourtant signé la déclaration universelle des droits de l'Homme. Celle ci défend clairement le pluralisme et la liberté d'expression notamment dans son article 19 qui stipule : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."

On ne peut accepter la timidité des réactions des chancelleries occidentales et surtout française face à ce scandale. Il est indispensable que Messieurs Sarkozy et Kouchner dénoncent fermement cette nouvelle violation des droits de l'homme. Mais comme le président doit aller en Chine l'an prochain exploiter commercialement des contacts renoués par F. Fillon et JP Raffarin, on anticipe la tiédeur des réactions au nom de la realpolitik. On comprend mieux pourquoi l'UMP a signé un accord de coopération avec le PCC (parti communiste chinois). A l'Elysée on a désormais l'échine souple face à la Chine, loin des rodomontades sur les droits de l'homme qui ne faisaient plaisir qu'à Carla.

Je considère cette condamnation emblématique tout autant voire plus que celle du Dalai Lama. Il faut que chaque démocrate participe autant que possible à la défense de la cause de M. Liu et des dissidents chinois.


Le pauvre débat sur l'identité nationale

Quand on parcourt le site du grand débat sur l'identité nationale, on est confondu par la pauvreté des idées et des arguments. C'est le café du commerce, avec ses raccourcis, ses jugements péremptoires, ses préjugés.

Par exemple pour de nombreux rédacteurs la France serait une terre chrétienne "en priorité" qu'il faut préserver ce qui mène inévitablement à définir une France pure, éternelle, millénaire, traditionnelle qui tolère mais n'admet pas l'influence des autres religions encore moins le métissage. Au XXème siècle ce genre de thèses rappelle de mauvais souvenirs.

Autre exemple, la diversité n'est pas considérée comme une valeur positive mais comme une menace pour les français de souche, pour leurs emplois, pour leur façon de vivre et même pour l'architecture (où l'on reparle des mosquées et des minarets).

J'en reste là, ce débat est affligeant. Toutes les thèses du Front national sont exposées à l'envi de façon plus ou moins ouverte. L'intolérance est reine, sous couvert de discussion libre. Le débat piège parfait où c'est aux musulmans - pour ne pas dire les français vus comme des étrangers chez eux - de prouver leur capacité d'intégration, de montrer patte blanche si on ose dire. Quand on pense que le site est modéré, on imagine ce qui n'apparaît pas.

Il faut en rester là et arrêter la diffusion de ces idées réactionnaires, xénophobes, discriminatoires loin de ce qui constitue vraiment l'identité nationale française,  son rayonnement universel, sa richesse multiculturelle, son ouverture au monde qui nous vient de la philosophie des Lumières.

On est plongé dans un monde ancien au travers de ce débat régressif. On revient à des strates, des privilèges de la naissance, de l'origine, au droit du sang. Non ce débat n'est pas un progrès, c'est une infantilisation, l'idéalisation d'un "ordre naturel d'occupation physique du territoire" issu du passé.

Qu'Eric Besson en soit l'organisateur zélé n'est qu'un paramètre. Je méprise profondément cet homme opportuniste capable de tous les reniements. Que Julien Dray le défende est une mauvaise surprise. Comme le dit Glavany, Dray devrait apprendre à jouer collectif, s'il veut encore mériter le titre de soldat qu'il s'est attribué. Mais passons. On peut certes s'interroger sur le côté chasse à l'homme mais franchement Besson fait tout pour mériter les comparaisons les plus acides.

Au final je rejoins ceux qui appellent à faire cesser ce débat mal engagé qui divise les français plus qu'il ne les rassemble.


Crise écologique et nationalismes

Le nationalisme évoque dans les cours d'histoire le prélude à la guerre de 1914. Il est en fait la cause de toutes les guerres passées et à venir. Le nationalisme ou souverainisme c'est une énorme bouffée d'égoïsme et de repli sur soi. C'est à son retour en force auquel nous venons d'assister à Copenhague.

Le G2 (l'expression symbolisant les géants Etats-Unis - Chine) domine le monde. L'échec de Copenhague c'est d'abord le sien, mais c'est aussi la preuve manifeste que l'Europe ne compte guère quand il s'agit d'enjeux planétaires. Quand Obama parle à la Chine, il n'invite pas le président de l'UE en titre, à savoir le premier ministre suédois que personne ne connait, encore moins le nouveau président H. Van Rompuy qu'on n'a pas vu. Ne parlons pas de Barroso toujours aussi transparent. Quant au trio Merkel - Brown - Sarkozy il n'a pas existé, bien que chacun dans son style ait essayé de peser.

Etrangement, on a plus entendu parler du G77 (le club des pays émergents), du Brésil via Lula, voire même de l'Afrique par le président sud africain Zuma que des pays riches européens et du Japon. Mais aucun de ces pays n'a changé le cours des choses.

La Chine est sans doute la première responsable de l'échec de Copenhague, - comme l'Inde était la cause de l'échec de Doha pour les discussions de l'OMC - mais la façon dont Obama se sentait contraint par le Sénat, et au delà par l'Amérique profonde était patente.

On le sait, les pays se tiennent par la barbichette : le rattrapage économique accéléré - et la pollution - de la Chine passent par la consommation - et la pollution - effrénée des américains. La spirale vertigineuse se nourrit d'elle même. La population croît de façon massive alors que les ressources de notre planète sont limitées.  Qui ne ressent un malaise ? Qui ne pense à l'issue d'une telle course ? Incontrôlée, il s'agira forcément d'une violente convulsion meurtrière à l'échelle mondiale.

La crise est en gestation, lente et invisible. Des dommages irréparables sont en train de ravager notre écosystème. Nous allons faire face à un choc climatique, énergétique, social d'une ampleur jamais connue dans les trente ans à venir. Et pendant ce temps là rien, strictement rien. Les dirigeants du monde se disputent autour d'un chiffon de papier, une déclaration de trois pages sans relief ni engagement.

Force est de constater que nous n'avons pas des dirigeants à la hauteur des enjeux et que nous sommes très loin d'une gouvernance mondiale. Le "Yes we can" paraît bien loin. Le G2 se neutralise, le G193 de l'ONU est impuissant. La solution est peut-être au milieu. Et si nous appliquions pour la crise écologique ce qui a semblé marcher pour la crise financière en réunissant le G20 ?


Dray blanchi, tournons la page.

Julien Dray fera l'objet d'un simple rappel à la loi dans l'affaire de mouvements de fonds suspects qui lui a valu l'opprobre et le soupçon pendant un an.

Il va aussi récupérer la première place de la liste socialiste dans l'Essonne pour les régionales.

Cette issue est logique même si elle va laisser un sentiment mêlé. La décision de justice ressemble à un compromis, car elle n'évacue pas totalement l'impression d'un flirt de l'intéressé avec la ligne jaune et la légalité. La justice se base aussi sur la relative modicité des sommes en cause (environ 78 000 € quand même) pour estimer qu'il n'y a pas de préjudice et d'ailleurs pas de plainte des associations qui ont été remboursées. Il n'y avait donc pas matière à poursuivre nous dit-on. 

On se demande dès lors : sachant tout celà depuis longtemps, pourquoi Dray et aussi les socialistes accusés de faire fi de la présomption d'innocence ont-ils subi tout ce cirque médiatico-judiciaire ? Dray pourra à bon droit parler de complot, le PS se plaindre des dysfonctionnements alors que de son côté le bon peuple interloqué pourra soupçonner une connivence des puissants et une justice à deux vitesses ou une justice incapable.

Triste affaire au demeurant, je ne vois personne qui en sorte grandi. Ni Dray dont la réputation est durablement entachée dans l'opinion, ni le PS qui a paru le soutenir du bout des lèvres, ni la justice qui a laissé toutes les rumeurs s'installer entre violation du secret de l'instruction et soupçon de jugement politique dans une liaison trouble avec l'exécutif.

Le mieux est de tourner la page. Cette affaire n'est un exemple à suivre pour personne.


Tours de piste

CONVENTIONTOURS2009

J'étais à Tours hier pour ratifier les listes socialistes lors de la convention nationale. J'ai voté pour. La preuve grâce à l'AFP ... (ce n'est pas le petit livre rouge, mais un carton rouge - bizarrement orange sur la photo - qui servait au vote).

A côté du hangar du parc des expositions où se tenait la convention, était dressé le chapiteau d'un cirque : les éléphants et les enfants ont donc pu s'ébrouer de leur côté. 

Pour lancer la campagne, Martine Aubry a opposé les 3 E : emploi, éducation, environnement de la gauche aux 3 I : immigration, insécurité, identité de la droite.

Pour les Yvelines, la convention a acté un changement par rapport à la liste votée par les militants : Isabelle This Saint-Jean, ancienne présidente de "Sauvons la recherche" en deuxième position derrière Jean-Paul Huchon.


Royal éconduite par Bayrou, mauvaise pioche.

Le Modem a donné une nouvelle preuve qu'il ne faut pas s'en occuper avant le 2ème tour de quelque élection que ce soit. Quand Ségolène Royal essaye pour la deuxième fois de conclure un accord avec François Bayrou, elle essuie un refus clair et net. Elle sait pourtant que François Bayrou veut se présenter en 2012. Il s'agit d'arriver devant lui à ce moment là avec un bon projet et un(e) bon(ne) candidat(e). Le reste n'est que péripéties et littérature. A quoi bon tenter de les faire rentrer dans le rang d'une hypothétique alliance dont personne ne veut chez le Modem et chez nos partenaires ? C'est manquer de sens politique. Bayrou est dans le discours politicien pas dans l'action, basta !

Bayrou évacué, on peut épiloguer longtemps sur la démarche solitaire de Ségolène Royal qui devient franchement un problème, à tel point qu'on se demande qui la conseille. Elle s'affranchit de la ligne officielle du parti qui consiste à rassembler d'abord la gauche puis à rassembler tous ceux qui se retrouvent sur un projet au deuxième tour. Ligne claire, simple, compréhensible par tous. C'est d'ailleurs ce que François Hollande avait donné comme principe général lors des élections municipales de mars 2008. Ségolène a mal interprété la proposition d'arc central de Bayrou : il ne s'agissait en rien d'un appel du pied pour quelques places. Il s'agissait d'un leurre, d'un attrape socialos. Ca suffit.  

Pour mémoire à Achères, nous avions tenté le rassemblement à gauche au premier tour derrière le maire communiste sortant et c'est seulement devant l'échec des négociations que nous avions conclu un accord privilégié de premier tour avec les Verts, puis à leur demande un accord arc-en-ciel avec le Modem. Notre mauvais résultat final a démontré que cette alchimie n'a pas convaincu l'électorat local même si d'autres raisons ont pu jouer. Je ne regrette rien personnellement, car c'était une alliance sur un projet et tous nos collègues Verts - Modem avaient accepté nos conditions.

Une difficulté vient du refus du Modem d'une alliance qui inclue les communistes ou l'extrême gauche. Ces derniers ont la même attitude d'exclusion ce qui rend toute coalition d'arc central ou arc-en-ciel très problématique. La question d'une majorité d'alternance constituée de progressistes et de socio-démocrates se pose toujours de manière aigue, facilitant la tâche de Sarkozy.

Je ne vois qu'une solution : un parti socialiste fort, reconstruit et uni. Une vraie force militante et un programme novateur défendu par des candidats crédibles. Si en prime les candidats pouvaient oublier un peu leurs personnes, penser à l'intérêt général et au long terme, nous aurions énormément progressé. Voeu pieux sans doute, mais on peut rêver à l'occasion de la prochaine réforme de nos statuts.

Pour que ce rêve devienne réalité, il faudrait appliquer une règle simple : pas plus de dix ans dans le même mandat et pas plus de deux mandats consécutifs à la tête d'un exécutif local ou national. Une utopie certes, mais qui mériterait de figurer dans le marbre de notre constitution comme c'est le cas aujourd'hui pour la fonction présidentielle.